Sources : "Mes remerciements à Jean Rede, maire pour sa culture catalane et à la gentillesse de son secrétariat" -Banyuls sur mer-2009.
Oeuvre "Défense du col de Banyuls" peinture d'Henry Perrault 1867-1932 Exposition hall mairie de Banyuls sur mer.



En 1197, Banyuls Rectorie à l'extrémité du chainon sur les ruines de la tour du Querroig, les cisterciens bâtissent la paroisse Sant Joan de la Rectorie qui se dresse en gardienne de la colline prolongée par un promontoire de schistes, sur le contrebas de la butte coule el ribera, "la Rectorie".
Au Nord de la colline, autour de l'hôpital et de la chapelle Sant Joan, les somatents construisent leurs maisons.
Le hameau propriété royale ne possède aucun édifice de protection, les ingénieux banyulencs conçoivent un sentier étroit difficile d'accès, pentu et rocailleux grimpant vers le massif del Pages, le fief de la seigneurie Père D'Alcantara i Cardona pour converger en direction du col des Gascons séparé du vallon del puig Sec par le sentier Nord-Est adossé à la frontière qui débouche au col de la Baillaury proche du ruisseau Baillaury qu’il faut gravir à découvert.
A l'embouchure du ruisseau Vallauria s'étale l'étang "el Bassa" formé de nombreux maraicages le long du rivage qui dégage des odeurs nauséabondes durant les chaleurs d'été, obligent les banyulencs à construire en hauteur.

En 1661, Banyuls Rectorie avec son hameau puig del Mas est un port de pêche sur la Méditerranée, plateforme de la contrebande au cœur d'une large crique protégée par la chute du massif des Albères, c'est le Q.G. des trafiquants catalans qui vendent le sel à moitié prix pour la salaison dans le Royaume de France.
Depuis 1659, cette espace frontière mystique mal délimitée entre les crêtes de 980 mètres du pic de Sallfort et du massif de la Martina se confond dans les ravins du puig Joan pour plonger brusquement dans la mer, partage avec l'Espagne une grosse galette rocheuse hérissée des caps Rederis, Cerbère et Creus, passage obligé d'une population de somatents séparée en deux ayant des liens étroits.
Le hameau puig del Mas exerce une double fonction par sa position stratégique idéale (600 m), il fait office de vigie à 2 km du rivage permet par une vue panoramique de la crique rocheuse sans descendre sur la côte pour l'arrivée des bateaux et il surveille par la terre les mouvements de la frontière.
Banyuls del Marenda devient Banyuls de la Marenda plus françiscé pour stopper le trafic de sel avec l'Espagne, une brigade de 10 hommes des fermes royales s'installe dans le hameau.
Le 21 mars 1790, les révolutionnaires suppriment la gabelle.
Les banyulencs innovent et ils se tournent vers la contrebande de tabac, du cuir et de la fausse monnaie.
Le système de contrebande est une tradition qui monopolise la fierté des familles somatents car chacun à son rôle dans la formation des convois de charrettes, il doit être sans faille car les bandes de contrebandiers sont passibles à 5 ans de peine de galère par la loi de la Convention Nationale.
Face à la contrebande que font les autorités locales ?
Les fonctionnaires connaissent les responsables et savent à quelle porte frapper pour être servis.
Leur importante complicité contribue à délivrer de faux certificats de besoins.
Le maire ne collabore pas avec les gardes nationaux qui aux yeux de la population somatent représentent plus de mépris que de crainte.
Lors d'arrestation de somatent, de saisie, le maire prend la tête des émeutes, il organise la violence contre les douaniers jusqu'à la libération des prisonniers et l'abandon des sanctions.
S'il y a mort d'homme, le corps est transporté au delà de la frontière pour brouiller les pistes.

La contrebande n'est pas un commerce marginal de somatents et ses structures financières remontent à deux grandes familles fortunées du département que sont Jean Ribes, trésorier, directeur de la Monnaie à Perpignan, receveur général des finances de Toulouse et de Montpellier dont la tâche est d'orienter le flux des piastres et les frères Raymond et François Durand, deux banquiers qui alimentent le réseau des contrebandiers en trésorerie pour faire vivre dans l'urgence du ravitaillement, la détresse de la guerre et la misère des somatents.

En 1774, le port Banyuls de la Maresma apparait sur le littoral grâce à l'assainissement des marécages du rivage qui prolongent la crique rocheuse Fontaulé.
A ce moment là, les pêcheurs-contrebandiers construisent leurs cabanons créant le quartier du cap d'Oune plus proche de leur lieu de stockage et délaissent le hameau du Puig del Mas pour s'abriter au bord de la mer.
Les somatents mouillent les bateaux sous pavillon variable hors des limites littorales sans surveillance, obligent les trafiquants à transborder les marchandises dans des grottes marines de la cote rocheuse.

Les barques réquisitionnées par la guerre font que le trafic par la terre va quadrupler le long des sentiers escarpés vers les crêtes de la frontière.
Le 22 frimaire An II-12 décembre 1793, après la défaite de la prise de Perpignan et les deux victoires de Trouillas et du Boulou au puig Sangli font qu'Antonio Ricardos, chef de l'Armée de la Catalogne reçoit l'ordre de la cour royale de maintenir l'occupation de son armée dans le département, malade il entreprend une tournée d'hiver pour mobiliser ses troupes dans les fortifications.
Ses efforts portent sur les dispositifs de retraits à 40 km de Perpignan par les cols des Albères jouxtant la frontière et sur l'occupation des ports pour une évacuation par la mer.
Le 22 frimaire An II-12 décembre 1793, malgré l'opposition de Luc Siméon Dagobert et de Louis-Marie Turreau, les représentants du peuple Claude Fabre de l'Hérault et Raymond Gaston exposent un projet d'expédition élaboré pendant le conseil de guerre du 23 octobre 1793 pour prendre la citadelle de Roses.
Louis-Marie Turreau écrit au ministre de la guerre pour affirmer son désaccord à l'expédition et demande à être relevé de ses fonctions en raison de son inutilité comme chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le général Eustache Daoust désigne Louis-Pierre Delattre, ingénieur de génie et récent vainqueur des espagnols au campement d'Argeles pour mener l'expédition.
Luc Siméon Dagobert est mandaté pour faire diversion durant cette expédition en attaquant les divisions espagnoles de Céret et de Montesquieu. Le général Eustache Daoust maintient une présence au QG du Boulou.
Le général Louis-Pierre Delattre étudie la topographie du relief et divise en 3 bataillons, son détachement parti de Collioure vers 6 heures du matin.
Les 3 colonnes traversent la frontière par 3 cols différents pour faciliter la réussite de l'expédition et rejoindre la citadelle de Roses.

Le 22 frimaire An II-12 décembre 1793, Juan Curten et 7 000 fantassins et cavaliers partent du camp de Villelongue pour faire avorter cette expédition.
La cavalerie espagnole d'Andalousie aux ordres de José Iturrigaray se tient à Argeles pour couper tout convoi de secours et de ravitaillements.
L'Etat-Major en désaccord avec Louis-Pierre Delattre ne lui attribue pas une logistique de transport, d'armement et de ravitaillement pour mener à bien son expédition de détruire Rosas.
La marche de son unité progresse péniblement pendant 11 heures avec peu de nourritures.
A 17 heures, la colonne du centre arrive la première à Banyuls de la Maresma.
Une pluie froide hivernale tombe en continue depuis 3 jours sur le massif des Albères, fait déborder les ruisseaux à sec sur les sentiers et rend la marche difficile sur les pentes raides des roches schisteuses glissantes.
La 1ere colonne formée de 1 948 hommes dont le 8ème bataillon des volontaires de l'Aude commandés par le chef de brigade Raymond Viviès-La Prade longe à gauche la côte vers le col del Bélitres (268 m) par les sentiers de la tour de Carroig et les ravins de Querfoig proches du cap Cerbère pour atteindre le village de Llança en Espagne et rallier le port de Roses avec l'appui de l'artillerie.

Le 24 frimaire An II-14 décembre 1793 à l'aube, le général Louis-Pierre Delattre installe ses troupes en bataille devant leur retranchement face aux espagnols du 1er et 6eme bataillons des gardes wallones du général Juan Curten.
Son bataillon contourne les deux ailes puis sépare et bouscule l'arrière de la colonne sur le plateau del Erras.
Ses fantassins s'emparent des batteries de canons à l'Ouest de Banyuls de la Maresma en blessant le général en chef Juan Curten.
La 2eme colonne disposée au centre sous les ordres du colonel Antoine-Guillaume Rampon, 44 ans, plus longue formée de 2 326 hommes du 3eme bataillon de l'Ariège marche depuis 2 heures à 8 km de la tour de la Massane vers le col de Banyuls (561 m) pour traverser la frontière, descendre les pentes en direction du bourg d'Espolla se retrouve face aux 1 400 espagnols du général Ildefonso Arias.
Louis-Pierre Delattre hisse son artillerie sur les collines. La nuit tombe vite en hiver, aucune des deux armées ne décident à s'affronter.
Le général Louis-Pierre Delattre inquiet par le retard de la 3eme brigade, bivouaque avec ses fantassins et rencontre le maire de Banyuls de la Maresma André Rocarias pour obtenir le soutien de la population et avoir des nouvelles de la division égarée.

Le 25 frimaire An II-15 décembre 1793, Juan Curten blessé la veille, laisse le commandement des dragons de Lusitanie et de Burgos à José Miguel Vives qui installe son campement sur le puig de la Calma.
La 2eme colonne aux ordres du général Eugenio Navarro et la 3eme colonne commandée par Francisco Castrillo ont pour mission de s'emparer avec leurs artilleurs des batteries françaises établies sur la crête de Biara.
La 4eme colonne de cavaliers commandée par Lluis Fermin Carvajal au col de Vallauria oblige les troupes françaises à se retirer vers Banyuls del Maresma.

La retraite des fantassins français vers Port-Vendres oblige les 4 600 somatents de Banyuls de la Maresma et son maire André Rocarias habillé de son gilet court à boutons d'argent, sa large ceinture de feutrine rouge écarlate à la taille, à se lancer à l'assaut avec l'appui de François Cabot futur maire, sur les hauteurs de Balaguer contre les deux colonnes espagnoles de Francisco Castrillo et celle de Francisco Solano pour retarder l'envahisseur et le pillage de leur bourg.
Le général Lluis Fermin Carvajal découvre la puissance des somatents catalans, une organisation de la population qu'il met en place en Catalogne sous son commandement, le 06 mai 1794 à Barcelona.
Les cris des femmes, des mères, des épouses, toutes unies dans leur course en furie, les fusils entrelacés aux épaules, le tablier rempli de munitions raniment les derniers espoirs.
La bruyante cohue des gamins comme une nuée de papillons, les mêmes que ceux du prairial levant leur fourche rameutant les dernières énergies armés de sabres et démontre la fierté d'être aux cotés des hommes insoumis coiffés de leur baratine rouge qui tirent sur l'envahisseur.
Cette communauté isolée, à 40 km au Sud de Perpignan et 8 km du bourg d'Espolla, a banni la pratique du Français et demeure à contretemps aux droits de la république et préfère appliquer l'intégralité des droits et des "Usatges" de la Catalogne par lequel l'article 36 stipulant que les armes à feu sont insaisissables et doivent être prises dès le tintement de la cloche de Sant Joan de la Rectorie.
Histoire de cette population qui garantit et applique le double usage des somatents.
L'hospitalité sacrée de l'immigré et le droit de défendre leur bourg.

Le 25 frimaire An II-15 décembre 1793, Pourquoi la 3eme colonne de droite n'est-elle pas au rassemblement ?
Que s'est-il passé depuis le départ de Collioure ?
La 3eme colonne formée de 1 628 fantassins sous les ordres de Bertrand Clauzel, neveu du représentant du peuple Jean-Baptiste Clauzel marche par des sentiers rocailleux pour rallier à l'Ouest le col de Banyuls et rencontrer les colonnes de gauche et du centre, prend par mégarde le col de l'Orry plus haut et plus difficile d'accès par l'ascension des 1 026 mètres du pic del Pradets enneigé, s'égare et se rabat vers le castell de Requesens pour s'abriter de l'épuisement.
Les troupes du 53eme et 43eme régiments d'infanterie de l'Est, sans nourriture et sans moyen de transports sont obligées à se réfugier avant la nuit et la pluie froide au bourg de Cantallops où ils bivouaquent.
Le 26 frimaire An II-16 décembre 1793, les fantassins français affamés pillent la nourriture et les tonneaux de vin dans les fermes de Cantallops.
Leur position est éloignée du lieu de rassemblement, le brigadier Bertrand Clauzel décide de se rendre au bourg d'Espolla.
Les hommes rassasiés descendent les berges du ruisseau d'Anyet en direction du bourg Vilartolli lorsqu'ils sont attaqués par les fantassins de Luis Miquel Vives et arrivent peu nombreux au bourg Vilartolli.
Pendant ce temps, les 2 premières colonnes quittent vers 17 heures Banyuls del Maresma pour entrer en Espagne.
Toute la journée, les 2 colonnes se défendent contre les fantassins d'Ildefonso Arias qui leur barre la route et les contraignent à se replier avant la nuit au bourg d'Espolla.
Le lendemain matin, les renforts des troupes espagnoles de Lluis Miquel Vives prennent l'offensive sur les troupes françaises qui regagnent la France par le col de Banyuls.

Le 29 frimaire An II-19 décembre 1793, Claude Fabre de l'Hérault envoie des renforts aux secours des fantassins français blessés concentrés au col Serra.
Antoine-Guillaume Rampon et les rescapés du 3eme bataillon de l'Ariège sont fait prisonniers à Port-Vendres.
Cette expédition contre la citadelle de Roses est un échec, elle s'arrête au bourg d'Espolla.

Un mois plus tard, le 19 janvier 1794, les généraux Eustache Daoust, Louis-Pierre François Delattre et Pierre-François Chaillet-Vergès sont arrêtés sous dénonciations de Louis-Marie Turreau, présentés comme traîtres à la patrie devant le tribunal révolutionnaire de Paris par François-Amédée Doppet.
Ils sont exécutés le 2 juillet 1794 sur la place du Trône à Paris.

Lisabuzz.com Parle de 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L'ESPAGNE :

N'y allons pas par quatre chemins, 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L ESPAGNE est proprement hallucinant.
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