Sources : "Diario de los viajes hechos en Catalunya" F.Zamoe-Barcelona 1973.
Archivo General de Simancas. Secretaria de Guerra (livres N° 456-468)



L'arsenal de Sant Sebastiá de la Muga est à 16 km de la forteresse de Bellegarde qui assure sa protection avant le traité des Pyrénées en 1659.
Son rôle de gardienne de l'usine est terminée puisque la forteresse de Bellegarde dépend du royaume de France.
Seule la forteresse de Sant Ferrán de Figueres se révèle son unique protecteur.
Sant Llorenç de la Muga en raison de la proximité des importantes forges de Riambau et de Palomeres que les habitants de la région apportent le charbon et le bois des forets.
Sa situation est compliquée car elle se trouve à égale distance de 47 km de la ville d'Espagne Gerona et celle en France de Perpignan.
L'installation à cheval sur la frontière de l'usine de munition et d'armement attire très tôt la convoitise des troupes françaises à chaque guerre. Luc-Siméon Dagobert et son régiment tentent maintes fois de s'y rendre, sans aucun succès de l'investir.
L'abondance des forges catalanes autour des lieux rend inutile l'installation des systèmes efficaces de l'industrialisation comme les hauts-fourneaux.
A cette époque, la construction d'un haut fourneau pour la fabrication des canons et des munitions est novatrice.
Le combustible de ce premier haut fourneau est le charbon végétal.
En France, seulement 3 fonderies similaires sont en exploitation à Douai, à Strasbourg et à Toulouse.
Le 26 octobre 1766, 100 ans après la construction de la fonderie de Perpignan par Cron, le propriétaire foncier du village de La Junquera, Pere Grau Balló se lance dans la construction de la fonderie de Sant Sebastiá, la grande cité catalane est passé dans le royaume de France.
C'est en contrebas de la rivière de la Muga proche de l'ermitage à 3,5 km du bourg de Sant Llorenç que se cache dans le décor du Haut Vallespir l'usine à armement .
Venant de la forteresse Sant Ferrán de Figueres, après 10 km de route d'Albanya, traverser le village de Llers qui sert de repère sur la route de Terrades, pour prendre la direction de ville de Sant Llorens de la Muga.
La commune est une possession d'Arnau De Llers, puis Bernat De Llers en 1225 vend les domaines au roi Jaume 1er qui reviennent à Dalmau Rocaberti, comte de Perelada, maitre de Templier de la commanderie des cavaliers Sant Jaume de Castelló d'Empúries.
Pere Grau Balló investit sa fortune personnelle et sa vie à la recherche des mines de fer au cœur des Pyrénées.
Il obtient le contrat royal pour construire l'usine d'arment nommée Fonderie Royale de Hierro Colado de Sant Sebastiá , 1er haut fourneau de Catalogne.
Le procédé de construction des armements est à la charge du fils de l'’ingénieur Suisse Jean Maritz qui apporte son savoir à la technique hydraulique à foret les futs des canons en bronze.
La rivière de la Muga captée dans sa partie haute est détournée au Nord pour que le débit d'eau devient plus puissant par le rétrécissement afin que la force du courant puisse tourner les grande pales des moulins à forer.
Le 12 avril 1767, l'intendant fiscal de Catalogne, Juan Felipe Castanyos se déplace, il est accompagné par l'expert artilleur, Francesch Joan Rey qui a dessiné les plans et le directeur Jean Maritz fils, ensemble ils inaugurent l'arsenal de canons caché en fonderie.
En 1769, une loi est votée pour réserver le bois des forêts à l'’arsenal de munitions de Sant Sebastiá.
La proposition française précipite le départ de Jean Maritz fils, il est nommé au titre de directeur des fonderies militaires et d'inspecteur général pour la marine.
Son adjoint est le français Louis Brocard qui en prend la direction.
Le 18 avril 1772, l 'ordonnance royale retire au ministère des finances sa gestion pour la confier au ministère de la guerre.
Les canons de 2 500 kg fabriqués sont des pièces d'art uniques avec le poids, le calibre, le nom du fondeur et l'emblème de la royauté espagnole gravés dessus.
De nouvelles fusées en acier aux noyeux des roues remplacent les fusées de bois qui se brisent en montagne.
L'armée s'attribue le monopole de la fonderie pour passer du mode artisanal à une production nationale afin de ravitailler par le port de Roses, les principaux forts et les garnisons en munition et en armement.
En 1787, Lluis Proust sur les ordres de Francisco Guillermo, comte de Laçy se rend en visite d'inspection à l'arsenal militaire à Sant Sebastiá de la Muga dans le comté de l'Alt Empurdá pour expertiser l'usine de canons et de munitions.
Lors de la visite de l'usine de Sant Sebastiá Lluis Proust, l'expert chimiste met en cause les proportions de graphique, de carbone et de fer utilisées par les artificiers pour obtenir la coulée en fonte des canons.
Ce formidable sorcier se révèle un génie pour la composition des poudres des bombes et des boulets.
Il améliore la qualité du carburant (le salpêtre) employée par les 2 molécules de nitrate de potassium soit 75 % de la poudre.
Il perfectionne les 2 combustibles (le charbon et le soufre) représentant les 3 atomes de carbone (15%) et 1 atome de souffre (10%).
Ces conclusions sont formelles : c'est la distillation du charbon de bois qui améliore la poudre.
Faire monter à 350° C la distillation au lieu des 300° C actuel pour obtenir un charbon noir de meilleure qualité que le carbone de l'actuel charbon roux.
Ce carbone est un combustible explosif par sa haute libération d'oxygène pour oxyder le carburant.
Connu sous le nom de Joseph-Louis Proust, né à Angers exerce à Paris dans l'hôpital de la Salpêtrière.
Sa renommé de chimiste est fulgurante après sa découverte du glucose à l'Administration Royale des Poudres.
Sous la responsabilité d'Antoine Lavoisier, il présente un nouveau procédé de production d'une poudre noire en grain plus vive par sa vitesse fulgurante de combustion qui détonne avec une explosion qui libère une pression de gaz qui produit un effet de souffle, une importante onde de choc dévastatrice.
En 1785, il est recommandé à Louis XVI par Antoine Lavoisier lors des échanges de compétences avec le royaume espagnol pour la construire à Segovia, le laboratoire de chimie "casa de la Quimica".
En 1786, âgé de 32 ans Lluis Proust arrive à Segoviá pour fonder le complexe chimique.
En 1787, le comte de Laçy directeur du Réal Colegio d'Artillerie de Segoviá propose à Lluis Proust le poste de professeur de physique et de chimie à l'académie d'Artillerie des cadets d'Alcazar.
Le professeur Luis Proust côtoie le prestigieux maitre des artilleurs dans l'académie d'Artillerie Tomás De Morla-Pacheto.
Le 18 juillet 1787, le comte De Laçy expose son plan de modernisation au ministre de la guerre Pedro Lopez De Larena et il se sert du rapport intitulé "Sobre las bombas de Sant Sebastiá de la Muga en Catalunya" établi par Luis Proust sur les modifications des munitions et des poudres.
Le roi honore Lluis Proust et l'introduit comme membre des "Caballeros de la Espada" de l'ordre des chevaliers de Santiago et lui propose une place de professeur de chimie dans l'université de Salamanque "Universidad de Salamanca".
En 1791, Tomás De Morla le commandant en chef des artilleurs de l'Armée de Catalogne participe à la commission militaire de Jorge Guillelmi Andrada se rend à Paris, Londres et Vienne pour une tournée des arsenaux d'Europe.
Les inspecteurs contrôlent l'usine de canons et de bombes de Sant Sebastiá de la Muga.
Tomas Morla est surpris du développement et la modernité de l'usine depuis sa venue en 1768 avec l'ingénieur Jean Maritz et les modifications en 1179 effectuées par l'allemand Josep Rumey.
Au ministre de la guerre, il fait des éloges sur l'arsenal.
Dans son ouvrage le "Tratado d'Artillera" Tomás De Morla s'attribue une partie du rapport écrit par Don Lluis Proust sur les méthodes de fabrication de sidérurgie et des dispositions hydrauliques de l'usine à canons de Sant Sebastiá de la Muga.
Les chiffres affolent l'espionnage militaire et font des envieux : .
21 000 quintaux de fontes.
4 577 canons.
117 558 boulets.
De nouveaux bâtiments celui de l'alésoir, celui des forgerons ciseleurs sont ajoutés à la fabrique des moules, de la fonderie, de la fosse et une caserne est construite pour les artilleurs.
La fonderie devient un centre militaire avec son arsenal et ses maitres artilleurs qui pointent et approuvent la qualité des canons.
Chaque jour son effectif de 100 personnes travaillent en 2 équipes comprenant:
  • 8 fondeurs.
  • 3 forgeurs.
  • 2 tailleurs de lime.
  • 1 orfèvre.
  • 4 charpentiers.
  • 7 graveurs.
  • 10 maréchaux ferrants.
  • 3 menuisiers.
  • 62 ouvriers et maçons se relaient dans la fonderie.

L'expérience du fondeur, le maitre de forge est un homme mystérieux, un sorcier qui maitrise le métal, il ne dévoile rien de sa connaissance pour produire du bronze, un alliage constitué de 87 % de cuivre, 8 % d'étain et 5 % de laiton..
Le laiton aide au mélange du cuivre et de l'étain, le rend plus fluide, plus éclatant mais augmente les déchets.
La fonderie Sant Sebastiá bâtit à coté une seconde usine qui traite le minerai de la carrière de cuivre et de la mine de fer provenant de Montdevá.
La mine de fer de Montdevá une propriété du baron de Darnius est une annexe de l'arsenal de canons et de bombes, une partie de la population de la ville de Maçanet, y travaille comme mineur.
Les 2 usines proches apportent une confusion aux forges de Sant Llorenç de la Muga. Cette solution sert de camouflage voulu par le ministre de la guerre.
Les canons de bronze a âme de fer sont coulés pleins en fosse. Plus les canons sont grands, plus les moules sont épais
L'arrivée du métal en fusion se fait par la hauteur de la culasse au bas de la fosse pour éviter l'emprisonnement du gaz dans la formation de la chambre..
La chambre du canon est le logement placé à l'arrière du canon pour y recevoir le boulet.
Des masselottes sont coulées à la bouche du canon pour faire le contrepoids du canon, ils sont retirés avec l'excédent du métal de l'âme.
Les canons sont calibrés au moyen d'alésoirs gradués mit en mouvement d'un diamètre inferieur pour adoucir l'intérieur puis à la sortir de la forerie; les canons sont tournés avec des cordages vers l'extérieur et au moyen de meule polies à l'épaisseur convenue où ils sont gravés.
Les tourillons usinés et les hausses sont mises en place, la ligne de mire est tracée.
Les canons avant d'être livrés sont éprouvés 2 fois par le banc d'épreuve :
  • 1ère à charge simple.
  • 2ème à charge double.

Le 06 mai 1794, Charles Augereau s'est entouré du capitaine du génie, son ami Hyacinthe Grandvoinet, géographe, pour franchir la frontière avec les deux brigades Jean Joseph Guieu et Guillaume Mirabel.
Après 10 heures de marche dans la montagne, Charles Augereau et ses brigades se présentent aux habitants de Sant Llorenç de la Muga pour prendre possession de la fonderie Sant Sebastiá.
Les 2 bataillons de Malaga et du Vallespir protègent l'usine, résistent aux assauts et n'ont a aucun cas détruit la fonderie, seulement le bâtiment des fondeurs et des militaires.
Les forges avec les marteaux, les ateliers avec les fours d'affinage, le bocard reste fonctionnel.
Le 23 aout 1794, a lieu la destruction entière de la fonderie Sant Sebastiá acte prémédité par le Comité de Salut Public et exécuté après avoir retiré tout le matériel et les moules.