Sources: "historia del pensamiento político catalán 1793-1795" par Ángel Ossorio-1977-Ediciones Grijalbo-México.

C'est passionnant d'être impartial de ne pas tomber dans l'enthousiasme des vainqueurs ou le mutisme des vaincus cela fait apparaitre des faits inquiétants peu glorieux.
Les ouvrages décrivent les méthodes de stratégie en mouvement comme des techniques de guerre sans intérêt, sans nouveauté.
La lecture des conclusions négatives m'a déçu.
Je conclus que la guérilla des soumatents ne peut pas rivaliser contre l'éclatante stratégie de l'Empire.
Les auteurs, des officiers militaires se sont autocensurés.
Une conduite défensive est formée de 3 mouvements stratégiques que sont les appuis, les couvertures et les débordements.
Pourquoi ces 3 mouvements de combat employés déjà par les hébreux contre les Philistins et les Cananéens sont-ils cachés comme un secret militaire?
Depuis le 20 octobre 1793, les Pyrénées-Orientales sont confrontées à un terrible cataclysme.
Eustache-Charles Daoust commandant par intérim de l'Armée des Pyrénées-Orientales conseille à Amédée Doppet nouveau commandant arrivé de Toulon de bénéficier des conditions désastreuses pour lancer au campement de Céret une attaque synonyme de victoire décisive de la France.
Amédée Doppet échoue à s'illustrer à la nation et à envoyer l'armée de la Catalogne en Espagne, 7 mois avant la victoire du Boulou par Jacques Dugommier.
L'armée espagnole sinistrée est dans un état d'abandon, les renforts portugais attendus sont retardés par la tempête.
Antonio Ricardos subtile gagne du temps pour surmonter les dégâts qui affecte son campement et son matériel, une attaque est synonyme de victoire définitive de la France, 192 jours d'occupation du département en moins.
Amédée Doppet reporte la date de l'affrontement, il démontre qu'il est un piètre commandant et un ridicule chef de guerre.
30 jours s'écoulent quand Amédée Doppet prend la bonne décision d'attaquer Céret.

Trop tard, les renforts portugais sont arrivés et les espagnols ont reconstruit leur campement et ont nettoyé leur armement et ils gagnent la bataille de Céret.
Après cette défaite, comment sont disposées les 3 divisions de l'Armée des Pyrénées-Orientales ?
  • La division de droite "de montagne" se situe dans le massif de Cerdagne.
  • La division du centre "de la plaine" se localise entre Elne et Argelès.
  • La division de gauche "des Albères" s'étire de Banyuls dels Aspres à Villelongue dels Monts.

  • Antonio Ricardos a l'intention de confisquer l'équipement et l'artillerie des français qui se cantonnent à 4 km aux villages de Villelongue dels Monts et de Laroque des Albères.
    Le 06 décembre 1793-16 frimaire An II, Antonio Ricardos lance la bataille nom de code : "Villelongue dels monts" établie par une stratégie d'embuscade sur le versant escarpé du puig d'Oreillá (Aureille-1 030 m) qui forme une forte dénivellation en direction du Nord vers les communes de Montesquieu-des-Albères et de Saint-Génis-des-Fontaines.
    Le concept ressemble étrangement au plan de l'Etat-Major français pour s'octroyer l'armement et les tentes des Espagnols au campement du Col de la Perche.
    La complicité réunie d'Antonio Ricardos malade et du génie du colonel d'artillerie Tomás Morla offrent au général Juan Curten responsable des manœuvres, la plus illustre des batailles du Top One des livres stratégiques des écoles prussiennes.
    Cette stratégie militaire d'opération offensive d'assaut à plusieurs colonnes est mise en application pour la 1ère fois par l'Armée Autrichienne contre l'Armée Franco-Piémontaise durant la bataille de San Pietro, le 15 septembre 1734 avec 6 colonnes mais la complexité de son organisation, la difficulté de sa synchronisation, la riposte rapide de l'adversaire en font un échec.
    Le général Juan Curten avec 8 000 fantassins se sont rapprochés à 3 km et bivouaquent sur le plateau serrat dels bruixes au village de Montesquieu des Albères.
    Les services topographiques espagnols ont étudié la configuration du parc d'artillerie des français.
    Un parc difficile d'accès par la protection des hautes collines qui empêchent les artilleurs d'utiliser les canons sur des pentes.
    Le Tech en cru suite aux pluies diluviennes forme une barrière naturelle qui isole le campement de la division gauche de l'Armée des Pyrénées-Orientales, la prive de logistique de ravitaillement et de renforts de la division du centre.

    Le théâtre est l'immobilisation des troupes françaises sur 2 communes distantes de 2 km.
    • Laroque-des-Albères en catalan "La Roca d'Albera".
      Le village en forme triangulaire est situé sous un piton rocheux sur lequel est bâtie une tour fortifiée en ruine.
      En 1793, 514 habitants sous la tutelle du maire François Olibo collaborent avec les troupes espagnoles qui occupent le massif des Albères.
      La réputation du village est connue par son chemin clandestin du col de l'Ulla qui est l'axe principal de l'émigration vers l'Espagne.
    • Villelongue-dels-Monts, en catalan "Vilallonga dels Monts".
      278 habitants en 1793 est situé à 19 km au Sud-Est de la citadelle de Perpignan et délimite au cœur du massif des Albères au Sud à 26 Km l'Espagne qui se termine à l'Ouest par le ravin de Las Illas.
      La population s'est ralliée avec le soutien de son maire Raphael Roque à l'occupation espagnole afin de protéger son église romane dédiée à saint Etienne, ainsi que le prieuré Santa Maria del Vilar construit par les augustins de Villabertran de Gerona qui sert de refuge aux pèlerins de Saint Jacques de Compostelle.
      Villelongue dels Monts est traversé par le torrent Tanyari dont la source est à l'Est du col Sant Joan, il prend le nom de rivière de Villelongue et se dirige à travers des vallons en pente vers la confluence des affluents le Ribéra et le Laroque pour se jeter dans le Tech au village de Palau del Vidre.
    La nuit du 6 décembre 1793, Juan Curten se met en mouvement.
    Sa tactique est une marche silencieuse à couvert pour se trouver à l'aube aux abords des positions quand les sentinelles sont lasses et éprouvées par la veille nocturne.
    Progresser dans ces conditions d'obscurité de l'hiver, passer la nuit par des sentiers difficiles sans se perdre n'est pas une chose commode.

    Pour palier à ces difficultés, une reconnaissance diurne du terrain, des vallons, des bois et des crêtes par des pisteurs est nécessaire.
    La réussite de l'assaut par surprise est difficile à réaliser elle repose sur la confiance, la capacité et la fidélité des guides catalans et stopper les fuites du contre-espionnage.
    L'attaque offensive en 4 colonnes dispersées exige une excellente synchronisation des mouvements et une coordination impeccable des bataillons.
    La communication est fondamentale dans la rapidité des manœuvres chaque colonne adapte sa puissance de pénétration pour occuper un point stratégique pour se placer à l'aube sans tirer de coup de feu devant l'objectif pour lancer l'assaut.
    Le 07 décembre 1793 les cavaliers aux ordres de José Iturrigaray sont établis au gué de Brouilla proche du vieux moulin pour couper la route des renforts provenant du camp de l’'Union près de Perpignan.
    Ils ont rasé la redoute d'Ortaffa et détruit les 12 canons à Banyuls dels Aspres et bloqué l'accès des communications dans les fossés entre Villelongue dels Monts et Laroque des Albères.
    Le 07 décembre 1793 à 5 h 45, les 4 colonnes sont en place pour envelopper de chaque côté le versant des Albères.
    Le signal de l'assaut est une forte déflagration, une canonnade tirée au campement espagnol de Montesquieu.
    La détonation est si forte que les militaires des 2 camps comprennent que c'est une attaque surprise.
      A Villelongue dels Monts :
    • Gregorio García la Cuesta avec la garde royale éliminent les sentinelles et se jettent avec José Narciso et l'appui des gardes volontaires d'Aragon à gauche pour attaquer par le bas coté des 2 compagnies de Moissac (Tarn et Garonne) et celle du Gard aux ordres d'Antoine Souleyrac.
    • Antonio Cornel Ferraz Doz à la tête des régiments de Mallorca et de Burgos passent la colline et attaquent à revers.
    • Le commandant Eustache Charles Daoust, maître de position de Villelongue dels Monts s'aperçoit de l'embuscade mais il ne s'attend pas à ce que les 3 nouvelles compagnies de volontaires arrivées depuis le 05 décembre 1793 celles de Moissac (Tarn et Garonne) et celle du Gard abandonnent le combat et se retirent en laissant le matériel et le campement dès les premiers assauts.
      Antoine Guillaume Rampon adjudant général réorganise les fuyards, les regroupe pour former une nouvelle ligne mais la débandade s'accélère vers la commune de Saint Genis des Fontaines où la cavalerie espagnole en place barre le gué, dès cette rencontre les fuyards se dirigent à droite pour s'abriter dans le village d'Elne.
      Pierre-Joseph Guillet aide de camps du général Eustache-Charles Daoust réconforte Pierre-François Sauret blessé à la jambe gauche durant l'attaque des compagnies franches de Gras, de Sandoz et de la Haute-Vienne qui ripostent mais se replient pour se mettre à l'abri.


      A Laroque des Albères :
      C'est l'incompréhension d'Amédée Doppet, maitre de position du village, commandant en chef réagit à retardement devant la fureur des assauts espagnols avec la protection de la 2ème compagnie du Lot.
      Il est sidéré.
      Dans ses mémoires il écrit qu'à cette date "il est en maladie" et accuse Eugène-Charles Daoust de lâcheté face à l'ennemi.
    • Antonio Navarro à la tête du régiment des volontaires de Valencia s'empare des 5 batteries des artilleurs de Laroque des Albères aux ordres de Pierre Jaubert-Salette, chef d'Etat-Major sans tirer de coup de fusil.

    • Delattre avec la 7ème infanterie du Gers, la 2ème de l'Orne, la 12ème des Vosges se retirent du champ de bataille.
    • João Jacob Mestral, colonel dirige le 3ème régiment d'infanterie portugais Olivencia qui encercle le village malgré les assauts du 3ème régiment de l'Eure et Loire et du Lot.

    La bataille est d'une courte durée.
    Cette victoire fulgurante espagnole se termine après 12 mn de combat.
    C'est le constat d'une division française isolée sans soutien, piégée par l'harcèlement espagnol qui s'est emparé sans aucun coup de feu des 5 postes d'artillerie qui défendent le campement.
    C'est l'inexpérience d'être sans renfort.
    En 10 minutes, les généraux français Xavier Chaillet De Verges et Jean-François Gignious De Bernède avec l'appui des 5 800 hommes au campement de Laroque des Albères essayent de défendre et de tenir leur position en vain.
    L'assaut surprise espagnol est rapide.
    Guillaume Raymond Viviès-La Prade s'appui sur les artilleurs du 8ème de l'Aude pour retarder le retrait des fantassins vers la commune d'Argelès où les troupes de réserve de Dominique Pérignon sécurisent le repli des hommes.
    La saisie du parc d'artillerie entre Villelongue dels Monts et Laroque dans le bas de la rivière au lieu dit " Els Horts de Sant Sébastia" est colossale :
    - 34 canons - 5 mortiers - 40 barils de boulets - 20 barils de poudre - 2 800 fusils - 1 ambulance.
    Amédée Doppet rend le général Eustache-Charles Daoust responsable de la défaite et l'accuse.
    Amédée Doppet est un commandant incapable.
    Le 23 décembre 1793, les villages Villelongue dels Monts et Laroque sont repris par les troupes françaises après un rude combat.