Sources : "Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution." Jomini A.H.-édition Paris 1820-1824.


La commanderie des Templiers du mas Deù prononcé "Déou" est lancée après le concile de Troyes du 13 janvier 1129, bâtie en 1133, en même temps celle des Templiers de Bajoles à Cabestany.
En 1312, ce préceptoire après la dissolution des Templiers passe aux ordres de Jérusalem et du Temple de Salomon abrite 26 frères cisterciens.
Le mas Deù est une étape essentielle, un lieu d'accueil sur le chemin des pèlerins pour la reconquête de la guerre sainte.
Ces précepteurs gèrent des domaines agricoles, des moulins pour financer les croisades des rois de Barcelona.
Son rayonnement et sa popularité font du mas Deù un emplacement célèbre, un lieu de référence au delà du pays.
Son administration aux mains successives des chevaliers donateurs précepteurs locaux d'Arnau de Peyrestortes, de Pons du Vernet, de Pere de Fenouillet.
En 1642, les troupes françaises pillent, détruisent et rasent la commanderie des templiers de Bajoles appartenant aux Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, seule la commanderie du mas Deù demeure.
En 1792, la commanderie du mas Deù n'est pas une forteresse, ni un château, c'est un groupe de maisons en forme d'un quadrilatère de 75 m de coté avec des murs de pierre haut de 5 m qui servent de remparts.
Les murs sont flanqués de 4 tours aux angles qui protègent les bâtiments et à l'intérieur le puits et sur le mur Est l'église juxtaposée au cimetière.
L'ancienne préceptorat Mansus Dei est un refuge aux serviteurs de la confraternité dirigé par le commandeur Jordi Serra, il est une cible contre la chrétienté.
La veille du 14 mai 1793 est arrivé le général en chef Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers, un talent militaire incontestable, un homme de courage et d'engagement, le digne adversaire pour contrer l'avancée d'Antonio Ricardos, il prend le commandement de l'Armée des Pyrénées-Orientales. Il fait sortir les brigades en garnison dans la citadelle de Perpignan.
Avec lui, sont venus en renfort de l'Armée d'Italie, le général de brigade Dagobert De Fontenille, le colonel Jean De Massia, le colonel Eustache Daoust, l'adjudant général Gaspard Giacomini et Etienne Baude pour relever le défit et stopper l'avancée espagnole.
Le 15 mai 1793, le campement des troupes françaises se situe au sommet d'une colline de 80 m proche du mas Deù qui domine le vaste plateau déformé par ses larges ravins où coulent les 2 ruisseaux de Galcerana et du Caraig forment par leurs profondes berges, une défense naturelle et au mas d'Antoine de Ros comte de Saint-Féliu à 3 heures de marche de la citadelle de Perpignan.
Le campement occupe la lisière de la forêt domaniale de Caseneuve du Réart en plein cœur de la plaine des Aspres.
Les Aspres, cette région aride et caillouteuse aux contreforts orientaux du massif du Canigou est entourée des bourgs de Llupia, de Ponteilla, de Trouillas.
Au Nord du bourg d'Oms, proche de la source du Réart qui se dirige vers le village de Fourques oblique vers Villemolaque puis vers la commune de Pollestres.

Quel est la stratégie mise en place ?
L'Etat-Major français formé de François-Joseph Louis Darut De Grandpré né à Valréas (34), de Joseph-Etienne Timoléon D’Hargenvillier né à Ganges (34), Anne François Mellinet né à Corbeil, de Pierre-Joseph Joubert De La Salette né à Grenoble et de Jean Comte Fabre De Lamartillière né à Nimes (30) mettent au point une stratégie simple pour gagner la bataille du mas Deù :
  • Etablir un puissant pilonnage par l'artillerie avant le levé du jour pour maintenir les fantassins espagnols sur leur position puis à l'aube faire charger par des fausses manœuvres la division gauche française contre la division droite espagnole afin que la division droite française renforcer en hommes passe à l'offensive, frappe et écrase la division gauche espagnole.
Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers distribue les troupes aux généraux et sur les conseils de Joseph-Etienne Timoléon D’Hargenvillier, il renforce la division de Dagobert De Fontenille au village de Thuir prononcé "Tuïr cellera" un groupement de fermes qui sert de greniers à grains à une distance de 13 km de la citadelle de Perpignan.
En 1793, le maire de Thuir Joseph Roca est un conventionnel progressiste qui multiplie les activités commerçantes sous forme d'élevage, de manufactures de draps, d'ateliers de tanneries, de poteries et de tuileries.
Le village de Thuir possède le statut de bourg royal de Castelnou, il est traversé par le ruisseau la "Basse", un affluent de la rivière Têt.
La vicomté a construit les canaux ainsi que la double muraille en ruine et les 2 tours jouxtant le bourg.
Dans le quartier Ouest, proche de la commune Sainte Colombe sont bâtis en 1589 le couvent des Capucins et l'ermitage Sant Sebastià.
L'église Sainte Marie de la Victoire de construction récente est bati sur les ruines de l'ancienne église romane Saint Pierre conserve le bénitier de 1708, les 2 cloches de 1686 et la vierge noire à l'enfant en plomb.

Le 16 mai 1793, le commandant en chef de l'Armée de Catalogne Antonio Ricardos part du village de Céret avec 4 colonnes de 12 000 hommes, 3 000 cavaliers 24 canons et 6 obusiers, après une marche de 5 h, son armée arrive face à la commanderie du mas Deù.
Cette route forme l'axe central pour établir un mouvement pivotant afin d'investir en tenaille la citadelle de Perpignan et protéger en même temps la réserve du général José Urrutia au village d'Ille sur Têt.
Le 16 mai 1793, quel est le dispositif français pour le combat ?
Les français prennent l'initiative du champ de bataille qu'ils ont étudié.
Ils campent depuis 2 jours dans un terrain entre 2 rivières : la Cantarana et le Réart.
Avec un effectif de 5 000 hommes, 300 cavaliers et 15 canons et 9 obusiers.
Le 17 mai 1793, à 4 h du matin Antonio Ricardos lance l'offensive de la bataille de Thuir qui se déroule sur 3 jours : les 17-18-19 mai 1793, nom de code "bataille du mas Deù" trop souvent confondue avec "la bataille de Trouillas" qui à lieu le 22 septembre 1793.
La division de droite espagnole 4 860 hommes, sur la route du bourg de Villemolaque face au village de Nyls aux ordres de Pedro Alcantara, duc d'Osuna, 38 ans, secondé par Pedro Mendinueta, 57 ans et d'Alonso De Solís, duc de Montellano est composée des :
  • 4 bataillons des gardes royales, du bataillon des artilleurs d'Andalusia, du bataillon de Mallorca, des volontaires de Catalunya.
  • du régiment des cavaliers del Principes, du régiment del Infante, de Calatrava et des dragons de Pavie.
La division de gauche française avec 1 180 hommes en face, se tient sur la route du village de Bages à coté de Pollestres aux ordres de Claude Souchon De Champron, général né à Montélimar à la tête du 1er bataillon des volontaires du Mont-Blanc avec l'appui des brigades :
  • Pierre Banel qui dirige le7ème bataillon de l'Aude.
  • Paul-Louis Gaultier Kerveguen aux ordres de la 3ème compagnie de Lavaur.
  • Pierre Sauret qui dirige le 7ème bataillon de Champagne.
  • Charles Dugua, né à Toulouse appuyé par le 2eme bataillon des artilleurs du Gard.
Les divisions du centre en réserve ne peuvent pas lancer d'attaque frontale car l'état du terrain lacéré par des profondes brèches comme des failles raides font que les mouvements d'assauts sont suicidaires.
Elles sont dirigées par les commandants en chef des armées :
  • Antonio Ricardos avec l'appui de Lluis Fermin Carvajal et 2 460 hommes pour les espagnols.
  • Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers avec l'appui de Joseph-Etienne Timoléon D’Hargenvillier et ses 740 hommes pour les français.
La division de gauche espagnole avec 4 680 hommes sur le chemin du village de Thuir proche du village de Trouillas aux ordres de Juan Curten, Rafael Adorno et José Crespo est formée :
  • des 3 bataillons des gardes Wallonnes, des 3 compagnies de Tarragona, de la compagnie de Grenada, de Valencia et de Burgos.
  • du régiment de cavalerie de Lusitania.
  • des artilleurs de Castilla la Nueva et du bataillon irlandais du lieutenant-général Garceran De Vilalba.
La division de droite française avec 2 680 hommes, en face est sur la route du village de Thuir à coté de Ponteilla avec l'avant-garde sur l'extrême droite sous les ordres de Luc Siméon Dagobert De Fontenille qui commande les brigades.
  • Jacques-Laurent Gilly né à Fournes (Gard) dirige le 2ème bataillon du Gard,
  • Guillaume Mirabel né à Fitou (Aude) à la tête de la cavalerie de l'Hérault,
  • Louis-André Bon, commande le 9 ème bataillon de la Drome,
  • Jean-Jacques Causse dirige le 1er bataillon des volontaires du Mont-Blanc,
  • la brigade de cavalerie du chef de brigade guadeloupéen Antoine Béthencourt avec ses 180 cavaliers.
Au moment où la cavalerie de Lluis Firmin Carvajal manœuvre, Juan Curten avec les fantassins des gardes Wallones contournent le village de Thuir pour attaquer les flancs du camp du mas Deu.
Le17 mai 1793, à 5 heures du matin a lieu un long combat d'artilleurs.
Les 2 batteries espagnoles de 12 canons de 4 et 4 obusiers de 6 aux ordres du prince Montforte engagent le feu font des brèches et retardent l'élan de la cavalerie française pour les forcer à se retirer.
Les canons bombardent jusqu' à 9 heures du matin le plateau car les troupes françaises s'abritent dans les ravins qui font offices de tranchées.
Le 18 mai 1793,aucun des camps ne prend l'avantage sur l'autre.
L'effectif des troupes françaises de moitié celle des troupes espagnoles s'est parfaitement comporté et les 3 divisions n'ont pas reculé sous le violent combat d'artillerie.
Antonio Ricardos ordonne à sa division au centre de se regrouper avec les escadrons en réserve venus de Saint Féliu d'Avall aux ordres d'Aguilar del Campoo, de Manuel Cagigal et de José Urrutia pour percer le centre de la position française des généraux Victor-Amédée Willot et Paul-Louis Gaultier Kerveguen.
Le général Paul-Louis Gaultier Kerveguen lance son bataillon sur le côté droit avec la troupe de réserve afin de tromper l'aile espagnole de Manuel Cagigal pour l'obliger à se rendre sur cette aile.
La feinte sur l'aile gauche ne fonctionne pas.
La brigade de Victor-Amedé Willot et le 2eme bataillon des artilleurs du Gard sous les ordres de Charles Dugua bombardent avec ses obusiers pour protéger le retrait des fantassins de Paul-Louis Gaultier Kerveguen.
Les combats persistent pendant 5 heures.

La nuit du 18 au 19 mai 1793, chaque camp protégé par les ravins reste sur leurs positions repliées au cœur des forets, mais l'effectif des troupes espagnoles plus conséquent s'étire sur les avancées des campements français.
Cette nuit est essentielle dans le déroulement de la bataille car une rumeur de massacre des guetteurs et d'attaques des avant-postes fait que les sentinelles et les vigiles s'affrontent à 3 heures du matin par de longues séquences de fusillade qui mettent le désordre dans le campement français ou les fantassins pris de panique quittent leurs tentes durant la nuit pour se réfugier dans la citadelle de Perpignan.
A l'aube, Bonaventure Benet dit Pepe Taqui, curé de Pollestres enterre les morts mais il est aussi un agent de liaison à la charge du colonel Joan Auberni, son cousin engagé dans le régiment de Catalogne à qui il transmet la position et l'état de chaque régiment français.
Le 19 mai 1793, le 2eme bataillon de Champagne sous les ordres du chef de brigade Pierre-François Sauret blessé à la jambe est débordé par le manque d'homme. Le bataillon se croit coupé en 2 alors qu'il est contourné au mas Comte. La panique s'installe dans l'aile gauche française où les hommes abandonnent le terrain en fuyant.
Antonio Ricardos profite de cette erreur tactique pour lancer la cavalerie de Pedro Alcantara, duc d'Osuna qui pénètre dans le camp de Thuir appuyée par les tirs incessants des 14 canons espagnols.
Dagobert De Fontenille dégarnit sa cavalerie de gauche pour contrer l'intrusion des cavaliers du duc d'Ossuna.
Il lance à l'assaut le bataillon des volontaires de Béziers avec l'appui du 2ème bataillon de la Haute-Garonne aux ordres d'Alexandre Du Berry, adjudant major.
Les fantassins surpris par la vigueur et la précision des tirs espagnols se retirent du combat et abandonnent leurs artilleries et leurs tentes.
Guillaume Mirabel avec sa cavalerie protègent le retrait des hommes quand lui-même est blessé à la jambe par un éclat d'obus..
Le général en chef Louis-Charles La Motte-Ango, vicomte De Flers forme un bataillon avec des fantassins en fuite mais la cavalerie espagnole fait reculer la formation.
Le 20 mai 1793, la plaine d'Aspres, un décor apocalyptique jonchée de cadavres, de canons restés dans les batteries par la fuite des charretiers, des canons détruits sont jetés au fond des ravins.
La multitude des militaires et des fuyards réfugiés au cœur de la ville de Perpignan compromet l'équilibre, terrorise les habitants et oblige le commissaire ordonnateur à autoriser la prise des maisons des émigrés, des églises, des couvents pour se loger chez l'habitant.

Le commandant en chef le général Louis-Charles De Flers adresse une longue proclamation aux troupes:
"…Soldats, une grande lâcheté vient d'être commise : une partie des défenseurs de la liberté ont fui devant les satellites du despotisme…".
Dagobert De Fontenille qui n'a pas quitté sa position est nommé au grade de général divisionnaire. Son erreur de stratégie s'est de n'avoir à aucun moment durant les combats relié les 2 divisions. Pierre Sauret est promu colonel.
Le 24 mai 1793, 5 jours après la défaite du mas Deù, le commandant en chef Louis-Charles De Flers se lance dans la construction du camp de l'Union pour désenclaver la ville de Perpignan.
Le camp de l'Union est né du talent du chef du génie Marc-Antoine De Vialis et de son capitaine Victor Andréossy qui donnent naissance à l'ouvrage au Sud-Ouest proche du mas de Serrât d'en Vaquer, à droite du moulin d'Orles et à gauche du bourg de Cabestany.
La victoire espagnole à la commanderie du mas Deù ouvre la route des Aspres et l'Armée de la Catalogne est maîtresse de la vallée du Tech. Antonio Ricardos gagnera-t-il la bataille de la vallée du Têt ?
Le 16 octobre 1793, Pedro Alcantera, 9ème duc d'Osuna est muté dans l'Armée de Navarre à la suite de son attitude attentiste lors des combats et de ses erreurs de subordination envers le commandement d'Antonio Ricardos.
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