Le 15 février 1793, à Figueres dans la forteresse de Sant Ferrán, lors du conseil de guerre que préside le commandant en chef de l'Armée de Catalogne Antonio Ricardos, les autorités espagnoles et les regidors catalans prétendent que Carlos IV, roi d'Espagne, cousin du roi de France doit reprendre la province du Roussillon cédé à la France en 1659 pour exiger la libération des enfants prisonniers de Louis XVI et faire revenir les prêtres émigrés.
Le commandant en chef de l'Armée de Catalogne offre le privilège à l'ingénieur-général Joan Escofet, 73 ans, l'audacieuse construction de la route du col del Portells pour envahir la France afin d'acheminer l'armement et les régiments.
Le col del Portells venant du royaume de France longe la voie "Domitia" par la route du village des Cluses et son profond ravin ou coule la rivière "Le Roma" pour rejoindre la voie "d'Augusta" provenant du bassin de Llobregat qui s'élève sur le versant espagnol de l'Alt Empurdá à 3 km à l'Ouest de la forteresse de Bellegarde.
La forteresse de Bellegarde à sa création est une simple tour à signaux haute de 20 m construite au sommet de la colline Bellaguàrdia (423 m) par le roi de Majorque Jaume II pour bloquer l'invasion des troupes militaires de son frère le roi d'Aragon Père III.
En 1344, la tour "Guardia" s'agrandit en château avec un donjon rectangulaire entouré d’une enceinte flanquée de 2 tours comprend une garnison de 18 soldats qui prélève un droit de passage.
En 1475, Le roi de France Louis XI détruit la résistance du château "Las Clusas" et se fait remettre le château-fort Bellaguàrdia.
En 1659 après le traité des Pyrénées, le royaume d'Espagne perd la "Fortaleza de la Bellaguàrdia" la gardienne de la route royale d'Espagne.
Les travaux s'échelonnent suivant un plan pentagonal moderne ordonnés par Sébastien De Vauban à son ingénieur militaire Jacques De Borelly Saint Hillaire pour pouvoir soutenir un siège.
Jacques De Borelly Saint Hillaire convainc le gouverneur de la forteresse Bellegarde, le commandant Sylvestre Dubruelh de superviser les travaux entre 1663 à 1688.
Les 2 concepteurs militaires en désaccord sur les modifications font durer l'avancement des ouvrages.
Louis XIV intervient et il fait don au commandant Sylvestre Dubruelh de la baronnie de Montesquieu comprenant les territoires de Villelongue-dels-Monts, de Saint-Jean et de Saint-Martin d'Albères afin de terminer les modifications.
En 1674 durant la guerre de Flandre, les troupes espagnoles commandées par Francisco de Tuttavilla, duc San Germán détruisent la muraille en plaçant au Sud 4 canons à 100 m et reprend aux français la forteresse Bellegarde après 10 jours de siège.
Le constat sans équivoque du vice-roi de Catalogne San Germán est que la forteresse de Bellegarde ne joue plus son rôle de sentinelle médiévale mais par sa prestance fascinante remplit la fonction de verrouillage et sert de garnison militaire et d'arsenal pour le stockage en munitions et de poudre.
Fin juillet 1675, un an après, le maréchal Frédéric-Armand De Schomberg reprend la forteresse aux troupes espagnoles.
L'ingénieur Jacques De Borelly colmate la muraille détruite et à cet emplacement stratégique il construit un fortin en maçonnerie de protection composé de 2 demi-bastions contre les batteries positionnées sur les crêtes granitiques autour de la forteresse.
L'ingénieur militaire français creuse au rempart Ouest un fossé profond et au pied du fronton Sud du rempart creusé une étroite crevasse profonde inaccessible d'Espagne.
Au Nord, il positionne une petite redoute sur l'angle saillant que forme de demi-lune, un ouvrage triangulaire qui permet une défense avancée et l'entoure d'un chemin couvert qui communique avec celui de la place.
Quelles sont les évolutions de la forteresse de Bellegarde ?
L'ingénieur militaire Jacques De Borelly rase le donjon du château, aplanie de 30 m la colline Bellaguàrdia et l'enserre sur le terre-plein d'une 2ème enceinte de protection avec une tour ronde et 4 bastions superposés au 1er rempart extérieur formé par les 5 bastions reliés entre-eux qui favorisent les tirs croisés évitant les angles morts. :
  • Celui du Perthus.
  • De Sant Andreu.
  • De Panissas.
  • D' ’Espagne.
  • Du Précipice.
La forteresse de Bellegarde possède 2 enceintes successives avec une protection de 3 niveaux hauts de 20 m.
Elle s'étend sur 14 hectares entourés d'un chemin couvert par un parapet et d'un glacis d'1 km.
Derrière la 2ème muraille surgit sur 8 000 km2 le cœur de la forteresse de Bellegarde.
  • Au Nord, sa salle d'arme fermée par le bâtiment de casernement de 1 200 soldats, suivie par l'appartement du gouverneur au dessus de la chapelle large de 11 m que continue l'hôpital, la boulangerie et son moulin, qui se termine par les écuries contenant 150 chevaux.
  • Sur le fronton Nord, dans les bastions les magasins de poudre sont aérés et enterrés.
  • Au bastion Saint Andreu, au Sud de la place d'armes la forteresse possède un puits de 6 m de diamètre profond de 63 m contenant 800 000 litres d'eau permet une autonomie de 4 mois.

  • L'architecte-géomètre Christian Rousselot De Monceau pour que la forteresse Bellegarde demeure en territoire français dessine le plan d'un seul accès avec un pont à la porte de France protégée par un fortin en demi-lune entre le bastion du Perthus et celui de Sant Andreu.
    Cet unique passage complique les manœuvres d'assistance du comte De La Union, commandant en chef de l'Armée de la Catalogne devant revenir a chaque assaut sur le sol français pour faire sauter le blocus français durant le siège de la forteresse.
    Le 14 mai 1793, le 2ème commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers donne les ordres sur le maintien de la forteresse de Bellegarde avec ses 50 canons et les consignes de résistance au lieutenant-colonel Dubois-Brulé et à 1 060 hommes composés par :
  • 4 compagnies des fantassins du 7ème régiment de Champagne (275 hommes).
  • 2 bataillons des artilleurs du 7ème Nantais.
  • Les artilleurs du 1er bataillon du Gers.
  • 10 artilleurs du 4ème régiment.

  • Le 22 mai 1793, sur le plateau des Fours des Vitres proche du village La Junquera les artilleurs construisent une batterie de 18 canons de 24, positionné 4 obusiers de 8 et 2 mortiers de 12 qui entre en action.
    La forteresse n'est pas endommagée car la portée des tirs ne dépassent pas une trajectoire de 1 400 m avec une dénivellation de 130 m de haut n'a aucun effet sur les bastions.
    Sans la traitrise du capitaine du génie français Cotte De Latour qui offre ses services à Manuel De Cagigal, commandant l'artillerie espagnole, le fort n'aurait jamais dû tomber dans aux mains ennemies.
    Le 26 mai 1793, sur les conseils de la Cotte De Latour, Manuel De Cagigal déplace sur le plateau de la Paraguère, la batterie espagnole à 600 m qui pointe sur la forteresse.
    L'angle de tir de la batterie est si efficace que les artilleurs espagnols montent une 2ème batterie de 12 canons de 24 que complètent 6 mortiers de 12.
    Les 2 batteries sans arrêt font feu sur la forteresse de Bellegarde.
    Une brèche avec d'importants dégâts s'ouvrent sur la muraille permettant aux 12 000 fantassins du régiment du Vallespir d'entrer.
    Le 03 juin 1793, la forteresse reçoit une sommation : "se rendre."
    Dubois-Brulé répond qu'il refuse et l'officier perd 40 hommes lors des bombardements.
    Le 23 juin 1793, le lieutenant-colonel Dubois-Brulé se livre avec ses hommes.
    Ils reçoivent les honneurs des régiments espagnols et les soldats se rendent prisonniers au village de La Junquera.

    Lisabuzz.com Parle de 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L'ESPAGNE :

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