"L'humanité est une suite discontinue d'hommes libres qu'isole irrémédiablement leur subjectivité. "
Simone De Beauvoir (1908-1986).



Le commandant en chef Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers crée une nouvelle protection avec la construction du camp de l'Union face à la citadelle de Perpignan.
Ce camp met à l'abri la ville d'une attaque frontale.
Le commandant Louis-Charles De Flers nomme le colonel Basile Edme De Magny 61 ans, du régiment d'infanterie d'Artois commandant en second pour diriger la citadelle de Perpignan.
L'Etat Major espagnol d'Antonio Ricardos ne veut pas commettre l'erreur de stratégie du 02 février 1642 par Charles De La Porte, marquis De La Meilleraye commandant les armées françaises de Louis XIII qui par le manque de possession des ports retarde de 6 mois, la capitulation du siège de Perpignan.
Son objectifs est la prise des ports de Collioure et de Port-Vendres en liaisons avec les ports espagnols de Roses, de Palamos et de Barcelona.
Ces ports jouent un rôle essentiel pour le ravitaillement en canons et en hommes pour alimenter la garnison d'Argelers de la Marenda.
Le hameau Argelers de la Marenda, nom d'origine latine "argillarum rivus"traduit par " ruisseau d'argile", désigne le gué de la rivière Massana.
C'est une zone argileuse plantée de genets épineux et de ronces, un lieu déterminant puisque il représente le carrefour des 3 voies romaines :
  • "Domitia" venant d'Elne.
  • "Iberia" provenant des villages de Saint-Genis et de Saint-André qui convergent au Nord-Ouest.
  • "Héraklea" en direction du port de Collioure.
  • Le château Pujols appartient aux templiers.
    A la chute des templiers, le château est cédé à l'abbaye cistercienne de Fontfroide dans l'Aude.
    Le 3 octobre 1462, Argelers de la Marenda pris en représailles par les troupes du roi Joan II d'Aragon pour son soutien à la population de Barcelona rasent les 168 feux que compte le village.
    Le 7 juin 1641, la ville d'Argelès de la Marenda se reconstruit en garnison avec une enceinte pour éviter des nouvelles représailles.
    La ville rayonnante est attaquée et prise par les troupes françaises du général français Charles De La Porte, marquis De La Meilleraye qui y établit ses escadrons.
    Le 7 janvier 1642 après 3 jours de siège, l'armée espagnole récupère la ville garnison qui demeure pendant 4 ans sa possession avant que les troupes françaises reprennent les hostilités pour reconquérir la garnison.
    Le 9 mai 1659, Argelès de la Marenda espagnol profite du cessez-le-feu décrété à la suite de la signature du traité des Pyrénées pour se libérer de l'état de siège.
    L'Espagne cède au royaume de France, la ville royale d'Argelès de la Marenda qui jouit de considérables privilèges.
    Cette ville couvre une surface de 6 000 ha entre la berge de la rivière Tech et le versant espagnol des Albères.
    Le royaume de France met la main sur ce carrefour privilégié à mi-distance des forteresses du massif du Vallespir :
    A 23 km à l'Est de la ville de Céret.
    A 23 km au Sud-Est de la citadelle de Perpignan.
    Son ouverture sur la mer permet à l'importante garnison d'établir les échanges en matériel et en hommes avec les ports de la côte.
    Argelès de la Marenda dont les défenses tournées vers le royaume de France, pays envahisseur, conserve son large et profond fossé qui l'entoure et qui protège sa haute muraille en forme quadrilatère.
    Ce rempart possède une courtine qui relie les 10 tours angulaires construites en galets et en granit servant de défense à la ville qui se termine au front de mer.
    A intérieur de la muraille, au Sud-Ouest se dresse l'église Nostra Senyora Dels Prats sur la place des saints guérisseurs Come et Damien, patrons protecteurs du village.
    Son clocher grisâtre à 3 étages bâti en tour de guet carré de 8.50 m de coté prolonge au Sud l'église.
    Il s'élève à 33 m et présente 3 retraits sur la hauteur de son mur de refend ainsi que 3 bandeaux sur le parement du dernier étage.
    Sa fonction est d'alarmer par son tocsin formé de ses 2 cloches l'arrivée des envahisseurs ou l'incendie dans le village.
    La rivière Massana sur la rive droite où la ville s'est construite prend sa source à 25 km en Espagne.
    La rivière se jette dans la mer par un grau au Sud, à une fonction de sécurité, elle permet à la population d'émigrer en remontant ses berges pour se refugier en Espagne.
    Le rempart s'ouvre à l'extérieur sur un large fossé par 3 lourdes portes en liaison directe avec les tours de guet pour stopper l'envahisseur :
    1. Le portail d'Elne débouche en direction de Perpignan sur le château Tatzo d'Avall qui sert de tour de guet avancée au coeœur d'un domaine boisé de châtaigner, de hêtres et de chênes.
    2. Le portail Battle sur la route de la Salanque dévoile au Nord à 1 km le château Pujols avec sa tour carrée qui fonctionne comme un donjon pour prévenir les envahisseurs.
    3. Le portail de Collioure donne accès à la route en direction de l'Espagne dont la ville entretient les relations et établit son commerce.
    Le 23 mai 1793, Argelès de la Marenda proche de la frontière est prise rapidement par les espagnols.
    Les troupes françaises opposent peu de résistance et évacuent la garnison pour se regrouper au sein des fortifications plus nombreuses de Collioure.
    Le maréchal de camp José Simon Crespo venu de la ville d'Elne lance un ultimatum au maire Joan Grando et aux 850 habitants d'Argelès de la Marenda de désigner dans un délai de 48 h, un nouveau bayle et 3 consuls porteurs de délibérations du roi d'Espagne pour se soumettre et être fidèles à la religion catholique, faute de quoi le village sera détruit.
    Joan Grando réunit le conseil municipal pro-espagnol et les membres élisent Josep Arman comme bayle.
    Avec l'accord du conseil municipal, Josep Arman protège et conserve la richesse du patrimoine de la ville et laisse s'établir la garnison espagnole forte de 4 000 hommes, 500 cavaliers et entreposer leurs munitions.
    Le nombre considérable de soldats menace l'équilibre de la communauté.
    Le bayle s'entretient avec l'ancien consul Narcisse Montaner et Bernard Frère venus de Collioure pour avoir le soutien de sa ville en cas du blocus du port et pour faire sortir la garnison espagnole.
    Dans la nuit du 29 juin 1793 des colonnes espagnoles partent de la commune d'Argelès de la Marenda pour attaquer la ville de Collioure au cœur des Albères qui constitue un espace naturel qui sert de frontière.
    La garnison de Collioure est avertie de l'attaque des troupes espagnoles durant la nuit.
    Après une marche de 45 mn au coeœur du vallon du Douy, les 3 colonnes traversent le massif par des chemins où se succèdent de nombreux dolmens, menhirs, oratoires.
  • La 1ère colonne aux ordres du maréchal de camp José Simon Crespo avec 2 000 fantassins arrivent au puig Oriol.
    Le puig désigne une colline raide.
    C'est l'un des premiers mamelons qui sépare la plaine d'Argelès du bassin rocailleux de Collioure appelé le vallon de la Consolation.
    Les fantassins dans la nuit gravissent le correc (ravin) schisteux escarpé formé de coulées d'éboulis et de grosses pierres que les eaux transportent.
    La pente conçue par l'intense érosion est parsemée de ronces et de genets qui barrent la progression des fantassins qui doivent atteindre le sommet du puig Oriol.
    Sur le versant Sud-Ouest du puig d'Oriol figure un grand muret en dalles de schiste non maçonné qui barre le versant jusqu'à l'ermitage de Notre Dame de Consolation, un bien d'église acheté par le député Xinxet Lanquine.
    Joseph Etienne Timoléon d'Hargenvillier né à Ganges district de Montpellier (34) honore son nouveau titre de général de brigade que lui a décerné le commandant en chef Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers en ordonnant au capitaine Durand-Martin De la Serre et aux hommes de la 1/2 brigade du 70ème (régiment Médoc) d'installer 3 postes d'artillerie de 2 canons de 4 où se tiennent les 120 artilleurs du 3ème bataillon de l'Ariège arrivés en renfort depuis 15 jours.
    Nos artilleurs dans l'obscurité résistent énergiquement contre la progression des fantassins espagnols plus nombreux.
    A 4 heures du matin, les avant-postes français se replient avec difficultés et demandent avec des signaux de fusées enflammées le renfort des garnisons que le gouverneur de Collioure Pierre Valette convient d'envoyer à partir des 2 redoutes l'une ronde et l'autre carrée à 3 km mais la rescousse ne parvient pas et le gouverneur tient les portes de la citadelle du port fermées.
    Les artilleurs avec bravoure mettent le feu aux barils de poudre qui explosent projetant les pierres de la murette sur les fantassins qui grimpent.
    Les canonnades nocturnes préviennent une troupe de 100 soldats de la relève du fort Mirador qui accoure pour défendre leurs compatriotes.
    La nuit les fantassins espagnols ne peuvent pas déterminer le nombre de soldats du fort qui arrivent sur le lieu des combats.
    Ils s'imaginent être en minorité et la colonne se croit coupée en deux, les fantassins espagnols en désordre quittent le terrain.
  • La 2ème colonne aux ordres du brigadier Joaquin Oquendo et du colonel Tomas Roncali avec 1 600 fantassins des régiments de Cordoba, des bataillons Malaga et du 1er des volontaires de Catalunya prennent à droite le sentier des Albères par le mas Blanquer.
    La colonne de fantassins remonte le lit presque à sec du ruisseau Abat, affluent en amont de la rivière Massane puis par le sentier traverse le bois de Valmy jusqu'au mas d'en Jordi.
    La troupe grimpe les 150 m du roc de la Jaceta pour redescendre le versant et atteindre la rivière Ravaner qui délimite les territoires d'Argelès et de Collioure.
    Les guides de la colonne se dirigent au puig d'en Bernadi.
    Le lieu est trop éloigné des batteries de la redoute du Fanal, du Béar et de la tour de l'Horloge que les soldats doivent attaquer.
    L'intrusion des espagnols est un échec.
  • La 3ème colonne composée de 600 hommes aux ordres du brigadier Françisco Javier Negrete traverse le torrent de l'agulla d'en Sallères qui longe la mer.
    La patrouille à l'intérieur du correc du val Maria dissimulée par le bois de Valmaria progresse sur la berge du ruisseau Ravaner pour gravir le versant du puig d'Ambella et arrive au mas Enlumina qui se situe proche des fortifications du fortin Rodon.
    Dans la nuit, la colonne s'égare, elle est stoppée par la falaise l'Olla qui plonge dans la mer.
    En face de la falaise, les habitants préviennent les artilleurs du fort Rodon qui ouvrent le feu sur les soldats espagnols qui rebroussent chemin.
  • Le lendemain 30 juin 1793, l'escadre de 34 navires espagnols de Federico Carlos Gravina et de l'amiral Juan Langara apparaissent majestueusement au large de la rade de Collioure.
    Les commandants sont stupéfaits et médusés de voir les drapeaux français flottés sur les fortifications du port et témoignent de la première défaite des espagnols et confortent les patriotes français de leur 1ère victoire dans un combat : "Home lliure : recorda-ho"
    Le corps du conseiller municipal Pierre Valette git sur la plage.
    Il est difficile de croire à la trahison du gouverneur de Collioure.
    Le 06 juillet 1793 en partant d'Argelès de la Marenda, les troupes espagnoles tentent un 2ème essai pour pénétrer dans le port de Collioure par le mas Vergès, mais la colonne échoue.
    Le 18 décembre 1793, pour mettre fin au siège instauré, le général Gregorio La Cuesta a la charge de la prise des fortifications de Collioure et Port-Vendres.
    Sa division découvre les campements des fantassins français retranchés sur les crêtes à 660 m entre la tour de signaux Madeloc "la torre del dimoni" et la chute des Albères dans la mer.
    Cette cordillère en forme de dentelle se compose de 4 mamelons avec 3 passages que forment leurs intervalles.
    Les 3 passages sont surveillés et contrôlés par des troupes aux ordres du lieutenant colonel Jean-Jacques Laterrade et des 5 compagnies du 2ème bataillon du Gers sans consistance, sans rigueur.
    Les compagnies se sont retranchées derrière un parapet à banquette qui relie les 4 mamelons où les artilleurs français ont déposés 5 canons pour empêcher un passage en force.
    Gregorio La Cuesta bon tacticien, observe que le côté droit de la position française est la moins fortifié, plus accessible.
    Il décide de porter sa principale attaque sur ce côté qui lui ouvre les portes de Collioure et Port-Vendres.