Sources:"Catalunya i la Guerra Gran" Josep-Fábregas Roig-Tarragona-2000

Louis-Marie Turreau après sa défaite le 17 septembre 1793, à Coron prés de Saumur quitte l'armée de la Vendée le 21 septembre 1793.
En 2 mois, l'adjudant général a gravit les grades d'officier en accéléré.
Son brevet de général divisionnaire en poche, il sollicite son cousin, le conventionnel Turreau Linières d'user de son influence pour obtenir rapidement la nomination de commandant en chef d'armée.
Le 08 octobre 1793, son protecteur, le ministre Jean-Baptiste Bouchotte sur les recommandations de Luc-Siméon Dagobert l'envoie prendre le poste vacant de commandement en chef d'Armée des Pyrénées-Orientales à Perpignan.
Son cousin Turreau Linières lui demande d'expérimenter sur le Roussillon, l'application du décret Lazare Carnot du 01 aout 1793 pour détruire les récoltes, incendier les fermes et confisquer le bétail, car il veut modifier l'ordonnance :
"... l'anéantissement des brigands et l'incendie de leur repère"...
Louis-Marie Turreau devient l'instigateur, il partage la responsabilité de coupable avec la complicité du Comité de Salut Public qui valide chacune de ses propositions.
"...Mon intention est de tout incendier et de ne préserver que les points nécessaires à établir nos cantonnements propres, à l'anéantissement des rebelles mais cette grande mesure doit être prescrite par vous."
" Je ne suis que l'agent du corps législatif que vous devez représenter en cette partie."
" Vous devez également décider sur le sort des femmes et des enfants que je rencontrerais dans ce pays catalan révolté."
"S'il faut les passer tous au fils de l'épée.
" Je ne puis exécuter une pareille mesure sans un arrêté qui me mette à couvert ma responsabilité d'une manière précise..."

Louis-Marie Turreau n'a pas inventé la politique de la terre brulée.
C'est une méthode incendiaire utilisée sous l'ancien régime pour mater les rebellions paysannes.
Dans le Roussillon, il supervise et il planifie les incendies des fermes, demande à ses officiers d'appliquer le plan sur le terrain.
La destruction du village de Tresserre par l'incendie est un événement qui marque la conscience de la population catalane et la vie politique du département.
Bertrand Barère l'informe que les 164 000 catalans sont des rebelles qui parlent un dialecte espagnol, c'est une race de contre-révolutionnaires armés qui s'exprime dans un patois entre eux.
Durcir la répression contre la résistance, ne pas livrer la population aux tribunaux.
Les somatents considérés comme terroristes doivent être punis et leurs maisons brulées car ils recourent à des méthodes de combats par le harcèlement et par le sabotage continuel lors des déplacements des troupes françaises.
Le 21 septembre 1793, Antonio Ricardos établit son Q.G. en avant du village du Boulou.
Le front du campement s'étale d'Est en Ouest sur la rive gauche du Tech, le long des ravins du ruisseau Valmagne qui se jette sur la berge gauche de la rivière Tech.
Sur la gauche, des prolongements de coteaux alignés du Nord au Sud protègent le village de Céret et assurent la communication avec le camp du Boulou.
Sur la droite qui longe la berge de la rivière Tech, des coteaux retranchés aux 2 hameaux des Hautes Trompettes et des Basses Trompettes puis celui fortifié du village de Montesquieu.
Depuis le 08 septembre 1793, son Etat-Major est divisé par les 2 chefs, le prince De Monforte et De Las Amarillas jaloux et laxistes qui n'exécutent pas les ordres de mouvement de son Q.G. font capoter son plan pour prendre la citadelle de Perpignan.
Antonio Ricardos, comandant en chef de l'Armée de la Catalogne écrit à Carlos IV son intention de quitter la France et de regagner Figueres en territoire espagnol.
Cette raison pousse le comte de Troullas à établir son campement au village du Boulou proche de la forteresse Bellegarde pour son repli ou pour recevoir des renforts.
Ses batteries sont placées au sommet des mamelons en feu croisé et défendent l'approche des ravins du ruisseau Vivés et couvrent l'axe Nord-Sud du campement au plateau del Corts à Sant Joan.
La réponse de la cour royale est rapide, "...pas question d'un retour en Espagne synonyme de faiblesse pour le royaume"...
Le Boulou en catalan "El volo" distant à 25 km de Perpignan sur la rive gauche du Tech au point de confluence du ruisseau Maureillas grossit de son affluent le Rome .
La ville est un carrefour de surveillance stratégique que contrôle la forteresse de Bellegarde entre le col du Panissars et le col du Perthus sur l'axe du Nord-Sud.
En 1197, le comte de Barcelona comprend l'importance du Boulou et demande à Guillaume de Montesquieu de construire des fortifications pour protéger la cité contre l'envahisseur.
Le Boulou est entourée de hautes murailles en pierre qui encerclent le château de Carensac et l'église Santa Maria.
Les remparts sont reliés par 3 tours carrés en galet à chaque entrée, :
  • A l'Est porte du carrer noù
  • la porte du portalet
  • la porte d'el moli vell qui défend le passage à gué du Tech, plus tard le pont au Pilar.

Ces 3 tours efficaces communiquent avec l'extérieur par les tours d'Atalaya et de Nidolères à l'approche de garnisons ennemies.
En 1659, lors de l'annexion du Roussillon par la France, Sébastien Vauban détruit en 1670 la muraille et les tours tournées vers la France lors de son inspection.
Dès le 03 octobre 1793, les éclaireurs français espionnent les avant-postes du camp du Boulou.
Le Q.G. de Louis Turreau à Banyuls del Aspres met au point la longue bataille de 10 jours contre le camp du Boulou du 13 octobre au 21 octobre 1793.
La stratégie de cette bataille est simple, elle est enseignée dans toutes les écoles militaires.
La tactique est menacée le front central du camp par l'artillerie, puis attaquer par la division gauche par des fausses manœuvres la division droite espagnole pour se recentrer et renforcer toute ces forces pour lancer la véritable puissante offensive par la division de droite pour écraser la division gauche espagnole.
Le Quartier Général français qui a mit au point la stratégie de la bataille reconduit la même tactique utilisée 5 mois avant, lors de la bataille du mas Deu le 19 mai 1793 qui est une défaite pour l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Général Louis Turreau intrigant, arriviste et ambitieux prend au sérieux son rôle pour obtenir le diplôme et le titre de commandant en chef d'armée.
Il veut frapper un grand coup, éclabousser Paris d'un exploit décisif prouvant son talent militaire.
Il arrive accompagné de son ami des dragons d'Artois, Charles Pierre François Augereau et d'un renfort de 1 500 hommes des régiments de Lorraine et de Moselle.
Face à lui se trouve Antonio Ricardos, un habile chef érudit, très expérimenté et rusé, formé à la guerre par l'école militaire prussienne.
Le 01 octobre 1793, la rivière Tech n'est pas guéable car les pluies continuelles et diluviennes ont eu lieu sur les massifs des Aspres et du Vallespir pourtant les ravins de sable argileux d'En Juste et de Valmagne profonds sont secs et les 3 mamelons du Puig del Gantes, du Puig Sangli et du Puig Rodonell sur la droite sont couverts au sommet par les 3 bataillons de Francisco Solano, de Francisco Castrillo et le front du camp en avant-garde est tenu par 2 brigades de cavalerie aux ordres de Diego Godoy, le frère du 1er ministre espagnol.
Le 01 octobre 1793 le général Charles Augereau à la tête des artilleurs du 1er régiment de Gers campe sur le chemin du village de Tresserre.
Sur le flanc gauche se tient l'artillerie de Juan Vivès et de Joaquim Palafox qui appuie la division de Juan Curten.
Le général Goquet avec 4 000 fantassins occupent la berge droite de la rivière Réart, proche du moulin de Villemolaque.
Le 13 octobre 1793 à 22 heures 30, Louis Turreau lance son attaque nocturne.
Sachez que la bataille du Boulou est une bataille nocturne sur 6 points différents de celle du 1er mai 1794.
il sait que la nuit est sa meilleure alliée pour masquer ses déplacements contre la division droite des cavaliers de Diego Godoy et les fantassins de Juan Curten.
Son armée se présente sur la grande route du Boulou par l'avant-garde de la cavalerie du général Pérignon parti de la ville d'Elna.
Antonio Ricardos discerne parfaitement la tactique employée par Louis-Marie Turreau.
Dès la fin du jour, il fait allumer de grands feux aux avant postes pour surveiller ses déplacements et il place peu d'hommes sur la division gauche de Louis Turreau et ne renforce pas son effectif.
La division de gauche de Pierre Sauret colonel du régiment de Champagne, soutenue par les 7 000 fantassins des Hautes-Alpes du capitaine Guieu et de Pierre Banel à la tête du 1er bataillon du Cantal ne peuvent percer leur défense.
Sur le prolongement Nord-Sud, les batteries sont placées sur les mamelons Puig del Gantes, Puig Sangli et Puig Rodonell peu élevés, le camp espagnol de droite arrive sur la rive du Tech appuyé au bourg de Banyuls des Aspres défendu par Francisco Castrillo.
Le bourg de Montesquieu tenu par Eugenio Navarro avec ses troupes venues d'Argelès.
Le camp sur la gauche avec la cavalerie du baron Desel protège Céret, son front est défendu au ravin d'Est-Ouest creusé par l'érosion de ses eaux de la Valmagne dans le plateau de sable argileux.
La division du centre du général Eustache Daoust, de Dominique Pérignon et de Léonard Duphot, adjudant du 61eme régiment de Vermandois sont dans les ravins d'En Juste et du Puig Scingli, un mamelon d'une faible hauteur qui partage d'Est-Ouest le plateau, la division du centre s'est renforcée de :
  • Jean Davin à la tête du 4eme régiment d'artilleurs des volontaires de Lyon.
  • Théodore Chabert du 4eme bataillon des artilleurs de Villefranche.
  • François Point chef de la cavalerie du 2eme bataillon des Alpes.
  • Martial Beyrand capitaine du 2eme bataillon des fantassins de la Haute Vienne et de Touraine.
  • Antoine Rougé commande le 7eme bataillon des fantassins de Haute Garonne.

La division de droite à gauche du camp espagnol à Llauro les volontaires du Gers sont confiées à Jean-Jacques Laterrade promu général de brigade qui a sous ses ordres le capitaine des artilleurs Jean Lannes et l'appui des 1 500 fantassins de la légion de Moselle et de Lorraine nouveaux renforts se replient vers la division du centre au bourg de Tresserra sous les assauts de Gregorio La Cuesta.
Le 14 octobre 1793, les 6 colonnes misent en place par Louis Turreau ne trouvent pas de faille dans leur approche, aucune des deux armées ne prend l'avantage avant la nuit.
Antonio Ricardos renforce sa division du centre sur la serra d'en Duran au Puig Rodonell, il devine l'intention et la manœuvre des régiments français qui se déplacent et tournent comme un arc de cercle vers la droite au mas d'en Vaquer.
Le 15 octobre 1793 à l'aube, Louis Turreau très nerveux est fou de rage, il s'aperçoit qu'Antonio Ricardos n'est pas tombé dans le piège, au contraire sa division gauche ne s'est pas déplacée mais s'est renforcée durant la nuit par les gardes wallonnes de Juan Curten.
Pour contrer sa division de droite qui attaque les 4 batteries des 1 500 artilleurs sur le Pla del Rey aux ordres du lieutenant colonel Francisco Taranco et l'ermitage Sant Luc proche du cortal d'en Trilles.
Louis Turreau manœuvre de cette manière, il se met en contre bas dans la tranchée.
Ces profonds ravins deviennent des obstacles ou des pièges.
Chaque tir des 4 batteries placées en hauteur de Francisco Taranco effondre la paroi sableuse du ravin et enterre ses fantassins.
Le 16 octobre 1793, Louis Turreau téméraire dans ce ravin du Pla del Rey lance au pas de charge ses bataillons pour gravir les parois difficiles d'accès contre les espagnols qui ont l'avantage du sommet.
Une fois, deux fois puis 7 fois, les fantassins plein d'ardeur gravissent ses fossés en chargeant, 7 fois de suite ils retombent au fond.
Ce ravin du Puig Sangli devient un grand charnier.
Les corps des fantassins français s'entassent dans le fond.
  • La 1ère colonne des fantassins de la légion de Moselle est enterrée à l'actuel réservoir au lieu dit "Teuleries".
  • La 2ème colonne des combattants de Lorraine en bas du chemin au mas Vaquer au lieu "del Llops".
  • La 3eme colonne au sommet Est de la "creu Blanca" les corps sont enterrés à la batterie de la Sanch.

Le 17 octobre 1793, les troupes soignent leurs blessés et les artilleurs ont entièrement détruit la chapelle de Saint Luc servant d'abri au sommet du mamelon, les ruines montrent la démesure de la violence des combats.
Le 21 octobre 1793, Louis Turreau voit l'étendu des pertes et l'horreur du plateau, il décide la retraite.
L'ampleur des dégâts est intense et la perte en hommes est si importante que même les nouveaux renforts sont déjà anéantis.
Louis Turreau réunit à l'Etat-Major fait un caprice, il refuse de diriger le commandement de l'Armée des Pyrénées-Orientales sous le prétexte futile que Jean-Baptiste Bouchotte et les autorités ne lui ont pas envoyé son brevet de général en chef, il déclare que tant qu'il n'a pas reçu sa nomination officielle, il n'exerce plus de commandement.
Dans une lettre, il résume sa situation :
"... Je ne suis pas capable de remplir la mission que vous m'avez confier..."
La réalité : c'est que les 2 représentants du peuple Fabre et Gaston par un arrêté nominal du 22 novembre 1793-2 frimaire An II lui retire son commandement et nomme Charles Daoust à la tête de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Complètement isolé au sein de l'Etat-Major par la majorité des officiers, il part à Nantes, laisse le commandement à Eustache Daoust qui attend l'arrivée de François Doppet le 3 novembre 1793.
Sa vengeance est féroce au sein de l'Etat Major des généraux du Quartier Général de l'Armée des Pyrénées-Orientales par la dénonciation des officiers qui ont combattus avec lui au ministre de la guerre Jean-Baptiste Bouchotte qui sont arrêtés avec des motifs futiles de royalisme ou de fédéralisme.
Louis Turreau est un officier gradé incapable et le Comité de Salut Public aurait dû l'envoyer en prison au lieu de le muter dans une nouvelle place.
Le 23 décembre 1793, Louis Turreau reçoit en Vendée sa promotion de commandant en chef d'Armée de l'Ouest.
Le 29 septembre 1795, Louis Turreau est arrêté comme criminel de guerre, il comparait devant un tribunal militaire présidé par le général Jean-François Berruyer.
Le 19 décembre 1795, le conseil de guerre à l'unanimité l'acquitte.
Louis Turreau, incapable, mal renseigné traine sa réputation d'incendiaire et de dévastateur ce qui arrange les républicains impliqués dans les revanches avides de retrouver leurs biens et leurs richesses et permet sous couvert d'une guerre civile d'occulter leurs propres exactions.
Ces opposants à la révolution valorisent leurs crimes et soulignent les contradictions entre discours et réalités, concluent à la malignité de l'ensemble du processus révolutionnaire.
Une supercherie comme de taire la défaite de la bataille du Boulou, chacun trompant l'autre sur ses convictions.
Le secret-défense est installé en haut lieu du Comité du Salut Public, l'intérêt de la propagande militaire n'est pas, ni de diffuser la victoire espagnole, ni de faire état du drame de cette bataille.
L'exécution de la reine Marie Antoinette et la victoire à Wattignies de Lazare Carnot et de Jean-Baptiste Jourdan, le même jour font un écran de fumée évitent l'annonce nationale de l'horreur du nombre de soldats morts et masquent la terrible défaite française de Louis Turreau au village du Boulou.
Le 01 mai 1794, la victoire du bourg de Montesquieu donne son nom et ses lettres de noblesse à la bataille du Boulou inscrite sur le pilier Ouest de l'Arc de Triomphe.
La mémoire collective du département a fait son deuil, les témoignages des deux batailles se sont mélangés et les milliers de soldats morts enterrés lors des combats vite oubliés.
L'opacité des récits ferme pour toujours le douloureux dossier secret-défense de la bataille du Boulou qui est une défaite française de 1793.