Sources : "Campagnes de la Révolution Française dans les Pyrénées-Orientales. volume II" J.N. Fervel-Paris 1851

Après sa défaite en France le 02 mai 1794 à la bataille de Montesquieu, le commandant espagnol Lluis Firmin de Carvajal, comte De Union installe son Q.G. dans la forteresse Sant Ferrán à Figueras dont il est 1er gouverneur.
Le général constate après le repli en Espagne l'état lamentable de son armée, l'effectif de ses fantassins a diminué et son artillerie est détruite.
A Barcelona, le général en chef le comte De La Union convoque le Quartel de ses officiers à une réunion d'urgence, en espérant recevoir des fonds par le conseil royal de Madrid pour reconstruire son armée et acheter des équipements.
Il apprend la mauvaise nouvelle, l'Espagne ruiné s'effondre sous les emprunts anglais n'envoi pas d'argent.
Manuel Godoy et la cour royale promulguent le décret royal signé par son ministre des armées Manuel Negrete de constituer les compagnies des somatents dissous le 11 septembre 1714.
Pour verrouiller les routes qui desservent la forteresse Sant Ferrán à Figueras et celles qui se prolongent vers la citadelle du port de Roses, le général De La Union met en place une stratégie de guerre en mouvement, un réseau défensif et de surveillance fait de 74 redoutes fermés par de larges palissades.
Ce réseau est installé à l'intérieur d'une bande variable d'une centaine de kilomètres, truffée de pièges à mines, de tranchées, de barbelés et d’abris souterrains dans laquelle se déplacent les compagnies de somatents pour effectuer les sabotages aux patrouilles ennemies.
L'atout de cette ligne de défense, c'est son déplacement rapide à partir du village de Maçanet de Cabrenys situé au pied du massif des Salines et du Roc de Frausa dans la vallée de l'Alt Empurdá jusqu'au bord de la Méditerrané au port de Llança à 15 km de la frontière.
Cette progression d'hommes et de canons devient la force cachée par son impact lors des regroupements.
Cette stratégie de défense n'est pas une innovation puisque en 1125 le comte Bernât De Besalú a conçu une chaine de fortification établie par les 11 châteaux de surveillance qui démarre du château de Llers et se termine au château Ponç Hug d'Empúries dissimulant les soldats qui se regroupent lors des attaques, mais cette défense n'arrête pas l'invasion des troupes françaises.
Le général en chef De La Union a une seule obsession, la libération des 1 500 militaires et artilleurs de la forteresse de Bellegarde, possession espagnole depuis le 23 juin 1793, aux ordres du gouverneur Gregorio-Mauro, marquis de Vallesantoro qui refuse la capitulation.
Lluis Firmin Carvajal chef de l'Armée de la Catalogne n'oublie pas la détresse de ses soldats assiégés.
Son unique désir est de casser leur isolement : "Sauver Bellegarde".
Le général espagnol se heurte à une sérieuse difficulté à résoudre.
Pour délivrer les assiégés, la route d'approvisionnement coté espagnol ne peut pas être escaladée par les ravins abrupts et profonds dû à la configuration pentagonale de la forteresse de Bellegarde.
Le commandant en chef est obligé de pénétrer en territoire français pour ravitailler la forteresse par l'unique accès de la porte de France, cela épuise ses troupes à pied.
Les espagnols dans la forteresse de Bellegarde se portent bien, les hommes correspondent dans la journée par des signaux de fumée et la nuit par des feux avec les militaires du Q.G. de la forteresse de Sant Ferrán de Figueras.
Le commandant en chef français Jacques Dugommier reçoit l'accord du Comité de Salut Public pour ne pas pilonner les remparts de la forteresse.
Les destructions entraineront des travaux onéreux aux troupes françaises.
Le général en chef Jacques Dugommier ordonne comme cadeau d'anniversaire des 40 ans du général Catherine Dominique Pérignon et à sa division de diriger le blocus sachant l'empêchement coté espagnol de l'accès à la forteresse.
Le général Catherine Dominique Pérignon installe son Q.G en Espagne au village de La Junquera autour d'un dispositif de batterie de 14 canons composé de 3 brigades de Louis Lemoine, de Dominique Martin et de François Hilarion Point.
Contrairement à l'Armée de La Catalogne, l'Armée des Pyrénées-Orientales s'est considérément renforcée.
C'est une troupe de 25 000 fantassins soit 4 fois plus que l'effectif du début de la guerre qui interceptent les secours de ravitaillement et bloquent les communications venant de la route de Figueras.
Le 06 juin 1794, Lluis Firmin Carvajal chef de l'Armée de la Catalogne apprend par ses espions que les fantassins de montagne de la division française du général Charles Augereau partent dans le haut Vallespir à la recherche de l'usine de canon de Sant Sebastiá à Sant Llorenç de la Muga protégée par les 2 bataillons de Malaga et du Vallespir.
Le départ des hommes du général Charles Augereau ouvre un espoir pour le général espagnol De La Union qui veut reprendre l'initiative par une attaque offensive.
Il veut acquérir cet avantage de savoir que le siège de la forteresse Bellegarde s'est affaibli d'un nombre important des fantassins pour lancer une attaque qui disloque le blocus et que cette victoire serve d'amorce pour libérer l'occupation française de la vallée de Llobregat d'Empurdá.
Le 07 juin 1794, le lendemain à l'aube, Ie commandant espagnol sans préparation de stratégie lance l'assaut avec toutes ses forces d'une intrusion offensive frontale pour disperser le blocus du siège de la forteresse.
Le théâtre des opérations se déroule sur les berges de la rivière Llobregat d'Empurdá, nom de code "batalla del Roure", confondu souvent par la bataille qui se déroule sur un lieu identique, le 20 novembre 1794, au monastère de "La Mare De Deu Del Roure".
C'est affrontement frontal s'étale sur une zone autour d'un croisement des routes de Cruilla, de Vilarnadal et de Masarac au pont de Capmany.
Le pont de Capmany formé de 2 arches demi-circulaires est stratégique, il relit la route coté Sud-Ouest à la commune de Biure où vivent 363 personnes, à la route coté Sud-Est qui se dirige au village de Capmany ou demeurent 258 habitants.
Détenir ce village est capital car ce lieu offre un échange quotidien d'une multitude de chemins qui convergent.
La commune de Capmany est bordée au Nord par les villages de Cantallops, de La Junquera et d'Agullana, à l'Ouest par la commune de Darnius, à l'Est par le village de Sant Climent Sescebes puis au Sud par les deux communes de Biure et de Masarac.
Le village de Capmany sur le dernier contrefort accidenté granitique du massif des Albères s'est construit par un entrelacement de fermes du quartier de La Vall, puis le village s'étend à l'Est par l'attachement des fermes de Verneda au bord du ruisseau Torrelles et à l'Ouest se sont accolées les fermes bordant le torrent Bosqueros.
La commune de Capmany proche du torrent de Merdança est traversée dans son axe Nord-Sud par la rivière Llobregat d'Empurdá dont la rive gauche forme la route centrale qui traverse le village.
La rivière de Llobregat d'Empurdá prend sa source au pic du Llobregat (925 m) dans le Haut Empurdá, s'alimente des eaux de pluie du versant Sud du massif des Albères avec un réseau important de torrents, celui du Forn del Vidre, celui de Sant Julià, celui du Carols, celui du Can Conxa, celui de Santa Llucia et celui de Camanera pour se jeter au Nord de Figueras à la hauteur de Sud-Est de ville de Peralada à la confluence de la rive gauche de la rivière El Muga bordée d'aulnes et de peupliers.
C'est dans la partie Sud-Est du pont de Capmany cachées par la berge recouverte de bois de chênes liège et de pins qu'arrivent les troupes françaises.
La division du marquis Las Amarillas et ses 13 000 espagnols sont cantonnés au sommet situe à 300 m de la colline Sant Jordi au Nord-Est du village Pont de Molins dans le château de Molins, nommé château de Biure, l'un des 11 châteaux qui séparent le comté de Bernât De Besalú à celui du comté de Ponç Hug d'Empúries s'approche de l'adversaire pour l'affrontement.
Le village de Pont De Molins est le premier village espagnol après 24 h de marche après avoir traversée la frontière à la hauteur de l'abbaye bénédictine Santa Maria au col de Panissars sur la principale route royale des charrettes à la confrérie des moines de Sant Père de Rodes, bâti autour des champs d'oliviers, des céréales, des vignes dans la vallée de l'Alt Empurdá.
Son nom "Molins" résulte des ruines des fermes de Molins de Dalt à 1 km ou la famille Jordà a construit des moulins à farine sur le fleuve El Muga.
Le nouveau stratège le général Joan Miquel Vivés i Feliu avec 12 000 hommes bivouaquent dans les collines de la vallée de l'Alt Empurdá.
Les raisons qui poussent le général Joan Vives, c'est sa stratégie offensive sans trop de moyen qui lui parait moins onéreuse que la défensive.
Sa bonne connaissance du terrain veut par cette victoire libérer la forteresse Bellegarde puisque le général originaire de Gerona considère l'inaction infamante dès le début du blocus de la forteresse, il désire refouler l'ennemi hors de la région de l'Alt Empurdá.
Le général Joan Vivés-Feliu profite de l'attaque surprise pour installer son artillerie dans une zone favorable aux mouvements avec l'appui du maréchal de camp Valentin De Belvis dominant la voie royale l'axe central du "cami Real" pour se trouver vu de partout en haut de la "serra comunera" une légère colline dont l'ondulation inclinée sert de pivot à ses manœuvres face à l'avant-garde de division française dans la cuvette.
Les manœuvres de déstabilisation du régiment de la Reine sous les ordres du commandant portugais San Juan Dios Olivenza n'ont pas le succès escompté car l'avant-garde française à Capmany tient rudement.
Le frère du premier ministre Manuel Godoy, le brigadier Diégo Godoy arrive avec ses hommes pour motiver les troupes espagnoles comme l'a fait le général Jacques Dugommier du coté français.
Le 06 juin 1794, vers les 4 heures du matin, 13 000 français partent à pied du village de La Jonquera et prennent la direction du sanctuaire del Roure pour détruire le quartier général De Las Amarillas.
Les troupes se déplacent sur les berges de la rivière de Llobregat pour se protéger des boulets et de la mitraille.
La première vague d'attaque est rompue, leur assaut manque de soutien et d'appui pour être efficace.
800 hommes ainsi que le général français Antoine Lefebvre De Labarre meurent durant ce combat.
L'affrontement est terrible, les somatents en première ligne sont blessés mais c'est le combat d'artilleurs qui fait le plus de morts.
La bataille de Llobregat-d'Empurdá est une victoire espagnole.
Le blocus ne s'est pas disloqué, l'avantage reste français, au contraire les intervalles entre les batteries d'artillerie se sont resserrés.
Ce succès espagnol autour de la forteresse de Bellegarde ne brise pas le siège, la ligne de ravitaillement reste inaccessible, ni par le village de La Junquera, ni par le col de Panissars.
Les habitants espagnols et somatents mettent en place dans les larges dimensions de l'Alt Empurdá une combinaison de sentiers de contrebande et de pistes de transhumance sans surveillance pour que les convois de ravitaillement alimentent en nourriture jusqu'au 17 septembre 1794, veille du jour de réédition de la forteresse de Bellegarde.
En partant du village français de Coustouges, les convois se rendent au bourg espagnol de Tapis à 6 km, puis longent les berges du riu Major dans le massif du Vallespir, passent le coll des Horts pour joindre le village de La Vajol et pour gravir les pistes forestières vers la forteresse.
Le commandant en chef espagnol De La Union reconnaît l'erreur d'avoir sous estimé l'effectif des militaires de la division du général Catherine Dominique Pérignon au blocus, le nombre de fantassins est supérieur à celui composant son armée.

Lisabuzz.com Parle de 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L'ESPAGNE :