" Parleu d'Arles del Tec és obrir la meva finestra i donar l'herència de la meva família....
"Ha tots molt d'amor i a la vida... Le’haïm"
Bernat Prats © Perpinya 2016.



La haute montagne du Vallespir avec la raideur de ses versants forme un espace naturel qui s'étire sur 48 km d'Ouest en Est entre l'Espagne et la France où elle représente la vallée de la rivière Tech.
Le Vallespir est lié à sa dynamique forestière passé du stade de la production du bois pour la construction et pour le chauffage à l’'énorme exploitation des forets comme combustible des forges et des scieries qui conduit à la déforestation au delà de sa régénération pour devenir en 1791 une pénurie.
Depuis 1659, les catalans du Vallespir sont divorcés de leur territoire.
Ils profitent de cette séparation imposée pour continuer les liens tissés en Catalogne.
S'établi un échange de flux régulier fait par chaque muletier, par chaque contrebandier dont l'unique passeport est la langue parlée.
Le Vallespir est le territoire de transition des troupeaux.
C'est aussi le lieu de passage des 3 importants exodes d'émigration durant la guerre de la Convention Nationale.
Le 15 avril 1793, rien n'arrête les 3 colonnes des 3 500 fantassins aux ordres du général Manuel Negrete partis durant 5 h de marche de la ville de Figueres qui bivouaquent au village espagnol de Maçanet de Cambrenys.
Le 16 avril 1793 sans interruption les 3 colonnes défilent par la "Creu del Canonge" où l'ingénieur catalan Juan Escofet a construit après le village de Coustouges une rampe sur la berge large d'un mètre qui offre accès facile aux charrettes pour traverser le torrent Quera dont les eaux se confondent au Saint Laurent.
Cette route longue de 35 km depuis l'Espagne aboutit sur le contrefort Sud du Canigou au village d'Arles sur Tech.
Le nom d'Arles =du latin "Arulas" signifie Autel tire son nom de la chapelle "Santi Petri in Arulas "situé au Nord, à l'actuelle église de Sant Pere de Riuferrer.
Autour de la chapelle se sont regroupées à l'Ouest les maisons sur la rive gauche du lieu dit" Banys d'Amunt" à la confluence du torrent Riuferrer qui prend sa source à 18 km au "puig des 3 Vents".
Autour de cette butte, la population élève une enceinte avec barbacane qui rejoint les 2 tours clochers à l'Ouest et les 2 tours de défense qui encadrent le parvis.
Autour de la muraille, un fossé de défense est creusé.
L'agrandissement du village vers la placette d'Avall et vers la place d'Amunt avant le gué fait que le fossé est comblé est forme l'actuelle rue circulaire "baills" qui ceinture la ville.
Le monastère des dominicains de Saint Benoit et l'enceinte sont détruits et incendiés en 859 par les troupes normandes de Sicile.
Sur les ruines les dominicains bâtissent l'église actuelle de Saint Sauveur avec son clocher en pierre de forme carré percé de baies construit en appui sur la muraille d'enceinte de la ville.
Ce clocher avec son tocsin fonctionne comme une tour d'alerte qui prévient les habitants éloignés de l'abbaye, tous lessomatents qui apportent l'aide au village.
L'église constituée d'un autel orné d'un retable représente Saint François de Paul, le protecteur des franciscains, Sant Joan le baptiste, Saint Eloi le protecteur des muletiers, Sainte Rita la patronne des causes désespérées.
Arles sur Tech à 38 km de la citadelle de Perpignan est célèbre pour sa grande abbaye Santa Maria et de son cloitre gothique de colonnes en marbre de Céret construit au centre de la ville en 1260 par le précepteur du mas Deu Raymond Deç Bach qui sert d'habitation aux jésuites.
Le 26 mai 1792, la déportation des ecclésiastiques qui refusent la constitution civile du clergé fait que les derniers 6 moines qui occupent le monastère quittent les lieux pour émigrer en Catalogne.
Le monastère est à la surveillance du maitre des forges Salvy Thibaut Poujade et du curé Luc Claréto.
En 1793, Arles sur Tech abrite 1608 habitants et la ville fait parti des 127 communes sur 228 que comptent le département qui applique la proclamation espagnole du 03 juillet 1793 "Il a fait le vœu de fidélité au roi d'Espagne, a juré de suivre la religion catholique et de se soumettre à l'ancien régime".
En 1793, l'abbaye bénédictine Santa Maria est vendue comme biens du clergé aux 37 propriétaires de la puissante confrérie des drapiers et des tisserands "Els teixidors" devenus protecteurs pour éviter la destruction des fresques romanes, des retables baroques et son grand orgue.
Avec la complicité des habitants, les 2 reliquaires en argent de Saint Abdon et Saint Senne, patrons d'Arles sont cachés pour éviter d'être fondu durant la reconquête du territoire par l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Cette disparition oblige la population et son maire Abdon Julia de s'acquitter d'une amende de 3 000 livres tournois à la Société Populaire de Perpignan pour son manque de patriotisme et de civisme.
Les 2 reliques réapparaissent en 1803.
Le 1er janvier 1793, arrive en renfort à Perpignan, le 1er bataillon des volontaires du Tarn aux ordres Jean Antoine Guillaume Bourdes avec 7 compagnies.
Le 23 février 1793 Mathieu Marchant De La Houlière, commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales depuis Perpignan confie à Jean Antoine Guillaume Bourdes son cantonnement dans la place forte de Céret.
Le 04 mars 1793, Paul Louis Gaultier de Kerveguen est nommé général de brigade sous les ordres Mathieu Marchant De La Houlière en garnison à Céret est prévenu par des espions de la forte concentration des troupes espagnoles proches du col d'el Portell.
Quelques jours avant, les 3 commissaires du peuple Ignace Brunel, Jean Rouyer et Etienne Le Tourneur ordonnent au commandant en chef Mathieu Marchant De La Houlière de répartir les 12 000 hommes qui composent son armée à la défense des forts du département pour éviter la prise des fortifications et bloquer l'intrusion des Espagnols.
Prévenu de l'incursion dans cette espace non surveillé éloigné du fort Lagarde de Prats de Mollo et de la forteresse de Bellegarde le chef d'Etat major Paul Louis Gaultier de Kerveguen de la garnison de Céret, envoi l'ordre au nouveau lieutenant colonel Jean Antoine Guillaume Bourdes de prendre position à Arles sur Tech à 14 km de Céret pour remplacer les 5 compagnies du 2e bataillon du Gers aux ordres du lieutenant colonel Jean-Jacques Laterrade afin de bloquer l'avancée espagnole.
Entre-temps, la 1ère colonne espagnole aux mains des 2 guides Joaquim Sunyer et Joan Pumarola part du village espagnol dels Horts longe le sentier escarpé du torrent Major, l'affluent de la Muga pour traverser le col de Trevessalls durant la nuit du 16 au 17 avril 1793 et se trouver dans la matinée au village de Coustouges pour se diriger au cantonnement du village de Saint-Laurent de Cerdans où la population attend les militaires depuis le 15 février 1793.
A partir de la forge del Mitg en direction de la France, le chemin est si étroit que dans sa largeur le muletier touche à droite le flanc de la montagne où à travers des failles l'eau ruisselle en abondance et à gauche se situe le ravin qui plonge dans le fond où coule le torrent Quera dont monte le vacarme incessant des eaux se brisant contre les rochers pour se frayer un passage.
La 2eme colonne espagnole, la plus conséquente avec 3 guides Francesc Selles, Josep Soler et Joseph Vilanova passent à droite du col de Trevessalls où se trouve l'ermitage du Fau et le bourg de Vall de Tapis. Elle arrive le 17 avril 1793 à saint Laurent de Cerdans.
La 3eme colonne aux mains des 2 guides Josep Coll Roure et Joan Vilar traverse durant la nuit du 16 avril le col du Faig se dirige au correc de l'Avellaner mais la nuit et la brume épaisse sur les versants de la Serra de la Garça fait que la colonne prend la direction du col de la Senyoral à cet endroit les flancs sont semblables, les 2 guides perdent leurs repères et s'égarent à la hauteur des mines de Giobertite.
La colonne continue à progresser en direction de la crête de Montner (1258 m) à l'aube, ils aperçoivent face à eux le col de Paracolls, les 2 guides constatent leurs égarements et contraignent les fantassins à faire demi-tour pour revenir rejoindre le campement du village d'Arles sur Tech.
Le 18 avril 1793, Jean Antoine Guillaume Bourdes parti de Céret avec les 7 compagnies du 1er bataillon du Tarn arrivent pour prendre le contrôle du village d'Arles sur Tech quand ils croisent sur la route les 5 compagnies du 2e bataillon du Gers commandés par le lieutenant colonel Jean-Jacques Laterrade qui sont sous le feu des fantassins espagnols.
Le rapport des forces en présence fait que les combats tournent en escarmouches et se terminent par le repli des 7 compagnies du Tarn vers la ville de Céret.
L'absence de combats indique l'influence des autorités locales a renseigner les troupes françaises de l'arrivée des 3 colonnes espagnoles à Saint Laurent de Cerdans.
La stratégie mise en place par Antonio Ricardos est de s'approprier rapidement les forteresses des ports de la côte rocheuse, Port-Vendres et Collioure pour débarquer les hommes, le matériel et pour faire durer l'occupation, en aucun cas faire traverser ses colonnes par la plaine du Tech pour prendre la citadelle de Perpignan.
Le 30 avril 1794, les habitants d'Arles sur Tech payent très cher un an plus tard, leur collaboration avec les troupes d'Antonio Ricardos et le retrait du cantonnement des gardes wallonnes en direction du village espagnol et de Maçanet de Cabrenys.
Les troupes républicaines du 6eme bataillon de l’Ariège et celles du 1er bataillon de la Montagne-Républicaine pleines de fureur et de haine lors de la poursuite de la division espagnole détruisent toutes les forges sans activité car leurs propriétaires et les ouvriers ont émigrés pour exercer leur métier dans les forges de l'Ampurdan et brûlent les fermes isolées considérées rebelles.
La redoutable 3eme compagnie de la légion des Allobroges comprenant les Savoyards, les Piémontais de la 27ème demi brigade et les Genevois de la 4ème demi brigade sous les ordres de Joseph Marie Dessaix, de Jean Lannes, de François Dufeaux et de Charles Augereau détruisent dans le cloitre les plaques tombales et dévastent à l'intérieur les chapiteaux. Comme la population criée au blasphème les cavaliers de la légion des Allobroges entrent pour saccager l'église Saint Sauveur en brulant les tableaux des Saints, en brisant les doigts des statues.
L'escalade de la provocation atteint l'horreur à son plus haut niveau quand les dragons pissent dans le tombeau des saints protecteurs pour souiller l'eau puis retournent la lourde tombe, geste unique depuis sa création, pour en vider l'eau qui sert à soigner les malades.
A l'unisson tous les habitants armées de fourches et de fusils crient à la profanation, injures outrageusement les dragons sans se préoccuper de perdre leur vie.
Très excités par la malédiction lancée par les habitants et pour convaincre cette population de leur crédulité, les dragons commettent un geste répugnant remplir le tombeau d'immondices et d'excréments pour le présenter à la vue du village.
Les anciens gardent en mémoire ces uniformes verts des dragons des Allobroges avec leurs parements rouges et leur culotte en drap vert qui durant 6 mois brisent leur héritage sous le prétexte d'une guerre contre la religion.
En 1795, le prêtre de la paroisse d'Arles Michel Bosch, originaire de Saint Genis avec l'aide des femmes lavent et nettoient la tombe qui se remplit d'eau et referment le tombeau.
Le phénomène massif d'immigration provoque la division du tissu communal d'Arles sur Tech et brise l'équilibre des solidarités établies dans les familles.
Le retour des émigrés, des humbles aux plus fortunés qui ont fait le choix malheureux d'être dans le camp des vaincus comprennent que leur avenir est à jamais déchiré.
Ces malheureux émigrés tentent durant des années après de récupérer les positions perdues au sein des clans antagonistes.
L'indifférence de la fin des hostilités est une recherche de tranquillité volontaire de la population tronquée par la réalité des souffrances.
Les agitations, les attitudes politiques sont de violentes oppositions contraires à la satisfaction et à l'allégresse de la paix et au tremblement de terre qui suivit en 1797 la ville d'Arles sur Tech.
La population d'Arles sur Tech fautive d'avoir fait le choix de l'appartenance du sang est dans le camp des vaincus, elle s'impose la loi du silence par respect aux morts, malgré l'envie de venger les atrocités vécues.
Le désastre et les blessures de la guerre ne se sont jamais oublier puisque 50 ans plus tard le village des exclus continue à subir la xénophobie et le racisme des représailles des vainqueurs, ceux qui sont restés.
La spécialiste de la Shoah Annette Wieviorka dit :
" La mémoire est le fait qu'’une société se souvienne de son passé et cherche à lui donner une explication au présent ".