"J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence."
Anatole France (1844-1924)

Sources : © 2015 Bernard Prats.

Louis-Charles De La Motte, vicomte De Flers est évincé du commandement de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Les représentants du peuple nomment Hilarion Puget, marquis De Barbentane qui convoite le poste de 4ème commandant en chef depuis son arrivée le 20 mai 1793.
Le 06 aout 1793 le général Hilarion Puget, marquis De Barbentane la peur au ventre se sauve au début de la bataille de Perpignan convaincu que les troupes espagnoles vont détruire la cité de Perpignan. En route, il donne sa démission le 04 septembre 1793.
Le 16 septembre 1793, les conventionnels scindent la direction de l'Armée des Pyrénées-Orientales en 3 commandements :
  • Luc-Siméon Dagobert (1736-1794) commandant en chef de la forteresse de Mont-Louis.
  • Eustache-Charles Daoust (1763-1794) commandant en chef de la forteresse de Perpignan.
  • Jacques-Gilles Goguet (1767-1794) commandant en chef de la forteresse de Salses.


Qui est Jacques Gilles Henri Goguet 5ème commandant en chef ?

Jacques Gilles-Henri Goguet né le 11 mars 1767 à La Flotte en Ré situé dans l'océan Atlantique.
La commune sur la cote Nord de l'ile de Ré, fait partie intégrante de la province d'Aunis.
L'ile de Ré s'étire sur 26 km de long et est situé à 3 km face au port de La Rochelle dans le département de Charente Maritime.
La ville de Flotte en Ré compte une population de 4 408 habitants en 1793, dominée tantôt par les protestants, tantôt par les catholiques.
Elle connaît les guerres de 100 ans (1340-1453) et de religion (1560-1595) et fait face constamment au pillage des invasions anglaises.
Son célèbre port se distingue pour son commerce de bois, de vin et de sel.
Sa réputation s'accroit et s'amplifie grâce à la pêche à la morue de Terre Neuve et à son commerce d'esclaves avec les iles des caraïbes.
La famille Goguet seigneur de Sauzaie acquit son titre de noblesse par la fortune avec la charge de négociant de peaux et de fourrures comme importateur semi-résidant au Canada.
En 1731, le grand-père Denis Goguet originaire de La Flotte Ré, marin et marchand, effectue de nombreuses traversées entre La Rochelle et le Canada pour le transitaire négociant Pierre Thiollière.
Au Québec, Denis Goguet épouse Louise-Élisabeth Feray Du Buron 16 ans, la fille de Jean-Joseph lieutenant dans les troupes de la Marine et de Jeanne Durand.
Le couple achète à Québec une demeure et ont 11 enfants dont 3 survivent.
Il bâti sa fortune quand les frères Pascaud qui lui octroi le monopole de la gestion de la pêche de la morue et de la chasse de phoques et de morses aux iles de la Madeleine.
Sa renommé faite, il est élu receveur des droits de l'Amirauté de Québec et nommé trésorier de France.
Le blocus maritime établi par les corsaires britanniques en guerre contre la Nouvelle France est si efficace qu'il ravage l'industrie de la pêche en Acadie et ruine le commerce transatlantique.
En 1747, la famille Goguet met fin à sa résidence au Canada et elle s'établit au port de la Rochelle pour continuer l'exclusivité de négoce des fourrures canadiennes.
En février 1763, Denis Goguet avec le titre de trésorier de France achète le domaine du château de Sauzaie ou Sauzaye à un officier de marine marchande Louis François Cacqueray De Valmenier.
La propriété du château de Sauzaie située dans une cuvette au sein du marais de la Sèvre niortaise, dans la commune de Saint Xandre, un bourg agricole sur la route de Marans à 5 km de la cote Atlantique, et à 7 km au Nord-Est de La Rochelle.
En 1769, Denis Goguet achète l’office de conseiller et les privilèges de secrétaire du roi qui lui confère le titre de noblesse héréditaire de seigneur la Sauzaie qu'il transmet en 1778 après son décès à La Rochelle.
L'héritage du domaine et du château de Sauzaie entre les enfants se déroule mal car la famille est ruinée et disséminée.
La propriété et château reviennent à Denis-Joseph Goguet écuyer et maire de La Rochelle en 1776 et en 1790 mais il ne peut pas entretenir le domaine et le vend à Valentin De la Baume de Belleville, un riche négociant d'esclaves.
En 1785 Jacques Gilles Henri Goguet écuyer, à 18 ans se rend à Paris avec l'espoir d'y faire carrière.
Ses débuts sont lents et modestes, il survit en donnant des leçons particulières et à des travaux de mémoires qu'il vend.
Jacques-Gilles fréquente les salons à la mode, il se passionne pour les découvertes scientifiques et médicales.
Par sa culture philosophique, sa vivacité d'esprit, le jeune homme est estimé durant les débats, il se range parmi les partisans de l'abolition de la royauté.
Sa voie est trouvée : il veut devenir docteur en médecine.
Jacques-Gilles s'inscrit le 12 février 1787 dans les services hospitaliers de Pelletan et dans les cours d'anatomie de Vicq d’Azyr pour suivre des études de médecine.
Dans le salon mondain de l'avocat normand Desgenettes, il noue une solide amitié avec son fils René Desgenettes 27 ans qui a terminé ses études à Alençon.
René Desgenettes le présente à des condisciples d'un cercle médical qui ont qu'une idée, étudier dans la célèbre Université médicale de Montpellier qui illustre sa renommée avec 83 inscriptions par an et qui délivre 38 diplômes par an de docteur médecin-chirurgien.
A Montpellier, dans le cercle fermé de l'Université de médecine, il fait la connaissance d'Auguste fils du professeur en pharmacie François Broussonner qui organise des débats entre professeurs et étudiants en médecine.
La rencontre de Joseph Carrère, Jean Chaptal, Guillaume De Grimaud, Etienne-François Mireur, René Desgenettes, Paul Berthez et Pierre Broussonet influence le déroulement de sa vie.
Jacques-Gilles Henri Goguet est reçu bachelier le 05 avril 1789, il obtient sa licence le 04 aout 1790 et son doctorat le 05 aout 1790.
Cette tribu universitaire est témoin oculaire sur l'évolution mouvementée de la révolution quand la loi Chapelier est votée en juin 1791 et le décret du 18 aout 1792 sur la dissolution des Universités met fin à 6 siècles de fonctionnement de l'université médecine de Montpellier.
Jacques-Gilles Goguet appartient au club des Amis de la Constitution de Montpellier.
Il abandonne sa carrière de médecin et s'engage dans les gardes nationaux de la ville pour prendre part à l'assaut la citadelle de Montpellier.
Il participe à la marche vers Lunel avec la garde nationale.
Le 26 juin 1792, Jacques Gilles Goguet crée le 1er bataillon des volontaires de l'Hérault et devient le commandant, il a une mission la jonction des bataillons Languedociens et Provençaux.
Le 03 juillet 1792, Jacques Gilles Goguet à la tête des 268 volontaires de l'Hérault donne rendez-vous à Pont Saint Esprit à son ami et confrère le médecin François Mireur organisateur des 480 volontaires des Bouches du Rhône pour rejoindre Paris.
Les bataillons des volontaires fédérés se rejoignent après 15 jours de marche en chantant "les armées aux frontières" baptisé plus tard : La Marseillaise.
Le 06 novembre 1792, Jacques Gilles Goguet et les volontaires du 1er bataillon de l'Hérault fusionne pour devenir le 9ème bataillon des fédérés.
Ils partent avec l'Armée du Nord commandée par Charles François Dumouriez à la bataille de Jemappes en Flandre sur le flanc de la division gauche avec Henri-Victor Rouland de l'offensive qui met en fuite la division autrichienne.
Le 27 mars 1793, Jacques Gilles Goguet avertit le représentant Jean De Lacroix de la trahison de Charles Dumouriez.
Le 06 avril 1793, il est félicité par la Convention Nationale et il rejoint l'Armée du Nord.
Le 15 mai 1793, il est promu général de brigade dans l’Armée des côtes de Cherbourg aux cotés de Louis-Chérin qui sert sous Auguste Dampierre à l’Armée du Nord.
Le 30 juin 1793, Jacques Gilles Goguet est muté dans l’Armée des Pyrénées-Orientales et commande avec énergie la 1ère division de cette armée.
Le 16 septembre 1793, il est nommé 5ème commandant en chef de la garnison de Salses.
A la tête de sa division, il participe avec son sang-froid au soutient des manœuvres le 17 septembre 1793 à la fabuleuse victoire de la bataille de Peyrestortes du commandant en chef d'Eustache Charles Daoust.
La victoire stoppe net les outrageantes prétentions de la division espagnole du duc d'Ossuna et de Juan Curten défaits au bourg du Vernet proche de Perpignan qui se retirent dans leur campement à Trouillas.
La folie s'empare de Perpignan car les troupes espagnoles encaissent leur 1ère défaite.
Cette victoire euphorique produit une joie d'excitation pour les lendemains à venir.
Désormais les troupes espagnoles sont prenables et leur progression dans le territoire ne fait plus peur.
Un écho sans fin apportant une sensation d'allégresse et de fierté aux habitants qui ne connaissent qu'une succession dramatique de défaites face aux troupes espagnoles.
Ce fantastique exploit de battre par 2 fois, la division espagnole du marquis De Las Amarillas ne relève pas d'un concours de circonstance comme l'écrivent les textes de cette bataille, pour en diminuer la portée héroïque.
Le général Luc-Siméon Dagobert, absent lors de la bataille ne partage pas la bonne humeur de la victoire.
Jaloux, il minimise avec mépris et indifférence cette victoire.
Le 18 septembre 1793, les représentants Joseph Cassanyes et Gaston Bonet rappellent la division de Cerdagne et son commandant en chef Luc-Siméon Dagobert De Fontenilles qui s'installe au village d'Estagel à l'hôtel de son ami propriétaire Raynal.
Joseph Cassanyes vient à sa rencontre pour lui présenter le plan de la bataille de Trouillas adopté la veille.
Le représentant promet à Luc-Siméon Dagobert que la victoire de la bataille de Trouillas formée par la coalition des 3 divisions de Mont-Louis, de Salses et du camp de l'Union fera retomber sur lui la gloire de l'exploit militaire et glorifiera la bravoure de ses soldats.
Luc-Siméon Dagobert examine les annotations qui lui révèlent que les auteurs de ce plan sont Eustache-Charles Daoust et Jacques-Gilles Goguet et il déclare impossible cette attaque pour le lendemain puis il rajoute :
"… Je suis général en chef d'Armée, la direction des forces sur le champ de bataille m'appartient.
" Je frapperais un grand coup quand le renfort des 40 000 fantassins sera arrivé, et qu'à ce moment là…"


Le 22 septembre 1793, débute la bataille de Trouillas contre l'Armée de la Catalogne formée de 17 000 Espagnols renforcés par l'arrivée du 2ème bataillon de Barcelone.
Jacques Gilles Goguet part la veille, à 22 heures depuis le plateau de Peyrestortes.
Il dirige avec le 6éme bataillon du Bec-d' Ambes, le bataillon du Tarn.
Il est secondé par la compagnie de Dominique Pérignon et par la cavalerie de Jean-Pierre Ramel.
La division Jacques-Gilles Goguet se perd et se positionne en retard au ruisseau de la Cantarrane sur la route devant le village de Thuir.
Sa division est dirigée sur une mauvaise cible à 2 km du lieu des combats à Trouillas.
Elle tire toute la matinée sur le village fortifié de Thuir confondu avec celui de Trouillas.
Sur le plan, le village de Thuir devait être contourné en silence pour éviter l'encerclement devant la cible du village de Trouillas.
Le résultat contraire qui se produit à la hauteur du hameau de Llupia.
L'aile gauche française de Jacques Gilles Goguet est prise par les tirs violents des artilleurs aux ordres de Juan Curten et du comte De La Union.
Jacques Gilles Goguet ne songe plus à une attaque frontale du village de Trouillas, synonyme de suicide pour ses troupes et préfère mettre ses hommes à l'abri dans une forêt d'oliviers à 1 km de Thuir.
L'aile droite française conduit par le général Eustache Daoust part à 2 heures du matin du camp de l'Union face à Perpignan se présente sur le front des combats devant les berges de la rivière du Réart au pied des ruines du vieux moulin avec 4 heures de retard.
Les 4 heures de retard permettent au commandant en chef espagnol Antonio Ricardos, tacticien chevronné d'établir une stratégie éclair :
Briser la réunification entre les divisions françaises.
Cette séparation déstabilise le dispositif offensif du plan et amène la victoire espagnole.
Luc-Siméon Dagobert avec la division du centre est située entre les 2 communes de Ponteilla et de Trouillas.
Il prend l'offensive en faisant une brèche et en détruisant face à lui, la redoute de 6 canons du duc d'Ossuna.
Devant la déplorable attitude des 2 ailes qui ne lui apportent pas de soutien.
La bataille se termine à 22 heures par une défaite française et une perte des 2/3 des troupes françaises.
A l'Etat-Major français, rien ne va plus entre les généraux Eustache Daoust et Jacques-Gilles Goguet qui critiquent le manque de décision et le manque de coordinations de Luc Siméon Dagobert devant la commission des représentants du peuple et rejette leur retard par la faute sur la méconnaissance du terrain et l'incompréhension des directives.
Luc Siméon Dagobert reproche à ses 2 généraux leur manque de conviction et de soutien durant l'attaque, les 2 généraux en chef rétorquent :
..."N'avoir reçu aucun ordre durant la bataille..."
Le 28 novembre 1793, Jean-Baptiste Bouchotte, ministre de la guerre confie la tête de l'Armée des Pyrénées-Orientales à Amédée Doppet avec une mission de liquidateur des officiers de l'Etat-Major.
Un rôle de délateur qu'il a déjà effectué dans l'Armée des Alpes contre François Kellermann et ses officiers.
Le 05 janvier 1794, Jacques-Gilles Goguet est muté dans l'Armée du Nord sous les ordres du commandant en chef Jean-Henri Ferrand qui vient de remplacer à ce poste Jean-Baptiste Jourdan destitué.
Le 26 janvier 1794, il est nommé général de division.
Le 4 février 1794, il commande le flanc gauche de l’armée intermédiaire au camp retranché de Lesquelles sous Guise avec le 8ème régiment de cavalerie à Etreux sous les ordres de Paul Alexis Dubois.
Le 29 mars 1794, à la bataille du Cateau-Cambresis à 24 km au Sud-Ouest de Cambrai contre l'armée Autrichienne commandée par Paul Kray, la division de Jacques Gilles Goguet est au centre de l'attaque, entourée à gauche par la division d'Antoine Balland face à la division à droite autrichienne de Jacques Fromentin.
Le 13 avril 1794, Jacques-Gilles Goguet se dirige avec sa division sur la route de Mons à Beaumont pour débloquer l'encerclement de la forteresse de Landrecies soutenu par le général français Henri Roulland contre d'armée des Provinces-Unies commandée par François II d'Autriche.
La division Jacques-Gilles Goguet avec l'appui de la brigade Duvigneau sont bloqués sur la route qui relie Mons à Beaumont et obligés à faire demi-tour au pont Avesnes sur l'Helpe à 18 km de Maubeuge car l'édifice vient détruit par les troupes autrichiennes aux ordres du général Pierre Fromentin.
Le 20 avril 1794, Jacques-Gilles Goguet part du camp de Guise proche de Cambrai à la tête de la colonne du centre durant le combat au village de Bohain en Vermandois contre les troupes autrichiennes commandées par le prince Frederick Josias De Cobourg venu prendre la ville Landrecies.
Durant l'attaque, le général s'interpose au repli en désordre des militaires attribué à de la lâcheté.
Le 21 avril 1794, Jacques-Gilles Goguet meurt assassiné à 27 ans près de Bray Saint Christophe (Aisne) par un tir délibéré d'un soldat de la mutinerie.
Le général Paul Alexis Dubois dirige la division de cavalerie du général Jacques-Gilles Goguet et gagne le 26 juin 1794 à la bataille de Fleurus.
Quand le vent de la mémoire souffle sur la terre d'Aunis, les anciens se souviennent que le château de La Sauzaie prend le nom de Jemappes, la première bataille d'octobre 1792 gagnée par le général Jacques-Gilles Goguet.