Sources : "La cession de Santo Domingo." Itamar Olivarez-Edition 1994-Tome-30.




Quels sont les 3 événements de l'ile Santo Domingo qui font écrire au 1er ministre Espagnol Manuel Godoy :
"Aucun traité n'exige moins de sacrifice que le traité de Bâle entre la France et l'Espagne.
"Si on peut appeler sacrifice la cession de la part espagnole de l'ile de Santo Domingo, terre de malédiction pour les blancs et véritable cancer accroché aux entrailles à celui qui la possédera dans l'avenir."
" Loin d'y perdre, nous avons tout a gagné en nous débarrassant des engagements qu'offre cette ile".

L'ile Santo Domingo située sur le tropique du Cancer découverte le 05 décembre 1492 par Christophe Colomb fait partie de la chaine volcanique qui sépare l'Océan Atlantique au Nord et la mer des Caraïbes au Sud.
  • A l'Ouest = l'ile de Cuba.
  • A l'Est = l'ile de Porto-Rico.
  • Au Sud-Ouest = l'ile de La Jamaïque.

C'est le repaire des boucaniers, des corsaires et des pirates pour l'entrepôt ou la cache des butins enlevés aux galions espagnols et portugais.
Après 45 jours de mer soit une traversée de 7 semaines, le bateau accoste à l'ile Santo Domingo.
C'est la 2ème grande ile après Cuba avec 76 750 km2. Elle s'étire sur 550 km d'Est en Ouest et de 250 km du Nord au Sud.
Sa capitale Santo Domingo au Sud de l'ile, en bordure de la mer des Caraïbes est à l'embouchure du fleuve Ozama.
L'esclavage noir africain est le système de production le plus économique.
A Santo Domingo, il y a 5 fois plus d'esclaves qu'en additionnant les noirs des iles de la Martinique et de la Guadeloupe.
La population de l'ile est de 470 000 habitants = 415 470 noirs africains + 26 810 créoles + 27 720 blancs.
En 1630, la colonie espagnole décline suite au violent cyclone qui a décimé l'ile et les colons français s'établissent.
La France recourt à l'immigration de familles blanches dans un dessein d'un meilleur contrôle des richesses que représentent les énormes plantations.
Les enjeux des richesses sont stupéfiants puisque l'ile produit :
  • 40 % de la production mondiale de canne à sucre
  • 50 % de la production mondiale du café, du tabac, du coton et du cuir.

  • Les plantations attirent les ambitieux officiers de la noblesse qui vivent en France et s'enrichissent en créant des compagnies qui jouissent d'importants privilèges sur les taxes et les droits.
    Le pouvoir de ces compagnies est sans limite car il établit des traités et des alliances sans l'accord du royaume de la France.
    L'argent facile est réinvesti dans les chantiers maritimes par l'exploitation des forets de cèdres, de chênes de la haute cordillère.
    Ce haut massif au cœur du pays où la matière première est expédiée au port de Nantes, capitale triangulaire du commerce des esclaves.
    Le 12 février 1635, la compagnie des iles d'Amériques veut acquérir la partie espagnole de l'ile mais le projet échoue.
    En 1775, après la défaite de la guerre d'indépendance des Etats-Unis, l'esprit de revanche des troupes anglaises de Jamaïque pousse à armer et à soutenir les riches colons racistes pour prendre possession des plantations et des ports stratégiques de l'ile pour le ravitaillement de leurs navires de guerre et de commerce.
    Le 03 juin 1777, l'accord du traité d'Aranjuez délimite les 2 territoires.
    Le tracé critiqué rend à l'Espagne la partie centrale du territoire Français accordé par le traité Rijswijk en 1697.
    Les 2 royaumes contestent les limites qui suivent au Nord le fleuve Dajabon et au Sud le fleuve Saturnales.
    La frontière relie dans la partie centrale les lacs Azuei, Enriquillo et cède la vallée de l'Artibonite aux Espagnols qui s'étendent aux 3/4 de l'ile.
  • Le 1er événement est la suppression des droits de l'ancien régime.
    L'application des décrets sur l'abolition des privilèges, des droits hérités et des symboles de la noblesse fait que les droits de servage, de chasse et de justice seigneuriale sont supprimés.
    Tous les citoyens de l'ile sans distinction sont par la loi admis à tous les emplois et toutes les dignités.
    Antoine Thomassin comte Peynier nommé le 26 juillet 1789 est l'actuel gouverneur de Santo Domingo.
    C'est un officier de marine royaliste qui débarque le 20 aout 1790. Il assiste aux réunions des riches colons royalistes, il partage le puissant symbole du régime féodal.
    Ces colons posent les bases d'une constitution séparatiste hyper-esclavagiste l'Assemblée Coloniale, avec l'unique but de protéger les intérêts de l'esclavage.
    Les 70 propriétaires planteurs de Saint Domingue résident à Paris et ses négociants coloniaux se réunissent place des Victoires au club de l'hôtel "Massiac" du marquis Louis De Mordant.
    Ce club raciste fonctionne comme un réseau de colons qui font pression pour défendre leurs intérêts et il n'est jamais mis en difficultés par les députés.
    Le 16 Octobre 1790, Vincent Ogé et Jean-Baptiste Chavannes, 2 enfants du pays débarquent sur la côte Nord.
    Membres de la Société des Colons Américains, ils ont participé au siège de Savannah durant la guerre d'indépendance américaine dans la compagnie des Chasseurs volontaires.
    Ils ont l'intention de faire respecter les principes d'égalité défendus dans la déclaration des Droits du Citoyen.

    - Vincent Ogé, 45 ans, né au Dondon est le fils créole d'’un boucher blanc établi au Cap-Français et d'une mulâtre libre qui est propriétaire d'’une plantation de café. Il reçoit une brillante éducation à Bordeaux où il apprend le métier d'’orfèvre.

    - Jean-Baptiste Chavannes 42 ans, est un mulâtre affranchi né à Grande-Rivière du Nord d'une famille qui possède une plantation de café.

    Le 28 novembre 1790, Philippe-Rouxel Blanchelande 55 ans, né à Dijon est nommé gouverneur en remplacement d'Antoine Thomassin trop laxiste.
    Il se lie à la contestation des riches planteurs racistes.
    Philippe Rouxel Blanchelande capture Vincent Ogé et Jean-Baptiste Chavannes dans la partie espagnole où ils se sont réfugiés pour les exécuter comme exemple en public au Cap-Français le 09 mars 1791.
    Le 15 Mai 1791, l'assemblée Nationale vote le décret qui donne les mêmes droits politiques aux mulâtres qu'aux blancs.
    Quand le décret arrive le 23 aout 1791, la révolte secoue l'ile par la destruction des plantations de cannes à sucre et de café.
    Les esclaves se révoltent, revendiquent les droits des blancs et massacrent les colons.
    638 sucreries et cafèteries sont brulées.
    A Paris, la pression des colonialistes aristocrates et des riches planteurs qui occupent les hautes fonctions font reculer les autorités républicaines qui révoquent le décret du 15 mai 1791 et suppriment aux mulâtres les mêmes droits politiques que les blancs.
    La nouvelle de la volte-face qui annule le décret du 24 septembre 1791 déclenche la colère des noirs qui incendient et détruisent les villages.
    Pour contrecarrer les révoltes, l'Assemblée Législative décide l'envoie de la 1ère commission civile.
    La 1ère commission civile débarque au Cap le 29 Novembre 1791. Elle se compose de :
    - Frederick-Ignace Mirbeck,
    - Philippe-Rose Roume
    - Edmond Saint Leger.

    Leur mission vérifiée la transition des pouvoirs royalistes de l'ancien régime au régime républicain ordonné par la nation.
    Ils négocient une trêve dans les révoltes avec les esclaves.
    Cette négociation échoue.
    Le 08 avril 1792, les 2 commissaires civils Frederik Mirbeck et Edmond Saint Leger rentrent en France.
    Philippe-Rose Roume, d'origine créole demeure seul pour faire signer l'accord de l'égalité des droits aux mulâtres nés de parents libres.
    Les commissaires civils rentrés, il n'est plus question de démocratie et de distribution de terre.
  • Le 2ème événement est l'émancipation des esclaves noirs.
    Le 4 avril 1792, la Convention Nationale vote le décret mettant les blancs, les mulâtres et les noirs sur le même plan d'égalité politique.
    Dès que la loi sur les libertés est connue sur l'ile, le chaos s'installe par des tueries de noirs.
    Tout le territoire est en flammes et les ateliers sont saccagés.
    Les Espagnols profitent de la guerre civile pour alimenter la haine entre les communautés du territoire.
    Une 2ème commission est nommée pour faire appliquer le décret du 04 avril 1792.

    Sur le rapport de Jacques Brissot, la 2ème commission part à Santo Domingo, elle est accompagnée de 6 000 soldats du 16ème régiment des dragons commandés par le général Etienne Maynard Laveaux.

    Etienne Maynard Laveaux est nommé gouverneur de Santo Domingo titre qu'il conserve jusqu'au 19 octobre 1796.
    Il se détache des créoles et se comporte avec autoritarisme.
    Le 29 avril 1792 la 2ème commission civile débarque au Cap Français.
    Leur mission : Veiller à l'application du décret du 4 avril 1792 qui donne les droits de citoyens libres aux gens de couleur sans toucher à l'esclavage.
    Elle comprend 3 commissaires civils :
    -Antoine Aihaud menacé de mort dès son débarquement retourne en France à Lorient où il se cache dès son arrivée.
    -Étienne Polverel né en 1740 dans le Béarn, écuyer de la noblesse à Bayonne, avocat.
    Il part pour Paris et entre en 1790 au club des Jacobins où il devient secrétaire. Après la révocation du décret du 15 mai 1791 en faveur de l'égalité des blancs et des noirs, il obtient la radiation définitive de ses instigateurs de la loi.
    -Léger-Félicité Sonthonax né le 7 mars 1763 à Oyonnax est le fils d'un riche négociant.
    Confronté sur place à la violente hostilité des colons blancs qui livrent l'ile aux troupes anglaises coalisées, le précipite dans ses convictions et le pousse à prendre le parti des esclaves. .
    Il émancipe les créoles.
    Le 4 février 1793, Madrid tente de récupérer le territoire de l'Ouest car les fermes d'élevage espagnoles vendent peu de bétail parce qu'ils doivent traverser les plantations de sucre sur la partie française.
    Suite à la déclaration de guerre de la France, l'Espagne envoi une expédition maritime secrète aux ordres de Ventura Barcaiztegui qui établi un contrat avec les riches colons français royalistes pour fournir les armes et les munitions pour combattre les républicains.
    L’arrivée le 7 mai 1793 du gouverneur Thomas Galbaud qui prend ses fonctions le 22 juin 1793.
    Thomas François Galbaud né à Nantes le 25 septembre 1743 est le fils d'un conseiller breton. Officier militaire royaliste, il sert dans les Armées des Ardennes et du Nord.
    Gouverneur, il possède une plantation de café et avec son frère créole.
    Il s'allie aux fortunés colons et aggrave la situation.
      -Dans la partie Ouest, Etienne Polverel séquestre l'ensemble des plantations coloniales dont les propriétaires ont fuit ou sont déclarés traîtres envers la république.
      Il répartit la propriété des terres et les revenus qu’elles génèrent entre les noirs libérés pour avoir accepté de combattre et les cultivateurs qui s’occupent des subsistances en retournant sur les plantations dès le 21 juin 1793.
      -Dans la partie Nord, Léger Sonthonax libère les esclaves pour qu'ils combattent avec la république et proclame l’abolition de l’esclavage ce qui lui permet de rallier les esclaves noirs.
    Thomas Galbaud prend les armes contre les républicains et les commissaires civils avec le soutient des colons du Cap-Français quand les créoles et les esclaves noirs reprennent la ville et sauvent les commissaires civils.
    Léger Sonthonax prend des initiatives radicales en destituant et en arrêtant Thomas Galbaud vaincu qui s'enfuit en France sur la frégate La Normande avec les 10 000 colons coupables qui mettent fin à leur domination dans l'ile.
    Le 16 juillet 1793, Etienne Polverel et Léger Sonthonax, girondins liés à Jacques Brissot sont mis en accusation par 3 députés de Santo Domingo : Louis-Pierre Dufay, Jean-Baptiste Mills, Jean-Baptiste Belley.
    Leger-Félicité Sonthonax et Etienne Polvérel quittent Santo Domingo le 14 juin 1794 et débarquent en France à Rochefort le 30 juillet 1794 (12 thermidor de l'an II), 2 jours après l'exécution de Maximilien Robespierre.
    Les 2 commissaires civils sont accusés d'avoir poussé les esclaves à la révolte contre les colons blancs et d'avoir passé un accord secret avec eux en échange de leur appui.
    En juillet 1795, la commission des colonies de Garran-Coulon lave Sonthonax et Etienne Polvérel de toutes les accusations.
    Etienne Polvérel est mort avant de connaître la sentence qui le blanchie.
  • 3ème événement est la décolonisation.
    Le 03 septembre 1793, les colons riches de Santo Domingo signent le traité de Whitehan avec l'Angleterre.
    Les lois anglaises sont appliquées sur le territoire et l'esclavage est rétabli.
    800 anglais de la Jamaïque débarquent dans la ville de Jérémie pour combattre les révolutionnaires et stopper l'émancipation des noirs.
    En contre-partie, l'Angleterre occupe les lieux et récupère la fiscalité des taxes des colons.
    Léger Sonthonax et Etienne Polverel proclament la liberté dans la région d'Ouest et du Sud.
    Le 24 septembre 1793, les citoyens élisent les députés pour siéger à la Convention Nationale : 3 noirs, 3 blancs, 3 métis.
    Le 4 Février 1794: Venant de Santo Domingo, la délégation pousse le député Delacroix à proposer à la Convention Nationale l'’abolition des colonies.
    Levasseur fait voter le décret d'abolition de l'esclavage.
    Tous les hommes sans distinction domiciliés dans les colonies sont citoyens et jouissent des droits assurés par la Constitution Nationale qui poursuit sa politique contre les esclavagistes et leurs alliés.
    Dés l'annonce pour étouffer la liberté, l'aristocratie sucrière s'allie aux troupes anglaises de la Jamaïque et aux troupes espagnoles de Cuba qui leurs fournissent les armes et les munitions.
    Le 8 septembre 1795, la prise de possession française de l'ile s'effectue, le mois après la ratification du traité de Bale.
    L'ile aux mains des Espagnols est sous les ordres du gouverneur Joaquin Garcia a qui le Manuel Godoy a envoyé les clauses du traité de paix et lui ordonne d'embarquer avec les autorités civiles, la Real Audiencia, les ecclésiastiques pour Cuba.
    La confusion s'empare de la population mal informée qui se prépare à quitter l'île dans un délai d'un an, ainsi que les emplacements militaires des forts Saint Jérôme et de Jeyna.
    Le 21 octobre 1795, Joaquin Garcia communique à Luis Las Casas gouverneur de La Havane sa résolution d'envoyer sur son ile les chefs noirs qui ont servi la cause du roi. La Havane s'oppose à leur venue.
    Le roi autorise les chefs noirs à venir à Cadix pour finir leurs jours.
    Les espagnols demandent une prolongation de 3 ans pour l'évacuation, Manuel Godoy ne leur donne qu'un 1 an.
    Le 20 mars 1796, les créoles emprisonnent le gouverneur Etienne Laveaux et ses aides de camp.
    François Toussaint Louverture le délivre.
    En remerciement, Etienne Lavaux nomme François Toussaint Louverture lieutenant général au gouvernement de Santo Domingo.
    Les 2 hommes évitent de s'affronter pour le pouvoir.
    Etienne Lavaux revient en France, se présente au conseil des anciens comme député de la Saône et Loire en septembre 1796 défendant toujours la politique de Toussaint Louverture. Il meurt en mai 1828 à Cormatin (Saône-et-Loire).
    Une 3ème commission arrive à Santo Domingo le 1 mai 1796. Sa mission est de rétablir l'autorité de la république.
    La commission est composée de 4 membres :
    - Julien Raimond, meurt de la fièvre jaune,
    - Philippe-Rose Roume,
    - Jean-Marie Leblanc,
    assassiné sur l'ile.
    - Marc-Antoine Giraud,
    accompagnés de 900 soldats et de Léger Sonthonax, commissaire du ministère de la Marine.
    Sa popularité facilite ses contacts mais la situation politique qu''’il retrouve se révèle ingérable.
    Leger Sonthonax se trouve face aux chefs créoles qui cherchent à établir l'indépendance de Santo Domingo et refusent de reconnaître l'autorité de la république.
    Son ancien allié Toussaint-Louverture tient les terres de l'Ouest et le général mulâtre Rigaud dirige le Sud.
    Le 24 août 1797, Léger Sonthonax s'embarque pour la France et il ne revient plus à Santo Domingo sachant que la décolonisation est en marche.
    Léger Sonthonax est élu membre du corps législatif à 34 ans où il lance un enthousiaste plaidoyer anti-esclavagiste qui brise la spirale maléfique lancée par Manuel Godoy devant la Société des Amis des Noirs.
    Le coup d'Etat du 18 brumaire (9 novembre 1799) met fin à sa carrière politique, il est incarcéré puis exilé en 1803.
    Malade, il se retire sur ses terres natales à Oyonnax où il meurt le 23 juillet 1813 à 50 ans.