Source : "Histoire critique et militaire des guerres de la révolution." Jomini A.H.-édition Paris 1820-1824.

Joseph Puget, marquis De Barbantane, 5ème commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales avec une imposante passivité assiste à l'avancée des troupes espagnoles dans la plaine du Roussillon.
Le 04 septembre 1793, il se décharge de la responsabilité de protecteur de la ville de Perpignan à son chef d'Etat-Major Gaspard-Vincent Giacomoni qui a repoussé l'offensive espagnole le 03 septembre 1793, au moulin d'Orles proche du Vernet avec l'appui des artilleurs de Pierre Banel.
Le moulin d'Orles est un groupement de maisons et de granges proche du bois qui borde la rivière Basse.
Sa protection est assurée par le 3ème régiment de la cavalerie nationale de Montpellier et le 2ème régiment des hussards arrivés en renfort le 13 mai 1793 sous les ordres du Tarbais Charles-Louis Gau-Fregeville.
L'unique stratégie de Gaspard-Vincent Giacomoni est de quitter la citadelle de Perpignan qu'il considère perdu déjà sans se battre.
Il conseille au commandant en chef à Joseph Puget-Barbantane de se réfugier dans la forteresse de Salses pour préserver les garnisons de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Ce repli militaire est interprété par la population et les militaires comme un acte de faiblesse, de lâcheté et de fuite envers les troupes espagnoles.
La cavalerie de la forteresse de Salses assure la liaison à travers les massifs des Corbières entre la citadelle de Perpignan et la ville de Narbonne.
Dès le 27 août1793, Luc-Siméon Dagobert resté dans la haute Cerdagne apprend furieux au cœur des montagnes, la fuite du chef de l'Armée Joseph Puget-Barbantane.
Son refus de combattre les troupes espagnoles scandalise le général qui propose au commissaire du peuple Joseph Cassanyes de quitter sa garnison au fort de Mont-Louis pour défendre la ville de Perpignan.
Joseph Cassanyes refuse à Luc-Siméon Dagobert le commandement et son arrivée.
Il lui demande de rester en haute Cerdagne.
Joseph Barbantane confie le commandement de la citadelle de Perpignan à un seul homme Eustache Daoust qui devient le 6ème Commandant en chef par intérim de l'Armée des Pyrénées-Orientales et le responsable de l'Etat-Major des opérations.
Eustache Charles Daoust est un grand militaire aristocrate et un fin stratège.
Son prestige n'est plus à faire car il fut l'aide de camp du vicomte de Rochambeau puis celui d'Armand-Louis Biron.
Avec cette nomination, le nouveau commandant en chef est pressé d'agir et d'attaquer les bataillons espagnols.
Les divisions espagnoles prudentes sont mobilisées sur 4 secteurs :
  • Argelès.
  • Olette.
  • –
  • Ponteilla.
  • – Peyrestortes.
Ces 4 divisions ont une sérieuse faiblesse. Elles sont largement séparées et n'ont aucune liaison entre elles.
Cette absence de communication et ce manque de coalition retardent leur progression. Cette séparation évite la débâcle des troupes françaises lors de la bataille de Perpignan.
Le général Juan Curten prend possession avec les gardes wallonnes du bourg du Vernet.
Le Vernet est situé à 2 km de Perpignan : C'est un groupement de maisons proche de la rive de la rivière Têt.
Ce campement s'étire le long du canal d'arrosage où il a placé ses batteries de canons de 24 qui contrôlent la route de Narbonne.
Ses batteries bloquent l'intersection des chemins qui mènent aux bourgs de Saint Estève et de Peyrestortes.
En 1793, 225 habitants habitent le bourg Peyrestortes.
Ce grand bourg à 5 km de Perpignan est bâti sur un plateau de 95 m de haut.
La commune est protégé par son versant Est abrupte alors que celui du versant Ouest s'incline doucement vers la route de Salses qui se dirige vers la ville de Narbonne.
Le territoire de la commune très fertile est traversé par 3 ruisseaux affluents de la rivière Agly : La Llavanera, La Llobera, L'Oms.
Le 08 septembre 1793, le commandant de l'Armée de Catalogne Antonio Ricardos ordonne à la division de Jeronimo Giron-Moctezuma marquis Las Amarillas de quitter le bourg de Saint Estève par le chemin du village Baixas pour prendre son campement sur la colline de Peyrestortes.
Cette division espagnole doit attaquer en revers les 4 000 fantassins français du camp de L'Union aux ordres d'Eustache Charles Daoust nouveau commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales installés au bourg de Rivesaltes.
La cavalerie de Jeronimo Giron-Moctezuma forte en chevaux, démontre sa présence en descendant plusieurs fois le flanc de la colline pour surveiller et surtout intimider les artilleurs de Joseph-Charles Mondredon qui a remplacé le général Louis Lemoine sur le flanc de la colline du Vernet.
La division du marquis De Las Amarillas vient d'attaquer et vaincre les troupes françaises au hameau du Vernet.
Le 12 septembre 1793, Joseph Puget-marquis de Barbantane réfugié dans la cité de Narbonne ne donne plus de signe de vie.
Joseph Puget De Barbantane a donné sa démission.
Il a fuit à Toulouse ou il est arrêté, puis libéré par des complices bien placés du gouvernement.
Il regagne Paris pour se cacher, il n'est jamais guillotiné.
Vincent Giacomoni, son aide de camp continu la correspondance officielle avec le Comité du Salut Public à Narbonne.
Louis Lemoine a rejoint la citadelle de Perpignan pour des opérations de fortification sous les ordres du nouveau commandant en chef Eustache-Charles Daoust.
Pour dissiper la terreur d'un bombardement Eustache Charles Daoust a construit une redoute à la chapelle du Vernet, une autre au mas Vermeil puis celle du mas Anglade.
Il fait creuser des retranchements et des profonds terrassements :
  • Autour du moulin des 4 Casals
  • A gauche sur les hauteurs des jardins Saint Jacques.
  • Sur les collines en hauteur du village de Cabestany.

Dès 17 heures, les artilleurs de José Iturigaray à Cabestany commencent à bombarder.
Ce feu intense et incessant est localisé par le commissaire du peuple Joseph Cassanyes descendu à la rescousse de Cerdagne décide de détruire ces batteries avec l'appui des artilleurs de Louis Lemoine.
Le 17 septembre 1793, les 400 artilleurs d'Antonio Ricardos dès 2 heures du matin bombardent la citadelle de Perpignan.
Il a réparti 6 000 fantassins sur 2 fronts de la citadelle de Perpignan à l'Ouest et au Sud afin de bloquer les communications.
Eustache Charles Daoust avec ses 4 000 fantassins ramené du camp de l'Union partent en direction du Sud pour atteindre le sommet de la colline du Vernet car à cette hauteur la vision de la plaine s'ouvre largement.
Ils montent le canal en direction de la colline en formation sur 3 colonnes et une avant-garde d'observation.
  • La 1ère colonne avec les bataillons des volontaires du Maine et Loire à gauche sous les ordres de Louis Lemoine, appuyée par les artilleurs de Jean Lamartillière.
  • Celle du centre dirigée par Catherine Pérignon avec les 2 escadrons de Pierre Banel.
  • Celle de droite du 4ème bataillon des volontaires de l'Aude et 120 cavaliers s'élancent avec Soulheirac en tête appuyé par Ramel.
  • A gauche, le bataillon d'observation du général Soulheirac et 2 lieutenants grenadiers Jean Lannes et Anne-Charles Basset De Montaigu.

Après 2 km de marche, vers 4 h du matin ils affrontent la division espagnole de Juan Curten au Vernet.
Pendant 1 h 30 de tirs de canons, les artilleurs français sous le commandement de Louis Lemoine trouvent la solution.
Ils contournent au lieu dit " la poudrière" et ils débordent par la droite devant le vaste moulin pour éviter les troupes espagnoles de Juan Curten.
L'artillerie espagnole est prise à revers. Les bois sont en feu et l'odeur de cadavres des chevaux brûlés est insoutenable.
Durant toute la journée, le bruit sourd des canons s'amplifie sur les contreforts des massifs des Corbières.
Sous les ordres du général Eustache Charles Daoust, les généraux français Catherine Pérignon et Pierre Poinsot attaquent.
Ils reprennent la position perdue du Vernet aux espagnols.
Joseph Cassanyes veut combattre le campement espagnol de Peyrestortes.
Le commissaire du peuple élabore une stratégie de combat pour prendre entre les 2 feux le campement espagnol avec l'emploi de la division de Salses aux ordres du général de division Jacques, Gilles Goguet.
Jacques Goguet né en 1767 dans le port de commerce de La Flotte.
La Flotte, une commune sur la cote Nord de l'Ile de Ré face à la cote de Vendée en Charente-Maritime.
Le commissaire du peuple Côme Fabre est d'accord, il ne voit pas d'inconvénient.
Eustache Charles Daoust approuve le plan de bataille porte une réserve sur la crainte que la division espagnole du campement de Ponteilla se présente à l'arrière pour détruire leur offensive.
Sur les conseils du conventionnel Joseph Cassanyes, le général de brigade Jacques-Gilles Goguet médecin de l’université de Montpellier et garde nationale de cette ville en 1789.
Fin stratège quitte à 17 h la forteresse de Salses avec ses hommes.
Après un mauvais quiproquo un billet écrit par Eustache Daoust et apporté par le colonel Philippe De Vernède à la division de la brigade Louis Goguet à Rivesaltes stoppée durant 1 h .
A ce moment le colonel Philippe De Vernède et le commissaire du peuple Joseph Cassanyes se disputent et ont des propos malsains sur la conduite à venir par la division des renforts.
Continuer ou faire demi-tour vers Salses ?
Le contre ordre donne raison au conventionnel Joseph Cassanyes qui n'oublie pas les insultes tenues par le colonel Philippe De Vernède et lors de la prise du commandement en chef d'Amédée Doppet, il sert de ce prétexte dans son rapport pour le faire guillotiner.
Les troupes française sont sur un plateau étroit séparés par un profond ravin que forme le ru Llavanera.
Jeronimo Giron-Moctezuma marquis Las Amarillas n'a rien prévu pour bloquer ce ravin.
Le général Jacques Gilles Goguet reprend sa marche vers Peyrestortes.
Il tire 3 coups de canons pour signaler à la division du général Eustache Daoust son arrivée au Nord-Est du campement espagnol.
Les fantassins s'élancent baïonnette au fusil dans le ru Llavanera et ils surgissent devant les fantassins espagnols de Jeronimo Giron-Moctezuma surpris d'être pris sur le front avant ainsi que celui arrière.
Les 2 troupes sont si proches que seuls les baïonnettes et les sabres sont utilisés.
Les cavaliers s'élancent pour soutenir le camp du Vernet et durant ce combat l'escadron perd son chef Rafael Adorno se replient vers la route de Peyrestortes.
Rafael et Pedro Adorno sont les 2 fils du ministre de la guerre espagnol.
La nuit tombée rend le corps à corps plus difficile.
La garnison du général Soulheirac et les soldats de Salses gravissent par le flanc droit raide la colline de Peyrestortes.
Un élément fabuleux détermine la victoire. Le nombre des fantassins français se multiplient au fur et à mesure de la nuit car les hommes de Salses ne cessent d'arriver en renfort.
A 22 heures 30, l'enthousiasme des soldats est à son comble devant la fuite panique des divisions espagnoles surtout que la population de Perpignan avec à sa tête Sérane, le président du département s'est mélangée aux fantassins et cette foule dans l'obscurité accroit le nombre des combattants.
La retraite des espagnols se fait dans une totale confusion.
Le marquis Las Amarillas et ses fantassins s'aperçoivent de leur défaite .
Ils quittent la colline de Peyrestortes pour retourner au camp du mas Deu.
Juan Curten et ses hommes se retirent affaiblis vers le camp de Trouillas.
Cette journée décisive est belle pour le moral de nos soldats...
François Xavier Llucia écrit 2 lettres d'éloges à ce sujet qui sont lues à la tribune de la Convention Nationale.
Cette 1ère victoire française de la bataille de Peyrestortes marque l'arrêt des attaques espagnoles contre la citadelle de Perpignan.
La victoire a une influence capitale sur la suite des évènements militaires, elle décide de la retraite des troupes espagnoles.