Source : "Les 4 saisons du conventionnel Cassanyes". Robert Saut-Perpignan 1983-Ed.Rivages des Arts.
"Le plus fort n’'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'’il ne transforme pas sa force en droit et l’'obéissance en devoir."
Jean-Jacques Rousseau-"Du Contrat Social" édition 1762 Marc Rey.


La chute de la monarchie le 10 aout 1792 , l'emprisonnement de Louis XVI rendent caduque la constitution de 1791. L'Assemblée Législative n'a jamais eu la légitimité politique.
Le 02 septembre 1792, l'Assemblée électorale départementale se tient à la ville de Céret.
Un vote suivant l'article 9 du décret du 12 aout 1792 de l'Assemblée Législative pour élire 5 députés et 2 suppléants pour symboliser le sentiment patriotique des Pyrénées-Orientales à la 3ème assemblée de la révolution :
La Convention Nationale.
Nos députés investis des idées révolutionnaires ont le devoir de faire vivre avec enthousiasme la jeune1ère république.
Quels sont leurs rôles ?
Ils sont chargés de pouvoirs illimités pour faire appliquer les décrets votés.
"Tout est soumis à votre pouvoir".
"Tout les fonctionnaires civils et militaires doivent vous rendre compte de leur conduite et sont soumis à votre surveillance".
"Vous pouvez suspendre tous les agents qui ne remplissent pas leur devoir ou qui ne mérite pas la confiance publique".
Dans l'esprit des générations du département leur mission n'est pas la bienvenue, ils emploient une violence aveugle pour légitimer leur pouvoir.
Synonymes d'agitateurs perfides associés à la terreur, à la persécution, à la provocation, à la réquisition, à la destruction, à l'exécution.
Sont élus "diputats seus els noms d'orígens" par le procès verbal de la ville de Céret:
  • Josep-Antoni GUITER 31 ans.
    Elu en 1ere position avec 127 voix sur 153 votants.
    Siège à droite, adversaire inconditionnel des montagnards
    Né à Torreilles, village côtier de pécheurs à 12 km de Perpignan.
    7ème enfants d'une famille nombreuse.
    Batlle. 2 fois maire de Perpignan en 1790 puis en 1792.
    Personnage très instruit, imposant et solennel par sa haute présence.
    Un visage au teint bronzé qui fait rebondir ses joues et ressortir son nez épais.
    Des cheveux châtains qui descendent par de longues pattes sur ses joues.
    Commence des Etudes religieuses au collège Royal de Perpignan.
    Prêtre et vicaire à la cathédrale Sant Joan de Perpignan.
    Illustre professeur en 1792 au sein de l'Université de Perpinyà.
    Issu d'une célèbre famille de Darnius en Catalogne de médecins et de chirurgiens.
  • Joan-Bonaventura BIROTTEAU 34 ans.
    Elu en 2ème position avec 98 voix sur 158 votants.
    Girondin avéré et passionné.
    Né à Perpignan.
    Avocat avec un puissant caractère par ses véhémences.
    Un grand enthousiasme pour la politique.
    Un lucide romantique de la charité et de la bonté.
    Il incarne la haine des montagnards, surtout de 2 personnages que représentent Marat et Fabre d'Eglantine.
    Membre du district de Perpignan.
  • Josep FABRE 51 ans.
    Elu en 3eme position avec 93 voix sur 158 votants.
    Siege à la montagne.
    Né à Sahorre village près de Vinça dans la plaine du Roussillon.
    Il poursuit ses études de théologie pour devenir prêtre.
    Homme bon et conciliant
    Abandonne la théologie.
    Il est élu maire de Vinça. Exerce la profession de docteur en médecine à Vinça avec le surnom de "médecin des pauvres et des animaux ".
    Puis il est élu par les habitants : juge de paix du village.
  • Josep, Jaume CASSANYES 34 ans.
    se prononce en catalan "Cassagnièèss", francisé en "Cassagnes".
    Elu en 4ème position avec 74 voix sur 158 votants.
    Né à Canet, village côtier à 8 km de Perpignan.
    Poursuit ses études de séminariste pour devenir prêtre.
    Personnage influençable.
    Fils de chirurgien et de médecin.
    Il obtient le diplôme de chirurgien et il succède à son père dans la commune de Canet.
  • Francesc, Esteva, Sebastiá, MONTEGUT 34 ans.
    Elu en 5eme position avec 58 voix sur 158 votants.
    Né à Ille sur Tech, village proche de Perpignan.
    Républicain, homme de sens et de volonté.
    Ancien valet de la seigneurie de Fenollet, puis fossoyeur du village et il devient "crieur public".
    Propriétaire. Cultivateur.

  • 2 suppléants sont restés dans le territoire :
  • Llorenç Delcasso 53 ans, élu 1er suppléant avec 23 voix sur 158 votants.
    Né à La Cabanasse. Curé de Mont-Louis.
  • Josep Chambon, élu 2eme suppléant avec 18 voix sur 158 votants.
    Prêtre à la cathédrale Sant Joan de Perpignan. N'a pas siégé.
Joseph Guiter, malade après son départ du Roussillon, s'arrête le long du trajet pour se faire soigner.
Il rejoint dans la capitale, le groupe des députés catalans, le 10 octobre 1792.
Le 8 décembre 1792, les députés au complet changent de quartier et se regroupent à hôtel "L'Arbois" situé dans le faubourg Saint Honoré, rue Traversière, proche des Halles.
Ils reçoivent 18 livres par jour pour leur frais.
Nos élus se distinguent des autres députés car ils se rendent à pied à la Convention Nationale en portant "la baratina", le couvre-chef catalan de couleur rouge que les jacobins confondent avec le bonnet phrygien qui devient à la mode dans le faubourg.
A la salle des Manèges du château des Tuileries, nos députés découvrent les rouages de la politique.
Cette salle immense donne une impression d'étouffement.
Sur sa longueur figure 6 rangs de banquettes disposées en gradin.
Aux 2 extrémités : 9 rangs en gradins garnissent l'espace.
Ils font connaissance de la tribune où s'affronte des orateurs qui éblouissent par leur discours les gradins.
La foule siffle, gesticule, hurle, critique violement avec des termes de fureur et d'ignorance.
  • A droite, sur les bancs, les Girondins favorables à une monarchie constitutionnelle.
    Ils représentent un nombre important de nobles propriétaires qui éprouvent une peur et un dégout instinctifs contre les crasseux sans-culottes qui représentent le peuple inculte.
    Les Girondins sont convaincus que la guerre en Europe est la meilleure complice pour lutter contre la révolution.
    Les Girondins n'ont pas le même sens de" l'Homme et de la Vie" que leurs voisins Montagnards.
  • A gauche, sur les bancs en hauteur, les bourgeois Montagnards proches de ces gens grossiers et crasseux capables par leur ardeur d'insurrection.
    Les Montagnards prennent à partie comme au théâtre, le peuple dans les tribunes.
  • Au centre, les députés de la Plaine.
    Ces hommes indécis, fourbes, manipulateurs.
    Ils détiennent par leur vote d'alliance, le pouvoir de la jeune 1ère république.
Le 03 octobre 1792, un mois après leur arrivée, Joan Birotteau montre sa hardiesse contre le groupe de Jean Paul Marat.
Il monte à la tribune suite au discours de son ami le député Charles Valazé girondin de l'Orne qui accuse les membres de la législative de corruption.
"…Il est temps de dire la vérité, nous avons des papiers qui prouvent que des personnes innocentes sont massacrées parce que les membres du comité de surveillance se sont trompés sur les noms dans leur mandat d'arrêt."
" Il est temps que les factieux de Paris rentrent dans le néant."
" Nous portons le bonnet de Liberté...Nous voulons tous la Liberté.....Rien que la Liberté..."

Sa voix rocailleuse porte à travers cette salle immense couverte d'applaudissement.
115 membres sur 749 députés sont inscrits à la société des Jacobins, club à la mode qui influence les délibérations sur l'esprit et le culte fervent de la patrie avec un mépris complet de la vie et une propagande naïve de la liberté et de la vertu.
L'évidente rivalité apparaît au procès du roi et la rupture violente inévitable entre les 2 camps qui ont voté l'évolution de la république.
Le 11 décembre 1792, Louis XVI se présente devant l'Assemblée où la lecture de ses actes lui est consignée.
Le roi choisit François Tronchet, président de l'ordre des avocats et organisateur de l'Assemblée Constituante comme avocat et Guy Target pour le seconder.
Guy Target se récuse prétextant son âge. Chrétien Malesherbes et Romain Seze proposent de plaider à sa place.
Pour influencer le procès du roi, les orateurs se pressent à la tribune et les séances deviennent houleuses.
Chaque jour, les Girondins essaient de retarder le procès du roi.
Comment se comporte nos députés ?
Le 29 décembre 1792, Jean-Baptiste Birotteau et Etienne Guiter reconnaissent publiquement la culpabilité du roi .
Les 2 députés s'engagent en s'affirmant dans les rangs de la Gironde.
Joseph Cassanyes et Etienne-François Montégut se rallient aux Montagnards sans figurer dans le club des jacobins.
Joseph Fabre de Vinça s'est lancé un défit depuis sa victoire : Partir de son village de Sahorre (Vinça) à Paris à dos d'âne, (plus de 1000 km).
Il traverse les routes de France durant 38 jours de voyage pour prendre discuter et prendre le contact avec la population des campagnes.
Arrivé à Paris, Joseph Fabre est malade, la pression de devoir juger le roi est trop forte.
Joseph Fabre de Vinça est inscrit au procès verbal du 15 janvier 1793.
Il ne participe pas, ni aux débats, ni aux votes. Trop de rumeurs d'exécution sur son nom circulent dans les gradins, il se tient à l'écart des décisions du groupe.
2 "Fabre" homonymes inscrits portent sur cette confusion, il s'agit de :
Philippe Fabre d'Eglantine né à Carcassonne. Acteur, indulgent ou Dantoniste, guillotiné à Paris le 05 avril 1794.
Claude Fabre de l'Hérault né à Montpellier. Avocat, conventionnel montagnard, tué en mission à Port-Vendres, le 20 décembre 1793.
Le 15 janvier 1793, aucun "Non" déclare le roi innocent, seulement 28 députés absents marquent une forme d'opposition.
Carlos IV n'hésite pas à promettre son trône et la neutralité de l'Espagne en échange de la vie de Louis XVI.
Le roi d'Espagne emploie avec ardeur tous les efforts que lui permet la diplomatie pour sauver le roi.
Il accorde à son ambassadeur à Paris José Ocariz, un crédit illimité pour corrompre les juges lors du procès de Louis XVI.
Carlos IV demande à la banque Lecouteulx de procéder à une avance de 2 300 000 livres tournois au conventionnel François Chabot, agent de Danton pour qu'il installe un système de corruption en rétribuant les députés afin d'obtenir de leur part l'appel au peuple pour le jugement du roi à la place du simple vote.
François Chabot dénoncé, est enfermé à la prison du Luxembourg pour être jugé avec Georges Danton. Ils sont guillotinés, le 05 avril 1794.
Jean-Baptiste Birotteau à la tribune démontre son talent et son énergie quand il dénonce par un magistral discours de 10 mn le simulacre du procès du roi, la supercherie de la découverte de l'armoire en fer.

Du 14 au 17 janvier 1793 au Manège des Tuileries, durant les journées d'hiver froides et brumeuses bouleversent notre histoire.
Quel sort réserver au roi ?
Quel sentence appliquée ?

Sur proposition du girondin Boyer Fonfrède, les 721 députés présents se prononcent hésitants où tergiversant du haut de la tribune sur la peine à infliger à leur roi.
L'appel nominal commence, la mort de Louis XVI est votée que si la moitié des votants + 1 la réclament.
La salle donne une impression d'étouffement quand à 10 h 30 Barère De Vieuzac député des Hautes Pyrénées président ouvre la séance.
Les députés de la Haute-Garonne votent les premiers, ceux du Gard passent les derniers.
Un spectacle de grand désordre avec des paris de fortes sommes d'argent s'engagent dans les travées sur les chances de la mort du roi.
Des tribunes élégantes jusqu'aux bancs des représentants au fond de la salle sont occupées de femmes richement parées de rubans tricolores bavardent.
Le tirage au sort a jugé le passage des départements.
Au 1er rang, figure les maitresses des députés qui jacassent entre-elles en mangeant des oranges et se font servir des liqueurs.
Au dessus, les tribunes réservées au peuple qui mange du saucisson et boit du rouge comprenant des soldats, des tricoteuses, des bourgeois.
4 questions sont posées aux 718 députés présents au début de la séance sur 749 inscrits.
Ils viennent à la tribune par ordre d'élection du département pour voter en leur âme et conscience à haute voix leur sentence.
A 19 heures, les flambeaux sont allumés, les flammes des torches aux lueurs jaunes font danser l'ombre du député à la tribune.
La séance se termine à 22 heures.
La 3ème et la 4ème question sont ajournées pour être voté le lendemain.
  1. Louis est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d'attentats contre la sûreté de l'État ?
    Résultat sur 718 votants (749 députés-31 absents).
    683 = OUI.
    10 ABSTENTIONS.
    3 SANS REPONSE.
    22 AUTRES DECLARATIONS.
  2. Le jugement contre Louis Capet doit-il être soumis à la ratification du peuple ?
    Résultat sur 721 votants (749 députés-28 absents).
    423 voix NON,
    286 voix OUI.
    12 ABSTENTIONS.
  3. Quelle peine infligée à Louis Capet ?
    Résultat sur 721 votants (749 députés-23 absents (15 membres en mission+ 8 malades).
    Les chiffres des élections sont faux. Les votes sont contestés.
    Nombre de députés votants 745 ??? au lieu de 749
    28 absents ??? et non 23.
    Cayla député du Lot porté comme mort, est mort le lendemain des votes.
    15 députés sont en mission.
    7 députés sont malades.
    5 ceux sont abstenus ou récusés
    1 absent sans cause celui du Cantal : Joseph Mailhe.
  4. Y aura-t-il un sursis à l'exécution du jugement de Louis Capet ?
    Résultats sur 702 votants :
    380 CONTRE
    310 POUR
    2 BLANCS
    10 ABSENTS
361 votants pour la peine de mort sans condition.
316 votants pour la prison ou le bannissement ou d'autres peines.
44 votants pour la mort avec sursis.
Synthèse des résultats : 361 voix pour la peine de mort
contre 360 autres que la peine de mort.

Après les Basques et les Béarnais, c'est autour des 4 députés catalans de ce prononcer.
Le score des 321 votants qui sont passés avant eux, est le suivant :
Majorité requise 161. Mort immédiate 172 voix.
La veille, Joseph Cassanyes et Etienne Montégut ont frappé à la chambre d'hôtel "La Liberté" rue des fossés à Montmartre pour faire sortir Joseph Fabre qui est malade.
A 1 voix d'écart pour ou contre la peine de mort : Sa voix est capitale.
Après plusieurs tentations pour le trainer de force et le convaincre de voter : rien n'y fait.
Joseph Fabre est livide. Lui qui exerce la profession de médecin, ne se tient pas sur ses jambes.
Le député ne peut pas marcher, l'idée de juger le roi le terrorise.
Etienne Guiter monte le 1er à la tribune.
Modéré, Il taquine la chaine de sa montre pour se montrer plus cérémonieux, il se prononce pour une peine douce et annonce :
"…Mon opinion est connue, je ne sais pas ce que ce que c'est de varier.
Je demande la détention à la réclusion pendant la guerre et le bannissement à signature de la paix…"

Jean-Baptiste Birotteau gravement compromis par ces dénonciations aux atteintes graves au droit de propriété, il grimpe à son tour et il informe de la tribune :
"….Je vote que ce ne soit qu'après la paix et l'expulsion des Bourbons qu'on exerce la peine de mort avec sursis que je prononce contre Louis…."
Joseph Cassanyes le suit au pupitre, il est bouleversé d'émotion, il cherche ses mots et dit :
"…Pénétré des conséquences qui peuvent résulter du grand objet qui nous occupe, mais appelé par ma Patrie pour prendre la mesure la plus utile à son bonheur, c'est avec la plus grande sensibilité que je prononce la mort sans sursis…"
Etienne-François Montégut est le dernier catalan qui monte à la tribune sans se presser pour son acte politique, son pas est lent et il déclare :
"…Je supporterai la responsabilité sans remords dans ma conscience.
Comme cette détermination va décider du bonheur de la patrie, je prie mes collègues au nom de cette même patrie qu'entre nous finissent toutes dissensions et que nous ne nous occupions que du Salut Public.
Je vote la mort sans sursis…"

L'égalité parfaite pour la sentence du verdict.
2-La mort (Montégut+Cassanyes)
1-L'indulgence (Guiter)
1-La mort avec sursis (Birotteau)
1-Non votant, malade (Fabre)
Nos députés se retrouvent le soir à l'hôtel sans aucune division, toujours solidaires.
Etienne Guiter avec inertie et indépendance fait l'analyse et le compte-rendu des événements de la journée.
Jean-Baptiste Birotteau les mains sur son visage est sidéré, il est désemparé du vote de son ami girondin Vergniaud qui lui a dit au repas la veille :
"...Moi, voter la mort ! C'est m'insulter que de croire coupable d'une action aussi indigne."
"...Je resterais seul de mon opinion que je ne voterais pas la mort..."

Le 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné place de la révolution. Le roi laisse un testament immortel de bonté paternel, un modèle de foi religieuse, une leçon au monde de douceur et de regret.
Nos députés savent qu'une restauration de la monarchie est impossible et qu'un gouvernement se met en place.
La mort du roi active les haines dans les sections, les passions dans les gradins, des divisions dans les places.
Les partis s'unissent pour se protéger. Les dénonciations et les vociférations se multiplient.
La haine est à son comble quand les Girondins dénoncent la Commune de Paris d'être les organiseurs des massacres du 2 au 7 septembre 1792.
Jean-Baptiste Birotteau fait parti des membres chargés d'examiner les documents des dépenses de la Commune de Paris, il discerne rapidement que la capitale vit sur l'argent de la Nation.
Nos députés ne sont pas dupes, ils s'aperçoivent que l'argent réclamé à l'Assemblée pour la défense de Paris est détourné pour nourrir la Commune rapidement Jean-Baptiste Birotteau critique violement son financement et le comportement de ses membres.
Le 24 février 1793, Georges Danton fait voter la levée des 300 000 volontaires et lance une émission de 3 milliards d'assignats pour soutenir financièrement les recrutements.
Le 07 mars 1793, Bertrand Barère dresse son rapport à la tribune sur le complot des Bourbons espagnols.
La Convention Nationale déclare la guerre à l'Espagne de Carlos IV.
Le 09 mars 1793, Jean-Baptiste Birotteau très actif, monte à la tribune pour rejeter la création du tribunal révolutionnaire que Jean-Baptiste Carrier propose.
Son discours pour empêcher la création est sanglant et sans équivoque :
"Je vote contre le tribunal révolutionnaire que je considère inutile et une arme à double tranchant car vous voyez des traitres sur tous les bancs."
Le 01 avril 1793, Jean-Baptiste Birotteau dénonce Fabre d'Eglantine qui veut restaurer la monarchie.
Cette accusation l'isole et lui attire la haine des Dantonistes en plus de celle des Montagnards.
Les stratégies sont inconciliables, les rivalités se transforment en affrontement de haine.
Une liste de 25 girondins est rendue publique.
Le discrédit des Girondins est assimilé d'ennemi de la révolution, de défenseur du roi, d'ami du traitre Dumouriez.
Jean-Baptiste Birotteau et Etienne Guiter sont suspects depuis qu'ils ont dénoncé les membres de la Commune de Paris.
Pour sauver leur tête, nos 2 élus suspects s'adressent au membre du Comité du Salut Public et demande grâce à leur connaissance du terrain, une mission dans le département en guerre pour quitter la capitale.
La demande reste sans réponse.
De retour à l'hôtel, nos représentants décident de voter pour mettre en congé, l'un des 2 députés menacés.
Joseph Guiter qui figure sur la liste des suspects est désigné pour cette mission mais le professeur d'université refuse. Un accord désigne Joseph Cassanyes qui prépare la demande de son congé.
Le lendemain, Joseph Cassanyes à la tribune formule son congé qui parait accordé, mais le fait que Jean-Baptiste Birotteau appui cette demande parait suspect au député Clauzel de l'Ariège qui s'écrie au complot sur les intentions et dénonce un soutient aux troupes espagnoles.
La demande est rejetée.
Le président de l'Assemblée François Hanriot décrète l'arrestation des leaders Girondins.
Nos députés pensent que c'est une ruse pour calmer la révolte de la population, ils ne prennent pas part à cette délibération.
Les accusés font des efforts pour défendre leur intégrité, entre-temps les députés déménagent du Manège pour siéger au Palais des Tuileries, les 29 députés de la liste ne viennent pas à l'assemblée, certains retournent dans leur département.
Le 02 juin 1793, Joseph-Antoine Guiter monte à la tribune pour défendre sa position de député modéré centriste, mais ses convictions criées lors du procès du roi "que le roi ne peut pas être mis en jugement" fait de lui un homme dangereux et persuasif.
Jean-Baptiste Birotteau avec conviction s'adresse de la tribune aux membres de la Montagne :
" Les députés de la République ne sont pas libre à Paris, je propose le transfert de la Convention nationale en Province…"
Son discours dérange, il fait l'effet d'un scandale, il est la cible des Montagnards.
Le 05 juin 1793, Joseph-Antoine Guiter exclu, publie un compte-rendu à ses commettants pour démontrer sa neutralité.
Jean-Baptiste Birotteau écrit à la Convention Nationale afin "…d'être condamné s'il est coupable, vengé s'il est innocent…".
Il réunit ses collègues pour concevoir son projet d'évasion et les mettre à l'abri d'une répression.
Le groupe des députés catalans se scinde en deux, chaque groupe doit porter assistance à l'autre.
Pour éviter d'être accusé de complicité, Jean-Antoine Guiter suspendu, déménage dans un autre hôtel accompagné d'Etienne-François Montégut qui le suit en protection.
Joseph Fabre séparé du groupe avant de connaître la liste, se cache dans Paris.
Les Girondins protestent contre l'arrestation du 02 juin qui confirme la montée en force des Montagnards.
Le 08 juin 1793, de nouveau 75 Girondins sont arrêtés, parmi eux figure Jean Antoine Guiter.
Jean-Baptiste Birotteau est déclaré "traitre contre la patrie" par la Convention Nationale.
Jean-François Dougados connu sous le nom de Venance Dougados. Capucin du monastère saint Augustin de Perpignan, ancien secrétaire de la princesse polonaise Elisabeth Lubomirska à Nice et professeur de l'université de Perpignan arrive à Paris pour organiser la fuite de Jean-Baptiste Birotteau avec un visa sous un nom d'emprunt.
Dès son retour à Perpignan, Venance Dougados est dénoncé pour cette complicité, il est arrêté le 13 aout 1793.
Il est torturé, transféré malade devant le tribunal révolutionnaire de Paris qui le condamne à mort pour fédéralisme et l'exécute, le 14 janvier 1794.
Joseph Cassanyes complice, procède par un geste humanitaire à une diversion vers 22 heures, il attire la surveillance des 2 gendarmes qui gardent la porte de l'hôtel et assure la réussite de l'évasion de Jean-Baptiste Birotteau.
3 jours après sa fuite, Jean Baptiste Birotteau écrit en latin pour éviter les dénonciations à Joseph Cassanyes et à Jean-Antoine Guiter.
Il précise qu'il se dirige vers Lyon et que son passeport a été contrôlé 5 fois avec succès, sans soucis.
Les députés élaborent la constitution de l'An II voté le 10 aout 1793 par la Montagne.
Le 01 juillet 1793, Joseph Cassanyes nullement inquiété pour sa complicité lors de la fuite de Jean-Baptiste Birotteau se rend à la séance de l'Assemblée.
A la tribune, Gaspard Monge, ministre de la marine donne lecture d'une lettre du maire de Perpignan François-Xavier Llucia qui précise que tout va pour le mieux sur le front des combats dans les Pyrénées-Orientales qui rend Joseph Cassanyes stupéfait et indigné car il a reçu 2 courriers de François Durand et Isidore Muxart de Perpignan qui décrivent une réalité contraire.
Les deux lettres font part de l'inquiétante avancée des régiments espagnols d'Antonio Ricardos et de la chute le 24 juin 1793 de la forteresse de Bellegarde.
Joseph Cassanyes se présente devant les membres du Comité Salut Public pour exposer sa version.
Aucun des membres ne parait surpris des nouvelles sur l'avancée des Espagnols dans le département qu'ils savent déjà.
Un des membres, le conduit à Georges Danton qui lui ordonne de se joindre aux conventionnels désignés à se rendre dans l'Armée des Pyrénées-Orientales, il s'agit de Dominique Ramel-Nogaret de l'Aude et de Joseph Cambon de l'Hérault.
Le 03 juillet 1793, les 2 commissaires du peuple qui doivent se rendre en mission avec Joseph Cassanyes ne partent plus car ils sont retenus par les instances.
Le citoyen Izaure un perpignanais domicilié à Paris remet à Joseph Cassanyes 3 paquets de procès-verbaux de l'assemblé électorale qui s'est tenu à la cathédrale Sant Joan de Perpignan pour le déplacement de la Convention Nationale à Bourges.
Joseph Cassanyes prudent s'empresse de brûler les documents compromettants dans le poêle de l'Hôtel d'Arbois.
Le 06 juillet 1793, Joseph Cassanyes moins Montagnard par ses prises de position reçoit par décret son ordre de mission pour les Pyrénées-Orientales accompagné d'une compagnie de canonniers de Paris, des 3 bataillons des Alpes et des 6 bataillons de l'Armée de l'Italie pour joindre les conventionnels en place.
Le11 juillet 1793, Jean Baptiste Birotteau à Lyon se précipite avec sa fougue et sa détermination au secours de son collègue qui a défendu ses convictions à l'Assemblée le Girondin Charles-Antoine Chasset contre les exhortations violentes du maire jacobin Marie-Joseph Chalier.
Ils montent une insurrection contre les abominables conditions sociales mais les royalistes s'enrôlent dans les bataillons qui marchent à l'Hôtel de Ville arrêtent Marie-Joseph Chalier et ses partisans.
Le 15 juillet 1793, Joseph Cassanyes arrive à 7 heures du matin à Perpignan se rend au camp militaire de l'Union pour rencontrer le général en chef Louis-Charles De Flers, il rejoint les représentants du peuple Claude Fabre, Augustin Leyris et Joseph Projean pour leur donner les lettres et les consignes du Comité du Salut Public.
Joseph Cassanyes entreprend une tournée des communes leur apportant un soutient financier grâce aux subventions qu'il a obtenu. Il calme les tensions entre les élus et la Société Populaire de Perpignan, il s'efforce de venir en aide aux notables menacés, plusieurs aristocrates lui sont redevables. Cette générosité du cœur le met personnellement en danger, il acquitte par des rapports favorables de nombreux membres accusés de fédéralisme dans le département.
Le 17 juillet 1793, Marie-Joseph Chalier, maire de Lyon est guillotiné par les élus. A l'annonce de cet événement, la Convention Nationale décrète le siège de Lyon.
Le 23 juillet 1793, Jean Baptiste Birotteau réfugié à Bordeaux se croit tirer d'affaire, il doit embarquer vers les Amériques quand Claude-Alexandre Ysabeau qui arrive de la Société Populaire de Perpignan le dénonce.
Jean Baptiste Birotteau est arrêté par Jean-Lambert Tallien qui prend sa revanche en pourchassant les fugitifs Girondins. Il est guillotiné sur la place Dauphine à Bordeaux.
Le 27 juillet 1793, Maximilien Robespierre est élu au Comité de Salut Public en remplacement de Georges Danton.
Le 13 aout 1793, Laurent Delcasso député suppléant remplace Jean Baptiste Birotteau, guillotiné.
A la Convention Nationale, il ne prend pas le siège vacant de son collègue Girondin, méfiant il s'assoit avec les députés centristes de la plaine.
Le 05 septembre 1793, Bertrand Barère met la terreur à l'ordre du jour pour sauver les acquits de la République.
Le 16 octobre 1793, Marie-Antoinette est jugée et le lendemain guillotinée.
Le 18 novembre 1793, Guillaume Chaudron-Rousseau et Marc Baudot dénoncent la mission de Joseph Cassanyes qui a encouragé 3 moines à Puycerda de faire la messe en présence du général Mathieu d'Arbonneau, celui-ci est suspendu.
Le 22 décembre 1793, Bertrand Barère rapporteur du comité de la Convention Nationale rappelle à Paris, Joseph Cassanyes pour ses actions jugées peu brillantes.
Il est remplacé dans le département par Pierre Soubrany et Cumin Milhaud.
Joseph Cassanyes, s'aperçoit qu'à l'ouverture des séances de la Convention Nationale que la salle est aux 3/4 vides, rien n'est pareil.
Les députés entrent inquiets, s'observent pleins de défiances, soupçonnent dans les murmures un piège, même leur place ne reste pas indifférent aux regards.
La masse des députés est parquée à gauche, le côté droit est désert. Les prudents ne s'assoient jamais. Pour tromper les espions certains changent de place constamment.
Le 08 janvier 1794, Maximilien Robespierre désigne les indulgents comploteurs avec les pays étrangers et ils sont exécutés le 5 avril 1794.
Le 26 juillet 1794, Joseph Cassanyes ne prend pas part à l'arrestation des députés Montagnards et de Maximilien Robespierre qui sont exécutés le lendemain.
Cette réaction suspecte de ne pas s'opposer à l'arrestation des Montagnards laisse planer un doute sur sa tendance de Montagnard.
Il vote avec la Gironde dès qu'il s'agit d'action sur les personnes et vote Montagnard aux mesures rigoureuses pour la survie de la république.
Le 30 juillet 1794, les montagnards exécutés. Joseph Guiter emprisonné avec les 75 girondins retrouvent leur liberté, Josep Guiter retourne pour se refaire une santé dans le département.
Le 13 aout 1794, le Comité de Salut Public envoi Joseph Cassanyes en mission dans l'Armée des Alpes avec les commissaires Jean Genissieu de l'Isère et Bernard Port du Mont-Blanc. Ils combattent les royalistes qui poussent à la subversion avec les prêtres réfractaires et les émigrés.
Sur 76 présidents de la Convention : 18 sont guillotinés- 8 déportés- 22 mis hors la loi- 6 incarcérés- 3 se suicident, 4 deviennent fous, un total de 61 sur 76.
Ceux qui sont deux fois présidents périssent de mort violente.
Le 17 aout 1795, la Constitution de l'An III est adoptée par référendum.
Le 08 septembre 1795 à Perpignan, de nouvelles élections ont lieu pour élire 5 nouveaux députés qui siègent comme membre aux conseils des cinq cents.
Sont élus :
Joseph Guiter, Etienne Montégut, Joseph Cassanyes et Laurent Delcasso le remplaçant de Jean Baptiste Birotteau.
Jacques-François Izos 32 ans, avocat et juge est élu à la place de Joseph Fabre qui ne renouvelle pas son mandat.
Le nouveau régime du Directoire donne un regard inattendu de la jeune république, d'autres députés convaincus de détenir la vérité imaginent des nouvelles idées politiques pour défendre la cause républicaine.