Sur la route du village de Terrades à 4 km au Nord-Ouest en direction de la ville de Llers au cœur de la Garrotxa sur les berges de la rivière Muga apparaît à 170 m d'’altitude, Sant Llorenç de la Muga . La ville de Sant Llorenç de la Muga est protégée par le château.
Une forteresse militaire à la limite de la séparation du comté de Bernât De Besalú et celui du comté de Ponç Hug d'Empúries par la surveillance de 2 tours donjons qui offre une vision lointaine de la vallée de l'Alt Empurdá.
En haut du village sur la colline est situé l'ermitage de Sant Jordi.
En 1794, sa population est de 908 habitants qui vivent de l'agriculture, de l'élevage, de l'exportation du bois et de la fabrication des tissus.
Lors de la décrue de la Muga, le pont romain en ruine de Riambau, ainsi les ruines de l'ermitage de Sant Sebastiá surgissent du lit de la rivière.
En 1160, Sant Llorenç de la Muga dépend de la seigneurie d'Arnau De Llers, le commandeur du Mas Deu.
C'est un village stratégique.
En 1225 son fils Bernât De Llers comte de Besalú vend le château au roi Jaume 1er qui le cède aux mains des comtes de Peralada, les Rocabertí.
En 1276, le vicomte Dalmau de Rocabertí seigneur de Torroella de Montgri possède le village d'Albanya à 6 km au Nord-Est rattache à son domaine le village de Sant Llorenç de la Muga.
En 1659, l'annexion du Roussillon découpe la montagne en deux versants celui du Vallespir au Nord et de l'Empurdá au Sud sans se préoccuper de la population qui vit en harmonie de l'élevage, d'exploitation des forêts et de fabriques textiles.
En 1759, l'activité de l'usine d'armement et de munitions devient une source d'emploi pour la population
A 3 km du village de Sant Llorenç sur la berge gauche du fleuve la Muga dans le bourg de Sant Sebastiá apparaît la fabuleuse et célèbre fabrique de canons.
Charles Augereau prend connaissance du rapport de Luc Siméon Dagobert remis le 09 février 1794 au Comité de Salut Public sur le lieu de l'usine de canons.
Il désire établir un exploit historique en découvrant l'usine de canons et de bombes de Sant Sebastiá de la Muga.
Charles Augereau veut éviter les ordres au blocus de la forteresse de Bellegarde Dominique Pérignon.
Charles Augereau s'apprête de traverser la frontière par la dangereuse vallée de la Muga.
Les crêtes abruptes plongent dans des torrents fougueux et les sentiers sont proches des précipices que les déplacements relèvent plus de l'équilibre que de la marche.
Il a prit comme guide son complice Hyacinthe Grandvoinet.
Hyacinthe Grandvoinet, ingénieur-géographe catalan de Perpignan dessine pour le roi Louis XVI en 1772 les cartes de la Cerdagne et du Capcir.
Il participe au développement de la fonderie Sant Sebastiá, récemment nommé capitaine du génie.
Il montre son zèle à la bataille du Boulou ou il dirige les tranchées d'Oms et précède l'avant-garde de Charles Augereau à Céret.
Le 6 mai 1794 au matin, Charles Augereau avec les 2 brigades de Guillaume Mirabel et de Jean Guieu quittent le village de Saint Laurent-de-Cerdans par le chemin du col dels Horts entre les pics de Falco et de Castell Grillera à 1 060 m s'arrêtent au bourg de Coustouges, le dernier bourg avant la frontière .
Puis les hommes traversent le village espagnol de Maçanet de Cambrenys, longent les ravins du ruisseau Arnera descendent en direction du plateau de Vilars, prés du village de Darnius et grimpent après une marche de 10 h pour arriver à Sant Llorenç de la Muga.
La Muga prend sa source dans le Bassagoda à 1186 m sur le Pla de la Muga suit une orientation Est-Ouest.
Les neiges et les pluies des massifs de la Saline et du Roc de Fransa alimentent la Muga, son débit moyen de 3,30 m3/s.
A ce moment la rivière délimite naturellement sur 5 km la frontière entre les vallées du Vallespir et celle de l'Alt Empurdá.
La Muga se dirige au massif la Sierra Magdalena (1425 m) qui en modifie son cours en demi-cercle pour s'orienter vers Albanyá descend vers la plaine pour arroser les villages de Pont de Molins, Peralada et Castelló d'Empúries reçoit les affluents del Llobregat, del Empurdá, del Villanova, del Ricardell et del Manol.
Après 58 km dans la plaine, le fleuve La Muga se jette dans la mer traversant les marais Aiguamolls proche de la ville de Roses.
Le 6 mai 1794 au matin, les 900 somatents contrôlent les routes de Sant Llorenç de la Muga tiennent les hauteurs, accueillent à coup de feu et obligent à rebrousser chemin les éclaireurs français venus pour sommer la population à se rendre.
Charles Augereau ne s'entend pas à une attaque aussi virulente de la part des somatents.
Il riposte en envoyant la brigade Jean Guieu qui pénètre dans le village sans trouver aucune résistance.
Les somatents avertis de l'arrivée de la brigade Jean Guieu quitte le village par crainte de l'explosion des munitions de la fabrique.
La brigade Guillaume Mirabel se dirige 3 km sur la berge gauche dans la confluence de la Muga, arrive à l'ermitage Sant Sebastiá pour prendre le contrôle de l'usine de canons.
Les bataillons de Malaga et du Vallespir qui protègent l'usine résistent aux assauts et repoussent la cavalerie.
Les renforts de la brigade Jean Guieu assurent un affrontement intense contre la défense la fonderie.
Les 2 bataillons espagnols d'artilleurs ont pour mission de saboter l'usine en cas de retrait lors d'une attaque ennemie.
Dans leur repli les artilleurs espagnols brûlent une partie des bâtiments des fondeurs
Les cavaliers détruisent 3 canons sur 4 en construction.
Ils explosent les souffleries et ils font sauter les bâtiments de la garnison.
Le général Charles Augereau militaire de génie n'a pas l'intention de détruire la fonderie.
Le général voit en cette usine, une acquisition stratégique de biens de guerre.
Maître de la fonderie Sant Sebastiá, Charles Augereau prend des dispositions pour s'y maintenir.
Les fantassins bivouaquent sur les hauteurs.
La cavalerie se poste dans les gorges pour éviter une nouvelle attaque des somatents.
Charles Augereau rappelle à la population de se soumettre par la douceur, il leur promet aide et assistance mais la population se méfit.
Il convoque le maire du village Jaime Gener et son conseil communal et il déclare :
" Si les habitants ne reviennent pas dans les 24 heures, ils seront fusillés comme rebelles."
La conquête de l'arsenal remplit d'orgueil et de joie le général Charles Augereau.
L'usine de canons est superbe avec ses bâtiments de la moulière, de fonderie, de forerie et d'alésage.
Sa division y trouve un stock de boulets de tous les calibres, des outils, des moules uniques et 45 tonnes de lingots d'étain et de cuivre.
L'arsenal avec ses ateliers, ses forges, ses fonderies sont toujours en état de fonctionnement.
Pour l'Espagne car la perte de la fonderie Sant Sebastiá. est incalculable car elle fournit des boulets en munitions et des canons.
Charles Augereau comprend l'’importance de conserver l'’arsenal en activité pour l'Armée des Pyrénées-Orientales :
  • Multiplier les munitions et les canons en fonte pour l'artillerie française.
  • Stopper l'approvisionnement des munitions et de l'armement aux Espagnols.
Ce fantastique haut-fourneau d'usine de canons produit 4 tonnes de bronze par jour conditionnés :
  • Son minerai de fer est d'excellente qualité sans souffre, sans phosphore avec peu de manganèse.
  • Ses bois autours sont des forêts de chênes et de châtaigniers.
  • Son eau de la rivière Muga est pure.
Le mariage du charbon de bois et de l'oxyde de fer est traité à la température de 1 200°C avec l'apport d'air des soufflets à oxygène.
Cet arsenal usine 300 boulets par jour et les canons sont ceux qu'utilisent l'armée espagnole.
Les pièces fabriquées sont des mortiers et des canons de types 24-16-12 avec des boulets de qualité.
Les canons 24 tirent à une portée de 4 000 m des boulets de 12 kilos.
Les canons 16 tirent à 3 000 m des boulets de 8 Kilos.
Les canons 12 tirent à 2 000 m des boulets de 6 Kilos.
Les obusiers de 24 tirent des obus à mitraille à 1 900 m.
Les mortiers de 12 tirent des obus à 1 500 m.
Les mortiers de 8 tirent des obus à 1 200 m.
Le général Charles Augereau n'a pas l'intention de détruire cette fonderie.
Le chef de guerre voit en elle, une acquisition stratégique des biens de guerre.
Il informe par courrier son supérieur le général en chef des Armées des Pyrénées-Orientales
Jacques Dugommier qui ne dissimule pas son agacement de la témérité de Charles Augereau alors qu'il loue la sagesse de Dominique Pérignon.
Cette fonderie de Saint-Laurent-de-la-Muga mobilise 5 000 fantassins.
Jacques Dugommier n'envoi pas à Charles Augereau un ordre de retraite.
Il accepte les faits accomplis de la possession de la fonderie comme une importante acquisition.
Il félicite Charles Augereau :
"Ton expédition est belle et bonne en t'établissant à la fonderie de Saint-Laurent de la Muga."
La population locale espagnole organise une résistance comme un peuple envahi et soumis.
La stratégie de l'armée française est d'appliquer les textes écrits de la nouvelle constitution pour pacifier la population et de continuer à faire tourner l'’arsenal Sant Sebastiá
Le 15 mai 1794 au matin, les somatents veulent reprendre la fonderie.
Les paysans attaquent les avant-postes français sur les hauteurs de Saint-Laurent de la Muga.
Leurs actions sont si vives que Charles Augereau envoi les 2 bataillons de la brigade Jean Guieu pour les mettre en déroute.