Sources : "De Bonneuil : femme galante et agent secret". par Olivier Blanc. Éditions R. Laffont-Paris 1987.


Le 15 juin 1794 à la mort de l'enfant de Louis XVI, Manuel Godoy cherche des diplomates français.
Le 1er ministre espagnol a des difficultés à renouer le contact pour les négociations de paix.
Il ne reconnaît plus ses ambassadeurs qui se cachent de la terreur.
La Convention Nationale a mis trop d'hommes au pouvoir.
L'Angleterre fait échouer tous les rapprochements pour la paix.
La famille royale demande à Manuel Godoy de se tourner vers le front de la guerre.
Manuel Godoy donne l'ordre à Lluis Firmin Carvajal, comte De La Union de se rapprocher du commandant en chef Jacques Dugommier pour ouvrir les négociations de paix.
Rapidement l'Angleterre prend connaissance des intentions du 1er ministre.
Le royaume anglais fait pression en prenant possession des colonies espagnoles.
La Convention Nationale refuse les négociations de paix transmissent par le prisonnier de Barcelona Charles Cau de Frégeville.
Celles du 03 aout 1794 de Domingo Simonin ne donnent pas les résultats escomptés.
Qui tiendra le rôle du colonel Karl Mack ?
Les documents d'espionnage coté français de 1793 découverts dans les archives du lord Grandville, ministre anglais des Affaires Etrangères ainsi que ceux annotés "F" aux Archives Nationales font état d'un réseau actif d'espions qui pénètre aux meilleures sources le Comité du Salut Public.
Le contre-espionnage lui donne le nom de "comte d'Antraigues".
Un diplomate de 40 ans parlant l'allemand, le russe, l'italien et l'anglais de son véritable nom est Emmanuel De Launay, ami très proche de Jean-Jacques Eprémesnil, lié à la prostituée et chanteuse Antoinette Saint Huberti, une alsacienne.
Ensemble dans la forêt de Montmorency à Saint Brice, les 2 hommes mettent en place le 28 février 1791 le parti royaliste secret des 152 chevaliers du poignard qui pénètrent dans le château des Tuileries.
Dénoncé d'espionnage, puni de mort, le couple d'Antraigues s'enfuit à Lausanne (Suisse) où ils installent le " Cercle des plumes".
La Suisse est le plus grand rendez-vous des espions, des conspirateurs, des aventuriers que payent le " Cercle des plumes".
C'est un réseau d'agents d'influence royaliste au service du comte de Provence, le futur Louis XVIII.
Les 2 frères de Louis XVI depuis leur émigration font des ouvertures par leurs diplomates
Leurs espions ont infiltré les réunions des Jacobins, des Sociétés Populaires et ils sont membres de la Convention Nationale.
Les instructions des 2 frères du roi Louis XVI arrivent souvent contradictoires, opposés.
Le comte de Provence (Louis XVIII) à Vérone se prête aux idées de monarchie constitutionnelle, d'amnistie aux acquéreurs de biens nationaux.
Son frère le comte d'Artois (Charles X) parle de monarchie absolue et de vengeance.
Le futur Louis XVIII possède un excellent service secret avec le duc D'Harcourt à Londres et le duc D'Havré à Madrid qui rallume sans cesse la guerre contre la France pour rapprocher le royaume d'Espagne avec celui d'Angleterre.
Le 3 juillet 1794, Auguste De Croy, duc d'Havré présente lors d'un entretien privé au roi Carlos IV, une négociante française en produits de luxe : La comtesse Michelle De Bonneuil.
Née Michelle Santuary le 25 mars 1748 à Sainte Suzanne dans l'ile Bourbon (La Réunion).
Michelle est la 2ème fille de Marie Catherine Caillou et de Jean Santuary avocat au parlement de Bordeaux, propriétaire de plantations dans l'ile Bourbon ont 6 enfants : 3 garçons et 3 filles.
Sa mère meurt lors de l'accouchement du dernier enfant.
Le père envoi ses enfants en France chez Marie Santuary, sa belle-sœur célibataire qui se charge de leur éducation au couvent Madeleine à Bordeaux.
L'ainée Marie-Christine blonde épouse l'armateur Jean-Louis Testart grosse fortune par son commerce des Antilles.
Michelle Santuary la seconde fille épouse en 1768 à Bordeaux à Nicolas Cyrille Guesnon De Bonneuil, âgé de 20 ans de plus qui exerce la profession de 1er valet de chambre du comte de Provence.
Le couple Guesnon De Bonneuil à 3 filles :
Marie-Michelle dite "Cécile", Jeanne dite "Sophie" et Eléonore dite Laure.
Ruiné par les événements de la révolution, son époux Nicolas De Bonneuil est malade.
Son épouse se lance dans une vie d'artiste comme chanteuse et comédienne.
En 1786, sa sœur benjamine Françoise dite "Eléonore" veuve de Jacques Thilorier, un riche avocat de Bordeaux d'une famille de planteurs sur l'ile de Saint Domingue se remarie à Jean Jacques Duval D'Eprémesnil avocat du parlement dont elle attend un 2ème enfant.
Son beau frère Jean-Jacques Duval D'Eprémesnil, est le fils du gouverneur de Pondichéry, administrateur de la Compagnie des Indes.
C' est l'homme le plus en vue et le plus détesté pour être un partisan d'une constitution sur le modèle anglais avec 2 chambres et il exerce une profonde influence qui modifie sa vie mondaine.
Michelle De Bonneuil s'installe à Paris, elle vit de son talent de chanteuse et de peintre.
De salons de peintres, en salons d'intrigues parlant plusieurs langues, cette brune au visage enchanteur côtoie la vie mondaine et vaniteuse du milliardaire de la finance Nicolas Beaujon.
Son intelligence, son éclatante beauté, sa vivacité, son amabilité sont appréciées des cercles d'aristocrates.
Michelle Santuary collecte des fonds qui alimentent le réseau secret du comte d'Antraigues, Emmanuel De Launay dont elle figure comme un élément officiel déterminant.
Subterfuges d'identités empruntés à ses femmes de ménage, elle est aidée par son mari au service du comte de Provence.
Le couple De Bonneuil s'installe dans une vie secrète et sort du pays des documents royalistes compromettants.
En 1790, Michelle De Bonneuil habite un logement officiel à Paris dans la rue Neuve Sainte Catherine au sein du Marais.
Elle chante régulièrement dans les salons de sa sœur cadette Françoise D'Eprémesnil où elle rencontre pour la 1ère fois, un joueur libertin corpulent qui joue au colon noble :
Jacques-Antoine Cazalès, né à Grenade sur Garonne en 1752, (la même ville de naissance que Catherine Dominique Pérignon-1754/1818).
Son père Antoine Cazalès est conseiller au parlement de Toulouse.
Le jeune Jacques Cazalès fait ses études pour être magistrat mais il perd son père très jeune.
Il obtient une compagnie dans le régiment des dragons de Jarnac .
En 1789, il est élu député de la noblesse aux Etats Généraux de Rivière-Verdun.
Très vite, il cumule les dettes dans les cercles de jeux et il perd son honneur dans de nombreux duels.
C'est un libertin laid, passionné de jeux, cumulant les dettes qui a pour maitresse Marie Mouhat, l'épouse de Jean-François Reubell membre du Comité du Salut Public.
Jacques Cazalès à 41 ans devient l'amant de Michelle Santuary De Bonneuil.
Au coté de ce député de Grenade sur Garonne, la roturière âgée de 37 ans se dédouble dans les récits et les généalogies alors qu'il s'agit de la même personne.
Elle se déroute de ses familiers confie sa maison au musicien François Schuppen.
La chanteuse énigmatique prend l'apparence d'une deuxième femme rajeunie de 17 ans.
Elle est habile au sein des méandres de l'espionnage et de la diplomatie secrète avec un nouveau nom sur son passeport de Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil, (Jeanne et Cécile prénoms de ses 2 filles ainées) domiciliée à Triel, lieu proche de Saint Leu, au Nord de Paris.
A cette époque, Jacques Cazalès est le plus actif des codebreakers français liés aux réseaux d'espions de Jean-Jacques Eprémesnil et de Charles Brottier.
C'est le principal contact en Angleterre d'Edmund Burke qui assure sa protection et sa couverture.
Il coordonne son talent d'espion britannique avec ceux de Gilbert Eliott et de William Wickham.
En mai 1791, au palais du Luxembourg, elle rencontre Anne Laforce comtesse de Balbi, la maitresse du comte de Provence qui établit le plan d'évasion de Louis XVIII à Mons en Belgique.
Le 21 juin 1791, lendemain de l'évasion, la comtesse De Bonneuil soupçonnée d'être l'auteur du plan est incarcérée pendant 3 jours dans la prison de l'Abbaye.
Le 03 juillet 1791, relâchée, le couple Cazalès-Bonneuil décide de rejoindre l'émigration royaliste chez le comte De Turconi en Suisse.
A Lausanne, Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil passe un accord avec la "British spymaster" de William Wickham qui organise un réseau d'agents qui favorisent l'entrée des royalistes hors de France afin de combiner une majorité subversive pour rétablir Louis XVIII, pour se rapprocher de Jacques Cazalès.
Son éducation aristocratique, sa forte personnalité et sa connaissance des affaires internationales font que la comtesse Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil assimile vite les méthodes du renseignement humain avec entretien et interrogation, recueil d'opportunité et gestion de contacts du cercle secret de l'espionnage suisse avec la complicité de Berthold Proly et Natahaniel Parker Forth.
La courtisane se lie avec les banquiers, l'autrichien Junius Frey, le portugais Jacob Pereira, l'espagnol Andres Guzman et le suisse Jean-Frédéric Perrégaux pour faire échouer les réunions jacobines et financer la création des divisions militaires d'émigrés dirigés par des généraux royalistes comme :
Le régiment des Bourbons, la légion du comte Panetier, la légion du Vallespir, la légion catholique et royale des Pyrénées.
Le couple Bonneuil-Cazalès se déplace sous une valse de faux noms, "d'Azan" et de "Renard" et de faux certificats de non émigration.
Ils manipulent secrètement d'importantes sommes d'argent délivrées par la banque irlandaise Joyes qui visent à rallier les généraux à la cause royaliste et à les convaincre de changer de camp pour trahir la république.
Le 11 avril 1793, Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil donne naissance à la fille de Jacques Cazalès :
Augustine, Simplicie, Evelina dite "Nina" qui épouse plus tard, Jean Cardon, un propriétaire de manufacture.
Un couple marié aux noms d'emprunts"Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil" ou"De Blois" se présente dans les réseaux royalistes du Pays-Bas, du Portugal, de l'Espagne et du soulèvement de Lyon.
Sa résistance physique à ces longs voyages surprend et seul l'Angleterre est en mesure de couvrir ses ruineux déplacements.
Le 22 septembre 1793, Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil est écrouée pour 1 an à la prison parisienne de Sainte-Pélagie comme agitatrice au soutien de la monarchie avec les épouses des girondins et elle évite l'exécution.
Sa jeune sœoeur Françoise et son mari Jean-Jacques Eprémesnil n'échappent pas à la guillotine des jacobins.
Elle est relâchée avant la totalité de sa peine prévue le 01 octobre 1794 suite à la libération des girondins après le 9 thermidor An II.
Dans sa maison de Saint Leu, la British spymaster d'Evan Nepean l'approche pour une mission en Espagne en compagnie de l'ambassadeur Johan Walckenaer.
Ensemble ils contactent le duc d'Havré, l'ancien amant de Michelle Bonneuil qui a infiltré la communauté irlandaise en exil qui soutire les renseignements sur les Bourbons espagnols.
Bloqué en Angleterre, son amant Jacques Cazalès est surveillé après la destruction de la rade de Toulon dont il n'est pas étranger, lui assigne cette mission en Espagne.
Le duc d'Havré présente cette brunette au roi.
Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil instruit le roi Carlos IV de sa connaissance intime avec le chef d'Armée Jacques Dugommier.
L'espionne lui annonce de renouer son idylle avec Coquille, son ex-amant Jacques Dugommier.
Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil se trompe de personne dans la famille Coquille de Guadeloupe.
Elle parle du conseiller Coquille Sainte Croix ou du greffier Coquille Grand Feu.
Le quartier de Du Gommier dont Jacques s'est attribué le surnom est une colline haute de 600 m de Basse-Terre, situé à 7 km du village de Saint Claude en Guadeloupe.
Jacques Coquille possède par sa famille une sucrerie "l'habitation Fromager" dans la commune des Trois Rivières au quartier de la Grande-Anse.
A Sainte Anne, en Guadeloupe qu'il se marie le 12 février 1765 avec Marie-Dieudonné Coudroy et non dans l'ile de la Réunion (Ile de Bourbon) comme l'affirme Michelle Bonneuil .
Le roi Carlos IV savoure l'idée d'une conspiration et de la trahison du commandant en chef de l'armée républicaine.
Le roi sait que pour l'immobilisme" de nombreux généraux en chef français furent guillotinés.
Carlos IV ordonne à son 1er ministre Manuel Godoy d'établir un laisser passer à la comtesse Michelle Bonneuil pour la réussite de son projet de conspiration.
Manuel Godoy gigolo convaincu, savoure le projet d'une liaison entre l'entremetteuse royaliste et le commandant républicain qui va tourner en trahison.
Il écrit une lettre au commandant en chef Lluis Firmin Carvajal, comte De La Union pour en favoriser l'exécution. (Lettre trouvée dans les archives des ducs De Sant Carlos).
Le comte De La Union est prudent, il ne veut pas fournir rapidement le passeport à cette belle séductrice .
Dans l'obligation d'obéir aux ordres de Manuel Godoy, il conçoit de recevoir l'aguicheuse dans la capitale de la Catalogne à Barcelona et non pas dans son Etat-Major à Figueres.
Il écrit au ministre des réserves.
Il se refuse à croire à une idylle entre l'ancienne amie catholique et royaliste et le fougueux militaire républicain Jacques Dugommier.
" J'ai pris garde que l'imagination exaltée d'une femme jeune, d'une Française surtout a pu lui faire concevoir un projet inexécutable.
"Il se peut aussi que sous le masque du zèle elle cache l'intention de nous tromper, ou ne cherche qu'un moyen de remédier à son indigence."

Le comte De La Union souffre de voir l'intégrité du commandant en chef Jacques Dugommier mise en cause dans la perspective d'une trahison.
Pressé par la royauté, il exerce son pouvoir de chef d'Armée pour que le projet de séduction se réalise et va l'aider dans le contenu de sa correspondance pour son satisfaire son désir si son entourage et ses officiers n'ignorent pas son inclination d'autrefois pour cette femme.
Il doute que l'objet de la venue de cette femme de peu de vertu réalise et décrète la mort de Jacques Dugommier pour trahison avec l'ennemi.
Le ministre répond :
"Après les prudentes réflexions de Votre Excellence sur la comtesse Bonneuil, je juge convenable que vous la laissiez passer et que vous l'aidiez conformément à mes dernières instructions."
Le 30 aout 1794, le comte De La Union contraint d'exécuter l'ordre, il écrit à la comtesse De Bonneuil pour l'accueillir.
Le 04 septembre 1794, le comte De La Union reçoit la réponse de la comtesse (lettre figurant dans les archives des ducs de Sant Carlos) qui a rallié Madrid à Barcelona est prête à se rendre à son Q.G. de Figueres pour y recevoir ses ordres.
Le comte De la Union se serait dispensé de la visite de cette intrigante dans son campement surtout qu'il s'est forgé une vie de jésuite.
Une vie de jésuite digne et austère dont l'Armée est sa seule maitresse et la religion son unique épouse aux yeux de ses officiers et de ses soldats.
Ce même jour, il écrit à Manuel Godoy, (lettre trouvée dans les archives des ducs de Sant Carlos) de souffrir de l'arrivée de cette dévergondée mais qu'il fera tout pour l'aider.
Le 17 septembre 1794, la capitulation de la forteresse de Bellegarde a lieu.
La Convention Nationale renomme le fort de Bellegarde en fort du Sud-Libre.
Jacques Coquille Dugommier reçoit les félicitations car il n'y plus aucune troupe étrangère sur le territoire français.
Pour éviter l'espionnage de son Q.G. au château Sant Ferràn de Figueres, le comte De La Union demande à la comtesse de rester à Barcelona.
Le 09 octobre 1794, la comtesse Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil devance sa demande, elle arrive en habit d'homme à Figueres.
Elle offre une édition de théologie et d'érudition écrite en latin que lui a remis le jésuite Charles Brottier, neveu du bibliothécaire au collège Louis Le Grand à Paris.
L'accueil du chef d'Armée est celui d'un gentilhomme courtois et respectueux envers une courtisane, il ne dément pas sa vocation jésuite, il reste soupçonneux.
Le 28 octobre 1794, aidé par le comte De La Union, la comtesse Bonneuil fait parvenir une lettre à Jacques Coquille Dugommier dont une traduction en français figure dans les archives des ducs de Sant Carlos :
" Monsieur,
" Une personne qui a eu l'avantage de vous connaître en France et qui vous garde une très sincère estime va vous donner une preuve de la plus grande confiance.
"Je me trouve absente du comté d'Avignon depuis 1789, date antérieure à l'incorporation de cette province aux autres provinces de France.
"Je n'ai pu y rentrer depuis cette époque : j'en ai été empêchée par des parents que j'ai en Espagne et qui profitant du besoin que j'avais de leur assistance pour me tenir sous une dépendance tyrannique, me privent des moyens de retourner dans ma patrie.
"Mais, des événements imprévus ont fait changer ma situation et aujourd'hui je ne suis plus retenue que par l'incertitude du sort qui m'attend à mon retour en France.
"J'ignore si je me trouve comprise dans les lois fulminées contre les émigrés, ou si par suite de la durée de mon expatriation, je ne suis pas regardée comme innocente d'une infraction à des lois qu'il ne m'est pas possible d'observer.
"Voilà mes doutes.
"Monsieur ayant besoin des conseils d'un homme de bien, je réclame les vôtres et vous prie de me faire savoir si eu égard aux circonstances que j'ai rapportées, je pourrai en toute sécurité rentrer dans ma patrie.
"Dans ce cas, je n'hésiterai pas à passer jusqu'à votre camp, je le ferai même volontiers et en vous communiquant peut-être des affaires essentielles et de la plus grande importance.
"Je vous donnerai une preuve non seulement de la franchise avec laquelle je vous écris, mais aussi de la véritable estime que vous m'avez inspirée.
"P.S—.
"Après avoir cherché et imaginé mille moyens pour vous faire passer cette lettre, celui dont je me sers me paraît le moins périlleux et je compte sur la parole de la personne qui m'a promis de donner cours à ma missive.
"Si vous avez la bonté de me répondre, faites-le sans signature et à l'adresse que voici pour ne me compromettre en aucun cas.
"señora Rosa Niollay".
Le passeport Rosa Niollay se transforme en vicomtesse Nieuband (passeport qui est utilisé à Hambourg en 1797).
Rosa Nieband est une bourgeoise négociante accueillie en Roussillon par les commissaires Pierre Delbrel et Jean Vidal qui ont remplacé Edouard Milhaud et Pierre Soubrany au sein de l'Etat Major, soit 15 jours avant la mort tragique de Jacques Dugommier au mont Roig et du comte De La Union.
Le comité de surveillance sait que l'intrigante a posé son dévolu sur Dominique Catherine Pérignon nouveau commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales qui est son amant.
En contrepartie l'espionne Rosa Niollay sa maitresse, qui a pris le nom d'Adelaïde Rifon lui confie la copie du document secret de Tomás Morlas daté du 8 février 1794 sur les failles pour pénétrer dans la forteresse de Figueres qui sert à établir le chantage sur la victoire de la forteresse et le triomphe du chef d'armée Dominique Catherine Pérignon après la mort du gouverneur et commandant en chef du comte De La Union.
La compétition entre les 2 hommes : Jacques Cazalès et Dominique Pérignon nés au sein du même village de Grenade sur Garonne proche de Montauban ne fait que commencer pour satisfaire l'amour de l'espionne....
Jacques Cazalès a une longueur d'avance sur Dominique Pérignon puisque Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil a mis au monde sa fille "Nina".
Dominique Pérignon est éloigné du front par sa nomination comme commandant en chef des Armées des Cotes de Brest et de Cherbourg afin de réunir les 2 Armées.
Le 16 octobre 1795, Dominique Pérignon est élu au siège de la Haute Garonne au conseil des 500.
Il décline le fauteuil.
Le 03 novembre 1795, il refuse le ministère de la guerre, le laisse à Charles Delacroix.
Le 11 avril 1796, accepte l'ambassade de Madrid.
Se présente la brune et mince Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil à l'ambassade avec l'obligation de faire viser son passeport.
Dominique Pérignon, ambassadeur de France en Espagne prit au piège de Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil se ridiculise à son bras durant les réceptions officielles de la cour royale de Madrid et lors de ses déplacements en voiture.
Fin juillet 1796, l'ambassadeur Johan Walckenaer croise à Bayonne l'espionne Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil, venant de Bordeaux qui se rend dans l'appartement que lui a aménagé Dominique Pérignon à l'ambassade du palais Berwick à Madrid.
Le commandant Dominique Pérignon a comme mission les négociations secrètes d'alliance offensive défensive de San-Ildefonse conclues le 19 aout 1796 ainsi que les garanties de la Floride et la Louisiane contre les possessions espagnoles en Toscane, signées le 29 aout 1796.
Fin décembre 1796, Jacques Cazalès arrive à Madrid pour retrouver après une séparation de 4 ans, Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil.
Celle-ci lui raconte son idylle et sa duperie qui ont compromis l'ambassadeur français Dominique Pérignon.
Le 31 janvier 1797, un couple marié Riflon monte la passerelle d'un bateau à Irun (pays Basque) pour se rendre au Havre et s'approcher de l'Angleterre pour engager des négociants qui achèteront les parcelles des colons français sur l'ile Saint Domingue.
Jeanne-Cécile Riflon De Bonneuil rédige de nombreux rapports de sa main sur la situation politique de l'Espagne et des dépêches conservées attestent la faiblesse de Manuel Godoy révèlent la qualité de son style et le niveau élevé de ses connaissances en affaires internationales préparent le renversement du Directoire.