"C'est un plaisir d'être roi quand on a un sujet comme toi". Carlos IV-Madrid-04 janvier 1794.
Sources : Archives des Ducs de San Carlos. Madrid-1889.
© copyright 2016-2026 ® A mes amis de Wikipédia. Préserver le droit d'auteur et de reproduction.


Son père Fermin Francisco.
Le 20 novembre 1794, sur le sentier qui mène à la redoute du sanctuaire de la Madre de Deu del Roure proche du village de Pont-de-Molins, la patrouille des éclaireurs d'Augereau trouve le corps du général en chef de l'Armée de la Catalogne Lluis Firmin Carvajal Vargas, comte De La Union étendu sur le sol atteint par 2 balles, serrant d'une main son épée et de l'autre un crucifix.
Après sa mort, Manuel Godoy remet sa correspondance à son neveu Joseph-Miquel Carvajal Vargas, comte du Puerto, duc De San Carlos.
La correspondance du comte De La Union demeure dans les archives des ducs De San Carlos.
En 1889 à Madrid, la famille Carvajal-Vargas révèle les documents et les lettres qui divulguent les dispositions et le moral de l'armée de Catalogne, la conduite des émigrés.
Ces courriers témoignent de l'important rôle de Lluis Firmin Carvajal dans les négociations secrètes échangées entre la cour royale de Madrid et le commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales, Jacques Dugommier en vue d'un traité de paix.
L'étude des archives du comte De La Union dévoile un personnage peu connu en totale contradiction avec tous les textes hypocrites écrits à son sujet.
Sans aucune vérification, les calamités ciblées de la propagande française de guerre dressent de lui, un personnage de commandant en chef d'armée façonné, déshumanisé, contraire à la vérité.
Les généraux en chef de son Q.G. : Monforte-Las Amarillas-Curten plus âgés, jaloux de sa nomination, brisent ses qualités militaires innovantes par des ragots sur sa stratégie, par des fausses informations de jugements erronés sur sa jeunesse et son inexpérience.
Le successeur d'Antonio Ricardos sévèrement jugé en raison de ses défaites, mérite un démenti sur le caractère remarquable et sa personnalité originale.
Lluis Firmin par sa naissance, son éducation et ses principes appartient à l'Espagne traditionnelle.
C'est un noble chevalier de Sant Jaume, en voie de disparition.
Le comte De La Union fait le vœu des jésuites cisterciens : obéissance-pauvreté-chasteté.
Il se préoccupe de défendre la religion, la foi des jésuites, l'intégrité du territoire et les droits de son roi.
Le comte De La Union apparenté à 2 familles d'anciens rois de Léon et des Asturies :
Les Carvajal et Les Vargas dont il porte les 2 noms.
Lluis Firmin Carvajal-Vargas né le 21 août 1752 à Lima est issu d'une famille qui vit depuis 200 ans dans la capitale du Pérou.
Lluis Firmin est le 4ème enfant après ses 2 frères Diego et Mariano et ses 2 sœurs Maria et Magdalena.
Son père : Fermin Francisco Carvajal-Vargas né le 20 décembre 1722 à Quilpolemu au Chili, est comte du Castillejo et du Puerto, seigneur de Santa Cruz.
Son père est chevalier de l'ordre militaire de Saint-Jacques, lieutenant-colonel dans l'armée royale et grand-maître des postes de la Nouvelle Espagne.
Sa mère : Joaquina-Ana Brun née 25 décembre 1726 à Lima. Lluis-Firmin est baptisé un mois après sa naissance, le 27 septembre 1752 par le padre Lluis Rodriguez de la Compagnie de Jésus.
Diego son frère meurt à 16 ans.
Son 2ème frère Mariano de 6 ans son aîné.
En 1757, Mariano le frère ainé est frappé de cécité à 15 ans.
Cette maladie l'empêche d'honorer le nom qu'il porte.
C'est un jeune homme sérieux, il trouve sa force et sa consolation dans l'amour et l'attachement qu'il porte à son frère Lluis.
Il décède de chagrin quelques mois après la mort de Lluis
Lluis-Firmin est éduqué jeune par les jésuites de Saint François d'Assise.
L'influence jésuite de Lluis contribue pour une bonne part à combattre la révolution française à travers le rejet de la religion chrétienne et romaine : Son ennemi.
Joaquína-Ana, maîtresse femme et admirable mère chrétienne, pieuse, dévote de Saint François d'Assise, le protecteur de la famille Carvajal-Vargas.
Le 26 octobre 1759, son père Firmin veut affirmer plus de solennité pour son fils Lluis qui a 7 ans.
A l'église de Saint-Francisco de Lima où il rassemble la Compagnie des jésuites du Pérou et sa famille, son père l'ordonne chevalier de l'ordre de Saint-Jacques ou Sant Jaume.
L'ordre des chevaliers de Saint Jacques de l'Epée patron et défenseur d'Espagne chrétienne servent les frères de Cáceres en Estrémadure.
Ils font partis de la congrégation des "Caballeros de la Espada" les chevaliers de l'épée en évoquant l'épée tenue par l'apôtre Jacques qui constitue la milice du Christ, brandissant l'épée d'une main, tenant la croix et les rênes de sa monture de l'autre main.
Lluis Firmin revêt l'ample robe blanche avec à son centre une croix en forme de dague en étoffe de soie rouge représentant l'insigne de l'ordre de Saint Jacques l'un des 2 fils du tonnerre, à la croix écarlate de l'ordre des chevaliers de Saint Jacques de l'Epée et son père lui offre une épée de parade en bijou.
L’ordre des chevaliers de Saint Jacques de l'Epée prête son concours au roi d'Espagne Carlos dans toutes les opérations militaires.
Le roi d’Espagne conserve le titre de grand maître de la congrégation et administrateur de l’ordre des chevaliers de Santiago qui est ainsi placé sous la protection de la couronne.
L'ordre est transformé en un moyen de récompenser les fidèles serviteurs du souverain d'Espagne.
Au 19 siècle, les biens de l'ordre sont réunis à la couronne et l'ordre transformé en simple ordre honorifique décerné par le roi d'Espagne.
La branche portugaise de l’ordre est sécularisée en 1789 par la reine Maria, aujourd’hui conservé comme ordre de mérite dans les domaines des sciences, de la littérature et des arts.
Lluis Firmin rejoint pour ses études ses 2 frères au collège royal des jésuites de Sant Marti de la Compagnie de Jésus à Lima.
Le 9 mars 1765, leur père Firmin décrète que Diego et Lluis doivent soutenir l'honneur de la famille
Il décide le départ des 2 enfants pour l'Europe afin de leur donner une brillante éducation.
Durant ce long voyage, leur père leur demande de faire une promesse :
"Si Dieu se plait à réaliser ma prévision, vous occuperez le poste qui convient le mieux au rang de votre naissance.
" Il se peut qu'à un moment où il vous soit impossible de vous y maintenir non pas par peur car la peur est indigne d'homme de votre naissance et
" répond mal au serment que vous avez fait à la croix qui orne vos poitrines.
" Je vous ordonne de demander au capitaine qu'il vous attache dans le lieu du combat et
" là vous mourrez pour la foi, pour la religion et pour l'honneur, revêtus de vos habits de gala avec la croix que vous avez pris avant d'entrer en bataille
" comme s'il s'agit de descendre à terre ou de vous présenter au roi."
Cet exemple donnera du courage aux lâches de votre compagnie et vous laissera à la postérité le souvenir d'une glorieuse action."

Ces paroles s'adressent à Diego 15 ans et à Lluis 13 ans.
Cette histoire est tirée de l'Odyssée, quand la magicienne Circé indique à Ulysse, les 2 conseils pour regagner Ithaque:.
  • De pétrir de la cire pour boucher les oreilles de ses compagnons pour ne pas entendre le chant des sirènes.
  • Demande à Ulysse de se fixer pieds et mains liés au mat du bateau.

  • Le 20 novembre 1794, la mort de Lluis sur le chemin en pente de la redoute du sanctuaire de la Madre de Deu del Roure à Pont de Molins prouve qu'il a tenu la promesse faite à son père puisqu'il est revêtu de son ample manteau blanc à la croix écarlate de l'ordre des chevaliers de Saint Jacques et des jésuites.
    A Madrid, Diego et Lluis habitent chez Carrillo-Albornoz, comte De Montemar qui accepte pour mission d'orienter leurs études et leurs carrières.
    Il écrit à ses parents à Lima qu'il voit Lluis dans la carrière des armes et revêtir l'uniforme d'officier pour se battre au Maroc.
    Firmin son père approuve cette décision.
    Sa mère se résigne car son Lluisito n'a que 13 ans pour porter l'uniforme des cadets de la garde royale.
    Reste à choisir le collège pour poursuivre son éducation de jésuite.
    Son père préfère celui de Louis-le-Grand à Paris mais il apprend que depuis 4 ans, les jésuites de France sont chassés, il abandonne l'idée du collège Louis-le-Grand.
    Lluis aurait fréquenté dans la cour de ce collège, la génération de Robespierre et Desmoulins.
    En 1766, son père décide que Lluis reste en Espagne dans la Compagnie de Jésus du collège des Nobles de Madrid.
    Cette nouvelle réjouit sa mère Joaquína.
    Diego son frère tombe malade à Madrid, il repart à Lima où il meurt.
    Lluis déjà privé par la cécité de son frère Mariano a l'immense chagrin de perdre Diego.
    Lluis doué se plonge dans les études d'instruction militaire.
    Il devient un expert dans l'art des fortifications, compétant en littérature et doué pour les langues vivantes.
    En 1769, le jeune homme quitte la Compagnie de Jésus du collège des Nobles de Madrid avec le grade de sous-lieutenant. Il porte désormais le titre de noblesse de: comte De La Union.
    En 1773 se produit en Catalogne un soulèvement.
    La cour espagnole envoie des troupes, Lluis voit l'occasion de faire ses premières armes, il demande et obtient de participer à l'opération.
    Dans une lettre, sa mère l'approuve pleinement et le félicite de se conduire en homme d'honneur.
    Il écrit de nombreuses lettres à sa mère à Lima et elle conserve toutes ses réponses.
    Dieu et honneur, 2 mots qui reviennent sans cesse sous la plume de sa mère et termine toujours par ces mots d'amour :
    "Ta mère qui aime mieux te voir que t'écrire".
    Hélas, ils ne se verront plus jamais.
    Le 4 janvier 1774, Lluis apprend le décès de sa mère à Lima.
    Il se console de savoir qu'elle est morte heureuse et fière de lui comme elle l'écrit dans sa dernière lettre 15 jours avant de mourir.
    A cette date, son père Firmin cède sa charge de correo-mayor à la cours d'Espagne contre une indemnité et se fixe définitivement à Madrid auprès de Lluis.
    En 1779, l'Espagne déclare la guerre à l'Angleterre ce qui amène cette même année le comte De la Union au blocus de Gibraltar.
    En 1781, il participe au siège de Mahon couronné par la conquête de Minorque.
    Le 13 septembre 1782, il est nommé lieutenant-colonel dans le régiment de Majorque et contribue au siège de Gibraltar aux ordres de Pedro Augustin Giron, marquis De Las Amarillas avec lequel il combat la garnison britannique.
    Il se distingue par sa bravoure et il est blessé par une grenade.
    En 1783, il devient colonel et dirige le régiment de Majorque.
    Ses soldats ne se plaignent jamais malgré sa sévérité.
    Il dort rarement sur un matelas, il donne sa tente quand il en manque.
    Il se mêle au dialogue des soldats et les encourage.
    Le vœu de jésuite de Lluis lui interdit de fonder une famille.
    Manuel Bermudez, son ami, son condisciple au collège Saint-Martin de Lima dit :
    "Lluis fréquente les sacrements, entend tous les jours la messe, visite le Saint Sacrement est dévot à la sainte Vierge et se consacre aux liens légitimes de ses neveux".
    Il a épousé son armée.
    A chacun de ses déplacements, ses ordonnances transportent une liste d'objets parmi lesquels figure, un grand crucifix qui orne sa tente, 2 livres de dévotion liturgique, le Petit Office de la sainte Vierge et le Traité de l'Oraison de Louis de Grenade ou des ouvrages traitant de l'art militaire et des mathématiques.
    En 1788, Son père Firmin fréquente depuis 8 ans la cour royale et devient un homme influent proche de Carlos IV, il décide de faire venir à Madrid les 3 enfants à Madrid de son fils aveugle Mariano duc de San Carlos resté à Lima et de les confier à Lluis qui les prendra en charge.
    L'éducation des enfants de son frère Mariano ravit de bonheur Lluis.
    Il part chercher son neveu et ses 2 nièces à Puerto-Real où le navire accoste.
    L'émotion de cette journée est si forte, si intense qu'il écrit à son père "que ce jour fut le plus heureux de sa vie."
    Il retrouve la correspondance de son enfance avec son frère Mariano.
    Chaque phrase est une joie, un lien fort d'amour avec toutes les qualités aimables pleines de tendresse qui lient les 2 frères.
    Les enfants de son frère deviennent les siens.
    Rosita-Maria est jolie et gentille.
    José-Miguel est un beau garçon, réservé.
    Joaquína, leur jeune sœur de 15 ans est marante et dégourdie pour son âge.
    Dès l'arrivée à Puerto-Real, une complicité s'installe entre Lluis et son neveu José-Miguel qu'il incorpore comme officier dans son régiment, désormais l'oncle ne se sépare plus de lui.
    Il l'éduque à l'art de la guerre à la grande satisfaction de Mariano qui se félicite de voir son fils à pareille école.
    Une affection solide unit les 2 frères qui s'écrivent fréquemment. Dans les lettres de Mariano, la signature est précédée de la formule:
    "Ton frère et l'ami qui t'aime le plus".
    Du 09 février 1791 au 08 octobre 1792, Lluis est nommé maréchal de camp, il participe avec le régiment de Majorque à l'expédition espagnole d'Oran sous les ordres du général Juan Curten à la tête des gardes wallonnes.
    Il fait la connaissance des généraux en chef Alejandro O'Reilly et Antonio Ricardos qui se battent contre Mohamed Ben Othman dit "El Kebir".
    Lluis partage les défaites et les désastres de cette expédition contre les maures en Afrique du Nord.
    Les généraux de cette expédition d'Alger sont condamnés au châtiment d'isolement par la cour du roi avec des sanctions disciplinaires d'éloignement de Madrid.
    Lluis Fermin Carvajal-Vargas est affecté comme 1er gouverneur militaire du château Sant Ferrán de Figueres durant 2 ans avec son neveu.
    Le castell Sant Ferrán de Figueres est son repaire, il est son Q.G. durant son repli en Catalogne.
    Lluis est un personnage important auprès de la cour et il présente ses nièces aux réceptions.
    Avant la fin de la campagne il est nommé maréchal de camp et reçoit l'ordre de s'établir à Madrid pour se refaire une santé.
    Il excuse son absence à sa famille et dit :
    "Tant qu'il y aura des ennemis, je partirais malgré mes regrets".
    Son avancement rapide, sa popularité et sa bravoure auprès de la cour royale commence à faire des envieux.
    En avril 1793, Antonio Ricardos, le commandant en chef des Armées de la Catalogne lui donne à 41 ans, le titre de général de division pour son ardeur aux combats de Céret.
    Lors de la mort brutale d'Antonio Ricardos à Madrid et du décès de son successeur désigné Alejandro O'Reilly, le roi Carlos IV l'honore comme chef d'Armée, alors que les anciens et vieux généraux de son Q.G. attendent eux cette nomination.
    Le 14 avril 1794, Manuel Godoy et son Etat Major lui donne à 42 ans du titre glorieux de général en chef des opérations de Catalogne.
    Il meurt le 20 novembre 1794, dans la redoute de Notre Dame del Roure, à Pont de Molins (Catalunya).
    Ses obsèques religieuses sont célébrés le 28 novembre 1794 par Ignacio De Obregon dans la basilique Parroquial de los Santos Martires Justo i Pastor à Barcelona.
    Cette basilique est sur l'ancienne place Sant Francisco De Medinaceli.
    Sa dépouille enterrée dans le cloitre du monastère cisterciens de Saint François détruit en 1835.
    De nos jours sur ce lieu se trouve une place avec un jardin quadrangulaire bordé de palmiers ouvert sur le port à la fin de la grande Rambla
    Ventura Caro, commandant en chef de l'armée de Navarre écrit à son père.
    "…Vous avez perdu un fils digne de votre amour le plus tendre.
    Le roi, un de ses vassaux les plus fidèles en même temps qu'un de ses meilleurs généraux et moi, mon meilleur ami. Je le pleure et je le pleurerai parce que j'aimais son âme si noble et ses éminentes vertus…".
    Le 27 novembre 1795 à Lima Manuel Bermudez, son condisciple au collège Saint-Martin des jésuites prononce son oraison funèbre.
    Le 23 avril 1796 à Lima, 5 mois après, la douleur insurmontable de la mort de son frère Mariano décède.
    Sa nièce Maria Ana Magdalena Carvajal épouse Nicolas Enrique Lara, marquis de Lara et décède à Madrid le 17 janvier 1840.
    Son neveu, José-Miquel Carvajal Vargas, comte du Puerto, 2éme duc de San Carlos obtient la célébrité.
    Il partage à Valençay l'exil de Ferdinand VII avec le titre de général de brigade et négocie le traité du 8 décembre 1813 entre le prince et l'empire.
    Le 14 février 1804, Joaquina, la plus jeune se marie à Madrid avec Andrés Arteaga-Palafox, marquis de Valmediano et décède en 1846 à Madrid 6 ans après sa sœur.