Depuis 1308, Prats de Mollo à 740 m d'altitude est la capitale catalane des tisserands et des pareurs de draps.
Sur le Firal à la porte de "France" ses foires font sa réputation dans toute la Catalogne.
Prats de Mollo est une ville coupée en deux par le torrent "la Guillema" .
C'est au pied du massif Roca Colom (2 300 m) à l'Ouest du village que la rivière Tech prend sa source.
Cette rivière a creusé la vallée dans le bas du village.
Cette commune est très accueillante car chaque maison reste ouverte généreusement pour rendre l'hospitalité.
  • A l'Ouest, la ville haute avec ses rues étroites tortueuses en escaliers est dominée par son château médiéval actuellement détruit.
  • A l'Est, la ville basse abrite les maisons anciennes et l'église sainte Juste et sainte Ruffine, elle est reliée à la ville haute par un pont.

  • Au Sud du village, le pic de Costabona domine à 2 465 m.
    Au Nord surgit le pic de Sethones (2 660 m).
    La forteresse Lagarde est un balcon accroché sur le versant Nord-Est domine la ville de Prats de Mollo comme une sentinelle toujours en éveil.
    Au Nord, la porte de la Fabrique derrière l'église et le cimetière avec son tunnel est une voie de repli militaire, elle permet d'accéder au fort Lagarde.
    Le projet de Vauban pour bâtir la forteresse Lagarde est trop cher et trop ambitieux, il n'est jamais terminé par l'ingénieur français Jacques Borelly De Saint Hilaire.
    La réalisation de la citadelle est 2 fois plus petite que celle prévue au départ par le plan de Vauban.
    Le fort Lagarde prévoit d'occuper une garnison de 480 hommes mais seulement 260 soldats y demeurent.
    Au pied du village de Prats de Mollo, la forteresse apparaît majestueuse avec ces 3 niveaux de protection peut résister à un lourde artillerie et elle est adaptée au relief rude de la montagne.
    En 1686, le donjon de 1677 en forme pentagonale au centre de la citadelle enveloppe la tour médiévale de La Gardia qui sert de poudrière est agrandi à 2 niveaux :
    Le 1er niveau comprend : La citerne, la cuisine et le four qui sert de boulangerie.
    La chapelle Sant Joan le Baptiste, la salle d'arme avec son arsenal de munition et ses cordages et enfin la Poterne, cette porte dérobée pour le repli des soldats.
    Le 2ème niveau : Les 14 chambres des officiers, celle du gouverneur, celle de l'aumônier puis celle de l'ingénieur des artilleurs.
    Cette forteresse n'est pas imposante avec ses 4 frontons.
    • Les 2 frontons Nord et Est sont bordés par des ravins profonds.
    • Le fronton Sud face au donjon est agrandi avec sa contregarde, son redan Saint Margherita et sa corniche droite.
    • Le fronton Ouest le plus vulnérable avec sa tour carrée et sa salle d'arme où sont en garnison la 3ème compagnie du 2ème bataillon du 79ème régiment de Champagne et le bataillon national des artilleurs de Nantes comprenant 220 hommes sous les ordres du capitaine Lafraise.

    Le 25 mai 1793, après la prise du fort "les Bains" (Banys d'Amélie), le commandant espagnol Antonio Ricardos envoi les fantassins de Navarre et la compagnie de Castille aux ordres du colonel Pedro Alonso prendre possession du fort Lagarde.
    Le 28 mai 1793, le blocus de la forteresse Lagarde débute par l'’occupation des 4 portes d'entrée de la citadelle où tout ravitaillement en nourriture et en munition est interdit.
    Le commandant en chef des Armées des Pyrénées-Orientales Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers décide de porter secours et établir une diversion aux troupes espagnoles du blocus.
    Le 25 mai 1793, le général en chef envoi un convoi de vivres depuis la citadelle de Perpignan en direction du village de Villefranche du Conflent aux ordres du capitaine Emmanuel Viennet comprenant 8 compagnies de volontaires des Pyrénées-Orientales et de l'Aude.
    Le 26 mai 1793, le convoi de vivre arrive le matin à Villefranche du Conflent ou la ville est couverte d'une neige abondante qui tombe depuis 2 jours.
    Les 350 miquelets pisteurs de la ville de Prades se joignent au convoi pour en prendre le relais.
    Ces chasseurs de montagne connaissent le chemin au Sud-Ouest du pic Roujeat dans le massif du Canigou et les soldats transportent chacun 25 livres de farine.
    Les miquelets français sont une troupe légère armés de 2 pistolets baïonnettes et d'un fusil court.
    Les miquelets sont souvent confondus dans les textes militaires aux somatents catalans qui eux sont des paysans armés dans la population.
    Les compagnies des miquelets français sont payées comme les troupes étrangères coalisées.
    Elles sont composées de 70 soldats aux ordres de 2 capitaines et de 2 lieutenants qui ne parlent que le catalan et appartiennent tous au Roussillon.
    Leur uniforme consiste a un "bambeto" : C'est une casaque large et longue qui arrive à mi-cuisse.
    Un gilet court avec 2 rangés de boutons couleur or qui est ajusté sur une culotte ronde sans jarretières retenue à sa taille par une large ceinture de couleur rouge qui supporte la bourse et les cartouches.
    Les miquelets sont reconnaissables par la "baratina" leur fameux bonnet de laine rouge qui fait d'eux des patriotes républicains.
    A leurs pieds des "espardenyas" des espadrilles à corde qui leur permet rapidement de sauter de rocher en rocher sans faire de bruit.
    Le 29 mai 1793, au village de Villefranche du Conflent, le commandant du détachement Emmanuel Viennet n'attend pas l'arrêt des chute de neige pour porter secours aux assiégés du fort Lagarde, il reprend la marche du convoi en formant 3 colonnes qui traversent le massif de la Dona Pa et son profond ravin "des 7 hommes " :
    • Il commande la colonne du centre avec comme 2ème capitaine adjoint le pisteur Castagnat.
      Sa colonne composée des miquelets et des volontaires de la Gironde et de la ville de Castelnaudary.
    • Les 2 autres colonnes sont sous l'autorité du chef des miquelets de Salses Joseph Gohier De Lafontaine.
      La colonne des miquelets de droite est dirigée par le capitaine Poncet et puis celle de gauche aux ordres du capitaine Figueres.

    L'indiscipline des miquelets à travers les précipices de la "Collada La Roquette" retardent au maximum les compagnies des volontaires de l'Aude qui marchent péniblement sur la berge couverte de neige de la "ribera Llipodera".
    Vers 16 heures, les 3 colonnes arrivent par le chemin de transhumance qui serpente mais le convoi est monté trop haut sur le versant, il se situe au bourg de la "Presta" à 7 km au dessus à l'Ouest du village de Prats de Mollo.
    Les soldats débouchent sur le plateau Sant Guillem complètement enneigé à 2 300 m où sont de nombreuses métairies qui délimitent la crête "del Cums" .
    Ce haut plateau est connu par les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle qui le traversent afin de se rendre en Espagne au refuge catalan de Santa Maria d'Ares pour de se reposer et surtout contourner à l'Est le pic des" Tres Estelles (2099 m )" et celui plus haut des "7 hommes (2 724m)".
    Le pla Sant Guillem est un lieu de rassemblement important des muletiers du Capcir et de Cerdagne qui s'y rendent par convoi de 4 mules.
    Chaque mule chargée de 140 kg de minerai de fer, alimente les forges proche du village de Prats de Mollo.
    Cet espace au cœur de la vallée de la Coumelade, à l'écart des gendarmes est un relais d'échange de trafic de contrebande connu sous le nom de "roc de la Descarda" au croisement des chemins que forment les cols d'En Cé, de Siern et de Prégon proche de la forteresse de Lagarde.
    La kabbale des miquelets français de Villefranche du Conflent fonctionne parfaitement quand la colonne droite s'enfuit vers le ravin de "Felip" puis celle de gauche déserte vers le ravin du pla "d'En Coste" laissant seule la colonne du centre face à l'attaque des troupes espagnoles du régiment d'infanterie de Grenade venues d'’Arles sur Tech.
    Ce combat contrecarre le rendez-vous d'assistance des troupes françaises et empêche le convoi de porter secours aux assiégés du fort de Lagarde.
    La compagnie des volontaires de l'Aude diminuée bivouaque la nuit sur le plateau enneigé du Pla Guillem.
    Le lendemain 29 mai 1793, 300 miquelets français s'allient aux troupes espagnoles et ils chassent le bataillon des volontaires français de Gironde et l'Aude qui se refugie au bourg de Py voyant cette commune hostile, les soldats se replient vers le village de Prades.
    Pour empêcher le ravitaillement, les fantassins aux ordres du colonel espagnol Pedro Alonso détruisent le pont reliant la ville de Prats de Mollo sur la rivière Tech et détournent la route vers un nouvel accès afin de surveiller les passages des hommes et du matériel.
    L'information de l'échec du convoi du ravitaillement circule et amplifie les craintes de manque de nourriture.
    Les maisons brulées en représailles au bourg voisin du fortin d'Els Banys par les fantassins de Manuel Moreno développe une crainte dans la population, surtout que les habitants d'Els Banys sont de la même famille que ceux de Prats de Mollo.
    Dés le début du siège, Lefevre, ancien gouverneur du fortin donne les plans et l'inventaire du fort Lagarde à Juan De Calva commandant du blocus.
    Les troupes espagnoles avec la complicité des habitants de Prats de Mollo s'introduisent par la lourde porte sur la rive gauche du Tech, côté Espagne dans la citadelle et son fortin.
    Un espion catalan, le capitaine du génie Sainte Croix renseigne le colonel espagnol que la forteresse possède un mois de vivres mais que son gouverneur Perrella a peur que le siège soit plus long.
    Le gouverneur Perrella ne veut pas faire souffrir ses hommes. Il demande aux soldats de la 3ème compagnie du 2ème bataillon du 79 e de Champagne en garnison au fort et du bataillon des artilleurs de Nantes de se rendre.
    Les militaires ne veulent pas capituler avant d'achever leurs munitions et de consommer leur nourriture.
    Le 06 juin 1793 à 5 heures du matin, les militaires français ne sont pas secourus par les troupes de Villefranche du Conflent.
    Après avoir refusé et rejeté à 5 reprises la capitulation envoyée par les Espagnols, leur commandant, le capitaine Lafraise accepte la 6ème et dernière capitulation.
    Les fantassins de Grenade, de Navarre et de Castille rendent les honneurs au capitaine Lafraise et à ses soldats du 79éme régiment de Champagne et ses artilleurs de Nantes qui déposent leurs armes et sont conduits prisonniers dans la commune de Céret.
    Le 29 avril 1794 au Q.G. de Céret durant le conseil de guerre du Quartel espagnol, le débat des routes du repli des troupes et du matériel espagnol est proposée à la concertation des officiers.
    Le choix du départ par le fort Lagarde est l'option défendu par Tomas Morla, professeur de l'académie des artilleurs qui propose le retrait de toutes les divisions espagnoles par la voie du col d'Ares dans le massif du Vallespir à Prats de Mollo.
    L'usine militaire secrète de la fonderie de canons et de munitions de Sant Sebastiá de la Muga, camouflé seulement par l'abondance des forges catalanes est trop proche de Prats de Mollo pour aspirer les cavaleries poursuivantes françaises.
    Le vote à main levée pour le retrait par le col d'Arles est rejeté.
    Le conseil de guerre donne l'accord pour le passage par le col d'Ares des 2 divisions portugaises de Numo Freire De Andrade et de Joao Forbes Skellater en garnison à Prats de Mollo.
    Le 06 mai 1794, une semaine après la bataille de Montesquieu (du Boulou) le commandant en chef Jacques Dugommier ordonne à la division du général Charles Augereau avec l'appui des 2 brigades de Guillaume Mirabel et Jean Guieu de poursuivre les 2 divisions portugaises qui se sont repliées dans la vallée de l'Alt Empurdá en Espagne.