Louis Turreau, taire sa défaite. Sources : "L'oubli naitrait-il de la superposition impossible de l'histoire et de la mémoire ?"
La Vendée et la Révolution.-Jean-Clément Martin. Editions Perrin 2007 Paris.


L'idéologie républicain au pouvoir peut massacrer.
La répression est un moyen d'exterminer avec extase.
Comment commettre une frénésie de crimes et supprimer la population en bonne conscience puis en effacer les preuves par le mensonge.
La loi du 30 avril 1793 annonce ces pulsions dramatiques par l'extermination de la population et à l'anéantissement de leurs biens:
"…les vertus du peuple français feront triompher la république démocratique et punira sans pitié ses ennemis…."
Tout village qui recueille dans son sein les soldats ennemis est un village rebelle et sera démoli.
Si le village est un repaire de suspects, sa population désignée comme terroriste sera massacrée…."

Un jugement de cruauté, une interprétation voulue diffusée contre l'ennemi.
Les récits d'archives décrivent la confrontation de 2 armées dans le département souvent écrit par des militaires.
Les textes négligent la population existante, souffrante et excédée durant l'occupation mais extrêmement présente durant les combats.
Les civils soignent les blessés, ils enterrent les morts après les combat, ils servent d'espions, d'interprètes.
Ils témoignent à travers les réseaux de la communauté catalane à désinformer la haine de l'envahisseur en contrôlant l'information.
Le village de Tressera est connu pour être au cœur d'une erreur de l'histoire lancée par la propagande de l'Armée des Pyrénées-Orientales contre l'ennemi espagnol.
Le village "Tresserra" en catalan, son nom est composé de 2 mots latins,"Trans"= passage et "serra" = scie.
C'est l'imposant passage creusé par l'ancienne voie romaine Iberia qui sépare d'Est vers l'Ouest le massif aride des Aspres qui s'élève progressivement autour d'une ligne de crêtes et de ravines en forme de dents de scie entourés de quatre larges plateaux qui s'étalent :
  • Celui de la Serra à Tresserra.
  • Celui del Rey au Boulou.
  • Celui de Nidolères.
  • Celui de la "Creu Verda".
Les habitants de Tresserre vivent de l'élevage des ovins et de la production de laine.
Ces gens travaillent dans les métairies autour des champs de seigles, de froments et de millets qui couvrent les versants des collines sur lesquels les ruisseaux torrentiels ont creusés des combes arides de schistes et de calcaires qui forment le maquis appelé : les "Aspres".
En 1793 le village de Tresserre abrite 188 habitants.
La commune fait parti des 127 villages sur 228 que comptent le département qui applique la proclamation espagnole du 03 juillet 1793 :
"a fait le vœu de fidélité au roi d'Espagne, a juré de suivre la religion catholique et de se soumettre à l'ancien régime".
Isidore Prohom, le curé du village de Tresserra prête serment à la Constitution Civile du Clergé et émigre avec un groupe d'ecclésiastiques en Espagne, le 25 novembre 1790.
Durant l'occupation espagnole, c'est l'aumônier Sauveur Saint Elie du couvent de St Joseph de Gerona qui fait office de curé pour les cérémonies de baptêmes et d'enterrements.
L'aumônier Sauveur St Elie est un militaire du 2ème régiment des fantassins de Malaga.
Le bourg Tresserra est situé à 152 m au sommet d'une colline à 18 km de Perpignan.
En 1172 les habitants ont édifié une église romane en l'honneur du saint patron de leur village Saturnin.
L'église est fortifiée par une "cellera"= une enceinte.
De nos jours, il n'y a plus de trace des remparts, ni du domaine royal au XIIe siècle de Bernât de Tresserra.
En 1463 la seigneurie change de mains, elle devient une baronnie.
Les derniers nobles connus sont Pons de Perillos et Charles d'Oms.
Durant la révolution, de nombreux terrains sont acquis par Antoine Bosc.
Ce bourgeois noble de Perpignan les rattache au hameau de Nidolères pour former un établissement monastique rattaché à l'abbaye de Saint-Hilaire de Carcassonne dont la chapelle est dédiée à saint Étienne, patron du bourg.
Le village de Tresserre fait face à la lisière du village de Thuir.
Derrière la commune apparaît les fortifications du village du Boulou.
Autour des maisons se dressent les contreforts fertiles de la commune de Banyuls dels Aspres.
Les contreforts forment une succession de plateaux habités par les villages de Passa, Villemolaque, Montesquieu-des-Albères qui s'étendent au Sud-Est jusqu'à la rivière Tech.
Ses plateaux sont des postes de contrôle avancés du dispositif de défense du village du Boulou où est installé le cantonnement espagnol du 2eme régiment d'infanterie de Malaga.
Quelles raisons désignent le bourg paisible de Tresserre comme "village rebelle" ?
  1. L'arrivée le 08 octobre 1793 de Louis-Marie Turreau, le protégé du ministre Jean-Baptiste Bouchotte à la tête de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
    Il veut obtenir le titre suprême de :"chef d'Armée".
    Il doit se distinguer et frapper un coup décisif. Il prépare sur les recommandations de Luc Siméon Dagobert l'unique bataille du Boulou qui devient la désastreuse défaite française.
    Son cousin lui demande d'appliquer dans la région le décret du 01 aout 1793 qu'il doit renouveler, ordonnant :
    " l'anéantissement des brigands et l'incendie de leur repère".
    Louis Marie Turreau devient l'instigateur de la haine et de la destruction.
    Il valide chacune des propositions de son plan de ravage.
    Ce plan avec des mesures extrêmes par la dévastation des récoltes, la destruction des villages, l'exécution des suspects et la confiscation du bétail.
    Il s'agit de durcir la répression contre la résistance.
    Ne pas livrer la population aux tribunaux mais recourir à des méthodes de tuerie qu'il teste sur le terrain avant de revenir en Vendée.

  2. La défaite française du 14 au 15 octobre 1793, durant la bataille du Boulou.
    Le succès Espagnol retentissant est éprouvé comme une humiliation par l'Etat-Major républicain et l'échec personnel de Louis-Marie Turreau.
    Le village de Tresserre se situe dans l'axe de la retraite des fantassins outragés, épuisés de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
    Ces militaires se dirigent vers leur campement proche de Perpignan veulent une vengeance.
    L'ancien drapeau de la France avec les 3 fleurs de lys flotte sur le clocher comme une provocation.
    A ce titre le village de Tresserra fait l'objet d'un mouvement de représailles.

  3. Faire de Tresserre, un exemple.
    La destruction du village doit être un événement qui marque la conscience de la population et la vie politique du département.
    Républicains d'aujourd'hui, ne validez pas si vite la sentence de "rebelle", des Tresserroises et des Tresserrois.
    La projection des événements dans notre espace temps vous impose un jugement erroné, contrefait.
    Le pacte de Gênes du 20 juin 1705 a floué la population catalane au sein du royaume de France.
    Les guerres de 1667 à 1714 ont déplacé le territoire et les acquis en fonction des victoires.
    Les Tresserroises et les Tresserrois savent que le territoire conquit par les armes est une monnaie d'échange en cas de défaite.
    Catalans par le sang, Français par le droit.
    Les habitants à cette période ne parlent pas français.
    Ils sont convaincus que cette guerre de 1793 entre l'Espagne et la Convention Nationale restituera à la couronne espagnole de Carlos IV, le territoire du Roussillon mis sans leur accord dans la corbeille lors du mariage de Louis XIV par le traité des Pyrénées, suite à la défaite de la guerre de 30 ans.
    Chaque jour, la population s'oppose à la divergence religieuse contre l'athéisme des militaires de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
    Une leçon de vie abusive que l'administration républicaine impose et applique avec violence dans les 14 couvents et les 5 églises de Perpignan pour faire respecter les lois, redistribuer les biens de l'église.
    Les soldats républicains athées du département brulent les œœuvres des chapelles, détruisent des toiles inestimables sur la place des villages.
    Ils démolissent les sculptures des retables d'une valeur considérable et brulent les livres des oratoires, des ouvrages uniques où sont consignés la mémoire collective d'une communauté, l'héritage rare des époques anciennes.
    Les villageois au nom de leur identité se rebellent contre une injuste autorité républicaine.
    Ils sont considérés comme terroristes non républicains, à ce titre ils doivent être punis.
  4. /ol> Leurs maisons abritent les partisans du harcèlement, les officiers municipaux sont engagés dans les sabotages continuels des convois de ravitaillement français.
    Les chefs de famille sont inscrits comme des somatents sympathisants avec l'occupant.
    Le 19 octobre 1793, des fantassins sont rassemblés sur les hauteurs du plateau de Tresserre.
    Certain plus furieux sont dispersés dans les ruelles du village.
    La division de droite est confiée à Jean-Jacques Laterrade promu général de brigade à Llauro et le 2eme bataillon du Vermandois se replient sous les assauts des fantassins espagnols de La Cuesta vers la division du centre à Tressera.
    La division du centre des volontaires du Gers est aux ordres du chef de brigade Pierre Banel et du sergent major Jean-Baptiste Dupin se présentent à la mairie pour annoncer la destruction du village.
    Les artilleurs de la brigade Jean Joseph Guieu encerclent le village avec l'accord de son aide de camp Joseph Albert.
    Dans leur hargne de vengeance, les artilleurs français cassent les portes et les fenêtres, jettent des grenades pour enflammer rapidement les maisons.
    Sous le prétexte d'appartenance à une race de suspects, les habitants "somatents" rescapés marchent les bras en l'air pour se rendre mais dans un délire sadique les artilleurs tirent sur eux.
    Les fantassins républicains jouent à une frénésie perverse d'introduire dans leurs cadavres des cartouches de poudre pour y mettre le feu.
    Cette haine se continue par une excitation de luxure en violant les femmes puis les décapitant vivantes pour les faire taire.
    Dans les rues adjacentes, d'autres femmes tenant leurs enfants dans les bras comme une protection sont achevées à coups de baïonnette.
    Les villageois enfermés périssent dans les flammes, les forces républicaines les désignent du nom "d'otages".
    Le feu se communique d'une maison à l'autre, en peu de temps le village est ardent brassier.
    L'air est suffocant mais c'est l'odeur putride des cadavres qui est intenable.
    Les flammes montent des poutres des toits, par les ouvertures des colonnes de fumée noire s'élèvent dans le ciel gris.
    La fureur des artilleurs de Jean Joseph Guieu ravage le hameau de Nidolères.
    A la tombée de la nuit, la chapelle saint Étienne est une immense torche d'où sortent des gigantesques flammes.
    Le général Louis Turreau et son Etat Major font porter le discrédit du village brulé de Tresserre et des massacres de la population aux exactions des troupes espagnoles.
    Les troupes espagnoles pour les troupes républicaines sont des pillards et des émigrés en revanche avides de recouvrer leurs biens.
    Louis Turreau établit la censure par un comité secret.
    Les membres de son Etat-Major minorent les faits comme anecdote dans les procès-verbaux et ils instaurent une amnésie par l'oubli volontaire.
    Louis Turreau et son Etat Major appliquent l'intox, l'arme propagandiste qui implique les médias.
    Les artilleurs de la brigade Jean Guieu façonnent l'opinion publique pour transformer les faits et pour amplifier le mensonge.
    Ils déforment les rumeurs pour que la mémoire collective disculpe et exonère les fantassins de leur responsabilité dans les massacres.
    L'histoire ne retient aucune atrocité commis dans le village de Tresserre.
    En novembre 1793,"l'Echos des Pyrénées" reprend la fausse information et propage que les crimes terribles de guerre sont les faits des occupants espagnols.
    Les habitants voisins ne sont pas dupes.
    Ils désignent les criminels de la tragédie.
    Ils dénoncent la vérité sur les auteurs des perversions, contraires aux rumeurs exagérées, aux rancœurs et aux jalousies que les journaux républicains attribuent aux pillards.
    La mémoire ne reste pas figée, le devoir de relater la réalité des massacres éclate et désigne les acteurs.
    La vérité accablante sort du mutisme des cendres.
    La sincérité jaillit des murs en ruines.
    La commune de Tresserre s'est reconstruit.
    La vie du village a prit le dessus.
    Le pesant héritage est oublié par la réconciliation des contre-révolutionnaires.
    Le traumatisme et les refoulements du passé sont enterrés avec l'oubli.
    La mémoire des anciens tourne la page du drame pour que vive la république.