Sources: Mémoires Puget-Barbentane-Milan 1827-Editeur Pichet-Bechet Quai des Augustins Paris.



Le 04 aout 1793, après la capitulation de la forteresse de Villefranche du Conflent les officiers et les représentants Claude Fabre et Raymond Gaston se liguent contre le commandant en chef Louis-Charles De La Motte-Ango, vicomte De Flers et l'évince du commandement, il subit les conséquences de la traitrise de Charles-François Dumouriez dont il était l'aide de camp dans la campagne du Nord.
Le 06 août 1793, Hilarion-Paul De Puget, marquis de Barbentane âgé de 39 ans de l'Armée des Bouches du Rhône et du Var est muté le 20 mai 1793 dans de l'Armée des Pyrénées-Orientales pour prendre le 4ème commandement en chef.
Le nouveau commandant en chef prend le capitaine et chef de bataillon Cros Jacques-André, né le 25 aout 1751 à Béziers (Hérault), comme aide de camp.
Les titres généalogiques De Puget s'attachent à prouver une filiation des De Puget-Montauron rattachée aux De Puget-Barbentane.
Le département de l'Oise et la ville de Senlis sont les liens qui unissent les 2 branches, loin du village de Barbentane sur la rive Sud de la Durance à la confluence du Rhône, fief actuel de la descendance De Puget-Barbentane.
Il ne s'agit ni de juger, ni d'opposer les 2 familles nobles mais partir du constat des armoiries de l'écu de la branche que s'attribue la famille De Puget-Barbentane qui est celle visible sur le monument funéraire dans l'église de Saint-Rieul de Senlis par la famille De Puget-Montauron.
Qui sont les De Puget-Montauron ?

Pierre De Puget écuyer de Montauron seigneur de la Marche les Saint-Cloud enterre à Senlis, son épouse Anne Nicole Godefroy, le 01 septembre 1673 dans le mausolée de l'église de Saint-Rieul, patron de la ville.
La ville de Senlis est le chef lieu situé dans la partie méridionale de l'Oise, à 45 km de Paris entre les forets d'Hallote, de Chantilly et d'Ermenonville traversées au Nord par le ruisseau Nonette.
A la démolition de l'église Saint-Rieul, le mausolée est reconstruit dans la cathédrale de Senlis puis relégué à la chapelle de l'évêché où le monument se trouve actuellement. Pierre De Puget-Montauron, son père né en 1592 en Guyenne près de Montauban est conseiller du roi en 1631, il est seigneur de Montauron, de la chevrette et de la Marche les Saint Cloud.
En 1633, les affaires de son père Pierre De Puget-Montauron prospèrent, il achète la charge de receveur général de Guyenne.
En 1635, il devient 1er président général des finances de Montauban et trésorier de France. Avec ses titres, il amasse une fortune.
En 1636, Pierre De Puget-Montauron achète le manoir de la Chevrette qu'il transforme en château.
La demeure devient un lieu de réceptions où l'aristocratie joue énormément d'argent :
Gaston d’'Orléans, Mazarin, les Condé, les Rohan, le duc de Guise, le duc de Nemours, la duchesse de Nevers.
Un soir, Puget De Montauron joue sa fortune et se ruine.
En 1645, il vend le château de la Chevrette au financier Michel Particelli d'’Emeri puis se retire en Guyenne.
En 1647, Pierre De Puget-Montauron épouse Diane De Michel dont il a un fils Pierre né 3 ans auparavant, celui qui a édifié le mausolée.
En juin 1664, lors d'une visite à sa fille à Paris, il meurt et est inhumé à Notre-Dame des Champs à Paris.
Pierre De Puget-Montauron laisse 3 enfants dont 2 nés hors mariage.
  1. Marie Isabelle Diane De Michel conçue avec sa cousine germaine, Louise De Puget-Pommeuse avec laquelle il a 3 enfants dont seule Marie va vivre.
    Il refuse de se marier avec Louise De Puget-Pommeuse qui meurt de désespoir.
    Marie Isabelle De Michel épouse Gédéon Tallemant des Réaux par contrat le 19 février 1640.
  2. Pierre De Puget né en 1644, marié en octobre 1668 à Anne Nicole Godefroy.
    Elevé dans la pauvreté puisque sa mère ne veut pas entendre parler de lui, elle se réserve l'usufruit de la demeure "la Marche" et son père meurt endetté.
    Le couple donne naissance le 03 mars 1669 à Pierre-Alexandre De Puget.
    A Senlis, le couple est installé à l'hôtellerie du Petit Barillet ou il donne naissance, le 29 juin 1672 à un 2ème fils.
    En 1673, Pierre De Puget enterre son épouse Anne Nicole Godefroy et son 3ème enfant Marie morte née.
    Pierre De Puget décède à Paris le 26 décembre 1674.
    Pierre-Alexandre De Puget, le 2ème fils d'Anne Godefroy continue seul la descendance.
  3. Charles-Bertrand De Puget le préféré, né le 29 juin 1672 durant le mariage est capitaine du régiment de Picardie, major de Bapaume et de Calais puis conservateur du musée Calvet à Avignon.
    Il épouse Madeleine Le Prévdt avec qui il a 3 enfants : 1 fille et 2 fils qui ne laissent pas de descendance.
    L'oncle soutient financièrement les études de son neveu Pierre-Alexandre et lui attribue les titres et le domaine.

Qui sont les De Puget-Barbentane ?

Au testament de 1599, François De Cabassole, famille d'Arles du Vaucluse s'unie à la famille De Puget, instituant Jean-Baptiste De Puget, son arrière-neveu, héritier du nom et des armes de coseigneur de Barbentane.
Le village de Barbentane du canton de Châteaurenard et d'Entraigues-sur-Sorges est situé à 100 km de Marseille dans le Nord des Bouches du Rhône, à 10 km au Sud d'Avignon et borde le département du Gard.
En 1793, le village Barbentane où vit 2 308 habitants est réputé par sa Montagnette, proche de la tour carrée Anglica qui domine de ses 28 m le village.
Le village Barbentane est célèbre pour son bac sur la rive Sud de la Durance qui permet de se rendre à Arles et par sa large plaine fertile riche de ses champs de blé, de fèves, d'oliviers et d'amandiers.
Son père Joseph Pierre Balthazar Hilarion De Puget(1723-1811) marquis de Barbentane, né à Paris en 1723.
Capitaine de cavalerie au régiment de Schomberg, chambellan de Philippe d'Orléans, ministre plénipotentientaire du roi auprès du grand-duc de Toscane de 1766 à 1793.
Il épouse de Charlotte Françoise De Mesnildot et décède le 23 juillet 1811 à Paris.
De l'union, le couple a 3 enfants :


  1. Elise, Aglaé De Puget-Barbentane née en 1750 à Paris épouse de Philippe-Antoine Vogt-D'Hunolstein.
  2. Hilarion, Paul, François, Bienvenu De Puget-Barbentane, né le 07 mars 1754 à Paris. Epouse le 13 avril 1784 Adélaïde Joséphine De Girardin.
  3. Henriette De Puget-Barbentane née en 1755 à Paris épouse de Jacques Le Prestre De Vauban.
Le général Hilarion De Puget-Barbentane se marie à Ermenonville, proche de Senlis à la famille Girardin qui lui sauve sa vie.
Son beau-frère Cécile-Stanislas Girardin avocat, et député du Tiers d'Etat du baillage de Senlis, député de la Convention Législative pour l'Oise lui épargne par 2 fois sa tête de la guillotine.
En 1769, Hilarion, Paul De Puget-Barbentane est sous-lieutenant au 12ème régiment de cavalerie du duc d’Orléans, l'ancien régiment de cavalerie "du Dauphin" en garnison à Pont à Mousson. Il est nommé rapidement colonel.
Le 17 mai 1770, l'Assemblée Législative supprime les droits seigneuriaux et les privilèges.
Le 10 mars 1788, maréchal de camp du régiment d'Aunis à Aire, il est envoyé en octobre à Caen pour vaincre la rébellion et relever le régiment Bourbon.
En 1789, avec l'aide de Charles-Michel De Vilette et de son beau-frère Cécile-Stanislas Girardin, ils rédigent ensemble les cahiers du baillage de Senlis.
Hilarion, Paul De Puget-Barbentane se présente en temps que député au baillage de Senlis contre Charles De Lameth, il n'est pas élu.
Le 06 octobre 1791, lieutenant-colonel du 61ème régiment des côtes à Brest fusionne avec l'Armée des côtes de Cherbourg et s'amalgame au 10ème bataillon de Paris pour servir dans le Comtat Venaissin.
Le 15 janvier 1792, il est nommé à la 8ème division militaire des Bouches du Rhône et du Var sous les ordres du commandant Jean-Baptiste La Rivière marquis De Coincy et du lieutenant-général Jean De Félix, comte de Muy.
Le 26 février 1792, Hilarion, Paul De Puget-Barbentane prend le commandement du 5eme régiment des volontaires du Bouches-du-Rhône et du Var.
A la tête du régiment des gardes nationaux de Marseille ils attaquent la caserne d'Aix en Provence où le régiment suisse d'Ernst est en garnison. Le major Louis De Watteville dirige le régiment bernois et ordonne à ses hommes de déposer leurs armes, ils obéissent avec la promesse écrite que les armes leurs soient rendues.
Le 27 février 1792, Hilarion, Paul De Puget-Barbentane est destitué pour avoir désarmé les gardes suisses en conflit contre la garde nationale lors de son commandement à Aix en Provence, c'est le dernier cas de destitution de l'ancien régime.
Le 8 mars 1792, Hilarion, Paul De Puget-Barbentane est traduit devant un conseil de guerre, il accusé par le ministre de la guerre Louis De Narbonne.
Cécile-Stanislas Girardin président de l'Oise en 1790, mari de sa sœur le défend ardemment et proteste vigoureusement devant les députés de l'assemblée législative de l'extrême bravoure de son beau-frère qui a évité un massacre à Aix et signale le patriotisme révolutionnaire du général puisqu'il est membre de la société des jacobins. Il est acquitté et réintégré dans l'Armée du Var avec son grade, le 15 avril 1792.
Les 2 jours suivants la destitution Hilarion, Paul De Puget-Barbentane, Louis XVI annonce la démission de Louis De Narbonne de son ministère.
Le 26 mai 1792 Hilarion, Paul De Puget-Barbentane restitue les armes aux gardes suisses à Aix et Louis De Watteville promu colonel ramène le régiment à Nyon en Suisse.
Le 07 septembre 1792 Hilarion, Paul De Puget-Barbentane est nommé général de division, il prend le commandement de l'artillerie sous les ordres de Jacques D'Anselme à la tête de l'armée du Var qui s'empare le 27 septembre 1792 du comté de Nice appartenant au royaume Piémont-Sardaigne.
Le 14 septembre 1792, à la tête de l'Armée du Var, il reçoit l'ordre des représentants du peuple Moïse Bayle et Bossuet d'arrêter à Avignon son ami l'administrateur des Bouches du Rhône, François Rebecqui qui soulève le Midi contre la Convention Nationale.
Hilarion, Paul De Puget-Barbentane refuse de prendre part à l'arrestation de François Rebecqui.
Il est suspendu pour son refus d'exécution.
Il est libéré par Charles-Michel De Villette celui avec qui il a rédigé les cahiers de baillage de Senlis en 1789 et qui est député de l'Oise depuis le 04 septembre 1792.
Le 08 mars 1793, il est réintégré sous les ordres de Kellermann, général en chef de l'Armée d'’Italie jusqu'au 08 mai 1793.
Le 20 mai 1793, il est reversé avec son régiment dans la 1ère division de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le 07 aout 1793, il prend le titre de 5ème commandant en chef de l'armée des Pyrénées-Orientales après le général Pierre Poinsot qui l'a commandé provisoirement.
Le 27 août 1793, Luc-Siméon Dagobert découvre furieux au cœoeur des montagnes du Conflent l'avancée des troupes espagnoles et le recul des positions des détachements aux ordres du commandant Hilarion, Paul De Puget-Barbentane.
Il propose à Joseph Cassanyes, commissaire du peuple de laisser sa garnison à Mont-Louis pour défendre la citadelle de Perpignan.
Le 03 septembre 1793, Hilarion, Paul De Puget-Barbentane avec une imposante passivité assiste à l'avancée des troupes espagnoles au moulin à Orles dans la plaine du Roussillon mais l'artillerie de Pierre Banel sur la berge de la rivière Basse bloque l'avancée.
Le 04 septembre 1793, il décharge de sa responsabilité de commandant en chef et de protecteur de la citadelle de Perpignan à son chef d'Etat-Major Gaspard Giacomoni qui a repoussé l'ennemi la veille. L'unique stratégie de Gaspard Giacomoni est de quitter Perpignan qu'il considère perdu, il demande à Hilarion, Paul De Puget-Barbentane de se réfugier dans la forteresse de Salses pour préserver l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le régiment de cavalerie de la forteresse de Salses assure la liaison à travers les Corbières entre le Q.G de Narbonne et la citadelle de Perpignan.
Hilarion, Paul De Puget-Barbentane confie le commandement de la citadelle de Perpignan au général Eustache-Charles Daoust qui devient par intérim le 6èmè commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales et le responsable des opérations.
Eustache-Charles Daoust est un aristocrate mais avant tout un grand militaire. Il est pressé d'agir et de repousser les bataillons espagnols et il devient le héros et le vainqueur de la bataille de Peyrestortes sans la présence de Hilarion, Paul De Puget-Barbentane.
Le repli de Hilarion, Paul De Puget-Barbentane est interprété par le comité de Salut Public comme un acte de faiblesse, de lâcheté et de fuite contre les troupes espagnols.
Hilarion Joseph De Puget-Barbentane réfugié à Narbonne ne donne plus de signe de vie, seul son aide de camp Gaspard Giacomoni continu la correspondance officielle avec le comité du Salut Public.
Le 11 septembre 1793, Hilarion Joseph De Puget-Barbentane donne sa démission du poste de commandant en chef et s'enfuit à Toulouse où il est arrêté.
Le 14 septembre 1793, libéré par des complices, il regagne Paris où il est arrêté pour être traduit devant le tribunal révolutionnaire.
Louis-François, comte De Ferrières allié de l'aristocratie est indicateur en repérage dans les prisons, le trouve enfermé dans la prison du Luxembourg et il réussi par un jeu de complicité de le remplacer de la liste des exécutions par un autre.
Hilarion, Paul De Puget-Barbentane une fois encore échappe à la guillotine au moment même où à l'Hôtel de Ville, les robespierristes sont arrêtés et exécutés.
Le 05 octobre 1795, il participe à l'insurrection royaliste à Paris au coté de son ami Pierre-Antoine Antonelle, il est destitué de l'armée puis arrêté.
Le 20 novembre 1795, relâché, il est réintégré avec son grade par Charles Augereau, il sert dans l'Armée d'Italie comme commandant de la 1ère division jusqu'au départ des Anglais le 08 juillet 1796.
Le 18 septembre 1796 de nouveau destitué pour avoir relâcher des fédéralistes.
Le 21 février 1797, il est réactivé pour servir dans l'armée de Rhin-et-Moselle comme commandant de la 2ème division militaire jusqu'au 19 février 1798.
Le 01 septembre 1798 son bataillon est dissout.
Le 10 aout 1809, il prend sa retraite militaire et publie ses mémoires à Milan en Italie en 1827.
Hilarion, Paul De Puget-Barbentane décède le 27 mars 1828 à Paris à l'âge de 74 ans.