"Savoir et ne pas pouvoir convaincre est frustant mais ne pas savoir et vivre comme les autres c'est pire."
Bernard Werber "Le miroir de Cassandre" Edition 2009-Albin Michel Paris



Le 9 mars 1756, il est âgé de 20 ans quand il entre avec le grade de lieutenant du régiment royal de Tournaisis.
Il participe à la guerre des 7 ans sous les ordres du chef prestigieux : Le seigneur Joseph De La Noue, comte de Vair, baron de Nazelles et de Grenolles, lieutenant de cavalerie au 1er Royal Dragons qui lui enseigne les règles tactiques, lui apprend les stratégies de la mobilité lors des batailles et l'offensive avec la concentration des tirs.
Luc-Siméon Dagobert De Fontenilles (avec un s) est nommé chef d'unité d'infanterie.
Avec se grade il débarque avec le Royal Italien en Haute Corse pour fortifier la ville de Biguglia situé à 8 km au Sud-Ouest de Bastia.
Celui qui détient cette ville prétend soumettre la Corse ?
Le 28 mai 1775, de retour à Toulon, il commence la tournée des places-fortes avec le Royal-Italien.
Le 12 octobre 1777, il est en garnison à Collioure puis le 08 avril 1778 à la citadelle de Perpignan.
Le 1er mars 1788, le roi supprime le Royal Italien pour créer les chasseurs royaux du Dauphiné.
Le 08 aout 1790, il se marie à Jacquette Pailhoux.
Le grand-père de son épouse Joseph Gaspard gère les bureaux des finances de Montpellier et surtout le grand-père est conseiller du roi à Perpignan.
Noble, il acquiert en 1734 la seigneurie de Cascastel à Henry d'Arse.
Son père Gaspard obtient le 31 mars 1781 pour 30 ans la concession des mines à Cascastel (Aude).
Lors des noces de sa fille avec Luc Dagobert De Fontenilles, il offre à sa fille une dote de 19 000 livres qu'elle investit dans la mine de fer du département de l'Aude sur la rivière du Verdouble, au grau de Padern sur le lieu "l'illiate".
Son épouse prend comme associés, son cousin Jean Duhamel, commissaire du roi Louis XVI et Louis-Charles Peltier qui ont acheté la mine de houille de Segure entre les communes audoises de Tuchan et de Quintillan.
Luc-Siméon Dagobert De Fontenilles quitte le régiment des chasseurs royaux du Dauphiné et il revient en Normandie avec sa famille dans son château à St Lô.
Il donne procuration à son épouse pour gérer seule à partir du département du Cotentin la mine de fer audoise de Padern. La mines et les forges qui fabriquent des matériaux pour l'agriculture, très vite Luc-Siméon Dagobert en 1793 transforme les forges en usine de boulets de canons.
Le 27 mai 1792, il est nommé colonel et il est muté au 51ème régiment d'infanterie dans l'Armée d'Italie.
Luc-Siméon Dagobert est envoyé dans l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le 19 mars 1793, il dirige une division à la bataille du Mas Deu.
Le 4 août 1793, quand la forteresse de Villefranche du Conflent ouvre ses portes, Luc-Siméon Dagobert fait parti des officiers complices qui ont piégé leur chef supérieur Louis-Charles De La Motte-Ango, vicomte De Flers pour le destituer et le conduire à la guillotine.
Pourtant 15 ans avant, le 08 avril 1778, Luc-Siméon Dagobert fait parti de la garnison dans la citadelle de Mont-Louis puis dans celle de Villefranche de Conflent, il en connaît le moindre parapet et surtout les chemins des montagnes rocheuses qui surplombent la forteresse.
Durant son séjour en 1778, il reçoit les compliments de ses supérieurs De Grave et De La luzerne pour avoir servi avec distinction le roi et obtenu le titre de major dans la forteresse de Villefranche du Conflent.
Le 28 août 1793, à la citadelle de Mont-Louis qu'il connaît par cœur depuis sa garnison en 1777, il ne commet pas l'erreur de Villefranche du Conflent, il démontre avec bravoure ses connaissances sur les routes et le relief aux combats du col de la Perche.
Le 12 septembre 1793, nommé général en chef, Luc-Siméon Dagobert est rappelé en Cerdagne, les instructions maladroites des représentants du peuple contrarient son action.
Le 29 septembre 1793, Luc Siméon Dagobert envieux, exaspéré contre les 3 représentants du peuple qui confient pour la 2ème fois le commandement provisoire à Eustache, Charles Daoust, le vainqueur de la bataille de Peyrestortes, il descend le lendemain fou furieux du massif du Cerdagne pour éclipser le triomphe de la victoire dans les clubs militaires.
Une kabbale médiatique est lancée contre Luc-Siméon Dagobert De Fontenilles par les représentants Claude Fabre et Raymond Gaston qui le suspectent de complot avec les émigrés français aux ordres d'Antonio Ricardos.
La rumeur se répand dans la ville de Perpignan depuis l'arrestation de Louis-Charles De La Motte-Ango, vicomte De Flers.
Dans la citadelle, chacun connaît les intrigues de la tante de son épouse, Marie-Thérèse De Ros parente d'Abdon Ros De Margarit de la noblesse catalane du Conflent, vicomte de Saint Felliu.
La kabbale s'affirme par le tintamarre de l'arrivée du jeune roi Louis XVII transféré de la prison du Temple à Paris dans celle du Castillet de Perpignan afin d'être confié aux Bourbons d'Espagne.
De nos jours, nous savons que l'enfant Louis XVII a été substitué dans la cellule de la prison du Temple.
Durant une réunion secrète d'officiers nobles, l'engouement de l'arrivée du dauphin accélère la rumeur de la libération du jeune roi avant son emprisonnement.
Luc Dagobert de Fontenilles issu d'une famille noble protestante est soupçonné d'être un nostalgique de l'ancien régime figure dans le complot, il est accusé de trahison, destitué puis arrêté le 22 novembre 1793.
Incarcéré à la prison de l'Abbaye à Paris en attendant son jugement devant le tribunal révolutionnaire, il est promis à la guillotine.
Dans la grande salle du château familial de la Grande Communière à la Chapelle Enjuger en Normandie trône sur la cheminée l'écusson de noblesse qui a permis de servir de père en fils les armées du roi.
Son grand-père officier dans l'Armée du marquis de Canisy figure au siège de Thionville, son père sert pendant 40 ans dans les dragons et il se distingue en 1638 au siège de Fontarabie.
Le château et le village de la Chapelle-Enjuger sont complètement rasés durant le débarquement des alliés en Normandie, le 25 juillet 1944.
Le village actuel est reconstruit sur les ruines.
Le 8 octobre 1793,Turreau de Garambouville de l'armée de l'Ouest est nommé à sa place.
20 ans plus jeune que Luc Dagobert de Fontenilles, normand comme lui.
Il a beaucoup d'amitié et d'admiration pour son aîné, mais sa défaite le 16 octobre 1793 à la bataille du Boulou contre Antonio Ricardos fait que Louis Turreau regagne la Vendée le 04 novembre 1793.
Le 19 décembre 1793, les commissaires de la république Claude Fabre de l'Hérault, avant sa mort et son collègue Raymond Gaston reçoivent leur mutation dans l'Armée des Alpes par le Comité de guerre et Jacques Cassaynes revient à Paris pour siéger à la Convention Nationale.
Toujours suspendu de ses fonctions par les accusations de trahison, Luc Siméon Dagobert est à Saint-Lô dans sa maison rue Torteron auprès de sa femme de son fils Henri et de ses filles, Jeanne et Marie quand il est convoqué à Paris par Jean-Baptiste Bouchotte, ministre de la guerre.
Le 24 janvier 1794, il arrive à Paris pour être interrogé par le Comité de Salut public.
Il sauve sa tête grâce aux interventions de Jean-Baptiste Bouchotte qui lui apporte son soutien. Jean Bouchotte lui procure une protection contre les accusations des représentants.
Jean-Baptiste Bouchotte a soin de communiquer toutes les lettres de protestations en faveur de Dagobert au Comité du Salut Public et il rappelle à son attention l'état lamentable de l'Armée des Pyrénées-Orientales depuis son départ et aux faveurs de Bertrand Barère De Vieuzac, président du comité et rapporteur à la Convention Nationale et aux considérations de son ami Louis Turreau qui dit à la tribune :
"Le soldat, chérit Dagobert à sa voix il ne s'est jamais refusé à aucune fatigue, sa présence est un gage de succès et Dagobert est écarté, Dagobert est frappé, Dagobert qui a garanti de l'invasion le département de l'Ariège, éloigné l'ennemi de Perpignan, conquis la Cerdagne espagnole.
Dagobert a qui de longs et importants services, de grands talents militaires et une infatigable activité ont assuré la confiance du soldat et doit assurer celle des représentants et des généraux …"

Aux paroles s'ajoutent les protestations des clubs militaires de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité de Saint-Lô ainsi que celles de la société Populaire de Perpignan qui estiment le général au-delà des rumeurs à propos de la venue de Louis XVII au Castillet.
La société Populaire de Perpignan apprend la nouvelle de sa libération, 4 de ses membres partent pour 4 :
  • Mailhat
  • Colart
  • Godet
  • Chauderon

  • Ces commissaires venus demander les causes et les noms de ceux qui l'ont dénoncé pour éviter les accusations.
    Cette liste va avoir de terribles conséquences pour la suite.
    Jean Baptiste Bouchotte donne la liste avec les noms des officiers : De Verges, De Vernède, Raimond, Daoust, Delattre qui ont signé la dénonciation et ils la portent à l'agent du pouvoir exécutif François Hardy, ami et espion du ministre de la guerre.
    Le 31 janvier 1794, Luc Dagobert de Fontenilles réintègre l'armée des Pyrénées-Orientales.
    A son tour, le représentant du peuple Claude Fabre est tué par des miquelets venus à Port-Vendres et son collègue Raymond Gaston est muté dans l'Armée d'Italie.
    Le décret du 2 nivôse An II (21 décembre 1793) nomme les conventionnels Edouard Milhaud et Pierre Soubrany en remplacement.
    Les 2 commissaires du peuple arrivent avec la liste des officiers nobles sur le complot et les noms des autorités mêlés au fédéralisme.
    22 officiers et 30 soldats sont condamnés à mort, 5 officiers de l'Etat-Major sont déplacés ou mis à la retraite.
    Luc Siméon Dagobert est réhabilité le 2 février 1794 dans l'armée des Pyrénées-Orientales où ses soldats le réclament et il est réintégré avec dans sa poche les 3 pages du plan d'invasion de l'Espagne écrites avant la déclaration de guerre par Mathieu Marchant De La Houlière commandant l'Armée des Pyrénées-Orientales que lui a remis le ministre de la guerre à Paris qui est adopté par le général en chef Jacques Dugommier, le 12 mars 1794.
    Le 6 avril 1794, il lance l'offensive du plan dans la vallée du Sègre pour détruire la fabrique d'armes et reprendre le village de Montella.
    Le 10 avril 1794, les troupes de Dagobert se portent sur Urgel qu'ils investissent, mais le général est fiévreux, il se repli allongé sur une civière sans prendre la citadelle.
    Luc-Siméon Dagobert est atteint par le typhus du grec typhos "torpeur" transmise aux soldats par les puces, les poux et les acariens.
    Le typhus fièvre de famine est provoqué par les bactéries transmissent par l'entassement des cadavres et se développent quand les conditions d'hygiènes sont déficientes et véhiculées par les rats.
    Les symptômes du typhus sont connus :
  • La 1ère semaine, des démangeons provoqués par les lits de pailles et l'entassement d'habits contaminés par les poux pour se protéger du froid.
  • La 2ème semaine, forte fièvre plus de 40°, délires suites aux maux de tête, langue sèche et yeux injectés de sang.

  • Luc-Siméon Dagobert ordonne la retraite de la Cerdagne espagnole sur une civière.
    Ce retour ne se fait pas sans dégâts, avec un mélange de cruauté, de fanatisme poussé par la fureur ce gout de domination se transforme en destruction.
    Le village Seu d'Urgel au sommet de la colline Castellciutat est en flammes.
    Les incendies de Bellver se propagent sur la colline de la Quera près de Bor.
    La Cerdagne espagnole brule comme une énorme torche en feu et les colonnes de fumée sont si hautes qu'elles se voient à des kilomètres aux alentours.
    La barbarie et la répression des soldats sont sans limite, les fermes et les oratoires sur leur route sont brulés.
    Les somatents de Cerdagne surpris par les déplacements incendiaires des colonnes qui mettent le feu nomment le général Luc Siméon Dagobert "El Demonio" surnom qui lui convient mieux que le prénom républicain "Piment" qu'il s'est attribué.
    Dans la journée du 15 avril 1794, il arrive à Puigcerdá pour se soigner.
    Luc-Siméon Dagobert De Fontenilles décède le 18 avril 1794 auprès de son aide de camp.
    Bertrand Barère De Vieuzac lui rend un dernier hommage devant la Convention Nationale pour sa valeur militaire et fait adopter un décret le 1er mai 1794 qui ordonne dans son article III :
    (...) Que le nom du général Dagobert sera inscrit sur une colonne élevée au Panthéon"(...)
    Le 18 mai 1794, Louis Turreau est relevé de son commandement et le 30 septembre 1794 il est arreté suite aux rapports accablants du comité révolutionnaire des Sables, de la Société populaire de Fontenay et de l'Administration du district de Challans.
    Il échappe à la guillotine.
    Le 21 juillet 1794, Jean Baptiste Bouchotte est arrêté pour un motif difficile à saisir, il est transféré dans la prison du fort de Ham en décembre 1794 puis à Chartres au printemps 1795 pour y être jugé, il est libéré à la suite de la loi d’amnistie du 26 octobre 1795.