Sources: "historia del pensamiento político catalán 1793-1795" par Ángel Ossorio-1977-Ediciones Grijalbo-México.


Villefranche de Conflent puise sa force et trouve son énergie dans 2 termes catalans qui forment sa devise.
"El cap i la clau"=> La tête et la clef.
  • La tête de la cité pensante est son fondateur, le comte de Cerdagne Guillem-Ramon 1er qui en 1075 au pied du Canigou trouve l'exposition des profondes vallées à la confluence des 3 rivières, la Têt, le Cady et la Rotja comme un lieu idéal pour donner naissance à Villa-Libera
    Vila-Libera (en 2 mots) est un site stratégique encaissé dans une gorge à découvert étroite, profonde entourée de vertigineuses falaises du massif d'Ambulla qui la protège contre les invasions.
    La cité est un relais monastique pour le repos des pèlerins de Saint Jacques de Compostelle qui se rendant en Cerdagne, le bourg prend rapidement le nom de Vila-Franca
    Vila Franca est un groupement de maisons de 5 familles installé en hauteur sur la butte de la Miotte sur la rive droite de la rivière Têt suite aux actes de donation du comte de Cerdagne.
    Les privilèges fiscaux octroyés aux négociants incitent les corps de métiers des tisserands, des tanneurs, des drapiers, des tailleurs de pierres à venir.
    L'évêque d'’Elne autorise la construction de l'église sant Jaume (saint Jacques).
    Vila Franca par son prestige et par l'influence de ses foires remarquables de draperie et de textile marque sa puissance comme capitale du Conflent. Vila Franca est siège de viguerie sur la ville concurrente de Prades à 6 Km qui jalouse son expansion et son attirance militaire avec l'appui des forces armées de la citadelle de Perpignan à 51 km.
  • La clef est détenue en 1277 par son bâtisseur Pierre IV d' Aragon qui installe le verrou.
    Le verrou, c'est la fabuleuse construction de murailles bastionnées et flanquée de 12 tours demi-circulaires qui barre le fond du défilé à l'accès d'Est de la Cerdagne afin de protéger la forteresse de Mont-Louis en amont.
    Ce verrou cadenasse au Sud-Ouest, l'ouverture des envahisseurs français venant de la plaine du Roussillon. De nos jours seulement 4 tours subsistent.
    Aucun doute ne demeure sur la paternité de la muraille créée par Pierre IV d'Aragon et non par Vauban comme chacun écrit qui est plus un destructeur qu'un bâtisseur.
    La foire du Conflent sur la place de l'Église Sant Jaume voit le jour avec l'établissement d'un marché exclusif.
    L'exemption de servitude et des droits de vente par la charte des franchises fait que le bourg se développe rapidement.

  • Le 20 juillet 1639 Vilafranca del Conflent attachée à l'Espagne est prise par les troupes françaises après un siège qui dure 40 jours.
    Durant le siège, les murailles consolidées par les ingénieurs militaires espagnols Antonio Gandolfo et Gerónimo Soto sont détruites par les Français du régiment de Henry II de Bourbon et du maréchal Schomberg, ceux qui détruisent la ville d'Elna, celle du Boulou puis celle de Salses. Les blocs de pierre de la muraille sont disséminées partout dans la rivière pour que les matériaux ne servent plus aux constructeurs espagnols.
    En 1659, lors du traité des Pyrénées, l'Espagne cède la place-forte de Vila Franca del Conflent à la France.
    Dans chaque habitant du village coule le sang de la conspiration ratée du jeudi saint de 1674.
    Son bayle Francesc Soler à la tête de la population catalane avec la complicité de la famille noble Carles et Anna De Llar hostiles aux Français ouvrent la place aux soldats espagnols venus de la garnison de Puigcerdá.
    Inès De Llar la jeune femme est amoureuse du gouverneur de la citadelle Luc Parlan de Saignes craignant pour sa vie, dénonce le complot.
    Les conjurés sont démasqués au logis du Portelet.
    Jugés, leurs têtes sont tranchées et exposées aux portes d'entrées de Vila del Conflent.
    En 1674, le complot catalan conduit Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban à établir un plan de destruction et de modification des fortifications.
    Vauban tourne l'ouverture de la muraille vers la nouvelle frontière française enclavée entre les communes de Fuilla et de Corneilla-de-Conflent tout en conservant le tracé initial.
    Il construit un pont-levis et une barrière à chaque entrée qui traversent la cité par 2 rues Est-Ouest parallèles :
    • Au Nord à l'entrée de la porte d'Espagne la rue Sant Joan.
    • Au Sud à l'entrée de la porte de France la rue Sant Jaume.

    Lors de la consolidation, l'intendant Cardin Le Bret détruit les abords de l'église paroissiale à 200 m des remparts et rase le cloître des franciscains de Saint Benoit qu'il considère comme le relais des attaques contre la citadelle.
    En mars 1679, pour améliorer sa protection, l'ingénieur Jacques Borelly Saint Hillaire double l'ancienne muraille sur le front de la montagne par une puissante enceinte.
    Au faubourg, l'ingénieur Jacques Borelly Saint Hillaire rehausse les remparts, construit une caserne, un hôpital et transforme les grottes sur la rive droite en casemates.
    En 1681, Sébastien Le Prestre Vauban au cours de sa 3ème visite d'inspection accompagné par l'ingénieur Sylvestre Dubruelh, gouverneur de la citadelle de Perpignan s'aperçoit qu'en cas d'occupation par l'ennemi, la position que la forteresse s'élève sur un palier des flancs de montagne de Belloch protège la rive gauche et barre la route de Serdinya et de Prades mais le massif d'Ambulla qui se termine à pic domine la ville constitue un grave danger avec une artillerie.
    Il ordonne de détruire sur la crête au dessus du village, l'ancienne église de Saint-Étienne de Campelles au hameau de Belloch pour construire à 150 m de haut : Le fortin Libéria.
    Le fort Libéria formé de 2 hexagones étagés sur une pente raide surplombe la citadelle.
    Il comporte 3 niveaux, un quart est ajouté à l'extrémité inférieure.
    La partie supérieure du fort en l'absence de glacis est équipée d'une galerie de contre-escarpe.
    En 1687, lors de sa dernière inspection, il remplace les 4 bastions aux angles saillants par une courtine qu'il complète avec 2 bastions aplatis :
  • l'un vers la Têt qui protège le pont,
  • l'autre vers la montagne qui renforce les bastions casematés.

  • Il couvre le chemin de ronde par un toit en ardoises.
    En 1773, Villefranche de Conflent perd de son importance.
    Son déclin s'accélère par le transfert de la viguerie du Conflent à la ville de Prades où son tribunal rend les décisions de justice.
    En 1783, les portes charretières "de France" remplacent les portes dénommées d'Espagne en marbre rose pour franciser la ville.
    La citée reste une ville de garnison qui accueille 200 militaires.
    Elle joue son rôle défensif et conserve cette vocation de capitale militaire d'une région frontalière.
    Le fort sert de prison aux femmes incarcérées dans l'affaire des poisons qui implique la favorite de Louis XIV dont 34 accusées sont exécutées lors du procès.
    Le 07 mars 1793, Villefranche de Conflent compte 488 habitants et le 1er commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales Mathieu Marchant De La Houlière nomme un Albigeois pour tenir la place, le lieutenant colonel Jean Antoine dit "Guillaume" Bourdès, gouverneur de la citadelle et du fort Libéria commandant des bataillons du Tarn équipés de 10 canons de 12, de 8 et de 4 dont 2 sont sans affut pour soutenir la garde nationale de la ville.
    Le 24 juillet 1793, logé durant 24 heures au village de Montalba, le représentant du peuple Joseph Cassanyes se rend dans la forteresse de Villefranche de Conflent pour y établir une visite d'inspection.
    La garnison est aux ordres du gouverneur Pierre Patoulet De Mazy qui dirige 500 hommes qui possèdent des vivres pour tenir un blocus de 3 mois et un magasin contenant 12 000 livres de poudre et de 200 boulets par canon ce qui lui donne une bonne autonomie.
    Avant de rejoindre la citadelle de Perpignan, le conventionnel est témoin des moyens ridicules des redoutes de défense installées au Sud sur les montagnes d'Ambulla et de Sant Jaume qui protègent la citadelle et la ville.
    La redoute de las Claus Serrades qui verrouille la route de Prades est au sommet de la crête dans la commune de Sirach possède seulement 2 canons de 8.
    Arrivé à Perpignan, le conventionnel Joseph Cassanyes entretien Louis-Charles de La Motte-Ango, vicomte de Flers, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales de l'avancée des 1 000 espagnols au village de Vinça.
    Louis-Charles De Flers est un fin stratège militaire.
    Le commandant en chef ne peut pas rester spectateur des préparatifs et des dispositions espagnoles.
    Rapidement, il conçoit un plan de contre-attaque pour détruire l'arrière des postes qui bivouaque proche du pont de Vinça.
    La contre-attaque est dirigée la nuit avec 1 500 miquelets aux ordres de l'adjudant général Sol-Beauclair appuyés de la compagnie du 7ème régiment de Champagne aux ordres de l'officier Peleink avec les renforts des artilleurs de l'Aude du capitaine Valade.
    Au matin, nos artilleurs bloquent le ravitaillement du campement espagnol toute la journée.
    Rapidement les renforts espagnols plus nombreux font que nos militaires sont débordés et ils battent en retraite.
    Le 31 juillet 1793, la période d'occupation espagnole est violente à Villefranche de Conflent mais peu meurtrière.
    La situation se complique lorsque la division espagnole de 1 200 fantassins des régiments de la Reine et de Soria aux ordres De Gregorio La Cuesta qui dirige avec dextérité la mise en place des redoutes.
    Les élus républicains les plus en vue, le mercadier Joseph Camps et le boulanger Saillens membres du Conseil départemental, les administrateurs du district Pierre Vilar, Joan Roca, Pierre Roger de Caudiès et Isidore Lavila au courant de l'arrivée des troupes espagnols se réfugient chez eux.
    Tous se sont sauvés, ils se souviennent des têtes tranchées durant la conspiration espagnole ratée du Jeudi Saint.
    Le 02 aout 1793, Tomás Morla, général en chef des artilleurs espagnols prend connaissance de l'expertise secrète établi en 1679 par Vauban :
    "…...la place forte peut-être prise par une armée qui s'établit sur les hauteurs qui entourent la citadelle..…."
    Lors de la construction de la place d'armes 2 failles importantes sont commises.
  • Les militaires du fort Libéria sous les ordres du capitaine De Paluze sont en retrait par rapport au village.
    Les soldats ne peuvent pas voir la progression des fantassins qui circule sous le fortin, ils ne sont pas décelés par les guetteurs, ni en amont, ni en aval.
  • L'installation des redoutes espagnoles en face du fort Libéria est située à 813 m sur le massif d'Ambulla au lieu dit des Mollères.
    La trajectoire des tirs fait que les boulets tombent précisément face à la Porte de France empêchant l'accès des renforts français.
  • La redoute espagnole protégée par des rochers à cette hauteur est inaccessible aux tirs de canons du fort de Libéria.
    L'ingénieux Gregorio La Cuesta installe une nouvelle batterie de 4 canons de 24 et de 4 canons de 12 sur les hauteurs de la bergerie Ponsailla orientée vers Corneilla du Conflent qui mitraille à 3 heures du matin durant 12 heures un feu vif et tendu contre le fortin.
    Les artilleurs espagnols font feu vers la longue grotte d'en Gorner et la plaine de Colomary où sont stockées les munitions et l'armement français.
    Rapidement, la population catalane s'aperçoit que le fortin Libéria n'est qu'une illusion par sa force de dissuasion.
    Le capitaine de Prades Joseph Gohier La Fontaine né à Salses qui dirige depuis le 27 avril 1793 la légion dite "Miquelet" est blessé à l'œil par un éclat d'obus, rapidement les fantassins se retirent du combat.
    Louis-Charles de La Motte-Ango, vicomte de Flers, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales arbore le drapeau blanc et envoi un officier offrir la reddition de la forteresse à José Simón Crespo.
    José Simón Crespo lance un ultimatum à la garnison pour vider les lieux avant la destruction de la place par les artilleurs et demande à la municipalité de se réunir pour élire un nouveau bayle secondé par 3 consuls porteurs de délibérations du roi d'Espagne pour se soumettre et être fidèles à la religion catholique dans un délai de 48 heures.
    Les espagnols occupent le village et l'arbre de la liberté est brûlé avec les documents du juge de paix.
    Un office religieux est célébré dans l'église saint Jacques auquel assiste la majorité de la population suivie d'une procession prouvant le rétablissement de l'ancien culte.
    Un banquet réunit les notables et le nouveau bayle Gaudérique Berjoan accompagné de ses adjoints Josep Basset et Vincent Pagès avec les partisans du village mitoyen de Ria autour d'un copieux repas.
    La prise de la citadelle considérée imprenable résonne dans les villages du comté du Conflent.
    Les fortifications détruites par les artilleurs espagnols sont restaurés.
    Louis-Charles de La Motte-Ango, vicomte de Flers est arrété le 06 aout 1793 par les commissaires du peuple Espert, Pierre Bonnet et Joseph Projean d'avoir entretenu des intelligences durant les combats de Villefranche du Conflent avec les ennemis.
    Le 05 septembre 1793, le capitaine Sagné récupère les redoutes espagnoles sur les flancs du village de Corneilla du Conflent et permet au lieutenant Jacques Laurent Gilly à la tête du 2éme bataillon des artilleurs du Gard et du 5eme bataillon des volontaires de l'Ariège de reprendre la citadelle et le fort Libéria.
    Les combats d'artillerie sont violents et les 2 édifices religieux construits à l'époque romane :
    Le couvent Saint François et le campo Santo St Paul sont détruits par les artilleurs français.
    Les jours suivants, la situation politique de Villefranche de Conflent se retourne avec l'élection d'un nouveau maire révolutionnaire, Josep Moly.
    Le commandant en chef de l'Armée de Catalogne Antonio Ricardos tacticien et compétant attend des nouvelles directives sur sa mission d'occupation, les renforts et les fonds de la cour royale qui ne parviennent pas.
    Sa mission d'occupation du Roussillon est terminée et sa décision de commandant en chef d'Armée est prise pour le retour de ses troupes à Figueres en Catalogne.
    Les ordres de Carlos IV et Manuel Godoy sont différents et le contraignent à une phase inactive d'occupation car ce retrait est une forme de faiblesse pour le royaume.
    Antonio Ricardos retire ses troupes de l'axe stratégique de la vallée du Têt après l'échec de la bataille de Perpignan et délaisse Villefranche du Conflent.
    Il recentre ses forces dans la vallée du Tech adossée à l'Espagne pour un retrait éventuel.
    Jean Expert, avocat ariégeois représentant du peuple en mission depuis le 05 juin 1793, écrit au Comité du Salut Public sur le comportement et le soutien des habitants de Villefranche du Conflent aux troupes d'Antonio Ricardos.
    Les témoignages sur cette période d'occupation sont contradictoires, les souvenirs du complot du Jeudi Saint de 1614 sont dans la tête de la population.
    La chronologie politique des événements est difficile à reconstituer car la crainte justifiée de la répression provoque une grande frayeur et le départ de tous ceux qui sont compromis.
    Le 06 décembre 1794, pour adoucir l'exil des émigrés, Carlos IV leur accorde la nationalité espagnole, une faveur qu'il consent aux habitants de Saint-Laurent-de-Cerdans.
    Les autorités perpignanaises enregistrent sur leurs listes d'émigration les noms de 160 hommes et 25 femmes qui s'installent dans les villages de Camprodon, de Llivia et de Puigcerdá ou le curé de Villefranche a émigré en 1792 mais continue à marier et à baptiser la communauté.
    Cette occupation espagnole rend un important service à la communauté par le constat alarmant des failles du fort Liberia et de la citadelle.
    Pour corriger ses faiblesses et resserrer la sécurité Napoléon III fait creuser dans la roche au départ du pont roman de saint Pierre, le souterrain des mille marches reliant le fort Libéria à Villefranche de Conflent et transférer au Nord-Est l'entrée du fort Libéria où il fait construire pour sa protection une tour ronde qui bloque les tirs tendus venant du versant d'Ambulla.