Sources : "Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution." Jomini A.H.-édition Paris 1820-1824.


Le 10 août 1793 est une fête révolutionnaire qui commémore la 1ère année de l’abolition de la royauté par l'insurrection des Tuileries du 10 août 1792 qui emprisonne Louis XVI et suspend ses prérogatives.
Cet anniversaire solennel décrété le 27 juillet 1793 par la Convention Nationale sur les propositions de Joseph Lakanal, de François Lanthenas est organisé dans la capitale par le sculpteur Jacques-Louis David.
Le conventionnel Hérault de Séchelles conçoit la célébration du 1er anniversaire comme une fête de l'unité et l'indivisibilité de la république car les mouvements fédéralistes ont divisé le territoire.
Un cortège de chars parcourt les rues de la capitale.
Celui de la Commune est décoré de drapeaux et d'emblèmes royaux destinés à être brulés.
Le char de Vénération et de la Famille a la forme d'une charrue conduite par 2 vieux hommes.
Le chariot est suivi par des enfants qui chantent la Marseillaise.
Celui des héros pour la patrie à la forme d'une gigantesque urne funéraire qui symbolise les morts pour la nation qu'entoure un peloton de soldats.
La cérémonie comporte 5 arrêts où la foule s'est amassée :
  • le rassemblement de départ est prévu, place de la Bastille sur les décombres des pierres et des barreaux de la prison qui jonchent le sol.
    Pour cacher les destructions, Jacques-Louis David a dressé la statue de la Nature qui à la forme d'un gigantesque sphinx, style égyptien qui pressent 2 mamelles d’'où jaillissent 2 jets dont l'eau tombe dans un bassin nommé fontaine de la Régénération.
  • la 2ème étape arrive à l'arc de Triomphe du boulevard Poissonnière recouvert d'une banderole sur laquelle la foule lit :
    " La justice du peuple est terrible, les tyrans disparaissent" au pied du monument des comédiennes assises sur des canons gardent l'inscription.
  • L'arrêt place de la Révolution se fait devant la statue de la Liberté où les autorités et les gardes nationaux ont allumé un feu dit "purificateur" dans lequel ils jettent les symboles de l'ancien régime.
  • La 4ème étape est à l'esplanade des Invalides où est échafaudée une colossale statue d'Hercule qui terrasse l'’hydre représentant le fédéralisme.
    Les figurants lancent des slogans solennels pour sauver la patrie :
    "Vive la République une et indivisible" ou "Nous sommes tous des montagnards".
  • le final à lieu au Champ-de-Mars où la population se presse autour de l'’autel de la Patrie composé d'une presse, d'une charrue et d'une pique qui symbolisent l’'union des 3 corporations entre l'’artiste, le laboureur et le soldat.
Quel est l'état des Pyrénées-Orientales ?
L'Armée de la Catalogne progresse, son occupation gagne chaque jour du terrain devant l'Armée des Pyrénées-Orientales en déroute, sans armes, sans ressources, abandonnés par les députés de Paris qui ont déclaré la guerre à l'Espagne de Carlos IV.
Le 14 juillet 1793, le procureur général syndic François-Xavier Llucia est l'initiateur de ce rassemblement festif.
Il arbore sur sa tête un bonnet catalan rouge sur lequel il a ajouté une couronne de chêne. Il exhibe avec joie la nouvelle Constitution du 24 juin 1793 traduite en catalan sur une estrade face à la population et aux soldats comme une espérance républicaine providentielle sachant que cette constitution n'a jamais été appliquée.
Avec tambour et musique le déroulement du 14 juillet 1793 donne de la splendeur et de l'apparat au cœur du campement militaire de l'Union face à la citadelle de Perpignan.
Les réjouissances militaires et civiles majestueuses où chacun agitent des drapeaux contrastent avec la pénurie et la famine d'un territoire sous occupation d'un ennemi et tiraillé par l'emprise du fédéraliste de ses autorités.
Le drame des subsistances et la dépréciation de l'assignat détruisent les rouages moteurs et dégradent les administrations départementales.
Ils laissent une ville inquiète sans défense aux mains des autorités extérieures.
Depuis le 26 juillet 1793, le procureur François-Xavier Llucia persuadé d'être dénoncé d'incivisme par Edmond Dubois-Crancé, membre du comité de Défense qu'il accuse du blocage des bateaux des 30 canons partis de l'arsenal d'Auxonne proche de Dijon.
Il se lance dans des tentatives d'apaisement, il écrit au ministre de l'intérieur et au Comité du Salut Public le résultat du vote ou il n'hésite pas de clarifier sa position :
…"Loin de nous toute idée de fédéralisme, nous le redoutons autant que l'anarchie. L'unité et des lois, tel est le cri de notre cœur et le voeœu de tous les républicains du département"…
Un ordre du Comité de Salut Public arrive qui s'adresse au payeur de l'Armée et au directeur de la Monnaie Jean-Jacques Anfrye pour vider les fonds en espèces et le dépôt d'or stockés à l'Hôtel de la Monnaie de Perpignan.
Cet ordre survient au pire moment dans un contexte de crise et de défaite.
Les 3 corps administratifs du conseil général, du directoire et du district local dont les membres peu renouvelés depuis 1790 sont soupçonnés de fédéralisme par les membres du Comité de Salut Public.
Des mandats d'arrestation sont lancés et certains membres doivent être transférés à la prison de Montpellier.
Les fonctionnaires entre les exigences des autorités de la république et les membres des collectivités villageoises lancent une kabbale, un complot uni autour d'un projet secret contre les officiers militaires pour échapper à la prison et fuir avec les archives en Espagne.
Les 2 généraux Claude Souchon De Champron et Joseph Etienne Timoléon d'Hargenvillier membre de l'Etat-Major du commandant en chef Louis-Charles De Flers sont détachés pour leur conviction royaliste par le représentant Pierre Bonnet qui les dirige vers l'armée de Florac afin d'éviter des représailles.
Les membres du conseil départemental vouent une haine violente à Louis-Charles De Flers qui était sous les ordres Charles Dumouriez traitre contre la patrie suite à son putsch manqué.
Le général Louis-Charles De Flers 36 ans, plein d'énergie et de courage arrive accompagné par Vincent Giocomoni et Dagobert De Fontenille dans l'Armée des Pyrénées-Orientales pour remplacer le commandant en chef Mathieu Marchant De La Houlière trahi par son quartel d'officiers.
François-Xavier Llucia, homme d'une exceptionnelle valeur par sa perspicacité et de sa clairvoyance se lance devant la Société Populaire de Perpignan à un terrible réquisitoire contre le commandant Louis-Charles De Flers qu'il désigne comme seul coupable de toutes les erreurs.
Sans vérification des calamités ciblées la propagande de guerre lance contre lui une violente campagne d'injures et engendre un commandant perfide, ignoble, lâche, sans honneur reprit par une presse influente qui se déchaine démesurément sur son rôle pour défendre la forteresse de Villefranche du Conflent et dresse de lui un personnage déshumanisé, contraire à la vérité.
L'étude des archives dévoile de lui, un commandant en chef grand stratège militaire, capable par ses capacités guerrières de se mesurer à son adversaire Antonio Ricardos.
Le conseil de guerre confirme la décision du comité civil par l'éviction de Louis-Charles De Flers.
La junte des officiers influencée par l'incapable général Hilarion Puget marquis De Barbantane pressé de prendre le commandement que lui ont promis les représentants du peuple.
Le 07 aout 1793, les représentants Claude Fabre, Jean Espert de Mirepoix, Pierre Bonnet destituent le commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales De Flers de ses fonctions pour la perte de la forteresse de Villefranche du Conflent et "d'avoir perdu la confiance des citoyens soldats et d'avoir livré la forteresse de Villefranche du Conflent aux Espagnols".
Le 10 août 1793, les commissaires de la république envoyés pour vérifier la commémoration du 1er anniversaire de l'’abolition de la royauté trouvent un conseil départemental inexistant et un Etat Major peu convainquant.
La veille, dans la salle de Sant Joan, les 4 sections de la ville tiennent un conseil d'urgence pour organiser sans aucune imagination, sous la pression des commissaires de la république un plagia des festivités de la capitale avec les mêmes thèmes sur un trajet :
Hercule, vieillard, 86 départements et feu purificateur des symboles de la royauté.
Le cortège part de l'Hôtel du département (la préfecture) avec 4 trompettes 1 timbalier et 4 cavaliers représentent l'infanterie, le génie, la cavalerie et l'artillerie.
Il longe la rue de la Fusterie, traverse la place des poilus proche des remparts au portal de Matatoro avec beaucoup de tintamarre pour attirer la foule présente devant chaque porte de la citadelle puis dans la rue de la poissonnerie, un citoyen gigantesque habillé en hercule se joint au cortège.
L'hercule tire un cheval entouré par 2 bannières où sont inscrites :
" République Française 10 aout 1792-Constitution républicaine 10 aout 1793". Le défilé arrive au pont d'En Vestit face au rempart proche du portal de Mailloles.
Il suit la rive droite de la rivière Basse à la hauteur du portal del Toro où se dresse la fontaine del Toro (l'actuelle place Arago) qui fait office de fontaine de la Régénération où les administrateurs habillés en citoyens sont assis dans une charrette couverte de lauriers.
La charrette est tirée par les bras de 86 volontaires qui représentent les 86 départements de la république.
Au portal d'Axugador qui perce le rempart les officiers municipaux revêtus de leurs écharpes agitent des drapeaux des cantons occupés par l'armée espagnole.
Le défilé remonte la rue du bastion Saint Dominique par la rue de la Manche et la rue Foy pour arriver au portal d'Elne qui se situe au niveau de la place Rigaud où des citoyens trainent dans la boue les drapeaux blancs et bleus signe de la royauté destinés à être brulés.
A la porte Saint Martin, le procureur général du syndic François-Xavier Llucia à coté du général en chef Joseph Puget De Barbantane et des représentants Pierre Bonnet et Claude Fabre prennent la tête du cortège où s'est joint un vieillard, membre de l'administration entouré par des enfants armées de piques qui traduisent l'espoir de la république.
Le cortège avance en fanfare pour attirer la foule en direction du camp militaire de l'Union.
Le cortège est protégé contre les manifestants arborant des chemises blanches et des cocardes blanches qui crient en catalan :
"vive el rey Lluis XVII" "méss pan menys sang !"
par une haie de cavaliers.
L'entrée du cortège dans le camp militaire se fait par une salve d'artillerie où les bataillons sont disposés en carrés avec autant de profondeur que de front, autant de files que de rangs face à eux se situe l'autel de la Patrie constitué d'un assemblage de canons et de mortiers fabriqué par le génie militaire.
Jean-Etienne-Albert Sérane, président du conseil du département prononce un éloge de la Constitution du 24 juin 1793 et invite les républicains a jeter au bucher, l'ancienne bannière royale de Perpignan avec les lys.
Une nouvelle décharge d'artillerie retentie pour accueillir le nouveau commandant Joseph Puget De Barbantane qui jure la main sur la Constitution du 24 juin 1793 de conserver l'unité et l'indivisibilité de la république et de mourir pour défendre la patrie.
A ce moment là, chaque bataillon, chaque escadron répondent par des cris d'allégresse et des coups de feu au serment du commandant en chef.
La cérémonie se déroule sous un flot de vin qui coule de la vingtaine de tonneaux disposée autour de l'autel-estrade puis la fête se termine à 19 heures.
Antonio Ricardos averti de la cérémonie ne trouble pas le déroulement de l'anniversaire, il se contente d'attaquer les postes de Corneilla la Rivière par intimidation.
Louis-Charles de La Motte-Ango, vicomte De Flers est jeté en prison quand Joseph Puget De Barbantane écrit n'avoir aucune responsabilité à défendre la population de Perpignan affamée.
Il s'enfuit se mettre à l'abri dans la cité de Narbonne avec le représentant Raymond Gaston.
Joseph Puget De Barbantane avec l'appui de ses importantes relations et le concours Louis Marie Turreau de l'Etat-Major de l'Armée sauve sa tête de la guillotine.