Sources: "historia del pensamiento político catalán 1793-1795" par Ángel Ossorio-1977-Ediciones Grijalbo-México.



Le commandant en chef Antonio Ricardos vient de perdre la bataille de Perpignan.
L'Etat-Major espagnol abandonne définitivement le projet d'une nouvelle attaque.
La vigueur des fantassins et la précision des artilleurs français surprennent l'immobilisme de la division aux ordres de Pedro Alcantara, 9ème duc d'Osuna et fait échec à la stratégie d'encerclement de la citadelle décidée par son Q.G.
La population perçoit comme une faiblesse, l'abandon du siège contre la capitale du Roussillon et l'occupant qui n'avance plus.
Les fantassins blessés sont restés le long des berges de la Têt car l'armée espagnole a mis en place un hôpital militaire.
Les troupes espagnoles se retirent des berges de la rivière Agly et du plateau du village de Peyrestortes situées à 30 km des ravitaillements de Figueres trop éloignés et rendus périlleux par les embuscades militaires à travers la plaine.
Antonio Ricardos ordonne à ses divisions de se replier au campement du village de Trouillas.
Le village Trouillas="Trullas" en catalan à 80 m aux pieds des contreforts des Aspres, se situe à 12 km de Perpignan dans la plaine du Roussillon.
Trouillas par son carrefour est un lieu stratégique au croissement des routes menant aux communes de Ponteilla, de Terrats, de Villemolaque, de Fourques qui contournent les marécages.
Son territoire est traversé par 2 rivières d'Ouest en Est :
  • La Cantarrane qui se transforme en torrent quand il pleut formant une suite de méandres sur le plateau à la confluence du Réart.
  • Le Réart qui prend sa source au Nord de la ville de Céret délimite au Sud les communes de Passa à 4 km et de Villemolaque à 3 km pour se jeter dans l'étang de saint Nazaire.
Quand leurs lits sont asséchés, les 2 rivières forment des talus abrupts ou se replient et s'abritent les régiments.
En 1132, Les pèlerins construisent des abbayes le long du Reart entre le mas de la Garrigue et les terres de Mailloles.
Les terres de Trouillas sont données par Arnau de Llers en héritage à la commanderie des Templiers du mas Deu qui cultivent des champs de blés sur le territoire de Villemolaque proche du mas de Canterrane.
Depuis la route de Thuir à Elne, le pèlerin accède au village de Trouillas où l'un des 5 dignitaires du cloître d'Elne y demeure et possède l'un des plus beaux retables à la gloire des Saints Patrons Assiscle et Victoire.
Le vicomte de Castelnou, Gerona Udalgar 1er détache les terres du hameau pour les rattacher à l'archevé d'Elne.
Tous les soumatents descendus des montagnes sont venus soutenir les soldats espagnols.
La brutalité des opposants contre la constitution civile du clergé et le jeu des vengeances locales jouent un rôle fédératif dans l'acceptation de la violence pour que la population apporte le soutien aux troupes espagnoles.
Antonio Ricardos est l'homme fort de Trouillas.
C'est son repère. Les habitants lui sont entièrement dévoués et lui donnent le titre de "duc de Trouillas".
Le chef d'Armée de la Catalogne a installe son Q.G. dans la villa du procureur général François-Xavier Llucia.
La famille Llucia est une dynastie de noble marchand à Trouillas.
Son père Assiscle Llucia a reçu de son grand-père Jean Llucia, en héritage une propriété et des terres achetées en 1643.
Le campement espagnol s'étire au Nord en bordure de l'abbaye Saint Nicolas qui appartient aux moines de Sant Joan des Abadesses protégé de face par la colline du village de Ponteilla à 10 km au Sud-Ouest de la citadelle de Perpignan et se termine au gué du mas Villerach proche du hameau Nyls, ancienne possession du Mas Deu.
Depuis le 18 septembre 1793, jour de sa nomination de commandant en chef, le général Luc Siméon Dagobert, plein d'ardeur écrit un plan de bataille contre le camp espagnol à Ponteilla qu'il porte dans la soirée aux représentants du peuple qui l'approuvent et décident des combats pour le lendemain à l'aube.
Le plan de bataille établi un combat en oblique de 3 divisions par rapport au camp français de l'Union.
Luc Siméon Dagobert est certain de posséder la légitimité de s'occuper des biens de la nation mais surtout il arrive jaloux le soir de la victoire dans la plaine de Perpignan du général Eustache Daoust. Il qu'une seule idée, effacer la gloire du commandant en chef par sa fabuleuse victoire à Peyrestortes par cette bataille de Trouillas.
Luc Siméon Dagobert est aimé par ses soldats qui le considèrent avec ses cheveux longs et blancs comme un patriarche entreprenant, il trompe tous ses soldats avec son age avancé de 75 ans.
Une comédie qu'il exploite au maximum devant ses militaires en se levant à 4 h du matin alors qu'il n'a aucun mérite puisqu'il a 57 ans.
Il incarne la république, l'essence de la patrie fondée sur la tradition de l'honneur.
Le 22 septembre 1793, débute la bataille de Ponteilla, code de guerre "Trullas" contre les 17 000 Espagnols renforcés par l'arrivée du 2ème bataillon de Barcelone.
  • L'aile droite française, du général Eustache Daoust s'appuie sur la plaine de Perpignan.
    La division part sans conviction à 2 heures du matin du camp de l'Union face à Perpignan avec 5 000 hommes, renforcés du 6ème bataillon du Gard, du 3ème bataillon de la Drome aux ordres de Pierre Sauret.
    Elle ne presse pas la cadence. La division se présente sur le coté du front devant les berges de la rivière du Réart au pied des ruines du vieux moulin avec 4 h de retard.
  • Face à lui, au hameau de Nyls à 3 km du village de Ponteilla se tient les 4 bataillons de fantassins d'Antonio Ricardos et la cavalerie du comte De La Union.
    Le retard de la division d'Eustache Daoust permet à Antonio Ricardos, tacticien chevronné d'établir une stratégie éclair qui amène la victoire espagnole.
    Il recentre les cavaliers du comte De La Union pour briser la réunification entre les 2 villages de Thuir et de Trouillas de l'aile de Louis-Antoine Goguet avec la division centrale aux ordres de Luc Siméon Dagobert.
    Cette séparation déstabilise et bascule le dispositif offensif du plan.
    La cavalerie aux ordres de Louis Lemoine et celle du général François Nicolas Mathias chargent l'ennemi mais le manque de cohésion fait que les cavaliers rebroussent chemin en direction du village de Canohes devant l'agressivité des 38 canons des artilleurs espagnols.
  • Au centre, Luc-Siméon Dagobert avec la 2eme compagnie du Bec d'Ambes, la 13ème compagnie de la Haute Garonne et la 2ème compagnie du Lot sont situées au village de Ponteilla.
    L'artillerie française partie des hameaux d'Orles et de Toulouges se place mitoyenne à la division gauche.
    Devant la déplorable attitude des 2 ailes qui ne lui apportent pas de soutien.
    Luc-Siméon Dagobert prend l'offensive en formant 3 colonnes.
  • La 1ère colonne doit détruire au corps à corps et à la baïonnette la grande redoute de 6 canons de 24 du duc d'Ossuna face à lui.
  • La 2ème colonne à travers les ravins et les berges du Réart doit faire une brèche entre les 2 communes de Ponteilla et de Trouillas.
  • La 3ème colonne sert de réserve.

  • Face à lui, les fantassins aux ordres du duc d'Ossuna et les artilleurs du baron Kessel ont installé 12 canons de 24.
    Le commandant en chef espagnol Antonio Ricardos prévoit les intentions offensives de Luc Siméon Dagobert.
    Il laisse effectuer la tactique de duperie par le duc d'Ossuna contre cette attaque frontale.
    La mise en place du piège est l'arrêt des tirs des canons espagnols pour laisser pénétrer les rangées de fantassins dans le secteur de la mitraille, puis lancent une pluie les boulets qui explosent sans qu'aucun soldat ne puisse trouver d'abri.
    Les hommes tombent comme des quilles.
    Au même moment, les 2 ailes espagnoles de Juan Curten et du comte De La Union se replient sur la 2ème colonne.
    Les 3 divisions enveloppent la colonne française comme un cercle de feu.
    Luc Siméon Dagobert résiste, désespéré se rallie à sa colonne de réserve, qui veut se replier.
    Dans une crise de démence, le général ne retient plus sa folie, il tire dans tout les sens et il tue les 20 soldats du régiment Vermandois venus l'informer qu'ils se rendent.
    Il conduit la colonne de réserve pour se réfugier dans la forêt des Aspres, proche du village Sainte Colombe.
  • L'aile gauche française, aux ordres du général de division Jacques Gilles Goguet part la veille, le 21 septembre 1793 à 22 heures depuis le plateau de Peyrestortes.
    Jacques-Gilles Goguet dirige le 6éme bataillon du Bec-d 'Ambes, le bataillon du Tarn.
    Il est secondé par la compagnie de Dominique Pérignon et de la cavalerie de Jean-Pierre Ramel.
    La division marche sur la route de Thuir arrive en retard par l'abandon des guides somatents à l'approche du lieu des combats, elle s'appuie sur le massif des Aspres devant le village de Thuir à 2 km de Trouillas.
    Jacques-Gilles Goguet ne connaît pas le champ de bataille prend un autre sentier et il se positionne au niveau du ruisseau de la Cantarrane.
    Sa redoute est dirigée sur la mauvaise cible.
    Le général Jacques-Gilles Goguet confond le village de Thuir avec celui de Trouillas.
    Toute la matinée ses canons tirent sur le village de Thuir et détruit sa muraille.
    Dans le plan de Luc Siméon Dagobert, le village de Thuir doit être contourné en silence pour éviter l'encerclement et se porter devant Trouillas.
    C'est le résultat contraire qui se produit.
    Dés leur progression vers le hameau de Llupia, c'est le désarroi des premières brèches de l'aile gauche, les fantassins français sont surpris par les tirs violents des artilleurs autour des 12 canons de 24.
    Jacques-Gilles Goguet en présence d'une concentration de fantassins aux ordres de Juan Curten et du renfort De La Union ne songe plus à une attaque frontale contre le village de Trouillas, synonyme de suicide pour sa division, il se retire à 1 km de Thuir à l'abri dans une forêt d'oliviers.
  • Face à lui, le village de Thuir possession des espagnols se tient le régiment de Juan Curten et 3 000 fantassins aux ordres de José Siméon Crespo qui font 4 percées, se battent durant 17 heures.
La bataille se termine à 22 heures.
La perte des troupes françaises est considérable.
Le lit de la rivière Cantarrane est jonché de morts et les berges ressemblent à un long charnier où les corps s'entremêlent.
C'est une sévère défaite française puisque les 2/3 des troupes françaises ne reviennent pas au campement créée par la méconnaissance du terrain et l'incompréhension dans les directives.
Rien ne va plus, chaque officier rejette la faute sur l'autre.
La défaite amère entraine des pertes considérables sur l'effectif de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Les généraux Charles Eustache Daoust et Jacques-Gilles Goguet critiquent Luc Siméon Dagobert devant la commission des représentants du peuple, interviennent dans la décision du manque de coordinations dans la stratégie de guerre.
Luc Siméon Dagobert reproche à ses 2 généraux leur manque de conviction et de soutien durant l'attaque, les 2 généraux rétorquent .."N'avoir reçu aucun ordre durant la bataille."
Le 29 septembre 1793, Luc-Siméon Dagobert démissionne de son poste de commandant en chef et il retourne avec sa division dans les massifs de Cerdagne.
Le 16 octobre 1793, Pedro Alcantara 9eme duc d'Osuna reconnaît ses erreurs par l'attentisme de sa division lors de la bataille de Peyrestortes, le général espagnol n'a plus sa place au sein de l'Armée de la Catalogne.
Le ministre Manuel Godoy le mute dans l'Armée de Navarre.