"Défendre l'indéfendable, défendre son ennemi est une tradition française qu'il faut respecter". Jacques Vergès-avocat-Palais des Congrès de Perpignan. 8/11/2009
Source:"Catalunya i la Guerra Gran" Josep-Fábregas Roig-Tarragona-2000.




22 Juillet 1795, la paix vient d'être signée à Bale. Les dispositions de l'article 12 est de rendre les prisonniers qui ont survécu.
Les instructions du décret du 30 Frimaire An II-20 décembre 1793 font que les prisonniers Espagnols et les déserteurs sont canalisés depuis les villes de Carcassonne et de Montpellier vers le département du Mont Dore (Riom-Clermont-Issoire-Thiers-Montaigut) nommé aujourd'hui Puy-De-Dôme plus éloigné de la frontière et des lieux de combats.
Dans les Pyrénées-Orientales, les prisonniers sont détenus dans 4 prisons vétustes et inadaptées.
Les prisons de la ville de Prades et celle de Céret sont des maisons d'arrêts de chef lieux où les prisonniers sont en instance de transfert.
L'insalubrité est aussi importante que l'insécurité, les évasions arrivent fréquemment.
Les 2 prisons de Perpignan :
  • Celle du Castillet est d'une capacité de 70 détenus.
  • Celle du couvent Sainte Claire est aménagé pour 90 prisonniers.

Les prisons municipales mal surveillées ont des cachots propices aux évasions.
Les prisonniers de guerre espagnols sont mal nourris et mal vêtus, ils portent par obligation un brassard sur lequel la lettre E est inscrite.
Ils effectuent à pied le trajet jusqu'à leur lieu de détention en abandonnant les malades.
Depuis la promulgation de l'arrêté du 3 nivôse An III-23 décembre 1794, le travail des prisonniers est une main-d'œuvre détournée qu'utilisent les autorités pour les travaux des champs et des routes.
Entre 1793 à 1795, les registres des archives de guerre en Espagne et en France font état d'un nombre total de 45 820 prisonniers pour les 2 pays.
Un nombre important de ses prisonniers sont "politiques" mais 7 088 prisonniers meurent, 3 341 civils et 3 747 militaires .
3 phases d'arrestation des prisonniers sont employées suite aux décisions militaires et politico-diplomatiques.
Ces cycles évoluent suivant la perception de vouloir continuer ou de mettre fin à la guerre.
En 1793, les Armées de l'ancien régime mélangent les volontaires nationaux avec le recrutement des mercenaires Autrichiens, Prussiens, Hollandais et Suisses qui s'affrontent dans les deux camps.
Les prisonniers sont confondus par leur origine linguistique du pays qu'ils servent, ils désertent pour renforcer le camp adverse.
Certains prisonniers sont sollicités par l'ennemi à servir d'espion.
En aout 1794, le non-respect des termes de la capitulation de Collioure du 26 mai 1794, engendre un dialogue de haine entre les deux chefs d'Armée auquel succède la déclaration formelle de tuer les prisonniers.
La propagande de guerre à mort par l'Armée des Pyrénées-Orientales fait que les combattants espagnols sont tués dans des combats violents et virulents.
Les prisonniers espagnols et ceux malades sont sacrifiés avec les cadavres dans les ravins.
La volonté française de ne plus faire de prisonniers accélère la fin de la guerre.
Le commandant en chef de l'Armée de la Catalogne, Lluis Fermin Carvajal plutôt que d'être fait prisonnier se donne la mort.
En 1795, les mesures contradictoires dues aux négociations de paix font que les camps procèdent à des échanges de prisonniers et favorisent le transport des malades sur des charrettes.
Dés que les commissaires payeurs sont autorisés à entrer en Espagne pour y porter les habits et l'argent, la situation des prisonniers de Malaga s'améliorent, ceux de Gerona ont droit de travailler.
Les officiers jugés de trahison sont pour la plupart des ingénieurs ou des professeurs sortis de la Real Academia Militar de Matemáticas de Barcelona.
L'Académie Royale de Mathématiques de Barcelona une institution décidé le 22 janvier 1700 par le roi Felipe V.
Sa création en 1711 est conçu par l'ingénieur de génie Hollandais Jorge Prospero-Verboom.
Son ouverture, le 15 octobre 1720 est l'œuvre de Mateo Calabro qui transfère la chaire des Mathématiques de Madrid à Barcelona, le collège devient la certification des artilleurs et des ingénieurs du royaume.
En 1752, Pedro Lucuze, son directeur confère à la Real Academia Militar de Matemáticas de Barcelona une réputation internationale.
Suite à la pose du glacis de la citadelle, l'Académie Royale des Mathématiques de Barcelona ne peut plus s'agrandir, son directeur décide de déménager l'Académie dans l'ancien couvent Saint Augustin détruit depuis 1714.
Le bâtiment est surmonté d'un fronton représentant une iconographie de la déesse grecque de la guerre Minerve et celle du combat, Athéna.
La cour royale et le Secrétariat à la guerre garantissent la notoriété des officiers artilleurs et deviennent recruteur exclusif du collège.
La référence sur le plan d'études des dessins et l'enseignement d'élite sur les fortifications dépassent la notoriété de l'Académie militaire de Bruxelles qui lui sert de modèle.
En 1779, le directeur Juan Caballero, oblige les futurs ingénieurs à une instruction de 7 années sur l'optique, la géométrie et la perspective.
En 1784, Miquel Sanchez-Taramas, directeur, incorpore aux études les bases d'un monde tridimensionnel.
Cette dialectique nouvelle de perspective tridimensionnelle devient essentielle pour les représentations de la cosmographie, de la navigation, de la construction de fortifications et décale les théories de la géométrie plane.
Le 02 décembre 1794, la mort de son directeur Félix Arrieta et de son adjoint, le professeur Sébastien Sanchez-Tamaras, sur la berge d'el Fluviá durant les combats d'Esponella amputent la vérité sur le vote de l'abandon et de la trahison de la forteresse de Sant Ferrán.
Félix Arrieta, 53 ans, diplômé depuis le 15 avril 1772 de l'Académie Militaire des mathématiques et son adjoint Sébastien Sanchez-Tamaras ont la paternité des élèves officiers présents sur les bancs du procès.
Six mois après la paix, le tribunal militaire est difficile à mettre en place, sans interdit et sans appréhension, le jugement des 43 officiers artilleurs, c'est d'instruire le procès de la prestigieuse Académie Royale des Mathématiques de Barcelona.
Le 22 janvier 1796, le conseil de guerre et la cour disciplinaire militaire de Barcelona chargés de juger les officiers responsables de trahison et de capitulation de la forteresse voient le jour.
Le tribunal est composé de 12 magistrats, tous officiers militaires en majorité basques, peu de catalans.
Gregorio La Cuestá, 55 ans, est nommé procureur du tribunal et président de la cour martiale. Gregorio La Cuestá est le maréchal de camp qui en novembre 1793 a pris sur trahison, les forts de la cote catalane.
Le conseil de guerre est constitué de juges militaires :
  • Antonio Filangiéri, marquis de Balbuena, capitaine de la Galice.
  • Pedro Fort Saint Maurin, brigadier d'infanterie.
  • Joaquin Oquendo, 47 ans, commandant d'infanterie de la Seu d'Urgel et de Camprodon.
  • Ignacio Ortiz Rozas, maréchal d'artillerie.
  • Joaquim Ibáñez-Cuevas, marquis de la cañadá.
  • Manuel Bretón, brigadier de cavalerie.
  • Juan Dabán, colonel, beau-fils de José Urrutia.
  • Antonio Zará.
  • Mariano Lleopart, brigadier d'infanterie.
  • Lorenzo La Plana, colonel d'artillerie.
  • Francisco La Cuesta, expert d'artillerie.
  • Francisco Alonso, commandant d'infanterie, défenseur de Barcelona.
  • Manuel, Mariano Aguirre-Landázuri, 49 ans, greffier fiscal du ministère des finances, général participe à la bataille de Pontos en 1795.
  • Le tribunal militaire désire juger trois catégories des 43 officiers accusés :
    Les hauts responsables, les supérieurs et les grades inférieurs.
    Deux officiers supérieurs responsables de cette grave négligence ne figurent pas sur les bancs des accusés, ni dans les témoins.
  • Tomás Morla, 47 ans, commandant en chef des artilleurs. Qui est le colonel Tomás Morla ? C'est le rédacteur du document secret sur les failles de la forteresse remis le 23 février 1794 à Antonio Ricardos et donné et discuté lors du conseil de guerre le 10 octobre 1794 à Lluis Fermin De Carvajal.
  • Jeronimo Giron-Moctezumá, 54 ans, le commandant en chef de l'Armée de la Catalogne qui donne l'ordre aux généraux supérieurs de vider la forteresse Sant Ferrán et convaincu le gouverneur Andrés Torres de gagner du temps pour pourparlers aux conseils des généraux, le repli des régiments.
  • Aucun expert civil n'est présent pour dénoncer l'escroquerie faite par le gouverneur de Figueres en 1790 concernant le détournement des fonds de la forteresse de Sant Ferràn utilisés à colmater les murailles de Gerona et de Roses.
    Dès le début, les accusés protestent contre le manque de coalition du Q.G. de Figueres avant la réédition de la forteresse.
    Les capitaines d'artillerie Antonio Samper, Manuel Llobet, ingénieur et professeur de l'Académie de Barcelona de 1788 à 1791, Tomás Buzunáriz, ingénieur de 1771 à 1772 de l'Académie démontrent que les tactiques militaires actuelles ne sont plus adaptées aux défenses de la forteresse.
    José Santa Cruz, ingénieur de l'Académie cite devant la cour militaire le fameux document top-secret de Tomás Morla qui informe que les bastions trop étroits sont facilement accessibles, que les demi-lunes sont vulnérables par le manque d'ampleur et que les frontons sont attaquables.
    José Torras-Pellicer ingénieur sorti de l'Académie de Barcelona proteste contre l'accusation d'insubordination à l'égard de son commandant.
    Le brigadier Miguel Raon, lieutenant-colonel du régiment d'infanterie del Principe et Henrique Garcia-Huerta, commandant des artilleurs de Mallorque expliquent que les garnisons sont partis rapidement car les officiers de la forteresse ne leurs sont d'aucune utilité.
    Les plaidoiries d'experts sont longues.
    Juan Mackenná, le neveu d'Alejandro O'Reilly étudiant en 1787 à l'Académie Royale de Mathématiques de Barcelona apporte son soutien et son témoignage à Joaquim Alfonso Monjardin jugé.
    Les officiers accusés soulèvent le réel sujet de fond que la forteresse n'est pas terminée en 1794.
    La cour militaire ne tient pas à compromettre les professeurs de l'Académie Royale des Mathématiques de Barcelona surtout que bon nombre sont mort sur le front.
    Le marquis de Balbuená mal à l'aise par les propos révélés lors des auditions, tombe malade.
    Le président de la cour demande son remplacement en présence du garde espagnol du roi Carlos IV.
    Carlos O'Donnell d'origine Irlandaise lui succède, il est mal placé pour porter un jugement de trahison, car le colonel du régiment des grenadiers d'Hibernia a fuit et a trahi Lluis Firmin Carjaval-Vergas en ne préservant pas l'invincibilité et a fait exploser l'ermitage del Roure. Terencio O'Neille, colonel des artilleurs d'Hibernia et Juan Nagthen, commandant du 3eme bataillon Irlandais, figurent au titre d'accusés dans la salle.
    Le 23 mars 1796, Antonio Filangiéri ne veut pas juger les officiers avec qui il a combattu, Joseph Arana et Antonio Claraco, commandant du régiment des Canaries. Honoré de faire partie du conseil de guerre, il rejette la demande et précise qu'il a reçu l'ordre de rejoindre les troupes en Italie.
    Le 22 avril 1796, la cour militaire après 14 journées d'audition est dans l'incapacité de connaître la vérité sur les risques et les failles de la forteresse
    Elle s'attribue et nomme comme président du conseil Jose Urrutia, le dernier commandant en chef de l'Armée de la Catalogne avant la paix signée en 1796.
    José Urrutia le professeur de l'Académie Royale des Mathématiques de Barcelona de même promotion que l'ingénieur Tomás Morla en 1755.
    Jose Urrutia, 6 ans de professorat de mathématique et expert en artillerie et en cartographie au collège de Ségovie doit éclairer les plaidoiries devant la cour.
    Il donne son accord à la cour royale en mai 1796 pour moderniser les structures des collèges militaires du royaume.
    Le 23 mai 1796, coup de théâtre, le professeur Carlos Masdeu, ingénieur dans la citadelle durant les années 1764 à 1766 a combattu au coté du marquis La Canada-Ibanez dans l'Armée de Navarre, produit la pièce essentielle devant le tribunal.
    Le document accablant établi et signé par l'ingénieur Mariano Lleopart sur l'état non terminé de la forteresse.
    Le texte précise que les fonds pour réparer les failles sont détournés par les ingénieurs de Barcelona aux profits des citadelles de Roses et de Geroná.
    Les détails de la vulnérabilité de la forteresse Sant Ferrán sont établis par le document et par les commissions militaires.
    Le juge Juan Dabán ne veut plus servir d'accusateur dans une affaire confuse, scandaleuse, il tombe malade.
    " Tout officier convaincu de trahison est puni de mort."
    " Tout officier qui n'emploie pas les moyens en son pouvoir pour assurer le fonctionnement des magasins, des convois et d'éviter que les armes et munitions tombent entre les mains ennemis est puni de mort."

    Le 08 avril 1796, la sentence du tribunal militaire est prononcée : 4 condamnés à mort par pendaison.
    • Andres Torres, gouverneur de la forteresse. Colonel du régiment des artilleurs de Sagunto.
    • Marcos Keating, général et commandant des artilleurs de la forteresse.
    • Josep Allende, général-colonel.
    • Vicente Ortùzar, lieutenant-colonel du régiment de Minadores.

    Le 04 janvier 1799, les autres officiers sont condamnés à la prison à perpétuité, certains à 4 ans et d'autres à 1 an.
    Tous ces officiers sont privés de leur grade et de leur solde.
    Le roi Carlos IV couvre la négligence des ingénieurs de Barcelona d'avoir déplacé les fonds de la forteresse aux travaux d'intérêts personnels et ordonne à Domingo Belastá, nouveau directeur de la Real Academiá Militar de Matemáticas de Barcelona de commencer les travaux de réparations et de rénovations de la forteresse de Sant Ferrán.
    Carlos IV ratifie la sentence du tribunal militaire.
    La clémence sans cesse renouvelée de José Urrutia à Manuel Godoy fait que les 4 condamnés à mort sont commués à un exil sans retour de disgrâce vers le Mexique, avec la perte de leur position et leur pension militaire.
    Les officiers supérieurs condamnés aux peines de prison à perpétuité voient leur peine diminuée à 4 ans et les officiers de grades inférieurs vivants condamnés à un an, sont relaxés pour des raisons de santé.
    En 1803, le procès à des lourdes répercutions pour la prestigieuse Académie Royale des Mathématiques de Barcelona de la plazza Sant Agusti car Carlos IV demande sa fermeture et sa dissolution.
    L'enseignement des ingénieurs et des artilleurs militaires se poursuit dans les Académies de Zamorá et d'Alcada de Henares.