Sources : Biblioteca National Barcelona manuscrit U-328 réf. N° 8100 .


Le 26 mai 1794-le 7 prairial An II est décidé la guerre à mort sans prisonnier.
Un rapport de Lazare Carnot mentionne que la multiplication des victoires par les armées républicaines ne doit plus faire de prisonnier anglais ainsi que de prisonniers autrichiens et le communiqué est adressé à tous les corps d'armées.
Les représentants des Pyrénées-Orientales prennent conscience des observations mais sont furieux que le texte de la capitale ne s'applique pas aux soldats espagnols.
Le 09 aout 1794, Lazare Carnot ordonne aux représentants sur le territoire opposé (Armée des Pyrénées-Occidentales) de ne plus envoyer de prisonniers et de ne faire aucune grâce pour les émigrés.
A la séance de la Convention Nationale du 11 aout 1794, Bertrand Barère déclare élargir le décret du 7 prairial An II aux Espagnols puisque les troupes espagnoles et anglaises sont alliées par la coalition dans les combats.
La proposition de Bertrand Barère est adoptée à l’unanimité durant la séance du 24 thermidor an II.
Les députés sont amenés à redéfinir ce qu’est un prisonnier puisque les anciens décrets sont annulés.
Le décret du 04 mai 1792 considère les prisonniers comme des militaires, celui du 25 mai 1793 avec son article 7 rempli de préjugés précise que sont prisonniers tous les individus attachés au service d'armée.
Le texte détaille que l'échange et la restitution des prisonniers se fait dès qu’ils sont réclamés et reconnus.
L'article 17 du même décret rappelle que les prisonniers doivent être traités humainement et il spécifie qu’aucun prisonnier ne peut être forcé à servir dans les troupes républicaines.
L'abandon des négociations de paix est suspendu par le royaume espagnol suite au refus par les membres de la Convention Nationale de libérer les enfants prisonniers de Louis XVI, rapidement les combats sur le front sont plus virulents après les pourparlers.
Le 6 mai 1794, Lluis Carvajal comte De La Union lors de la réunion à Barcelona des corregidors réveille l'orgueil des autonomistes catalans pour la défense du territoire et la religion en ressuscitant les compagnies des somatents et en promulguant le décret royal du 24 décembre 1721, rétablissant les 21 articles dissous par le royaume de Madrid le 11 septembre 1714 qui depuis 50 ans sommeille dans chaque individu.
La générosité de la noblesse et la contribution financière des paroisses espagnoles se mobilisent pour que les habitants spécialement mandatés se reconstituent et interviennent dans l'urgence à la défense de leur territoire.
Resurgit de nouveau la question catalane ?
Cette puissante région constitue un danger pour l'unité du royaume puisque la cour royale d'Espagne concentre tous ses efforts sur la région de Castille et impose son impressionnant régime féodalisme par ses "corregidors" maires et ses fonctionnaires "superintendicias" venant de la capitale pour opprimer la résistance.
Cette excessive centralisation politique est une contradiction de la réalité et un contre-sens d'organisation territoriale.
La main mise par Madrid sur les droits à l'existence des autres nationalités fait vivre la question catalane.
La question catalane est avant tout une question de désaffection, un sentiment de se gouverner seul qui domine.
La Catalunya est une soumission et non une disparition car son organisation politique, son administration communale, son droit, sa langue et ses traditions fait que la région reste vivante avec l'appui de l'Andorre.
La Catalunya n'est ni un rêve, ni une illusion, elle lutte contre les invasions, elle s'est fortifiée, elle possède une marine et son commerce.
La Catalunya conserve une existence avec les éléments qui constituent son caractère, sa communauté, sa langue, ses mœurs, ses traditions, son art, ses danses et ses chants.
L'Armée de la Catalogne complètement battue, désorganisée et abandonnée financièrement par la cour royale madrilène se reconstruit militairement d'une manière réfléchie par l'enthousiasme d'une nouvelle configuration qui intègre les prêtres et les somatents à la tête des institutions, au moment ou survient la décision française d'une guerre sans prisonnier.
Jacques Dugommier publie le décret du 24 thermidor An II que l'Armée des Pyrénées-Orientales ne fera plus aucun prisonnier espagnol et le commandant en chef s'empresse de communiquer le décret au Q.G. de Sant Ferrán à Figueres pour prévenir et informer le comte De La Union.
Jacques Dugommier présage devant le conseil des officiers à son Q.G. que Carlos IV et Manuel Godoy appliquent la loi du talion envers les prisonniers français.
Le Comité du Salut Public est informé par le représentant Georges Chaudron-Rousseau que la division de Charles-Pierre Augereau ne fait plus de prisonniers, le général considère que le décret de guerre à mort existe pour sa division et il se livre dans la région du Haut-Ampurdan à la tuerie des somatents et des prêtres depuis l'occupation le 04 mai 1794.
Lluis Carvajal, comte De La Union ordonne à ces généraux de mieux traiter les prisonniers.
Il écrit au ministre de la guerre espagnol Manuel Negrete De La Torre afin qu'il ne signe pas un tel décret contre les prisonniers français à moins que le roi Carlos IV décide des représailles.
Carlos IV approuve la sagesse du comte De La Union et propose au sujet de la capitulation du port de Collioure un arbitrage au différent du 28 mai 1794 par le consul des États-Unis comme médiateur pour terminer cette querelle.
Jacques Dugommier surveillé par la prise de ces décisions par les représentants du peuple n'accepte pas l'arbitrage.
Les combats dans l'occupation de la Catalunya tournent aux pires des développements avec la disponibilité des somatents dans l'urgence de la guérilla alors que :
    - d'un coté les révolutionnaires décident la guerre à mort et ils exterminent les prisonniers pour rentrer plus vite chez eux.
    - de l'autre l'élan d'un peuple communal presse l'engagement des bénévoles, des acharnés, des insoumis, des crèves la faim à prendre les armes contre l'occupation des villages, des forets par les militaires.
Officiellement, la Convention Nationale reconnait seulement les prisonniers sur les champs de bataille quand la résistance populaire est lancée par les somatents qui n'ont jamais rendu les armes se reconstituent.
La population désabusée en Roussillon par le retrait d'une Armée de Catalogne vaincue sait que le rattachement de leur terre cédée en 1659 est négociable que par les armes et une majorité d'entre eux s'enrôle pour le triomphe de la guérilla des somatents.
Cette vague démesurée du 3ème exode d'émigration vide le département des Pyrénées-Orientales suite à la loi des émigrés du 22 juillet 1793 qui désigne en cause la population des villages.
Cette population est privée de liberté individuelle, est isolée par les réquisitions où toutes les propriétés deviennent nationales ne peut plus enterrer les morts sans prêtre et sans prière.
Cette population suspecte est considérée rebelle pour avoir aidé et soutenue l'Armée de Catalogne avec les représailles aveugles des complicités qui entrainent l'exode massif par les routes et par la mer.
La trahison de la propagande royale espagnole qui transforme la guerre de famille Bourbon en une guerre "sainte" avec les sacrifices et les destructions des reliques et les incendies des oratoires servent à légitimer, à motiver le combat contre la barbarie des troupes révolutionnaires.
Les somatents sont des civils, des paysans, des hommes, des femmes et des enfants issus de famille, de clan, de village avec leurs fusils qu'ils considèrent insaisissables souvent identifiés volontairement par les auteurs pour diminuer leur puissance et leur prestige aux miquelets qui sont des militaires montagnards.
Dans la pratique les somatents renforcent les avant-postes de l'Armée de la Catalogne.
Avec leur audace, leur esprit guerrier, leur agilité, les somatents forment une milice armée qui bénéficient de la complicité des passeurs, de l'appui des déserteurs, des éclaireurs qui sous le prétexte de récupérer les effets volés à la république récupèrent l'armement des campements.
Ces somatents par leur passion à défendre leur communauté, cette identité catalane d'une grande sensibilité ont une conception d'entraide hors du commun, une coordination de rapidité hardie qui relie les communes par les violents coups de toscin pour organiser avec intelligence le sauvetage de leurs biens et leurs idéaux dans une stratégie d'opérations illégales pour couper les convois et les communications des militaires pour faire du territoire occupé le plus grand champ de bataille.
Ces combats multipliés fatiguent et appauvrissent les effectifs des compagnies républicaines et valent mieux qu'une victoire par leurs fausses attaques.
Des noms de prestigieux de "corregimientos"(notables) prennent la tête des compagnies de somatents ou siègent dans les commissions locales avec les religieux et les militaires qui enrôlent les somatents.
  • José Bodet dirige le primer Terç de Gerona.
  • José Mantero commande le primer de Terç de Puycerda.
  • Le Primer de Terç de Lérida avec à sa tête Francesco Carreu.
  • Le Terç de Ripoll avec son capitaine Miguel Cervera.
  • Joaquim Oquendo, 56 ans, le gouverneur d'Urgell commandant de le Terç de Camprodon.
  • Le Terç d'Urgel avec l'illustre Gregorio La Cuesta.
  • Le Terç de Besalú avec son commandant Joaquin Nouvilas.
Les somatents parlent catalans sont efficaces par leurs connaissances aux sentiers de montagne proche des monastères du Ripoll et d'Urgell, ils conduisent les convois de mulets.
La 1ère tache des somatents est la reconquête par le harcèlement des bourgs de montagne qu'occupent les soldats français mais les somatents fournissent le contingent des compagnies pour les 2 batailles pour briser le siège établi par les troupes française sur la forteresse de Bellegarde :
  • De Sant Llorens de la Muga, le 19 mai 1794.
  • Del Llobregat, le 07 juin 1794.

  • Leur plus belle victoire se situe au bourg de Montella d'un combat de 2 heures contre le détachement français en cantonnement dans les gorges entre les bourgs de Bar et d'Estana le long de la rivière Segre et de son affluent le Valira.
    La victoire des somatents obligent les troupes républicaines à la retraite par le replie des fantassins au bourg de Montella.
    La bataille nom de code "Puente de Bar i Arreguel est décidée par les somatents contre les troupes républicaines au fameux pont de Bar sur la rivière Sègre, la seule route de montagne à la passerelle de bois pour se rendre sur la rive gauche.
    Cette zone est réputée maudite.
    A cet endroit, le chemin muletier praticable suit la rive droite du Sègre forme un angle contre les profonds défilés du ravin à Martillet.
    La tactique des combats se présente sous la forme d'un traquenard tendu sur l'unique pont de Bar sur le Sègre.
    Les somatents se replier au bourg d'Arreguel après 5 heures de combat laissant les fantassins français traverser le pont de Bar pour se rendre au village d'Aristot où les militaires bivouaquent.
    Au bourg d'Aristot, la levée du camp le lendemain à l'aube laisse un champ meurtrier qui ne vaut pas ce terrible combat cette tuerie pour une possession de ravins dangereux, de pics enneigés sans aucun centre d'intérêt.
    Par le nombre de mort, cette bataille est un carnage inutile puisque l'occupation française dans le bourg d'Aristot ne dure que l'instant d'un campement d'une nuit, le pire est que la bataille d'Aristot se termine sans vainqueur.
    Les exécutions au cœur des massifs des Albères et du Vallespir ont lieu sur la population rurale même durant les travaux des champs.
    Les troupes républicaines intensifient les massacres dans les mas isolés qu'ils brulent en désignant les occupants comme somatents rebelles.
    La résistance des bourgs et des fermes entraine la mort pour les mêmes raisons que l'application de la politique de la terre brulée.
    La punition à leur contribution, l'épouvante et le désordre lancent la répression et l'élimination de toutes les traces des somatents.
    L'arrivée d'un homme de 85 ans originaire d'Agullana, celui qui connait, qui sait et qui conserve la mémoire d'un village comme un manuscrit, change les recherches.
    Le remembrement des champs a décalé plus au loin, le chemin vicinal terreux et là l'endroit de l'ancien tracé pousse les pieds de vignes.
    Le chemin vicinal actuel est marqué d'empreintes de tracteurs ou de charrettes rebouchées par des pierres et des amas de terre sableuse.
    Les vignerons en labourant les vignes ont trouvé des crânes ou des ossements qu'ils ont jetés au loin comme des cailloux sans rien dire.
    Aucun signalement, aucun tas de pierres ne signale l'endroit.
    Le vieil homme les mains croisées dans le dos, le regard fixe la fosse hors du cimetière de la commune, murmure dans sa voix rauque :
    "Tot aqui saben, però ningú no en parla." = Tous les anciens savent pour la tuerie de l'ermitage de Santa Eugenia mais personne n'en parle.
    L'émotion est forte.
    Les ossements là ne sont pas reconnaissables, ils sont dispersés sur 4 m.
    Certains morceaux d'os sont soudés par un reliquat brunâtre de chaux déposés dans la fosse à la va vite, plus loin des débris d'une lanière de cuir pourrie.
    "Ceux ne sont que des os d'animaux". Dit un témoin.
    Nul n'a envie d'ouvrir les brèches du passé vieux de 250 ans.
    Cette phrase occulte et rejette les responsabilités des fosses creusées dans le massif des Albères.
    De quoi sont coupables ces 18 corps ?
    La discussion en catalan s'engage, en voici la traduction :
    - "Ils sont morts les armes à la main".
    - "Non, ceux sont des somatents que les soldats républicains sont venus chercher dans les champs".

    Chacun vide sa conscience et se débarrasse du lourd fardeau de souvenirs :
    - "Ils ne savaient pas lire ni écrire français, mais ils travaillaient durs depuis leur enfance."
    - "Ceux sont des émigrés rejetés où affamés, ils ne sont pas du village mais ils ne demandaient pas vengeance."

    Chacun repart affliger comme si seulement la curiosité les a amenées.

    Le 21 novembre 1794, durant le conseil de guerre au castell Peralada le remplaçant Jeronimo-Giron Moctezuma, marquis Las Amarillas contre toute attente prend la décision contraire à la mort du commandant en chef espagnol Lluis Firmin Carvajal d'abandonner volontairement les 18 500 somatents à leur sort suite au repli stratégique de l'Armée de la Catalogne dans la citadelle à Bascará.
    Cette trahison par le commandement en chef provoque une immense confusion des somatents et un flot humain continu d'hommes et de femmes qui cherchent refuge et protection auprès des bataillons en garnison à la citadelle de Sant Ferrán de Figueres qui est au même moment vidée et laissée à l'abandon par les militaires.
    Les troupes républicaines exercent une tuerie contre ses "bandidos" ses somatents armés organisés dans leur rapport pour que ses morts ne soient jamais reconnus comme une force vive, ni comptabilisés dans les combats.
    Les pertes des somatents (paysans) durant la période de la Guerra Gran s'élèvent à 28 600 hommes, femmes et enfants.
    Ce chiffre 28 600 de pertes civiles ne figure pas dans les relevés militaires.
    Cette extermination correspond à la dernière étape d'occupation des catalans par les soldats révolutionnaires contre les groupes de somatents qu'ils appellent "bandoleros" par leur refus de soumettre.
    La loi de la guerre a mort est finalement retirée le 30 décembre 1794 car le texte de tuer les prisonniers est "contraire aux droits des hommes et à la liberté des peuples puis fait injure à la nation républicaine".
    Le traité de Bâle du 22 juillet 1795 entre la France et l’Espagne définit les modalités de retour des prisonniers espagnols qui sont désormais regardés comme amis.
    C'est l'occasion de grandes déclarations d'intention de libérée et d'unifiée les territoires sœurs.
    Le 21 août 1795, le Comité de Salut Public ordonne la restitution des prisonniers et leurs facilitent les moyens de retourner chez eux.
    Il s’agit de montrer par cette mesure d’humanité de traiter avec égards les somatents qui par le droit de la guerre se trouvent placés sous la protection d’une nation généreuse.

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