Sources : "Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution." Jomini A.H.-édition Paris 1820-1824.
"...Plus la victoire est belle, plus triste est le silence qui retombe sur les ruines..." Michel Déon.



Après la bataille du mas Deu le 19 mai 1793, Louis Charles De Flers, commandant en chef des Pyrénées-Orientales pour désenclaver Perpignan suite à l'arrivée de 7 bataillons en renfort ordonne au capitaine Victor Andréossy et au chef du génie Marc-Antoine Vialis de construire le camp de l'Union au sommet de la colline du Serrât d'en Vaquer face au campement espagnol.
En 1793, Perpignan situé à droite de la rivière Têt qui se jette dans là méditerranée à 8 km compte une population de 13 558 h autour du palais des rois de Majorque au sommet de la colline "del rey" domine la plaine.
Venant de France par la route de la commune de Salses, l'entrée de la ville se fait par la traversée d'un pont moitié en pierres, moitié en briques pénètre dans le faubourg par la porte de Notre-Dame du Castillet et à droite de l'église jésuite et le couvent des capucins.
Perpignan, la capitale est divisée en 2 par la rivière "Vasse" ou Basse en français.
La ville neuve des Tanneries, en catalan Blanquerias et la ville ancienne sur la rive droite qui se prolonge sur les 2 collines du puig Sant Jaume et du puig Santa Maria de la Réal.
L'ensemble des maisons sont entourées par la citadelle d'une double enceinte de rempart de pierres et de briques, percée par 5 portes.
En 1274, Jacques II de Majorque construit le palais royal, fortifié par une enceinte avec une courtine bâti par Pierre IV d'Aragon.
Charles Quint ordonne à l'ingénieur Benedetto di Ravenna et à son commandeur Juan Ramirez de consolider l'enceinte médiévale au Sud par une double muraille.
En 1504, Juan Ramirez applique le plan identique de la citadelle de Turin une structure de 5 bastions confie les travaux à l'ingénieur Francisco Ramiro Lopez, père légitime de ce rempart avec une avancée défensive à redans.
En 1556, son fils Philippe II d'Espagne continue l'œuvre du père avec son architecte Giovan Battista Calvi qui construit l'ouvrage avec 6 bastions terminé en 1577 après 20 ans de travaux.
Le tracé frontal de l'enceinte avec cette succession d'angles saillants et rentrants que sont les bastions et les décrochements qu'entourent des profonds fossés paraît imprenable.
En 1659, lors de la cession de Perpignan espagnol au royaume de France, la capitale catalane n'’a rien à envier aux cités culturelles du Languedoc ou de la Narbonnaise.
Lors de sa visite Vauban trouve l'ouvrage de Philippe II fonctionnel.
Vauban détruit les fabuleuses défenses tournées vers la France et procède à la construction des demi-lunes.
A l'intérieur, il s'appui sur l'ouvrage à redans de Charles Quint pout bâtir une 2ème enceinte bastionnée et dévie la porte d'Espagne par l'ouverture de la porte Saint Martin.
L'impressionnante citadelle enserre avec ses colosses remparts et ses profonds fossés.
La ville avec ses maisons construites en hauteur qui préservent la fraicheur des rues étroites reliant les quartiers des 4 paroisses:
  • Sant Joan, siège des pouvoirs des citadins de la collégiale.
  • Sant Jaume paroisse des riches jardiniers.
  • Santa Maria de La Réal, paroisse des confréries de pénitents.
  • Sant Matheu, paroisse des artisans et des corps de métier.

Le 25 juin 1793, l'Armée de la Catalogne libre de ses mouvements après avoir établi un blocus de 32 jours à la forteresse de Bellegarde n'a qu'un seul objectif la prise de la citadelle de Perpignan.
Des espions informent du climat malsain qui règne dans la ville entre les administrateurs et les généraux du Q.G. de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le commandant en chef Louis Charles De Flers concentre une partie de son effectif à la formation des volontaires inexpérimentés et renforce par des redoutes les remparts aux postes du Sud-Est et du Sud-Ouest car il a étudié les ruses qu'emploie le commandant en chef Antonio Ricardos.
Le 05 juillet 1793, le président départemental Jean-Etienne Sérane par arrêté remet les "farons" les signaux de feu des Usages de Catalogne, ainsi que l'alarme des clochers par le tocsin.
Pour augmenter la durée fixée à 35 jours de nourriture lors d'un siège de la citadelle, Jean-Etienne Sérane désigne des commissaires responsables et ordonne le transport à Carcassonne des archives, des actes et des titres précieux déposés chez les notaires.
La stratégie de l'Etat-Major espagnol est de ne pas établir une attaque frontale impossible par la position dominante du camp de l'Union au sommet de la colline mais de considérer le campement comme une forteresse.
La tactique employée pour prendre la citadelle de Perpignan est de contourner par les 3 ruisseaux au bas des remparts pendant que le maximum de militaires français sont fixés par le bombardement au camp et ne soutiennent pas la cible principale.
Les 3 ruisseaux sont :
  • La Llabanère
  • Le Ganganeil
  • La Basse
Ces cours d'eaux doivent servir de protection aux troupes espagnoles afin de déboucher par 2 ailes formant un demi-cercle à l'Ouest et à l'Est afin d'agir comme une tenaille sur la colossale enceinte.
Prévues le 13 juillet ses manœuvres sont reportées.
Le commandant en chef espagnol Antonio Ricardos, populaire au sein des habitants du département ne veut pas profiter des festivités nationales pour entacher ses exploits de lâcheté.
Le 15 juillet 1793, débute la bataille de Perpignan appelée bataille du camp de l'Union, nom de code "bataille du mas Ros" qui durent 3 jours et opposent les 20 000 hommes aux ordres de Louis-Charles De Flers contre les 28 000 hommes d'Antonio Ricardos.
L'ampleur de la mise en scène espagnole est phénoménale et déconcerte le Q.G des officiers français qui décrive l'arrivée de 5 colonnes face à Perpignan.
Il s'agit des 3 divisions gauche, centre, et droite escortées par 2 imposantes colonnes de cavaliers qui se déploient au Sud de la citadelle.
L'avant-garde des cavaliers de Soria aux ordres De La Union fixe les fantassins français avec l'appui de 400 artilleurs à la tête de Manuel Cagigal après la mise en place de batteries de 27 canons de 8 à 1 600 m face à la colline du serrât d'en Vaquer qui tirent sur le campement de l'Union.
Luc-Siméon Dagobert impétueux tombe dans le piège des tirs de l'avant-garde espagnole.
Le général court avec ses 1 450 hommes dans tous les sens devant le vacarme du déluge de fer qui ricoche sur la terre sèche.
Luc-Siméon Dagobert traite d'inactif la patiente et le sang-froid de son commandant en chef Charles De Flers qui lui demande d'économiser ses munitions puisque les boulets n'atteignent pas la cible et ne font pas de mort.
Luc-Siméon Dagobert frustré ne dirige pas la bataille, il contient ses ardeurs contraires à son style et il exécute les ordres du commandant en chef Louis-Charles De Flers.
Le 17 juillet 1793, dans la nuit à 3 heures du matin, les divisions espagnoles se mettent en marche.
La division gauche au Sud-Ouest par rapport à la citadelle aux ordres Pedro Alcantara Tellez-Giron, duc d'Osuna est appuyée par l'imposante colonne des cavaliers de José Urrutia et des frères Rafael et Pedro Adorno venus de la commune de Corbère.
La division se dirige vers le hameau du Vernet proche de la commune de Saint Estève.
Face à eux, le colonel Eustache Daoust, Vernède et Goguet a la tête du 1er-le 6ème bataillon des volontaires de l'Hérault et des 7ème-4ème bataillons de l'Aude.
Louis-Charles De Flers sait que son aile est faible mais il veut profiter de l'avantage d'être en hauteur pour connaître leur déplacement, il demande à ses officiers François Darut Grandpré et Joseph Timoléon d'Hargenvilliers de fondre sur eux en contre-attaque face au Sud-Ouest des remparts vers la colline du Vernet pour retarder et défaire la liaison des divisions espagnoles entre le marquis Las Amarillas et le duc d'Osuna, Pedro Alcantara.
La manœuvre du terrain est difficile par la présence de l'aqueduc des Arcades et les canaux qui alimentent en eau le camp de l'Union qui sont des obstacles qu'il faut contourner.
Les artilleurs de Pierre Banel font un fantastique travail malgré l'insuffisance des canons. Ils les ont attelé à leurs caissons pour former des véhicules à 4 roues qu'ils déplacent avec les chevaux pour détruire les redoutes établies sur la route de la forteresse de Salses par les artilleurs de Manuel Vives.
La cavalerie aux ordres de Joseph Timoléon d'Hargenvilliers repousse en désordre les cavaliers ennemis des 2 fils du ministre de la guerre Adorno.
La division du centre au Sud par rapport à la citadelle aux ordres de Jeronimo Giron-Moctezuma marquis Las Amarillas vient du village de Thuir sur le plateau du mas Ros avec l'impressionnante colonne des cavaliers du prince de Monforte.
Face à eux Louis-Charles De Flers établit : Luc-Siméon Dagobert, Jean Massia, Etienne Baude et Mellinet avec 1 450 fantassins du 2ème bataillon, la cavalerie Duga appuyée par le colonel Jean Fabre Lamartillière et les 325 artilleurs du Gard avec 27 canons.
Rapidement, il met en place la tactique de la division gauche en renforçant leur position par l'envoi des officiers Gaspard Giacomoni- Armand-Charles Le Lièvre, comte La Grange et Hilarion Puget, marquis de Barbentane qui doivent rejoindre au hameau Nyls proche de la commune de la butte de Canohes et des moulins d'Orles.
Sa division de droite au Sud-Est par rapport à la citadelle les 4 escadrons de cavalerie du régiment des gardes wallonnes aux ordres de Juan Curten avance par la route de Pollestres et progressent avec 1 650 fantassins vers la commune de Cabestany.
Face à eux Louis-Charles De Flers établit des redoutes au Sud-Est à Cabestany 1 400 fantassins aux ordres du lieutenant-colonel Dominique Catherine Pérignon de la 3ème compagnie de Lavaur, 8ème bataillon des volontaires de la Gironde appuyé par Jean-Jacques Laterrade avec le 7ème régiment des volontaires du Gers, de la cavalerie de la légion et des artilleurs de Pierre Poinsot baron de Chansac avec le 1er et 8ème bataillon du Cantal.
Louis-Charles De Flers patient avec son expérience militaire s'aperçoit d'une faille dans le dispositif espagnol.
En effet, les 3 contingents sont bien arrivés à leur destination prévue mais sont trop éloignés pour se soutenir mutuellement.
Antonio Ricardos et son E.M. prend tous les risques pour attaquer Perpignan, ils scindent les 3 divisions comme 3 armées qui appliquent une disposition de combat de siège.
Le génie de la guerre et l'art militaire De Flers se révèlent, il comprend la faiblesse de ce combat de masse ainsi que l'ambition et la rivalité de ses généraux, il transforme le combat de masse en combat de mouvement malgré son infériorité militaire, il multiplie l'énergie des assauts pour disloquer les barricades des divisions.
Louis-Charles De Flers renforce l'effectif de ses ailes pour porter leurs attaques sur les troupes isolées et par leurs combats, il repousse en désordre les unités pour éviter leur réunification.
Le 17 juillet 1793, Perpignan n'a pas capitulé, le désastre prévu par la population n'a pas eu lieu.
François-Xavier Llucia ne se trompe pas dans sa lettre du 16 mai 1793 quand il écrit au ministre de l'intérieur :
"...Le courage du général De Flers depuis son arrivé a donné de la vie à nos troupes..."
C'est une belle victoire française de l'Armée des Pyrénées-Orientales et Louis-Charles La Motte-Ango De Flers est fier d'avoir gagné la bataille de Perpignan et du mas Ros.
Il savoure le plaisir d'être le 1er commandant en chef à vaincre le talentueux chef de guerre Antonio Ricardos, il a une pensée pour son prédécesseur et ami Mathieu Marchant De La Houlière.
Les destructions sont importantes sur la muraille et les blessés si nombreux que l'hôpital Sant Joan de Perpignan est rapidement saturé, aussi Louis-Charles De Flers mobilise les autorités pour transformer l'ancien couvent des Cordeliers en hôpital saint Martin et donne l'ordre de déplacer les enfants abandonnés de l'hospice pour que le bâtiment devienne l'hôpital de la Miséricorde.
Le lendemain de la défaite, les divisions espagnoles se retirent au campement du mas Deu.