…" Dominé par une poignée d'hommes qui se disent amis du peuple, traitant d'aristocrates et calomniant tous ceux qui ne se mêlent pas à eux et n'adaptent pas leurs principes".
Extrait de lettre de Jean Birotteau député girondin, adressée le 24 janvier 1793 à François-Xavier Llucia.


Le 07 mars 1793, jour de la déclaration de guerre au royaume d'Espagne par La Convention Nationale.
Jean Birotteau expose la violence des montagnards à la Convention Nationale dans une lettre à François-Xavier Llucia :
…"Je suis heureux d'apprendre qu'à Perpignan, l'esprit public est resté pur… en comparaison de ce qui se passe chaque jour sous nos yeux.…
" Se voir coupable et injurié par des enragés…
" Il est impossible de parler en sens contraire à leur opinion sans être accablé par des épithètes les plus grossières et les moins mérités"…

Le 15 avril 1793, Jean-Nicholas Pache à la tête des commissaires de section de la Commune de Paris signe la pétition adoptée par 35 des 43 sections pour l'expulsion des 22 girondins et diffuse avec une extrême hypocrisie la déclaration à la barre de la Convention Nationale feignant une position neutre.
Le 20 avril 1793, François-Xavier Llucia écrit de nombreuses plaintes au ministre de la guerre Jean-Nicholas Pache pour obtenir des troupes en renfort et du matériel pour l'Armée des Pyrénées-Orientales sous le commandant en chef de Mathieu Marchant De La Houlière contre l'invasion de l'Armée espagnole à Saint Laurent de Cerdans.
Ces lettres restent sans réponses et démontrent le cynisme de Jean-Nicholas Pache.
Cette politique hypocrite, d'une telle ingratitude fait l'écho d'une conspiration établie au sein du Comité de Salut Public de livrer le département des Pyrénées-Orientales à l'ennemi au royaume espagnol.
Le 18 mai 1793, Jean-Nicholas Pache membre de la section de la Commune de Paris désigne une commission de 12 députés chargé d'examiner les registres sur les actes frauduleux de la Commune.
Jean-Nicolas Pache est protégé par Bertrand Barère au Comité de Salut Public soutient les sections de la Commune et lance l'attentat politique contre les députés girondins :
… "Pour sauver la nation, il faut perdre les députés girondins"… dit Barère.
Certain que Jean Birotteau est la cause de son éviction du ministère de la guerre Jean-Nicholas Pache prend sa vengeance en l'ajoutant dans la liste des 22 députés hors la loi.
Le 30 mai 1793, une émeute dirigée par les Hébertistes avec la garde nationale commandée par François Hanriot encercle la Convention Nationale pour interdire l'examen des registres par la commission des 12 députés et cède à la pression des membres de la Commune de Paris pour supprimer la commission et arrêter les 22 députés girondins.
Jean-Nicholas Pache l'investigateur de la chasse des députés girondins se met en retrait laissant la tribune à Pierre-Gaspard Chaumette.
Le 30 mai 1793, Jean Birotteau partisan passionné de la démocratie devient un député extrémiste.
Il écrit à François-Xavier Llucia :
…" Il est bien douloureux pour quiconque aime sa patrie de la voir sous le joug de 9 tyrans plus despotes que celui dont ils ont fait tomber la tête…"
Ceux qui échappent à leur arrestation appellent au soulèvement de la province profitant des conflits politiques, sociaux ou religieux contre l'effrayante concentration des pouvoirs de la Convention Nationale et la Commune de Paris.
C'’est la révolte fédéraliste.
Le fédéralisme remet en cause l'autorité de la nation, il s'oppose au nationalisme par la désagrégation de l'État.
Elie Guadet, député girondin propose la cassation des autorités parisiennes et le déplacement à Bourges des députés suppléants pour disposer d'une autonomie, afin de participer collectivement aux décisions et déléguer les pouvoirs à un organisme central, dit fédéral.
Pour combattre la division de l'unité républicaine "une et indivisible" en dépit des problèmes d'immigration et aux inégalités, Jean-Nicholas Pache inscrit symboliquement sur les frontons des établissements publics, sur les murs des édifices parisiens la devise de l'imprimeur Antoine Momoro : Liberté, Égalité, Fraternité.
Le 02 juin 1793, la conviction que le Roussillon est cédé au roi Carlos IV par les responsables de la capitale que seuls les habitants supportent la misère et les dégâts de la guerre, il se développe un 2ème front qui s'alimente des désastres et des échecs militaires, des difficultés financières de la noblesse et du châtiment excessif fait au roi.
Du 14 au 18 juin 1793, la réunion du conseil général de Perpignan et des 4 sections suite à l'arrestation des députés locaux girondins sont convaincus d'un basculement du régime.
La situation que présente le conseil général est une victoire de la province contre Paris et le Roussillon se joint avec passion à la révolte des 60 départements.
Le conseil valide la requête par la diffusion et l'affichage de la convocation sur les lieux publics de la ville :
"Songez que l'Espagnol vous assiège et que Paris avec sa faction dominante, vous abandonne à cet ennemi dévastateur que le maire de Paris est Pache et que Pache est l'ex-ministre perfide qui vous a dénié le secours que vous n'avez cessé de réclamer depuis plus de 2 ans et dont la privation est devenue et devient tous les jours plus fatale.
Il est essentiel que la France entière, que l'Univers sache que les habitants des Pyrénées-Orientales livrés traitreusement à leurs ennemis extérieurs ont fermement résolu de les combattre et de s'élever contre toute oppression, contre toute faction des ennemis intérieurs qu'ils veulent une constitution républicaine et qu'ils mourront plutôt que de reprendre les fers. "

Qui est Jean-Nicholas Pache ?


Son père Nicholas Pache, est né en 1718 au sein du village d'Oron situé à 20 km au Nord de Montreux sur la route de Lausanne au cœur des Alpes du Valais, à la frontière du pays de Vaud et de Fribourg.
Il est militaire du 2ème bataillon du régiment des gardes suisses en garnison à Verdun.
Sa mère Jeanne Lallemand née en 1725 suit son époux en Lorraine quand le couple s'installe à Verdun où elle donne naissance à Jean-Nicholas, le 05 mai 1746.
Jean-Nicholas Pache passe son enfance auprès de son père que Charles De La Croix marquis De Castries emploie comme concierge dans son hôtel particulier au service de Marie-Anne-Françoise De Noailles, comtesse De La Marck.
En 1770, le marquis De Castries est ministre de la marine du 13 octobre 1780 au 24 aout 1787.
Il pourvoit à l'instruction de Jean-Nicholas puis l'embauche comme précepteur pour ses enfants et lui offre une place de secrétaire général dans son cabinet au près du ministre de la Marine.
Il est intendant de la marine à Toulon, munitionnaire général des vivres sous le ministère de Jacques Necker.
En 1774, Jean-Nicholas Pache étudie à l'école royale de génie de Mézières où il rencontre le professeur de mathématiques et de physique Gaspard Monge qui étudié avec le marquis De Castries. Cette amitié est le point de départ d'une solide solidarité et d'une complicité entre-eux.
La protection du marquis De Castries se renforce le 08 janvier 1776 quand Jean Nicolas Pache épouse Marie-Marguerite Valette, sa fille qu'il a eue en 1746 avec la comtesse de La Marck, Catherine de Noailles.
De cette union, le couple Pache a 2 enfants :
  • Marie-Sylvie, 1777-1820.
  • Jean, 1779-1843, Marin-Pache qui fait carrière dans l'artillerie.
Par sa relation de famille avec Jeanne Curchod suisse comme lui du pays de Vaud et épouse de Jacques Necker, fait que son mari lui verse une pension à titre de contrôleur de la maison royale.
En 1784, il démissionne de cet emploi fictif et il émigre en Suisse avec sa famille dans la demeure de Jacques Necker à Coppet quand son épouse Marie Valette décède en 1786.
Veuf, Jean-Nicholas Pache revient vivre à Paris lors des évènements de 1789, il habite avec sa mère qui élève ses 2 enfants dans un appartement de l'hôtel de la famille de Noailles au 43, rue de Tournon dans le faubourg Saint Germain.
Le 18 février 1791, grâce à la loi sur les biens nationaux, Jean-Nicholas Pache acquiert à bas prix (75 600 livres), le prieuré des moines de Reims et les terrains appartenant à la famille Marck d'Arenberg à Thin-le-Moutier.
La commune de Thin-le-Moutier au cœoeur des Ardennes est située à 20 km de Charleville-Mézières.
Jean-Nicholas Pache met ses terres en fermage à la famille Villière et demeure à Paris dans l'hôtel du marquis De Castries et il assiste Joseph Servan au ministère de la guerre qui lui ouvre les dossiers tenus secrets.
Le 10 août 1792, membre du conseil de la Commune de Paris quand éclate le carnage des gardes suisses a qui le roi Louis XVI ordonne de déposer leurs armes et de retourner dans leur caserne de Rueil.
En septembre 1792, Jean-Nicolas Pache ne stoppe pas les massacres de ses compatriotes suisses dans les prisons.
Il se forge un alibi en quittant Paris avec une mission à Toulon en tant que ministre de la Marine quand se déroule le vol des bijoux de la couronne dont le célèbre et fabuleux diamant bleu à 7 facettes de Louis XV mené par Hébert substitut du procureur à la Commune de Paris entre le 13 et le 17 septembre 1792 à l'hôtel du garde meuble (hôtel de la Marine) place de la Concorde pour alimenter la caisse noire de la Commune de Paris.
De retour, il nomme à ce poste son ami Gaspard Monge.
Le 03 octobre 1792, il est nommé ministre de la guerre sur les recommandations du girondin Jean Marie Roland qui compte sur sa sagesse pour modérer le climat des montagnards qui le croit attaché à sa personne dans son ministère mais il trahit sa confiance et retourne sa loyauté.
Dans cette fonction décisive Jean-Nicholas Pache est débordé.
Il ne prend aucun risque dans son ministère.
Il recrute des montagnards dont Jacques-René Hébert auteur du journal le Père Duchesne et il maintient des généraux ambitieux dans les prérogatives obscures.
Jean-Nicholas Pache complètement aveugle et désorganisé par son pouvoir exécutif, il se sépare de son pouvoir législatif par des changements au comité central des achats qui fragilise l'approvisionnement en vivres des hôpitaux, l'habillement et l'armement des Armées.
Il refuse de déplacer les régiments de l'Armée du Nord et ceux de l'Armée de l'Est en renforts dans l'Armée des Pyrénées-Orientales qui se bat sans soldat et sans arme contre l'Armée espagnole.
Jugez les paroles du conventionnel Louis Sébastien Mercier quand il dit :
… "Son rôle est plus néfaste aux intérêts de la nation que toutes les armées de la 1ère coalition."
Le 11 décembre 1792 commence le procès de Louis XVI.
Le 04 janvier 1793, Jean-Nicholas Pache est démis de ses fonctions au ministère de la guerre pour se faire élire maire de Paris et il remplacé pour rétablir un climat de confiance par un ami de Dumouriez, le général Pierre De Beurnonville.
Le 21 janvier 1793, le roi Louis XVI est guillotiné.
Le 11 février 1793, Jean-Nicholas Pache avec l'appui de Bertrand Barrère est élu 4ème maire de Paris quand il apprend le suicide du girondin Jean-Marie Roland, ministre de la guerre qu'il a trahi, il prend cette fonction suite au vote du décret Maximum avec les pratiques frauduleuses des grains, des farines et des pains vendus par la Commune de Paris.
Il explique de façon laconique par affichage que s'en prendre aux arrivages de marchandises est contraire à l'approvisionnement de Paris.
Le 6 octobre 1793,Jean-Nicholas Pache avec le procureur de la commune Pierre-Gaspard Chaumette et l'administrateur de police procèdent à l'interrogatoire de Louis XVII à la prison du Temple et lui réitérer les accusations d'inceste.
La commission interroge sa sœoeur Marie-Thérèse et sa tante Elisabeth qui contestent les allégations du jeune roi.
Le 24 octobre 1793, Jean-Nicholas Pache comparait comme témoin au procès à huit clos des députés girondins accusés de complot.
Jean-Nicholas Pache est prudent, il n'énonce aucun fait et reste évasif contre les accusés ne pouvant prouver aucun complot.
Il cite les refus de fonds financiers et les menaces d'arrestation à l'égard d'officiers sur le vol et les pratiques frauduleuses de la Commune.
Le 4 mars 1794, à la séance du club des Cordeliers ou Jean-Nicholas Pache est membre, les Hébertistes annoncent une insurrection prochaine.
Robespierre, Saint-Just réagissent.
Charles De La Croix, marquis De Castries en Suisse part à Coblence mettre en place une troupe d'émigrés avec des fonds anglais pour servir les frères du roi, puis rejoint le comte d'Artois en Angleterre.
Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, Hébert, Chaumette et les Hébertistes sont accusés de complots, ils sont arrêtés puis rapidement guillotinés le 22 mars 1794.
Jean-Nicholas Pache est jugé le 24 mars 1794 suspecté d'avoir pris part à ces révoltes.
Bizarrement, il sauve sa tête grâce aux appuis de Bertrand Barrère et de Maximilien Robespierre.
Lecointre de Versailles accuse les membres du Comité de Sûreté Général d'avoir stoppé et détruit le mandat d'arrêt lancé contre Jean-Nicholas Pache durant l'arrestation des Hébertistes.
Le 19 mars 1794, il reprend ses fonctions de maire de Paris puis il se présente à la tribune de la Convention Nationale affirmant son respect aux institutions et la pureté de ses intentions.
Au domicile de Gaspard Monge rue des Petits-Augustins à lieu une violente dispute suite aux arrestations opaques des Hébertistes qui met en cause Jean-Nicholas Pache en pleine contradiction, en plein malaise sur la contestation les preuves rocambolesques qui se mélangent telles que les fréquentations, les cousinages, le droit de se réunir ou de partager un repas.
Jean-Nicholas Pache met le soir de la querelle fin à sa carrière politique.
A la mairie de Paris, il est remplacé par l'architecte Jean-Baptiste Fleuriot-Lescot, 5ème maire de Paris, délégué au conseil général de la Commune monte à l'échafaud avec les partisans de Maximilien Robespierre.
Le 9 mai 1794, Sylvie Audoin, la fille de Pache se dispute avec Lazare Carnot et Prieur de la Côte d'Or à propos de la confusion du procès des Hébertistes morts sans savoir de quoi ils sont accusés.
Que ce procès est un échafaud dressé au sein de la montagne par des membres de la montagne.
Dénoncé par Lazare Carnot, Jean Pache craint pour sa vie.
Son espion au Comité de Sureté Général Charles-Denis Denelle commissaire de la section de Popincourt le place volontairement en détention à Paris dans la prison des Anglaises pour être épargné ainsi que sa famille disséminée discrètement dans d'autres prisons.
La famille Pache attend la chute de Maximilien Robespierre.
Dès le 14 thermidor An II, toute la famille est libérée et le lendemain, les scellés de son domicile sont levés.
Jean-Nicholas Pache est accusé le 19 prairial An III au tribunal d'Eure-et-Loir chargé de juger les auteurs de l'insurrection du 1er prairial An III.
Il est emprisonné à Chartres puis relâché suite à la loi d'amnistie du 4 brumaire an IV (2 octobre 1795).
Il revient à Paris mis sur une liste de la terreur blanche, il quitte le 1er novembre 1795 la capitale déguisé en paysan caché dans une charrette de paille jusqu'à sa ferme de Thinville-le-Moutier.
Son arrivée dans le village ne surprend pas les ardennais, il ne se montre pas durant plusieurs mois.
Il refuse les offres des hautes fonctions politiques.
Il reçoit des citations à comparaître jusqu'au coup d'État du 4 septembre 1797-18 fructidor An V-qui prive ses adversaires de le nuire.
Son mode de vie est modeste sans grand luxe auprès de sa mère Jeanne Lallemand qui décède en 1819.
En 1823, Jean-Nicholas Pache meurt d'une pleurésie à Thinville-le-Moutier.