"En memoria dels emigrats, home lliure : Recorda-ho"


En 1659, les catalans ont divorcés de leur territoire et décident de jouir d'une bi-nationalité qu'ils entretiennent par une continuité ethnique, linguistique et juridique en préservant la vie quotidienne sur les 2 versants des Pyrénées.
Le 11 septembre 1714, Philippe V par le décret Planta Nueva dissout les instances qui gèrent la vie.
Il punit l'arrogante Catalogne qui a combattu contre lui.
Il interdit ce qui fait l'orgueil d'un pays, sa langue.
Avec ses troupes castillanes occupent les cathédrales pour en faire des casernes.
A Barcelone, il détruit le quartier rebelle de la Ribera à Barcelona.
La Catalogne humiliée n'a plus d'existence, elle se soumet au bon-vouloir du roi.
Les exodes bilatéraux successifs de flux constants ne sont pas originaux, ils sont des contraintes inévitables suite à la famine et au désastre de la guerre.
C'est une fuite sécuritaire pour la vie des familles qui subissent des pressions politiques, économiques, climatiques, fiscales ou religieuses.
Le 17 juillet 1789, suite à l'abolition des privilèges à lieu le 1er exode d'émigré.
Depuis le changement de régime, les titres de noblesse sont abolis.
Les aristocrates et leurs familles évitent l'emprisonnement.
Les nobles sauvent leurs biens en prenant le chemin de l'exil vers l'Espagne en obtenant avec l'accord du roi Carlos IV de nouvelle terre proche de la frontière où les familles ne pensent pas rester longtemps.
L'État d'esprit de ces nobles qui abandonnent leur domaine croient qu'il s'agit d'’un déplacement dû aux désordres et aux tumultes que la noblesse par leur fidélité, leur tradition seront de retour 6 mois après.
Bien-nantis d'argent, ils se montrent frivoles, persifleurs et arrogants.
Leur but unique est la restauration des privilèges de l'ancien régime avec ces abus dont ils veulent conserver le profit mais l'Assemblée Législative prive les aristocrates de pensions et de rentes.
Officiellement conçu en aout 1791, le verbe émigrer du latin "emigrare" désigne un individu qui quitte un lieu dans lequel il vit pour s'installer dans un autre lieu aux conditions plus favorables, plus sécurisées pour sa vie avec l'intention de revenir.
L'intention d'un retour est la condition essentielle si elle n'existe pas le terme de "colon" est employé.
La liberté de se déplacer est un droit inaliénable consacré par la Constitution de septembre 1791 qui inclut la possibilité aux individus de se mouvoir.
Le 14 décembre 1791, Louis XVI fait savoir que les émigrés sont considérés comme ennemi de la France.
Après l'échec de la tentative de fuite de Louis XVI, l'émigration devient un délit par le vote du décret du 4 janvier 1792.
Le 01 février 1792, la liberté de circulation est supprimée par la mise en place de l'utilisation du passeport.
Peu d'émigré rentre en France, il se concentre le long de la frontière.
Déclarés suspects de complot et traitres contre la patrie, la peine de mort est ordonnée contre eux et contre tous les officiers qui pratiquent des enrôlements pour l'armée royaliste.
Les aristocrates se trouvent aux avant-postes pour combattre les armées françaises où ils ne peuvent plus être employés.
Ils forment les 4 corps dans l'Armée de la Catalogne avec des mercenaires et des recrues ordinaires que sont :
  • la Royal-Roussillon
  • la Légion Royale
  • la Légion du Vallespir
  • les Catholiques des Pyrénées.
La multiplication des lois et des décrets contre les émigrés fait qu'ils ne cessent pas de conspirer contre la république.
Le 30 mars 1792, un autre décret ordonne l'arrestation des complices d'émigrés avec confiscation des biens et la peine de mort pour tout émigré pris les armes à la main.
La fuite des émigrants est contrôlée par l'État pour mieux s'approprier leurs richesses et les transformer en biens nationaux.
Le 08 mai 1792, une publication obligatoire sévère frappe fort les émigrés par la confiscation (le séquestre) de leurs biens.
C'est le drame des émigrés pour reprendre possession des domaines de leur ancêtre puis la chute de la monarchie le 10 aout 1792 accélère les vagues d'émigrés par la traque des nobles.
A ce moment, les femmes et les enfants des émigrés en France sont considérés comme des otages.
Le 22 octobre 1792, les émigrés sont bannis à perpétuité du territoire ainsi que ceux qui ont prient les armes sont condamnés à mort et livrés à l'exécuteur dans les 24 heures après leur jugement.
Un autre décret annule les donations faites par eux depuis le 1er juillet 1789, puis une lettre du ministre de l'intérieur provoque la démolition de leurs châteaux.
Le décret sur le divorce considère l'émigration comme une cause ou un motif de divorce.
Les royalistes qui n'émigrent pas travaillent dans les départements à susciter les troubles fédéralistes.
Ceux qui sont à l'étranger s'efforcent à désorganiser les troupes françaises en se livrant à des conspirations où en participant à des opérations militaires.
Le 26 mai 1792, c'est le 2ème exode dit ecclésiastique qui suite au refus de se soumettre à la Constitution Civile du Clergé rejette le décret du 27 novembre 1792 qui oblige les membres du clergé à prêter serment dans un délai de 2 mois.
Les nombreux ordres religieux possèdent des maisons, des monastères, des couvents et ils ne sont pas rattachés au clergé de France mais à celui d'Espagne.
Les autorités établissent une liste générale des émigrés pour que le décret du 28 aout 1792 puisse vendre les biens saisies.
327 prêtres catalans figurent inscrits sur cette liste de l'évêché mais ceux sont 800 religieux qui sillonnent les chemins de l'exil qui refusent les cadres civiques de l'église constitutionnelle car ces théologiens.
Ces enseignants quittent les monastères des Augustins, des Carmes, des Franciscains, des Dominicains, des Cisterciens.
Les religieuses des Clarisses, les nonnes des Hospices de Sant Vicens, les chanoinesses soignantes de Sant Sauveur.
Les religieuses enseignantes de la congrégation jésuite du collège de Sant Lluis de Gonzague trouvent asile dans les confréries de Gerona et de Barcelona.
Ces réfractaires incarnent les sentiments de la majorité des paroissiens.
La déportation des ecclésiastiques joue un rôle déterminant car le catholicisme a des racines anciennes et plus profondes que l'attachement monarchique.
La plupart des églises fermées servent d'entrepôts et d'écuries militaires, les monastères se transforment en prisons.
Le décret du 28 mars 1793, prend des dispositions terribles.
Le texte dépouille les émigrés de tous leurs biens et les considère traite à la nation et ils ne peuvent plus revenir en France sous peine de mort.
L'émigré est à la croisée des chemins, au point de non-retour, prisonnier d'un système puisque la seule condition qui fait de lui un émigré : le retour lui est interdit.
Depuis la séparation de la Catalogne, l'itinéraire de l'émigré est identique.
Quitter dans le désespoir par les chemins étroits les versants du Vallespir, de Cerdagne et d'Ampurdan.
Fuir durant la nuit, l'émigrant et sa famille traversent par un sentier non surveillé pour se rendre sur l'autre versant.
La terre Catalogne est identique après le passage entre les 2 versants séparant le pays, l'émigré ne quitte pas sa terre, il n'est pas exclu avec mépris d'une communauté qui le dévalorise.
Il n'y a pas de cassure par la langue, ni de rupture par l'identité.
L'émigration n'est jamais vécue comme un déracinement mais plutôt comme un privilège d'espoir, une commodité pour des raisons politiques ou de terreur.
Le 07 mars 1793, Carlos IV choisit délibérément la Catalogne comme front de guerre contre la France, en effet le bruit d'invasion est annoncé en aout 1791 puis l'incursion est renouvelée par une nouvelle rumeur en juillet 1792 pour affaiblir ce territoire riche et contestataire.
L'effort militaire et la guerre affaiblissent cette région rebelle et les somatents se trouvent aux avant-postes pour combattre de chaque coté des Armées.
Les lois militaires imposent des mesures draconiennes concernant le paiement, le recrutement des militaires et le logement des troupes.
Le certificat de civisme est désormais obligatoire pour tout changement d'emploi ou de domicile, les conseils des districts examinent les demandes avec plus de sévérité.
Votée le 12 aout 1793, en pleine terreur la loi des suspects est le pire instrument par son champ d'application, elle permet l'arrestation immédiate sans motif, sans preuve de tous ceux qui manifestent ou ceux qui combattent contre la liberté.
Quand le décret du 17 septembre 1793, est voté, il met fin à la liberté individuelle et rend plus sévère l'émigration car il déclare suspects les parents d'émigrés…
Chaque enfant d'habitant du département est concerné, il peut être emprisonné comme motifs de "traitre à la nation" car chaque famille possède un émigré ou un parent en Catalogne.
Les émigrés avides d'informations provenant de France mettent en place un réseau des messages oraux découlant de la libre circulation des somatents qui diffusent les nouvelles dans les lieux de rassemblement de la population, plus souple que les lettres dans l'attente de la confirmation par les journaux publiées en Catalogne, la Gazette de Barcelona et le Diaro de Barcelona contrôlés par les autorités, outils de propagande ou de rumeurs.
Le 01 mai 1794, le 3ème exode d'émigration dit de la terreur. Cette vague d'une ampleur démesurée dépasse en nombre l'addition des 2 premières.
Le département terre de suspects se vide par la loi du 22 juillet 1793 qui désigne les habitants des villages rebelles comme émigrés et leur confisque leurs biens pour avoir aidé les ennemis espagnols.
Cette loi remplit les prisons.
La population déçue par le retrait de l'Armée de la Catalogne vaincue et l'espérance d'une guerre "Sainte" entraine l'exode des habitants par les routes et la mer entraine l'amputation des forces vives des Pyrénées-Orientales.
Le drame de ce 3ème exode est dû à la peur des représailles massives ou des terreurs aveugles qui frappent les individus des zones occupées par l'Armée de la Catalogne et de la complicité de la population qui a guidé, éclairé, renseigné et appuyé les troupes.
L'épouvante et le désordre lancent l'inquiétude des collaborateurs qui appliquent la politique de la terre brulée et des rancœoeur dans les bourgs et les fermes comme punition à leur contribution.
La dénonciation accorde des récompenses à ceux qui signalent des biens d'émigrés qui ont échappé au séquestre, ainsi qu'’à ceux qui découvrent de l'argent ou des valeurs cachées dans leur logement.
La majorité des somatents et des brassiers franchissent la frontière par conviction, par intérêt en suivant dans la retraite des troupes espagnoles d'occupation sans saisir la portée de leur geste.
Le nombre d'exilés est impossible à chiffrer par l'anonymat des documents, par l'incendie des archives et par les contradictions des témoignages portant sur les noms biffés des registres.
La liste officielle signale 3 880 émigrés catalans soit 3,40 % de la population du département de 114 158 habitants.
Les conseils des districts et des municipalités ne commettent pas d'erreur ou d'injustice.
Ils inscrivent comme absents les émigrés propriétaires.
Les maisons d'émigrés ne trouvent pas d'acquéreur parce qu'un parent du propriétaire émigré fait valoir leurs droits sur les biens pour protéger la vente.
Arrêtés pour émigration, les somatents font appel à témoin.
Les témoins payés affirment qu'ils sont cachés chez-eux.
L'accusé confirme sa présence sur le territoire.
La loi des suspects devient moins sévère dans son application après le 9 thermidor An II.
En février 1795, les députés en mission rayent les citoyens qui n'ont pas rempli les formalités prescrites par les lois.
La loi des suspects est abrogée le 4 octobre 1795.
L'anglais Donald Greer publie la carte officielle durant cette période avec 160 000 émigrés déclarés en France pour une population de 27 millions d'habitants.
Ce chiffre est ridicule, il représente le total des listes officielles écrites par les districts mais inférieur à 3,5 fois au nombre réel des émigrés.