Sources : "Gazetta de Madrid N° 58" Madrid el 3 juliol 1795-Biblioteca Palau de Peralada-manuscrit N° 91.


L'hiver désastreux de l'An III a été une catastrophe par ses tempêtes de neiges et sa longue période de gel.
Début février 1795, l'avoine fait défaut dans les garnisons abandonnées.
Barthelemy Scherer s'aperçoit que l'Armée des Pyrénées-Orientales est une armée délaissée où le typhus extermine les troupes.
Le commissaire de la république Pierre Delbrel épuisé et malade obtient un congé de 6 semaines, il est remplacé en avril 1795 par Jean Pelet de Lozère.
Un mois après, Jean-François Goupilleau est rappelé sur les bancs de la Convention Nationale, Joseph-Etienne Projean lui succède.
Dès leur arrivée, les 2 commissaires reçoivent des plaintes sur l'ampleur des désertions, sur le manque de renforts et sur la pénurie de subsistances qui anéantissent les bataillons puisque les magasins sont vides.
La cavalerie est décimée par manque de foin, nombreux sont les chevaux abattus.
500 cavaliers partent à Salle d'Aude pour paitre l'herbe à l'embouchure de l'Aude car le Q.G de Figures n'a plus de fourrage.
Cette tragique pénurie contraste avec l'abondante richesse de cette plaine d'Ampurdan que l'Armée des Pyrénées-Orientales occupe.
Charles-Pierre Augereau et Jean Pelet de Lozère demandent au récent chef d'armée Barthelemy Scherer de s'emparer des récoltes de fourrage situées dans la plaine.
Le concept de la bataille est de protéger les convois de charrettes dans les champs de céréales par des escadrons d'artilleurs à une distance nécessaire des combats pour faucher les prairies et récupérer la récolte, aidés par des fantassins faucheurs qui ramassent le blé.
Un chariot agricole de fourrage nourrit 40 chevaux durant 24 heures.
Les faucheurs sont des paysans volontaires recrutés et des militaires cultivateurs pour qui faire une moisson où récolter du fourrage dans les champs est un geste et un acte habituel.
La bataille du blé est lancée à Pontós, à l'aube de cette chaude matinée du 26 prairial An III.
En 1795, Pontós est un bourg paisible de 348 habitants qui se consacrent à l'élevage de porcs, de vaches, de brebis et à la culture du blé en alternant l'orge et l'avoine dans les champs.
Ses terres riches et fertiles appartiennent au monastère de Camprodon, menacées souvent par les droits féodaux des comtes de Besalú et de Gerona.
Le "Pontós" qui donne le nom au bourg est situé à 2 Km au Nord-Ouest à Ordis, ce pont enjambe la rivière el Fluvià près du mas Castellar.
Les dominicains de Sant Père de Camprodon ont construit plusieurs maisons qui forment le hameau de Romanyà riche par ses champs de céréales, ses moulins et ont bâti au N-O du bourg, l'église de Sant Médir puis sur la route de Gerona à 2 km au Sud du village l'ermitage de Santa Anna de Pontós.
Le bourg de Pontós se situe au cœur de cette longue plaine d'el Fluvia où le vent fait onduler ses champs à perte de vue comme un océan de richesse.
Les champs de blés dorés descendent en pente douce et contrastent avec la noirceur des champs d'orges encastrés entre les deux collines peu élevées garnies à leur sommet de pins et de chênes, elles sont séparées par la jonction du ruisseau Alguema affluent d'el Manol au Nord et celui d'el Fluvià au Sud.
Au sommet de la première colline de 500 mètres au Sud est édifié le château de Pontós construit par Dalmau de Creixell.
En 1374, le château est la propriété de Francesc Sagarriga, il ne subsiste à l'Est que les murailles en ruine et ses meurtrières et au Sud l'ouverture de la porte principale maintenue par deux tours.
Sur la deuxième colline au Nord est bâtie l'église Sant Martí patron du bourg composée d'une nef unique peinte à la chaux avec 3 autels latéraux et son clocher carré formant à son centre un arc.
José Urrutia comprend la tactique de Barthelemy Schérer qui s'avance au cœur de la plaine et qui étire ses deux ailes au maximum pour tourner ses divisions afin de protéger la division du centre aux ordres du général Honoré-Alexandre Hacquin depuis 3 heures du matin, il manœuvre avec ses files de centaines de chariots agricoles et leurs faucheurs.
José Urrutia avance pour provoquer les combats à l'Ouest du bourg de Pontos, les deux divisions frontales du 4eme régiment de Simancas, du 12éme régiment de Napoles et de Sicile qui marchent sur la gauche sous les ordres de Pedro Caro-Sureda et de sa cavalerie.
Ildefonso Arias Saavedra marche de front avec ses fantassins du 7éme régiment de la Corona appuyé derrière en protection par les deux colonnes de l'armée de Castille et les cavaliers de la Reine sous les ordres de Gregorio-Garcia La Cuesta.
La colonne la plus imposante se déplace sur la grande route et se dirige à droite vers le bourg d' Ermedàs où brusquement elle fait face au régiment de Touraine aux ordres du général Martial Beyrand âgé de 27 ans chef de l'Etat-Major.
L'affrontement des deux camps au pied de la butte de l'Ange est inévitable au milieu du champ de blé en forme demi-circulaire autour de la colline qui se déploie entre les bourgs de Pontós et d' Ermedàs.
Barthelemy Scherer change le dispositif d'attaque du général Honoré-Alexandre Hacquin qui s'étale sur 2 km par 4 colonnes en ligne droite
Il demande à la division du 2éme bataillon des artilleurs des Hautes-Alpes et à ses 1 900 fantassins à Vilamacolum de se rabattre vers le bourg Ermedàs pour consolider et soutenir les attaques d'Honoré-Alexandre Hacquin. Cette marche des fantassins est longue et retarde le déplacement de la division.
Face à eux s'avance la division du centre des gardes wallonnes espagnoles aux ordres des généraux Ildefonso Arias Saavedra et Domingo Izquierdo qui exécutent avec habilité et précision les ordres de José Urrutia et se battent avec acharnement pour éviter la jonction et le regroupement des deux divisions.
Les fantassins des généraux Antoine Bon de Marbot et Martial Beyran grimpent et s'emparent des hauteurs des bourgs de Pontos et d'Esponella défendus par les hommes du général Juan Vives sous les ordres des brigadiers Ulysse Albergoti et José Sentmanat et le colonel Casimir Bofarill.
Au bourg de Sant Père Pescador, le colonel Antoine Rougé à la tête du 7éme bataillon de Haute-Garonne comprenant 1 500 fantassins 300 cavaliers 4 obusiers a la lourde charge de ramener le maximum de chariots de blés et d'avoines de Sant Tomàs d'el Fluvià que les 2 100 fantassins du général François-Gilles Guillot ont récolté en 4 rangées de charrettes.
Au bourg de Ventalló, proche de Sant Pedro del Pescador se tient Manuel-Mario Aguirre ses hussards appuyés par le colonel Juan Ordonez et son 7ème régiment d'infanterie Sant Marcial et le régiment d'Aragon que commande Manuel Cagigal.
Face à lui à Torroella d'el Fluvià se tient le général Pierre Banel avec 1 600 fantassins, 100 cavaliers et 4 canons.
José Urrutia s'aperçoit que les combats de la division du centre de Gregorio La Cuesta sont immobilisés depuis 5 heures par les assauts incessants des hommes de Martial Beyran.
Il ordonne aux divisions d'Ildefonso Arias Saavedra et de Pedro Caro-Sureda de glisser de leur position et de s'emparer des ruines du château de Pontos.
Ce mouvement renforce la position de la colonne centrale et permet aux fantassins de Gregorio la Cuesta de traverser la rivière et de prendre d'assaut le bourg d'Ermedas.
Martial Beyran s'est rapproché des colonnes des généraux Léonard Duphot et Louis-André Bon pour renforcer sa colonne.
Pierre-François Augereau profite de l'abandon des positions aux sommets des collines par Gregorio La Cuesta et Francisco Taranco, pour convaincre Barthelemy Scherer de les poursuivre dans leur retraite pour punir l'armée de José Urrutia.
L'offensive de Pierre-François Augereau est un mauvais choix et va inverser le résultat de la bataille car la jonction des 3 divisions de Gregorio La Cuesta, d'Ildefonso Arias et de Pedro Caro-Sureda permet un revirement rapide de leur force par une intense puissance et un prompt enthousiasme, ils s'élancent ensemble dans un mouvement d'agression auxquels Barthelemy Scherer ne soupçonner pas la vigueur et l'ampleur.
La défaite française est accablante de nombreux militaires succombent dans ce nouvel affrontement.
Cela fait 10 heures que les combats ont débuté Gonzalo O' Farill et José Urrutia sortent vainqueurs à la suite de ce dernier assaut mais ils s'aperçoivent que les deux brigades françaises d'Antoine Rougé et François-Gilles Guillot traversent le gué de Vilarobau vers le bourg de Riumors avec 300 chariots de blé en direction du campement de Figueres.
La victoire à Pontós est acquise par l'Armée de la Catalogne suite à la défaite du deuxième assaut où trop de fantassins français périssent.
Barthelemy Scherer, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales s'octroie une fausse victoire par la prise d'un butin de 300 charrettes de blé et de troupeaux d'animaux.
Quelle bravoure pour un soldat de mourir pour de l'avoine, l'équivalent de nos jours de mourir pour du pétrole ou des métaux rares.