Sources : "La Cerdagne Française"-Emmanuel Brousse – Editeur L'Indépendant Perpignan 1896.


Le bourg de La Perche sur les versants du massif du Puigmal est un refuge de pèlerins bâti sur la voie romaine Confluentana qui relie Illiberis, la capitale romaine Elne par les "camis frances d'esquirols" sur les plateaux des 114 villages de la Cerdagne.
En 1616, Sant Joan del Perxa c'est le hameau de La Perche qui tire son nom d'une rangée de hauts poteaux noirs qui jalonne le col long de 4 km pour voir la route enneigée l'hiver jusqu'au col de Rigat haut de 1 490 m avec un dénivelé de 190 m et délimite les pâturages de Cerdagne et du Conflent sur le versant "d'El portel Jardonnis, du nom de "Jardo" le torrent qui se jette dans la rivière Têt.
En 1695, le village de La perche possède son propre territoire, ses propriétés, ses charges et ses droits parfaitement distincts des autres communes.
Elle fait partie des 33 communes cédées en 1659 à la France par le traité des Pyrénées.
Souvenez-vous du texte : "meitat Frances i meitat Espanya".
En 1793, le bourg de La perche compte 19 habitants, une communauté de métairies, de granges et d'écuries dans lesquelles travaillent et vivent 10 familles, dont les noms n'ont jamais changé :
Batllo, Delcasso, Blanque, Naudeillo le maire, Aris, Farrer, Pradell, Balanguer, Puig et Armengol.
La population généreuse, discrète est très hospitalière malgré la rudesse des hivers.
Elle vit de l'élevage des bovins et des chevaux dans les pâturages des hauts plateaux qui s'élèvent en paliers autour de 5 glaciers, balayés par le vent fort d'Ouest "le Ponent" et celui du Nord, très froid nommé '"del Bosc" parce qu'il provient de la foret .
Les familles vaillantes font pousser des champs de seigle, d'avoine, ont planté des lopins de pommes de terre et des vergers autour des forêts de pins noirs et de hêtres.
En 1793, la population de La Perche est réunie par leur maire républicain Naudeillo qui associe les 19 habitants de La Perche aux 91 habitants du bourg de La Cabanasse malgré la protestation des habitants qui préfère la commune de Bolquera (1 593 m) à 2 km à l'Ouest de Mont-Louis sur la rive droite de la Têt qui assure la vie religieuse de La Perche pour les baptêmes, les mariages et les enterrements.
Sous un faux prétexte anticlérical qui satisfait le clan républicain, le maire Naudeillo explique que cette décision est la conséquense de la promesse écrite par la comtesse du Conflent Ermesinda, lors de la donation des territoires des Forcats et de Bolquera, des parcelles de La Perxa, des fermes d'Ovansa, l'actuel hameau des Moulins, des terres de Vilar de Caselles devenu en 1570 La Cabanassa et de l'hôpital de La Perche propriété de l'abbaye Santa Maria d'Arles qui soigne, nourrie et loge les pèlerins de passage.
Le bourg de La Cabanasse (1 510 m) formé de cabanes d'ouvriers qui construisent à 2 km au Sud la citadelle est situé entre le col de la Perche (1 579 m) et la citadelle de Mont-Louis qui n'a ni chapelle, ni d'église à cette époque.
Le village sert de relais avant le col et le hameau de Vilar d'Ovansa.
Le moulin del Rey sur la Têt est construit en 1691 pour l'approvisionnement des céréales et du fourrage pour les chevaux de la garnison de Mont-Louis.
En 1791, les 2 conseils municipaux des bourgs de La Cabanasse et de La Perche promettent d'être fidèle à la constitution républicaine.
En avril 1793, l'abondante neige oblige les troupes espagnoles à rester en garnison dans les murailles de la ville espagnole de Puigcerdá.
Dés le 3 juillet 1793, les campements espagnols de la division de Diego De La Pena se positionnent à l'Ouest des versants du col Rigat, face à la citadelle de Mont-Louis.
C'est l'été, la neige sur le massif du Puigmal fond et les troupes françaises voient comme une provocation cette occupation et elles se préparent à la riposte en faisant entrer 1 200 fantassins dans la citadelle de Mont-Louis aux ordres de Jean-Antoine Marbot venu de l'Ariège.
La ville de Mont-Louis est construite sur un étroit plateau qui descend vers le Sud-Est et se termine à l'Est par un profond précipice de 60 m où coule la rivière Têt..
La citadelle bâtie entre 1679 et 1681 est un quadrilatère flanqué de 4 bastions de tours demi-circulaires et d'une double couronne adjacente couverte par 3 demi-lunes.
La citadelle est encerclée d'un fossé sec pourvu de 2 portes avec pont levis.
  • Au Nord, la porte de France.
  • Au Sud, la porte Royale qui communique avec le village.
  • A l'intérieur autour de la place, la caserne qui renferme une garnison de 2 800 hommes, un bâtiment du gouverneur, une église, un puits de 20 m, un four et 2 magasins à poudre.

Le rôle de la citadelle est triple :
  1. Bloquer les Espagnols venant de Llivia ou de Puigcerdá pour envahir la gorge du Têt par le bassin du Ségre.
  2. Protéger en avall la prise de la citadelle de Villefranche du Conflent, la porte du comté du Conflent.
  3. Ravitailler en armement et en poudre les troupes par son dépot de munitions.

Le 23 aout 1793, à ce moment le général Louis-Antoine Goguet et ses troupes quittent la citadelle de Perpignan pour se mettre à l'abri des murailles de la forteresse de Salses.
Luc-Siméon Dagobert promu nouvellement général de division veut honorer ses nouveaux galons en tantant un coup de force et faire oublier la fantastique victoire à la citadelle de Perpignan du commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales le général Louis De Flers. Aidé par Josep Cassanyes, ils établissent un plan d'attaque pour faire dispersion aux troupes de Perpignan et décident de surprendre pendant la nuit les campements espagnols sur le plateau du col de la perche en les prenant en tenaille sur les côtés pour confisquer le matériel et l'armement qui font défaut aux Français.
L'attaque doit être soudaine et synchronisée.
Laurent Delcasso juge de paix et curé de Mont-Louis remplaçant de Joan-Baptiste Birotteau à la Convention Nationale est propriétaire de métairies à La Perche et connait parfaitement les lieux, il valide les sentiers du plan de Josep Cassanyes et de Jean Henri Voulland gouverneur de la citadelle de Mont-Louis, arrivé le 06 aout 1793 pour préparer l'attaque prévue dans la nuit du 27 aout 1793.

  • L'aile gauche aux ordres de Luc Siméon Dagobert avec l'appui du général Pierre Poinsot, baron De Chansac part à 19 heures avant la nuit du Sud-Est de la forteresse à partir du moulin del Rey avec les 2 compagnies 1 500 de miquelets aux ordres de Basset et de 6 canons et du 2ème bataillon du Gard commandé par Jacques Laurent Gilly et du capitaine Plantier se porte sur le hameau d'Eyne.
    Ils marchent pendant 7 km traversent les berges de la Têt au pied de la forteresse, montent la cote entre Sauto et le col de Brilles contournent le village de La Cabanasse évitent le hameau surveillé des Molines, longent la rive droite du torrent du Jardo proche d'el Moli d'en Cosne dans le vallon de Mataclara, se dirigent sans bruit par le chemin de transhumance à 1 570 m du castell de Planes Sant Pere dels Forcats sur le versant du cirque glacière du Cambre d'Aze (2 747m).
    La division gauche est cachée dans son déplacement par la foret de Ramader, elle arrive sur la droite d'el Moli del Riu puis sort à 5 heures du matin le 28 aout 1793 face au campement espagnol de José Simón Crespo venu d'Olette en renfort.
  • La division droite aux ordres du général Mathieu Joseph D'Arbonneaux qui commande 500 volontaires de la Haute-Vienne et 6 canons avec l'appui de Jean-Antoine Marbot venu de la Llagonne à 2 km de Mont-Louis avec 1 200 fantassins du 4ème régiment de l'Aude et du 7ème bataillon de la Haute Garonne et 4 canons part durant la nuit par la face Nord-Ouest de la forteresse de Mont-Louis contourne le plateau du mas dels Artigues, évite les éclaireurs espagnols postés au bourg de La Cabanasse, tourne au Sola del Moli pour prendre la passerelle du pla de Barres et suit le long chemin Ramader proche de la forge arrive en retard à Bolquera en raison de l'état dangereux des sentiers pour transporter l'armement.
Les campements de la division de Diego La Pena sont établis sur 2 lignes en travers du chemin de La Cabanasse entre les 2 cols de la Perche et du Rigat.
A gauche dans le bourg de Bolquera est établi un peloton sans appui du régiment de Saboya, proche du ruisseau de Bolquère.
A droite en arrière sur le village de Sant Père dels Forçats un bataillon de volontaires de la Corona.
Le campement à La Perxa est surpris par la charge en furie des fantassins mais les artilleurs espagnols réagissent rapidement et les tirs des canons fusent sur le peloton des hommes du général Pierre Poinsot.
A la suite des explosions, l'aile se scinde en 3 pelotons. Pierre Poinsot s'aperçoit que les artilleurs espagnols veulent saisir ses 4 canons.
Au même instant la division du centre bat la retraite, les 2 autres pelotons se regroupent pour obliquer à gauche pour s'éloigner de l'armement que les cavaliers espagnols récupèrent….
La division de Mathieu-Joseph d'Arbonneaux est en retard au rendez-vous à l'opposé pour serrer l'attaque.
L'offensive du régiment de Mathieu-Joseph D'Arbonneau débute sur le coté opposé à Bolquera à l'intérieur du campement espagnol qui se replie sous la protection des tirs des artilleurs de Sagonde durant 2 heures.
Le corps à corps est violent car chaque camp ne recule pas, ne lâche pas le terrain.
Les cadavres sont nombreux et jonchent la prairie autour des crevasses fumantes causées par l'explosion des barils de poudre.
Les fantassins espagnols brulent les tentes pour que les soldats ne prennent pas leurs biens.
Ces efforts se retournent contre eux car cette manœuvre provoque la division du campement.
Diego La Pena ordonne le retrait du combat et le replie vers le bourg de Sainte Léocadie en direction de la ville de Puigcerdá.
Le 28 aout 1793, la victoire française se termine par la traque des espagnols et la saisie du butin des armes et du matériel de guerre laissés sur le campement du plateau.