Le 14 mai 1793, Louis-Charles De La Motte-Ango, vicomte De Flers a 36 ans arrive avec la nomination de 3ème commandant de l'Armée des Pyrénées-Orientales pour remplacer le général en chef Mathieu Marchant De La Houlière.
Ce même jour arrive de l'Armée d'Italie : le général Dagobert, les colonels Massia, Daoust, l'adjudant général Giacomini et Baude adjoint à l'Etat-Major.
Durant sa tournée d'inspection Louis De Flers observe les remparts de la citadelle de Perpignan :
  • A l'Est des remparts, il fait dresser d'énormes palissades aux 2 lunettes de Canet et du Ruisseau.
  • A l'Ouest où coule la rivière Têt, le commandant protège le faubourg par des parapets et de hautes clôtures qui partent de la passerelle jusqu'au quartier Saint-Dominique.

Louis De Flers est inquiet à la vue du blocage des charrettes empilées à la porte St Martin qui se mélange aux tas de ferraille des blindages obsolètes obstruant l'entrée de la porte renommée "de la montagne".
Cette porte Saint-Martin qui doit sa notoriété à l'entrée majestueuse et glorieuse que fit l'empereur Charles-Quint dans Perpignan, le dimanche 18 février 1538 quand les 4 consuls lui offrent les clefs de la ville et Charles Quint jura le maintien des privilèges à la ville.
Louis De Flers visite les hôpitaux de la ville :
  • L'hôpital militaire au couvent des Cordeliers déborde de souffrants et de fiévreux.
  • L'autre hôpital du couvent sainte Claire regorge de malades atteints par le typhus et le choléra.

  • Il demande et obtient que le bâtiment de la Miséricorde qui sert d'orphelinat soit dégagé pour servir d'hôpital.
    Louis De Flers, commandant en chef se dévoue à l'œuvre ingrate de l'organisation de l'armée, il doit désenclaver les garnisons débordantes dans la citadelle suite à l'arrivée de 7 bataillons en renfort.
    Les autorités locales pressent le commandant Louis De Flers d'une rapide victoire.
    Lors du conseil de guerre, la mésentente et la discorde sur le lieu de bataille de la métairie du mas Deu entre les officiers qui proposent le champ de bataille des Aspres et les autorités patriotes apeurés qui veulent un champ de bataille éloigné de la citadelle pour éviter que les troupes espagnols s'emparent de Perpignan.
    Cette décision accélère la création du camp retranché.
    Le 22 mai 1793, l'idée d'un camp retranché né de l'initiative Louis Charles De Flers, commandant en chef qui combattu dans les places fortes de la frontière de Flandre et celle de Bruges.
    Le général Louis De Flers connait parfaitement la puissance des camps retranchés qu'il a visités à Maubeuge, à Dunkerque et à Cambrai qui interviennent en appui des rideaux en coordonnant une offensive ou un repli stratégique en attendant les secours.
    Vauban le père de nombreux camps retranchés couverts par des rivières, par des inondations, par des forêts a toujours prétendu que les forteresses seules ne ferment pas une frontière mais leurs camps retranchés gagnent du temps pour permettre aux renforts d'arrivés, empêchent l'ennemie d'avancer et d'attaquer.
    Après 1659, Vauban dans le Roussillon a détruit les fortifications tournées vers le Nord puisque l'envahisseur Espagnol vient par le Sud.
    L'art d'asseoir un camp sur une position haute est aussi stratégique que de prendre une ligne de bataille.
    Il faut choisir l'assise du camp retranché pour qu'il soit à une grande distance des artilleurs pour que l'enceinte ne coure pas le moindre danger.
    La disposition des canons de défense doit favorablement être placée pour qu'elle domine, prolonge, enveloppe la position opposée.
    La fortification du camp est perfectionnée pour que les canons dans les redoutes ne tombent pas au pouvoir de l'ennemi par une charge de cavalerie.
    Les batteries placées dans des positions avantageuses ne doivent pas être masquées ni à droite, ni à gauche, de manière que leurs feux puissent être dirigés dans tous les sens le plus en avant des lignes d'infanterie et de cavalerie, sans compromettre leur sûreté.
    La ville de Perpignan est construite sur un enchainement de collines qui s'effacent devant la plaine :
  • En arrière : la colline de la Justice (colline du cimetière Saint Jean) forme un rideau parallèle.
  • A droite : la colline du moulin d'Orles.
  • A gauche : la colline du moulin à vent (80 m) puis la colline de la Lunette-Champs de Mars.

  • Louis Charles De Flers décide que Perpignan aura son camp retranché "de l'Union" au sommet de la plus haute des collines :La Serrat d'en Vaquer.
    Le point culminant la colline du Serrat d'en Vaquer (100 m) est située à 3 km au Sud-Ouest de la citadelle s'étend à proximité de l'aqueduc des Arcades.
    Le 23 mai 1793, le plan du camp de l'Union est dessiné par un seul homme le lieutenant en chef du corps royal du génie Gignious De Vernède Jean Philippe.
    Jean-Philippe Gignious De Vernède a fait ses études de grammaire, d'humanité et de rhétorique dans l'ancien collège jésuite de Maubeuge transformé en collège royal du génie militaire de Maubeuge ou il obtient le diplôme d'ingénieur.
    Il entre sous lieutenant des dragons au régiment du dauphin puis capitaine de dragons au régiment du royal de Montmorency.
    En 1783, avec le concours de son ami André-Joseph Lafitte-Clavé est envoyé à Istanbul se battre contre les Russes aux ordres du commandant La Porte.
    Au retour les 2 ingénieurs du génie sont chargés pour le dépôt général des fortifications d'établir l'inventaire des 29 mémoires du Maréchal Vauban et ensemble ils mémorisent parfaitement chaque détail des plans et des croquis de Vauban.
    De Vernède Jean Philippe son nom en catalan dans les rapports du commissaire au peuple Joseph Cassanyes est traduit De Vernède=De Bernède (le V devient B comme Volo=Boulou) ainsi sous le nom de Bernède est copié dans l'illustre dictionnaire biographique des officiers de Six.
    (Son nom est écrit correctement : page 183 "Histoire de Perpignan sous la révolution" Tome 2 écrit par l'abbé Philippe Torreilles.")
    Jean-Philippe Gignious De Vernède présente le croquis d'une large circonvallation : du latin "circum"= autour et de "vallum"= palissade.
    Cette circonvallation n'est pas une extension de la fortification de la citadelle, ni un bâtiment accolé bien que proche pour se porter appui réciproque, le dessin présente une enceinte en terre distincte avec une défense bastionnée couvrant le camp qui surplombe la paroi naturelle abrupte de la colline Serrat d'en Vaquer.
    Le général de brigade Jean-Philippe Gignious De Vernède a comme souhait d'être guillotiné au milieu de son œuvre le 28 janvier 1794-11 pluviôse An II-, au lieu des 2 endroits d'exécutions à Perpignan que sont la place d'Esplanade et la place de la Loge.
    Cette seule exécution dans le camp militaire est présentée par les mémoires écrites par les officiers militaires et par la propagande jacobine des journaux comme un exemple à la trahison militaire suite à la retraite de ses hommes durant les combats de Villelongue dels Monts alors que c'est sa dernière volonté de condamné à mort qu'il faut rétablir, "mourir au milieu de son œuvre".
    La construction de l'ouvrage du camp de "l'Union" revient aux 2 talentueux ingénieurs en chef du génie de l'école militaire de Mézières qu'il ne faut pas dissocier pour leurs compétences en fortification.
  • Marc-Antoine De Vialis, 59 ans, colonel chef du génie directeur des fortifications de la citadelle de Perpignan.
  • Victor Andréossy, 56 ans, capitaine-ingénieur en chef du génie.

  • Le 26 mai 1793, les régiments volontaires démarrent les travaux rapidement sous la mitraille intensive des troupes ennemies qui veulent ralentir les travaux.
    Le comité des services publics de Perpignan recourt aux requissions de 400 somatents pour aider les militaires sur les travaux fortifiés de l'immense plateforme d'artillerie.
    C'est un campement réseau de défense continue de 3 km établi avec 2 ceintures où sont aménagées des positions étagées protégées qui sont des plateformes pour 50 canons sur lesquels les canonniers ont accroché le drapeau respectif de leur département.
    Le 29 mai 1793, le journal "L'Echo des Pyrénées" fait état de la visite d'inauguration Louis De Flers accompagné des notables de Perpignan Llucia et Royer au campement de la "grange du peuple".
    Le camp de l'Union offre une vision unique de 360° sur la plaine opposée à celle de la citadelle de Perpignan dont l'amplitude haute de sa dénivellation rend le campement du Serrat d'en Vaquer hors de porter des artilleurs et inaccessible à la cavalerie ennemie car sa voie d'accès est interceptée par des tourelles de guet où les sentinelles épient les déplacements ennemis.
    Chaque militaire voit les fumées de campement des Espagnols s'élevant du village de Trouillas.
    Le 31 mai 1793, le camp de l'Union des républicains sur la colline du Serrat d'en Vaquer est opérationnel, il est parfois appelé : camp du mas Ros ou du mas Conte, c'est le même camp.
    Le camp est un espace clos entouré de tranchées profondes, où les abords sont dépourvus de végétation.
    Des retranchements irréguliers suivent les 5 km de coteaux qui séparent les collines d'Orles et de Cabestany.
    Le ruisseau "La Basse" traverse le camp et permet aux chevaux de la cavalerie de se désaltérer.
    18 800 militaires sortent des garnisons de Perpignan pour s'installer dans des baraques et des tentes au camp de l'Union.
    Des drapeaux tricolores suspendus ornent l'entrée du camp ils démontrent l'esprit nationaliste et patriotique des soldats.
    Le camp est un espace politisé où cohabite les militaires et les femmes soldats, les canonniers et les vivandières, les fantassins et les blanchisseuses, le rassemblement des blessés assisté par des infirmières.
    La tente est collective, 8 soldats y logent.
    Il faut se courber pour pénétrer dans la tente où le soldat se repose sur du foin qui est le domaine de la vermine et des poux.
    Le manque d'hygiène des hommes peu habitués à se laver, crée une communauté où la puanteur règne.
    Par beau temps, les fantassins espagnols voient les feux sur lesquels cuisent les marmites françaises.
    La marmite est l'instrument principal de cuisine. C'est un rituel militaire, où le caporal distribue les rations, peu de viande, le plus souvent du riz, des patates, de la soupe dans laquelle on trempe son pain.
    Le vin directement sorti des barils et l'alcool coulent à flot pour aider à se réchauffer de la froidure.
    Le 15 juillet 1793, lors de la bataille de Perpignan, nom de code "bataille du mas Ros" qui dure 3 jours met en cause pour la première fois l'affrontement du camp retranché de "l'Union".
    Cette bataille est intéressante pour connaître la stratégie mise en place par l'Etat-Major d'Antonio Ricardos.
    Antonio Ricardos, un chef militaire rusé, un grand tacticien des écoles prussiennes a étudié l'attaque Phillipsburg en 1734 où est tué le maréchal James Berwick, il s'est déjà confronté à ce type camp retranché.
    Il décide de ne pas établir une attaque frontale impossible par la position dominante du camp de l'Union au sommet de la colline mais il considère le campement du Serrat d'en Vaquer comme une forteresse.
    L'avant-garde des cavaliers de Soria aux ordres du comte De La Union fixe les 8 000 fantassins français avec l'appui des 400 artilleurs de Manuel Cagigal après la mise en place de 27 canons de 8 à 1 600 m face à la colline du serrat d'en Vaquer au sommet de "Las Cobas" bombardent le camp de l'Union.
    Luc-Siméon Dagobert frustré ne dirige pas la bataille. Impétueux il tombe dans le piège des tirs, il court avec ses 1 450 hommes dans tous les sens devant le déluge des boulets qui ricoche sur la terre sèche.
    Il exécute les ordres du commandant Louis De Flers qui sait qu'un camp retranché bien construit résiste à 200 000 hommes pendant plusieurs mois.
    Luc-Siméon Dagobert traite d'inactif, la patiente et le sang-froid de Louis De Flers qui lui demande d'économiser ses munitions puisque les boulets n'atteignent pas la cible et ne font pas de mort.
    Les bombardements sont des tirs de réglage vu la hauteur du camp et non des tirs de destruction.
    De nos jours, nous savons que le combat d'artilleurs du camp serrat d'en Vaquer est en fait une diversion espagnole pour maintenir le plus de militaires dans le camp retranché alors que la cible principale se situe à 3 km par la destruction de la citadelle de Perpignan.
    Le 05 juillet 1793, le projet secret d'Antonio Ricardos reste bien caché dans la confusion d'un département où l'Etat-Major de l'armée avec ses officiers jaloux destitue Louis De Flers pour installer l'incapable marquis De Barbantane et que les autorités engluées dans le fédéralisme cherchent à prouver leur patriotisme à travers la fête du 14 juillet.
    L'admiration du chef de l'Armée de Catalogne Antonio Ricardos est si forte pour le talent du général Louis De Flers avec ses innovations techniques et son œuvre qu'il veut retrouver sa puissance et son prestige en bâtissant une copie identique du camp retranché de l'Union.
    De son camp de Trouillas, il ordonne à ces ingénieurs de lancer la construction du camp de la forteresse au sommet du mamelon de Ponteilla dans le canton de Thuir adossés aux ruines de la tour de guet des Templiers au Nord de la rivière Réart qui se termine au bourg de Nyls qui s'étendent sur un pourtour de 2 lieues (8km) entouré de redoutes et de retranchements inaccessibles défendu par un front tourné vers le campement de l'Union qui tombe à pic devant un étang et un marais.
    Le 27 mars 1794, l'Armée des Pyrénées-Orientales sort du camp retranché de L'union ou le Q. G. a passé l'hiver pour se positionner à Banyuls-dels-Aspres avec l'imposante troupe de réserve formée de 11 bataillons et 550 cavaliers.
    L'Etat-Major met pour le déplacement du camp retranché des moyens de transport considérables.
    Cette haute position choisit par Fournier-Verrières, le chef du génie de la citadelle de Perpignan approuvé par le capitaine-ingénieur Antoine-Victor Andréossy à qui Jacques Dugommier témoigne sa confiance puisqu'ils sont partis ensemble à Leucate et à Agde armer la défense de la côte.
    Cette position offre un double avantage, resserrer leur ligne pour la réception des subsistances par les fourgons et s'approcher des troupes espagnoles au camp du Boulou.
    Le progrès des armes ont effacé les distances et l'artillerie n'a plus besoin de s'approcher des cibles pour les détruire.
    En 1870, la portée et la précision des gros canons font que le camp fortifié est devenu archaïque et la France abandonne les camps bastionnés devenus des nids à obus, des tombes pour les militaires réfugiés.
    En 1885, le camp fortifié du serrat d'en Vaquer est converti en fortin de munitions et de poudre qui couvre 4 hectares.
    Son architecture actuelle présente la particularité d'être enterrée et doublement orientée.
    Le casernement principal de 40 salles est dirigé vers le Nord mais les défenses des 5 bastions construits en 1793 sont restées tournées vers l'Espagne.
    Le camp retranché de l'Union sur la colline de Serrat d'en Vaquer appartient foncièrement à la ville de Perpignan, il serait bon que les autorités municipales de la ville pense à la réhabilitation militaire par un dépôt de plaque à son entrée pour son créateur Gignious De Vernède Jean Philippe (1760-1794).