Sources : "Catalunya i la Guerra Gran". Fabregas Roig-Edition Tarragona 2000.


L'occupation du département a nourri deux armées qui adoptent un pillage effréné, font main basse sur l'argenterie, l'ameublement des demeures visitées, détruisent les fermes, les étables et les écuries.
Les catalans sont les éléments essentiels dans la zone d'un territoire jadis unis ou la frontière n'a pas effacer l'unité cuturelle et l'enracinement populaire de la religion, ils subissent la souffrance et le traumatisme de l'oppression d'une guerre civile et les engagements sont la survie quotidienne.
Les lendemains des combats n'entrainent pas que des maraudeurs, il y a des blessés, des prisonniers, des déserteurs.
Cette guerre est très meurtrière, elle fait perdre des familles en age de soutenir la croissance démographique et de produire l'effort économique au développement du département
Le drame des somatents, ces femmes et ces hommes qui combattent pour la défense des valeurs universelles de liberté, de démocratie et d'émancipation libèrent l'énergie mais gardent des cicatrices qui ne se referment pas.
Les nouveaux maitres du Languedoc multiplient les provocations dans les Pyrénées-Orientales, ils occupent les postes principaux de l'administration car l'impérialisme jacobin accepte très mal l'entêtement de l'autonomie catalane en faveur de la Catalogne.
La disparition de l'Université.
La suppression du Collège et du Séminaire.
Le transfert de la division militaire à Toulouse.
Le nouvel archevêché rattaché à Carcassonne.
La cour d'Appel déménagée à Montpellier.
Sans ses anciennes institutions, le département des Pyrénées-Orientales est une province pauvre, hors d'état de se défendre, la Révolution a projette dans l'avenir un passé fortement embelli par l'imaginaire collectif.
Le nouveau régime a beaucoup détruit et faute d'argent rien reconstruit.
La paix de Bâle laisse un champ de ruine à rebâtir, une tempête de souffrances et de misères, des services publics en régression généralisée et un manque d'effort financier de l'Etat inexistant.
La relative immobilité des habitants qui ont à résoudre l'affrontement des clans antagonistes dans les communes ou les vieilles solidarités ne servent plus de contrepoids.
Les confrontations engagent les émigrés contre les natifs, les révolutionnaires contre les royalistes, les agriculteurs contre les citadins, les pauvres contre les riches.
Le département paye cher l'impôt du sang car l'Etat n'offre pas davantage et demande trop d'effort.
La guerre provoque le chaos économique par l'intrusion du papier monnaie dans le département.
Les moyens de communication se sont dégradés par le passage des troupes.
Les routes restent à l'abandon durant 15 ans. Deux axes routiers fréquentés comme la route d'Espagne par le Perthus jusqu'à Narbonne et la route de Perpignan jusqu'à Prades sont entretenues.
Les grandes infrastructures commencées durant les années 1770 et 1780 fautes de crédit sont abandonnées.

Port-Vendres n'est plus dragué depuis 1792 s'est ensablé.
Commencé en 1787, le pont d'Elne pour se rendre de Perpignan à Argelès est lamentablement abandonné quand le Tech est en crue, il faut faire un détour de 50 km.
Le pont de Rodés qui relie les chemins du Conflent et de Fenouillèdes fait figure d'oublié avec sa passerelle de madriers et de planches.
Les digues non entretenues des bas quartiers de Perpignan donnent des signes inquiétants d'inondation à chaque crue de la rivière Têt.
La chasse du clergé a ruiné le système scolaire, paralysé l'enseignement primaire et détruit son Université.
La santé publique et l'assistance sont en recul, rien de bien exaltant.
Les hôpitaux et les hospices existants sous l'Ancien Régime sont délaissés par le manque de moyen financier attribué, deviennent vétustes complètement désorganisés par l'exil de leur personnel ecclésiastique.
Après les réquisitions abusives, les pillages, les dévastations, le blocus maritime, les nouveaux systèmes fiscaux en place sont moins inégalitaires mais plus lourds.
Toutes les opérations sont directement en prise avec l'oubli.
Il y a que la mémoire de l'habitude dans le geste et dans l'intimité.
La mémoire habitée coté du vainqueur ne l'égalise pas le passé et regarde l'avenir par sa destruction.
La destruction est partout.
La démolition : se débarasser par le remblaiment des ruines.
Démolir les repères visuels du paysage qui se prête plus facilement que la population au changement.
L'individu qui oubli perd son identité, se détache de sa famille qui le lie à la communauté.
"Il y a des lieux de mémoire parce qu'il y a plus de milieu de mémoire". écrit l'historien Pierre Nora.
Les documents et les archives de guerre décrivent les affrontements militaires avec une population absente, inexistante comme si le Roussillon n'a pas d'habitant.
La Convention Nationale délaisse le citoyen.
Le deuil immense par la perte des morts, la multitude d'handicapés provoquent dans le département des souffrances profondes.
Le décret du 27 ventôse An VIII demande aux chefs-lieux du département de dresser une colonne à la mémoire des patriotes morts pour la défense du territoire.
A Paris, 2 monuments construits subsistent :
La place Vendôme et la colonne place de la Concorde.

En Roussillon, les monuments construits évoquant la guerre de 1793-1795 sont des curiosités par leur rareté.
Le 6 mars 1898, à 5 km au Nord-Ouest de Perpignan en bordure des pistes de l’aéroport Llabanère de Perpignan, le village de Peyrestortes inaugure un monument commémorant la bataille du 17 septembre 1793.
Un obélisque surmonté d'une couronne de lauriers symbole du triomphe construit en 1894 et inauguré le 6 mars 1898 par Edmond Robert, préfet des Pyrénées-Orientales, Emile Parés, président du Conseil Général, Jean Marty, maire de Peyrestortes et Girard, trésorier du comité des fêtes.
Le monument est gravé de l'inscription suivante :
"A la mémoire de l'armée des Pyrénées-Orientales qui combattirent à Peyrestortes sous la conduite des conventionnels Cassaynes, Fabre, des généraux Daoust et Goguet."
Après les discours, un banquet est servi à l'école de Peyrestortes dont les textes sont publiés dans l'Indépendant de l'époque.
Le monument modeste, peu onéreux met évidence le génie de l'architecte et le talent du sculpteur du département à l'honneur.
Cet architecte-ingénieur catalan Joseph Ferréol Carbasse né le 5 décembre 1857 à Perpignan, diplômé de l'école des Beaux-Arts de Paris et de l'influence de l'école architecte Paul-René Ginain. Son prodigieux talent est méconnu dans les Pyrénées-Orientales.
Il est nommé le 3 avril 1888, inspecteur des travaux diocésains suite au décès de son beau-frère Gustave Remorain.
Ensemble, ils ont construit :
  • Le Théâtre Municipal de Perpignan.
  • Le quai de la rive gauche de La Basse.
  • La création du cimetière de l'Ouest.
  • Le couvent de la Miséricorde.
  • Le collège Saint Louis de Gonzague.
  • En 1886, l'église de Pézilla la Rivière.

  • Les œuvres de l'architecte Joseph Ferréol Carbasse sont fantastiques, malheureusement pas assez reconnus.
    Il suffit de se promener dans le square Bir-Hakeim à Perpignan pour découvrir les œuvres de Joseph Ferréol Carbasse et de son ami sculpteur Jean-Baptiste Belloc.
    Ces oeuvres vous transportent à chacun de vos pas des Temps futurs(1897) au Printemps et Bacchus et Fontaine des platanes (1899).
    Longer le boulevard Anatole-France pour être médusé par la beauté de la colonne en pierre de 10 m, l'œuvre de l'architecte Joseph Ferréol Carbasse avec au sommet la statue en bronze du sculpteur Jean-Baptiste Belloc representant la Victoire, une femme ailée tenant une épée à son coté "La Revanche" monument aux morts de la guerre de 1870-1871 que les entrepreneurs Jules Rousseau Massette et Lacombe ont su mettre en valeur et inauguré le 12 aout 1895 par le maire Eugène Bardou.
    Il démissionne en 1894 à la suite de mauvais rapports avec Léon Bénouville l'architecte chargé des édifices dioésains de Perpignan en place depuis le 30 juin 1892.
    Joseph Ferréol Carbasse décède à Perpignan dans l'anonymat en 1906.
    Le 12 août 1894, inauguration du monument de la défense du col de Banyuls.
    Une sculpture en pierre taillée de 6 m de haut mis en place par l'entrepreneur Joseph Condine face à la mer, place Paul Reig, son dos est orienté vers la mairie de Banyuls de la Marenda.
    Le socle mouluré à emmarchement pyramidal de plan carré supporte l'obélisque. Ses bornes d'angle sont pourvues d'une grille de protection en fer forgé avec un entourage moderne en bassin de fleurs circulaires à l'extérieur.
    Son sommet est conçu d'un ornement à tour crénelée aux armoiries de la ville, à tête de résistance sculptée d'une guirlande végétale où s'entremêle des feuilles de laurier et de palme ornées d'un médaillon en bronze représentant le profil d'André Rocaries coiffé d'une baratine maire de 1793.
    Sur la face d'honneur de l'obélisque, une dédicace gravée en lettres capitales :
    "Aux habitants de Banyuls-sur-Mer qui ont combattu pour la patrie sous la conduite de leur maire."
    Sur la face arrière de l'obélisque l'inscription gravée :
    "L'armée des Pyrénées-Orientales ne cesse de bien mériter de la patrie les citoyens de Banyuls-sur-Mer ont bien mérité de la patrie il sera élevé à Banyuls un obélisque de granit décret de la convention nationale 5 prairial an II de la république."
    Sur le médaillon fondu en signature relief la transcription : "1793-1794."
    La disposition actuelle est différente puisque le monument est situé au centre du rond-point sur l'avenue ouverte à la polution des véhicules.
    Jean-Baptiste Belloc (1863-1919) sculpteur catalan donne des cours au sculpteur Auguste Rodin puis se rend en Algérie.
    Le 25 avril 1909 à Constantine (Algérie), il crée la statue sur la place général La Moricière devant le casino municipal et le garage Citröen au croisement de l'avenue de la Breche à l'extrémité de l'avenue Pierre Liagre.
    La pierre reçoit les inscriptions éternelles et rappellent que les combattants morts ne peuvent pas être oubliés.
    L'inscription gravée placée en pleine lumière fait que la mémoire locale est perpétuelle et le culte des soldats morts évoqués aux cérémonies par les anciens aux nouvelles générations ne doit pas être interrompu.

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