Sources: "historia del pensamiento político catalán 1793-1795" par Ángel Ossorio-1977-Ediciones Grijalbo-México.
* Ferréol de Vienne † 304, martyr décapité par le gouverneur romain Crispinus pour ne pas avoir exécuté les chrétiens arrêtés.





Le 22 septembre 1793, le général Luc Siméon Dagobert destitué après la défaite de Trouillas se réfugie à Mont-Louis en Cerdagne.
Le 30 octobre 1793, avec mépris sans attendre l'arrivée de son remplaçant Louis-Marie Turreau retourne en Vendée après avoir décimé les renforts sur le Puig del Sangli durant la bataille du Boulou.
Le 03 novembre 1793, Amédée Doppet, le nouveau chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales arrive de Toulon sous un déluge de pluie.
Le Roussillon se trouve confronté à un puissant cataclysme, le plus terrible de son histoire depuis 1264 intensifié par les malheurs de la guerre.
Depuis 20 jours, une succession de déluge tombe dans le département en continue sans accalmie.
Des phénomènes de crues rapides et torrentielles provoquent les insignifiantes rigoles à l'ordinaire en des torrents destructeurs de boue de couleur noirâtre ou rougeâtre qui dévalent comme des laves gadoueuses avec fracas les pentes du Vallespir en emportant d'énormes blocs granitiques qui arrachent des centaines d'arbres de la forêt et obstruent les cours d'eaux comme des barrages.
Le Vallespir est dans sa phase de terrible catastrophe avec les inondations dues aux remontées d'eau des nappes phréatiques, aux glissements de terrain, aux chutes de blocs de pierre.
Le désastre est meurtrier. Les champs, les jardins et les vergers autour de la ville de Céret sont gorgés d'eau, enlisés dans la boue.
La côte de la rivière Tech atteint 5 m 80 de haut à son resserrement, la passerelle "del punt vell" en bois du pont de Reynés au hameau la Cabanassa, face à San Pau qui relie Céret par le chemin muletier à Arles est emportée et la submersion des eaux atteint les 60 m sur la berge.
La tempête violente s'acharne sur la côte rocheuse avec des vagues hautes de 8 m, elle empêche les navires portugais en renfort d'accoster dans le port de Collioure.
10 jours plus tard, les navires débarqueront au port de Roses où les routes coupées retardent leur arrivée.
Les terribles conditions climatiques font qu'aucun convoi militaire ne circule sur les berges inondées et les torrents furieux bloquent les gués des chemins.
Les tentes dans les campements sont effondrées, seul le pont de pierre de Céret résiste à cette submersion.
Eustache Charles Daoust le commandant par intérim de l'Armée des Pyrénées-Orientales suggère au dernier arrivé Amédée Doppet de bénéficier des conditions désastreuses pour lancer l'attaque et frapper les espagnols.
Antonio Ricardos subtile gagne du temps pour surmonter les dégâts du cataclysme et du désastre qui frappent son armée avant la venue des renforts portugais, il sait qu'une nouvelle attaque actuellement est synonyme de victoire décisive et définitive de la France.
Sa tactique ingénieuse est d'écrire pour déstabiliser le nouveau commandant en chef Amédée Doppet.
Il adresse une lettre dans laquelle, il lui demande d'honorer le traitement pécuniaire des prisonniers français sachant que les finances du Q.G. sont à sec et qu'il n'oublie pas les termes du contrat du "Quartel".
L'effet du mot "Quartel" apporte le désarroi à l'arrivant qui veut se montrer à la hauteur et non être prit pour un novice.
Amédée Doppet rempli d'orgueil ne veut pas passer pour un empressé inexpérimenté, un incompétent dépassé par les événements comme ses prédécesseurs.
Il se lance dans une enquête sur ce fameux "Quartel" à travers des fausses explications et des faux avis, il ne prend pas la bonne décision de s'emparer du pont de pierre de Céret.
Il écrit aux membres du Comité du Salut Public à ce sujet qui lui garantissent ne pas être au courant de cette transaction, puis il rédige une lettre à Louis-Marie Turreau qui avec arrogance ne lui répond pas.
Sans aucun résultat, sans heurté les prétentions, il réunie les représentants Claude Fabre, Raymond Gaston ainsi qu'Eustache Daoust autour de la société populaire de Perpignan qui contrôle et dirige les opérations de guerre afin d'être au courant des consignes du "Quartel".
Durant cette période d'information, Amédée Doppet laisse échapper l'occasion de frapper les baraquements espagnols complètement démolis et d'attaquer les renforts portugais éprouvés et fatigués, arrivés le 09 novembre 1793 après le long périple à travers les chemins détruits de la haute Muga.
En 1793, la ville de Céret compte 1 754 habitants est située à 31 km de la citadelle de Perpignan.
Les maisons sur la rive droite du Tech à 170 m, s'étirent au fond du vallon qui se resserre dans la gorge étroite bordée par une double ceinture de montagne granitique.
Les habitants vivent de l'agriculture. Ils élèvent des mulets, des chevaux de trait et exploitent des carrières de talc et de marbre blanc au pied du col de Llamouzy proche du mas Parer, du mont Boularic et du pic Fontfrède.
Dans cette espace proche entre 2 pays, les muletiers exportent en Espagne des peaux, de la soie et reviennent avec des bonnets en laine, des couvertures et des ceintures.
La ville de Céret s'est rendu célèbre, le 16 mars 1660 pour avoir accueillir dans le couvent des Capucins, les accords du traité de paix des Pyrénées pour délimiter la frontière suivant l'Art 42 avec les intendants français et espagnols.
La ville est réputée pour son pont de pierre.
La possession de cette arche unique d'une ouverture de 45 m reposant sur chaque berge par 2 rochers est capitale pour la logistique de guerre.
Depuis sa perte le 20 avril 1793, la reconquête du pont reste une obsession du Q.G. français.
La mairie de Céret est une possession espagnole aux mains de la famille Jaubert de Passa et la complicité de Paul Pey.
Les conséquences de la défaite sont terribles puisque le 18 juin 1793, Mathieu Henry Marchant De Houlière commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales se suicide et Victor Amédée Willot est suspendu puis reversé dans l'Armée des Pyrénées-Occidentales.
Le chemin étroit traverse les corniches des gorges du Montdony où coule un torrent en furie puis monte au col Llauro à travers une forêt de mimosas et de chênes-liège et débouche sur une cour intérieure où se dresse sur un perron de 3 marches l'ancienne confrérie des capucins : l'ermitage Saint Ferréol.
L'ermitage Saint Ferréol à 300 m de haut, face au village de Céret à 5 km sur le large versant du bourg d'Oms et de Llauro descend en pente vers la berge droite du Tech.
Sur les cotés de l'autel se dressent 2 bustes celui de Saint Ferréol qui a donné son nom à l'ermitage et celui de l'apôtre saint Paul.
Quand le seuil de la chapelle est franchi, une grille s'ouvre sur l'entrée de l'autel formé de 3 niches.
La niche au milieu représente la statue de saint Ferréol vêtu d'un costume d'officier romain tenant dans sa main gauche une épée.
2 chapelles latérales ornent la nef.
La première consacrée à l'apôtre Paul.
La seconde dédiée à la sainte des causes impossibles et désespérées Santa Rita.
C'est un sanctuaire de dévotion.
Le 18 septembre un pèlerinage des habitants et d'une foule de fidèles avec des cierges à la main et chantant des cantiques ou des louanges ou "goigs" en catalan lui témoignent leur ferveur à pied ou à genoux pour gravir la colline en signe d'accomplissement d'un vœoeu.
Le 26 novembre 1793 soit le 06 frimaire An II à 7 heures, la bataille de Céret, nom de code ermitage St Ferréol est lancée.
La stratégie pour la conquête du pont de pierre est mise en œuvre par le Q.G. d'Amédée Doppet, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales déclenche une attaque en étau sous forme d'un "T renversé" venant des 2 berges opposées et perpendiculairement face au pont l'assaut d'une troupe venant du village de Llauro.
  • Sur la berge droite : l'attaque française vient du village de Reynés à 7 km des 8 000 hommes aux ordres du colonel Pierre Poinsot baron de Chansac, soutenu par le 8ème Bataillon des Volontaires de l'Aude de Guillaume Raymond Viviès De La Prade partis des bourgs de Palalda et de Montbolo à 4 h du matin.
    Ils percent et détruisent au hameau Cabanassa les redoutes espagnoles du colonel Rafael Hoces commandant les artilleurs puis se lancent pour couper la retraite du général Juan Curten à la tête des 4 escadrons de cavalerie du régiment des gardes wallonnes qui occupent cette position.
  • Sur la berge gauche : l'attaque française provient du puig Sangli à 10 km sur la route du Boulou avec le 1er bataillon des volontaires du Gers aux ordres du général Jean-Jacques De Latérade qui arrive en retard au pas de course au mas Tronyo quand les tirs des combats débutent.
    Ils se lancent contre le campement de Joan Antonio Dias Castro Peireira sur les hauteurs de Céret, obtiennent un franc succès en forçant le régiment de Lusitanie à reculer pour s'abriter dans la ville de Céret.
  • A la verticale : l'attaque française des 6 000 hommes en cantonnement depuis le 05 septembre vient du village de Llauro à 9 km aux ordres du jeune général Sol Beauclair.
    Ils empruntent dès 7 h le chemin Campell, évitent le ruisseau Mallola en furie à coté de l'ermitage Saint Ferréol et arrivent par le puig Rodon en formation de 2 colonnes devant la redoute du roc Blanc face au pont de pierre au dessus des troupes portugaises.
    Aux premiers coups de canons, le 1er et le 2ème régiment d'infanterie de Porto dirigés par Joao Forbes Skellater qui surveillent le pont et gardent la ville sont surpris par la violence des tirs.
    Ils se replient grâce au soutien stratégique de la cavalerie espagnole d'Andalousie aux ordres de José Iturrigaray.
En 1794, Lluis Fermin Carvajal est l'homme providentiel de Céret qui par sa foi sauve la destruction et protège la ville en faisant d'elle, son Quartier Général.
Le général se prend d'amour pour les 2 couvents des capucins et des carmes mais c'est l'ermitage Saint Ferréol qui lui propose un recueillement solennel ou il vient prier avec la dévotion d'un jésuite car l'ermitage lui rappelle sa jeunesse au Pérou.
Cette ville est son refuge.
Il se sent proche des habitants dévoués à sa cause.
Le comte De La Union quitte Céret par la berge gauche du Tech pour contourner les redoutes, il s'expose aux tirs pour s'accaparer du pont stratégique.
Les cavaliers de Soria aux ordres De La Union ne franchissent pas les berges du torrent en crue.
Ils sont obligés à faire demi-tour pour revenir à leurs positions du départ.
Cette manœuvre de repli permet au bataillon de Tarragona de reprendre le terrain perdu.
Les avancées des fantassins du 1er bataillon du Gers aux ordres de Jean-Jacques De Laterrade l'oblige à se refugier à l'abri sur la route de Llauro.
Le comte De La Union regroupe les fantassins portugais qui ont la surveillance du pont aux ordres de Francisco Truxillo.
Il ordonne aux 3 colonnes de fantassins de poursuivre les troupes de Jean Jacques De Laterrade qui ont rejoint les hommes du général Sol Beauclair à la hauteur de l'ermitage Saint Ferréol.
Les combats de la ville de Céret durent 6 heures 30 : C'est une victoire espagnole.
Les troupes françaises battent en retraite et se replient sur la position des 5 batteries sur la gauche de Villelongue dels Monts.
Le 01 mai 1794, lors de retraite de la bataille du Boulou, la ville de Céret est son erreur fatale.
Au lieu de foncer avec sa division contre les troupes françaises vers Montesquieu, il rallie la ville de Céret
Le comte De La Union veut sécuriser la destruction des 2 couvents de capucins et des carmes contre les soldats révolutionnaires.
Il se trouve au pont quand il aperçoit d'énormes flammes qui montent à l'ermitage Saint Ferréol où les annexes du sanctuaire sont en feu.
Le commandant en chef impuissant de ce pillage et de cette destruction par les militaires révolutionnaires, fait demi-tour et retourne en Espagne par le chemin de Maureillas.
En 1795, la Convention Nationale retire le titre de sanctuaire à l'ermitage Saint Ferréol après l'occupation des troupes espagnoles.
La médiatisation que lui apporte le jésuite Lluis Firmin Carvajal, comte De La Union durant l'occupation fait que ce lieu sacré est profané.
Le 03 mars 1805, l'évêque de Carcassonne écrit à Pie VII pour lui rendre le titre de sanctuaire.
Cette faveur spirituelle lui est restituée.
Le 25 mars 1805, le cardinal Caprana et le vicaire Laboisière de la cathédrale de Sant Joan de Perpignan se rendent sur les lieux pour honorer cette distinction.