Sources : "Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution." Jomini A.H.-édition Paris 1820-1824.

"..Ils ont perdu leur récolte,
" Ils ont vu détruire leurs propriétés, dissiper leur fortune.
" Ne laissons pas devant leurs yeux la perspective cruelle de mourir de faim…"


Le 23 septembre 1793 François-Xavier Llucia (1752-1794)-Procureur général de Perpignan.

La crise des mauvaises récoltes et la disette poussent à la hausse les prix des subsistances bien avant la déclaration de guerre contre le royaume d'Espagne.
Durant la période d'occupation les restrictions augmentent et appauvrissent la population par les rationnements.
L'éviction et l'arrestation des Girondins pèsent lourdement sur le contrôle des prix car ces députés se sont investis pour suivre leur vérification.
La flambée des prix n'est plus maitrisée dans le département car les autorités locales compétentes sont impliquées au cœur du mouvement fédéraliste régional qui propose de donner le pouvoir non plus à la Convention Nationale mais aux assemblées primaires.
Le 08 février 1790, les bourgeois imbus de principes économiques libéraux "laisser faire laisser passer" élisent l'aristocrate Pierre-François De Bon, marquis d'Aguilar, maire de Perpignan issu de la noblesse de l'Ancien régime en contradiction avec l'élection départementale du parti républicains : "Les Patriotes".
Le maire royaliste le marquis d'Aguilar met en place une politique diabolique d'affamer la population en épuisant les réserves d'hiver et fixer l'opinion contre l'incapacité de la gestion départementale des républicains "Patriotes".
Le 23 mai 1790, le complot des farines fonctionne bien, Perpignan crève de faim.
Les spéculateurs vident le département en multipliant les départs des charrettes de grains vers les granges de l'Aude et du Languedoc, ces mouvements produisent une brutale hausse du prix du blé.
Le 02 mars 1791, les maitrises et les corporations sont supprimés, chaque citoyen peu désormais devenir boulanger.
L'été est chaud, les récoltes de grains sont de meilleures qualités mais modestes.
Les autorités font appel à l'importation des grains en provenance de la Catalogne pour atténuer l'agitation populaire.
Les membres du Comité De Salut Public se posent la question :
  • Faut-il distribuer du blé pour les boulangers ?
  • Faut-il établir une régie pour approvisionner la ville en pain ?
Rapidement surgissent les inconvénients de la régie et les députés se décident pour la distribution du blé aux boulangers.
Les Enragés propulsent la revendication égalitaire, ils poussent les Montagnards, non à revenir en arrière mais à durcir cette loi dans le sens d’une économie dirigée pour alimenter les Halles aux grains avec une mise en place des greniers d'abondance afin que la population puisse manger du pain.
La volonté de rendre les échanges des grains visibles à la population se manifeste par la fabrication d’un pain de l’égalité par sa cuisson dans des fours communaux.
La décision prise de socialiser la boulangerie et de collectiviser les moyens de distribution, entraîne la mise en place d’un véritable mouvement de communication par les Herbistes comme précurseurs du "communisme".
Le refus de suivre ces normes provoque l’indignation et les protestations violentes.
La notion du terme Fraternité prend ses hommes au pouvoir une signification concrète en complément des mots : Liberté et Egalité écrits sur les frontons.
Les Montagnards sont opposés à la taxation des denrées qu’ils trouvent impolitique, impraticable et dangereuse.
Le droit d'existence est plus fort que le droit de la satisfaction personnelle, la loi du Maximum a un caractère d'urgence mais surtout de circonstance.
Le peuple comprend de mieux en mieux le pouvoir des lois, si les décrets ne prescrivent pas une reforme sur la consommation du pain, ils ne veulent pas des lois.
Si la Convention Nationale protège la vie du citoyen, elle se doit avec raison de les défendre contre ceux qui attentent à leur vie en faisant des coalitions pour les priver de ce qui est d'absolue nécessité : leur pain.
Entre janvier et mai 1793, le prix moyen des grains est fixé, il devient le prix maxima au quel le grain doit être vendu.
Ce prix maximum décroit jusqu’au 1er septembre 1793 car ceux qui vendent ou achètent au-dessus du maximum sont frappés d’une amende.
4 mois plus tard, les députés jugent qu’il vaut mieux légaliser le prix du blé dans toute la France.
La loi du Maximum est votée le 04 mai 1793.
La Convention Nationale décrète la fixation du prix maximum des blés malgré une forte opposition.
Un système économique protecteur, une réglementation dirigiste qui s'appliquent aux marchés des céréales et à la déclaration de récolte.
Le but est d’éviter la spéculation des négociants fraudeurs, des blatiers qui achètent les grains dans les métairies pour les revendre aux négociants.
Ce décret introduit l'esprit de la révolution par l'égalité des biens de consommation et met le producteur et le consommateur en rapports directs sur les marchés, pour supprimer les intermédiaires, les spéculateurs qui s'enrichissent.
Vaincre son ennemi en le prévenant n'est pas un bon moyen pour gagner.
L'application de la loi Maximum votée est sabotée par sa lenteur à se mettre en place puisque le Conseil Départemental fixe la mesure des céréales basée sur le prix moyen des 6 derniers mois.
Les marchés sont vides, les municipalités ne font pas l'inventaire des réserves du grain, les fermiers bourgeois mécontents, les propriétaires envoient des requêtes pour abolir la loi. La loi comporte 2 failles exploitées rapidement :
  1. La loi ne précise pas lors des visites de contrôles pour délivrer les certificats pour les administrations la quantité à réserver aux propriétaires.
    L'intermédiaire stocke la marchandise pour organiser la pénurie et désorganiser le ravitaillement du front de l'armée.
  2. Le texte ne fait pas coïncider les limites administratives et les circonscriptions du marché.
    Les blatiers poussent à vendre de préférence dans les départements limitrophes où le prix est supérieur et ils multiplient leurs points de vente hors département.

La loi du Maximum met en cause le droit de la propriété de production et celle de consommation.
Le philosophe grec Aristote écrit :
..."La propriété est un des plaisir de la vie…"
L'existence de la propriété est liée à l'émergence de la bourgeoisie révolutionnaire qui a voté la déclaration des droits de l'homme qui stipule par son article 17 :
:..."La propriété est un droit inviolable et sacré."...
Tout marchand de grains et de farines fait à la municipalité une déclaration de la quantité et nature des grains qu’il possède pour les vendre uniquement sur les marchés publics, mais le consommateur fait ses approvisionnements pour un mois directement chez les propriétaires moyennant certificat de la municipalité.
Le 06 juin 1793, chaque blatier déclare la récolte au district.
Le blatier ne peut pas dissimuler son stock et il vend à perte sous peines de mort pour les contrevenants et les récalcitrants.
Le 25 juin 1793, le prêtre Jacques Roux s'écrit haut et fort devant les membres de la Convention Nationale :
..."La liberté n'est qu'un vain fantôme quand une classe d'homme peut affamer l'autre impunément"...
Le 23 juillet 1793, le conseil départemental crée la commission de subsistances à Perpignan qui doit comprendre 25 membres pour prend l'arrêté du maximum pour les marchandises premières.
Cette commission est réduite à 15 membres de la municipalité.
Son responsable est Charles D'Argiot, marquis De La Ferrière 53 ans, habitant Ille sur Têt,
ancien colonel du régiment de Languedoc est président de l'Administration des subsistances Pyrénées-Orientales depuis 1790.
La guerre impose le rationnement au même moment que le peuple a faim.
La commission des subsistances fixe le prix des achats de blé et de farine durant les 4 mois qui précède comme stipule la loi du 4 mai 1793.
Chaque cultivateur rend compte de ses stocks à l’administration départementale qui établit le prix du grain en fonction de l’offre et de la demande.
Les citoyens rapidement se ravitaillent à la Halles de blé qui vendent 280 charges de blé par jour durant 6 jours au prix de 31 livres et 5 sols en écu, 36 livres en assignat.
Rapidement les boulangers ne trouvent plus de blé, ils n'approvisionnent pas la ville en pains.
C'est le discrédit du papier assignat par la baisse des denrées de la loi du Maximum, mais la loi fait un effet désastreux.
Le marchand est inscrit sur une liste de suspects reçoit une amende si le prix est différent.
Le 31 juillet 1793, le procureur général Xavier François Llucia écrit au ministre de l'intérieur Dominique Garat, lui rappelant ses obligations par l'envoi des 6 000 charges de blé sollicitées le 1 mars 1793 ne sont pas arrivées.
..."L'Espagnol a tout enlevé. Depuis 8 jours nous avons des grains que pour les semences prochaines …
" Je vous demande au nom de la Patrie de me rassurer sur ce point afin que je puisse les tranquilliser..."…

La commission comptabilise un arrivage de blé et de farine en provenance du dépôt de Bordeaux.
Le Comité de Subsistance réceptionne durant 3 jours : 10 charrettes de blé par jour provenant des 10 départements voisins.


Quels sont les volumes et les poids utilisés pour le commerce des grains ?
  • 1 charrette de blé = 280 boisseaux = 28 quintaux.
  • Les commerçants utilisent un cylindre creux en bois de chêne fermé par des rivets :
  • Le boisseau de grain = 13 litres (12,69 litres) = 10 Kg.
- Les grosses quantités se comptent en sac :
  • 1 sac = 1 setier.
  • 1 setier de blé = 12 boisseaux = 4 minots = 156 litres = 120 Kg.
  • 1 setier d'avoine = 21 boisseaux = 7 minots = 273 litres = 210 kg.
  • 1 minot d'avoine = 78 litres = 6 boisseaux = 60 kg.
- La plus grosse mesure est:
  • 1 muid = 12 setiers = 12 sacs = 1 828 litres = 1 440 kg.
  • - Le petit volume est :
  • 1 livre de marc : 1 marc = 8 onces / 4 marcs = 2 livres = 1 kg.
  • Quels sont les prix des mesures ?
  • 1 mesure de blé = 10 livres 10 sols.
  • 1 mesure de seigle = 5 livres 8 sols.
  • 1 mesure d'orge et d'avoine = 2 livres 15 sols.
  • 1 mesure du millet = 3 livres 16 sols.

  • Quel est le prix du pain ?
  • La livre de pain blanc 16 onces (1once =30,60 g) au prix de 2 sols et 9 deniers.
  • La livre du pain gris = 2 sols et 5 deniers.

  • Les bourgeois ont la puissance de l'argent, ils conduisent la révolution parce qu'ils sont les distributeurs.
    Le district de Perpignan reçoit de Singla, un riche courtier en grains habitant Rivesaltes 1 200 quintaux.
    Cet ancien avocat vide les granges et les greniers qui lui appartiennent des districts d'Elne, de Canet, de Sainte Marie de peur d'être arrêté et poursuivi.
    Le 4 septembre 1793, la Convention Nationale établit pour le mois le prix du quintal de blé de froment à 14 livres, la population demande que non seulement les blés, mais aussi le pain cuit, les nourritures de 1ère nécessité soient surveillés.
    Le 11 septembre 1793, la Convention National établit un maximum national des grains et des fourrages.
    Une organisation des marchés permet d’éviter les faiblesses de la loi au ravitaillement des régions déficitaires.
    La loi du 29 septembre 1793, la loi concerne le Maximum sur le pain est généralisée à tous les produits de première nécessité et essentiels sur la base de 1790 plus un tiers :
    La viande, le bétail, le beurre, l’huile, le poisson, le vin, l’eau-de-vie, la bière, les combustibles, la chandelle, le sel, le savon, le sucre, le miel, le papier, les métaux, le chanvre, le lin, les étoffes, les toiles, les sabots, les souliers, le tabac.
    La France sort du système de liberté du commerce.
    La part de l’agiotage et la spéculation qui s’en suivent ne peuvent plus s’arrêter.
    L’essence de la loi maximum généralisée du 29 septembre 1793 par la république montagnarde traduit en précurseur la marchandise à sa valeur d’usage.
    Cette bascule retourne le rôle de la marchandise pour la faire passer d’un besoin nécessaire pour survivre à une utilité à vivre.
    La Convention Nationale use d'un outil à double tranchant, d'un coté lutter contre l'inflation, de la nouvelle bourgeoisie qui s'enrichie et de l'autre décrète le "maximum des salaires" des gages, des journées de travail est fixé jusqu’en septembre prochain par les conseils généraux des communes, au taux de 1790 avec la moitié de ce prix en sus.
    Le 08 octobre 1793, la loi du maximum arrive à Perpignan avec enthousiasme mais la population catalane remarque que plusieurs produits indispensables ne sont pas compris dans les arrêtés départementaux.
    Les premiers effets du maximum sont malheureux :
    • Soit ils amènent la clôture de nombreuses boutiques.
    • Soit ils installent la fraude pour échapper à la loi.

    Les commerçants qui ont acheté à terme la livre de savon 3 livres vendent à perte la même quantité à 25 sous.
    Les taverniers vendent le vin mauvais en pot à 10 sous.
    4 mois avant, le pot coutait 28 sous, les auberges perdent des fonds et ferment progressivement.
    Les caves sont en faillites, les vignerons ont encavé leur vin au prix de 600 livres le tonneau et maintenant ils sont astreints à céder le tonneau de vin à 185 livres.
    Les boucheries détaillent de la mauvaise viande avec des prix du Maximum fixés le 6 mai 1793.
    Le Conseil Départemental réquisitionne les moissons fauchées de la récolte de 1793.
    Le district compte 41 968 charrettes de grains, 13 987 charrettes sont réservées pour les semailles et 20 000 charrettes alimentent les magasins militaires.
    Le solde représente 7 981 charrettes pour 42 400 habitants (400 000 quintaux).
    L'arrêté du 20 octobre 1793 prohibe le numéraire, les boulangeries sont sans farine pour produire leurs pains, les cordonniers ne vendent pas des souliers et les fabricants de draps n'en fournissent plus.
    Dés les premiers jours, la provision de blé et de farine confiée aux soins de Joseph D'Argiot est épuisée.
    Le district vend à la Halle : 1 mesure d'orge = 2 livres 15 sol, 1 mesure de seigle = 5 livres.
    La pénurie engendre le désordre. La disette installée au sein de la population organise un commerce clandestin.
    Du 21 octobre au 16 novembre 1793, une violente tempête accompagnée de pluies torrentielle avec des vents violents du 4 Frimaire An II déracinent les arbres qui barrent les rivières en crues.
    Les eaux en furie arrachent les passerelles sur les routes et déciment les champs d'avoine, de maïs et de blé.
    Ce cataclysme bloque les barges de 6 000 setiers de céréales sur le canal du Midi qui ne sont pas déchargés à Port La Nouvelle pour le ravitaillement.
    L'Armée des Pyrénées-Orientales tire les subsistances des fourrages des hangars de Narbonne.
    Le régisseur de Narbonne Leprince utilise la route des charrettes de l'Aude, une partie du chemin est engloutie entre les villages de Salses et de Fitou par la montée des marées.
    Les charrettes de 80 000 quintaux de grains provenant des Halles de Toulouse et de Saint-Gaudens n'arrivent jamais.
    Le 11 brumaire An II,-01 novembre 1793, le district ne débite plus de froment pur au Halle mais un mélange de 2/3 de blé et de seigle pour 1/3 de millet et de maïs.
    Le 26 novembre 1793-6 frimaire An II , la logistique reprend par route, le pont détruit des "Eaux Vives l'actuel pont Rouge est réparé ce qui permet la liaison du département de l'Aude et les navires débarquent leurs cargaisons sur les ports de la côte.
    Le 11 pluviôse An II,-30 janvier 1794, Gervais Descombels du Tarn et Garonne de Castelsarrasin écrit au Comité de Salut public et à la Sûreté générale, la mauvaise administration de la Commission des subsistances au sein de l'armée des Pyrénées-Orientales à propos des appels constants et des ordres notés sur les registres tenus par la Société Populaire.
    Le département de la Haute-Garonne de fournir aux magasins militaires de l'armée des Pyrénées-Orientales 18 000 quintaux de foin, 1 300 quintaux de paille et 112 200 boisseaux d'avoine et ordonne l'arrivée des 224 quintaux de froment du district de Gaillac pour les magasins militaires.
    Le 20 avril 1794,-01 floréal An II, le Comité de Salut Public prend conscience du difficile maintien des lois du maximum et il décide leurs assouplissements pour tenir compte de la réalité.
    Le 03 nivôse An III-23 décembre 1794, après une discussion orageuse, commencée par les thermidoriens dès le 18 brumaire An III (8 novembre 1794), les décrets sur le maximum sont abrogés.
    Le résultat est la chute effroyable et épouvantable des assignats et le signal d’une hausse de tous les prix au milieu d’une affreuse disette pour ceux qui vivent au jour le jour.
    La réalité c'est que la grande dépréciation des assignats ne se fait qu’après le décret du 3 nivôse an III qui abolit le maximum.
    Elle abolit la loi des commissions de subsistances et la remplace par la commission du commerce et des approvisionnements jusqu'au 06 janvier 1795-17 nivôse An III.
    La récolte de 1794, la commission recense pour le District 41 968 charrettes de grains réquisitionnées.
    Ces lois montrent la difficulté d’application des règlements économiques contraignants par la fixation administrative des prix et le contrôle du circuit de commercialisation.