Sources: "Historia del pensamiento político catalán 1793-1795" par Ángel Ossorio-1977-Ediciones Grijalbo-México.
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Le 27 mai 1794, les Espagnols rendent Collioure.
Le commandant en chef Jacques Dugommier organise un triomphe fastueux et une somptueuse cérémonie pour cette reddition.
Les représentants du peuple choisissent la plage de Banyuls pour le défilé du cortège des Espagnols quand ils rendent les armes sous le contrôle de Pierre Soubrany en récompense du dévouement du village de Banyuls pour sa vaillante conduite et sa rébellion du 15 décembre 1793.
Cumin Milhaud et Pierre Soubrany joignent au décret de la Convention Nationale un arrêté qui exempt les Banyulencs de la réquisition maritime.
Jacques Dugommier confie à son ami de Toulon, le général Hyacinthe François Joseph Despinoy, chef d'Etat Major l'honneur de signer l'accord contenant 8 articles avec l'Etat Major d'Eugenio Navarro sous 5 conditions :
  1. Article 3 : Que ses hommes ne servent plus dans l'armée espagnole.
  2. >Article 3 : L'échange du même nombre de prisonniers espagnols par le même nombre de français.
  3. >Article 5 :Toute l'artillerie, les munitions seront remis et vérifiés par le commissaire de la République.
  4. >Article 3 : L'issue de sortie sera communiquée en dernier lieu.
  5. >Article 6 :6 officiers supérieurs espagnols devront rester pour que l'accord soit garanti.

Les 6 officiers espagnols désignés comme otages par le général Eugenio Navarro sont :
3 colonels : Miguel Marimon. Genaro Figueroa. Manuel Guevara.
3 lieutenants colonels : Felipe Soto. Lluis Riquelmi. Antonio Granera.

Au même moment, au large de Banyuls pointent les 6 vaisseaux de l'amiral espagnol Federico Carlos Gravina quand Antonio Navarro défile monté sur un mulet.
Il est coiffé d'un chapeau pointu, armé d'une épée de 30 cm, chaussé de guêtres et de chaussures en peau blanche se dirige avec ses hommes vers le col de Banyuls.
Le 3 juin 1794, la Convention Nationale décrète que l'armée des Pyrénées-Orientales mérite les honneurs de la patrie et profite de l'occasion pour changer le nom de Port-Vendres en Port-Victoire et celui de Saint Elme en Fort du Rocher et qu'un obélisque de granit élevé devant la place de la mairie de Banyuls porte l'inscription :
"Ici les Espagnols déposèrent les armes devant les républicains et rendirent à la valeur ce qu'ils obtenus par la trahison."
Claude Victor Perrin en qualité de commandant du siège de Collioure remet le décret au maire André Rocarias et François Cabot puis il s'adresse aux Banyulencs :
"Je te félicite heureuse contrée de Banyuls, tu as bien mérité de la patrie pour que la Convention Nationale en reconnaisse ton mérite, consacre à jamais tes vertus. Que le citoyen qui voit cet obélisque se souvienne de la glorieuse valeur républicaine, se rappelle que c'est à cet endroit que les bras de tes enfants armés ont repoussé les ennemis de la liberté et de l'égalité."
Claude Victor Perrin dans son discours reconnaît, le courage des artilleurs qui ont monté les canons devant Saint-Elme.
Il ne pas s'empêcher de parler du commandant en chef Jacques Dugommier qui a épargné des vies par ses positions militaires.
Il sort la lettre écrite par son chef d'armée et la lit avec émotion :
"Eugenio Navarro rend aux Français une partie du territoire obtenue par la trahison livrée par les émigrés et les conspirateurs, des rebelles, des traîtres à la mairie."
La tempête s'est calmée quand la garnison espagnole défile.
Les 6 navires espagnols de Federico Carlos Gravina sont devant le port de Banyuls pour évacuer les assiégés.
Un jour de plus et la capitulation de Collioure par Eugenio Navarro n'aurait pas dû avoir lieu.
Si le contenu du traité de la capitulation a été modifie ?
Le 3 juillet 1794, Jacques Dugommier écrit à Lluis Firmin Carvajal de respecter le traité signé depuis 33 jours.
Les mulets prêtés à Eugenio Navarro n'ont été pas renvoyés et aucun prisonnier Français ne s'est présenté.
Par décret du 4 juillet 1794, la Convention Nationale déclare :
"Les troupes ennemies qui occupent des places fortes françaises seront passées au fils de l'épée si elles ne se rendent pas dans les 24 heures après sommation."
Jacques Dugommier qualifie ce décret de fantastique car le blocus de Bellegarde n'est pas terminé, il prie le Comité de Salut Public de ne rien précipiter.

Le 20 juillet 1794, la réponse du comte De La Union arrive tard.
Le texte apprend que les prisonniers français viennent être déplacés vers une province reculée d'Espagne, il écrit aussi :
"...qu'il refuse de ratifier les conditions absurdes de la capitulation de Collioure car Eugenio Navarro n'a pas appliqué ces ordres d'attendre l'arrivée des vaisseaux de Federico Carlos Gravina pour évacuer.
Rendre 7 600 prisonniers sans dédommager le royaume d'Espagne n'est pas convenable car ils ont consommé des vivres et dépensé des frais d'entretien puis les prisonniers civils du Roussillon détenus ne sont que des contrebandiers, des voleurs, des assassins, des espions."

Jacques Dugommier est indigné par ce courrier, il répond :
"L'Armée des Pyrénées-Orientales t'annonce tous les maux qui résultent d'une trahison et de la vengeance d'une armée qui ne veut plus faire de prisonniers."
Le comte La Union ne rompt pas la correspondance, il annonce :
"Les menaces de mort et les remontrances ne m'effraient pas et que la valeur du manifeste de la capitulation n'est pas un traité de paix.
Un général qui capitule ne connaît pas la situation et cette situation ne lui donne pas tout pouvoir de stipuler pour sa délivrance ? "

Jacques Dugommier n'est pas d'accord avec sa logique.
Dans l'espoir que ses frères d'armes partagent sa colère et son désir de représailles.
Il publie dans son emportement la correspondance comme un avertissement.
Milhaud et Soubrany veulent répondre par des actes.
Ils proposent de conduire les 6 otages à Figueres et de fusiller les officiers devant le camp espagnol.
Le commandant en chef Jacques Dugommier n'accepte pas cette résolution.
Il veut l'avis de la Convention Nationale pour appliquer cette exécution.
Pour l'instant, il convient Cumin Milhaud et Pierre Soubrany de sa demande.
Le Comité de Salut Public répond :
"Nous pensons que cet acte de vengeance lève à être compris dans un décret bien plus terrible, qu'il appartient à la Convention Nationale de ce prononcer et que vous pèserez dans votre sagesse."
Les représentants prennent des mesures vigoureuses.
Les 6 otages garants de la capitulation sont déplacés à Montpellier et lancent la consigne d'emprisonner les civils Espagnols et Portugais du département.
Le 3 août 1794, Domingo Simonin, le payeur madrilène des prisonniers français se présente avec une lettre du comte De La Union.
Les représentants Cumin Milhaud et Pierre Soubrany s'écrient que toute communication avec le Q.G. Espagnol est interrompue, mais le général en chef Jacques Dugommier reçoit discrètement Domingo Simonin pour avoir des nouvelles sur l'état des prisonniers mais aussi de Lluis Firmin Carjaval-Vargas qui lui parle de signature de paix.
Le 26 mai 1794-7 prairial An II, l'Assemblée Nationale décrète sur un rapport de Lazare Carnot que les armées ne feront plus aucun prisonnier anglais ou autrichien et que le communiqué est adressé aux soldats de la République.
L'armée des Pyrénées-Orientales prend note de ce décret mais les représentants sont furieux que le décret ne s'applique pas aux soldats Espagnols.
Le représentant Georges Chaudron-Rousseau informe le Comité du Salut Public que la division d'Augereau se comporte avec les prisonniers espagnols comme si le décret de guerre à mort existe contre-eux.
Le 09 aout 1794, Lazare Carnot ordonne aux représentants des Pyrénées-Occidentales de ne plus envoyer de prisonniers.
Malgré les présages de Jacques Dugommier, Carlos IV et Manuel Godoy n'appliquent pas la loi du talion envers les prisonniers Français.
Le 11 aout 1794, à la Convention Nationale, Barère lit la lettre des représentants.
Il s'élève contre les procédés de l'Espagne.
La Convention Nationale exprime son indignation contre le royaume espagnol mais refuse de fusiller les otages contraires au droit humanitaire.
Elle publie le décret du 24 thermidor An II pour prévenir l'Europe, le roi d'Espagne que l'Armée des Pyrénées-Orientales ne fera plus aucun prisonnier espagnol.
Jacques Dugommier s'empresse de communiquer le décret de la Convention Nationale au Q.G. de Sant Ferrán à Figueres pour que le chef de l'Armée de la Catalogne, le comte De La Union soit informé.
Le 13 aout 1794, le comte De La Union écrit au ministre de la guerre Campo-Alange afin qu'il ne signe pas un tel décret contre les Français à moins que Carlos IV décide des représailles.
Le comte De La Union ordonne à ces généraux de mieux traiter les prisonniers.
Carlos IV approuve cette décision et propose une solution d'arbitrage a ce différent avec le consul des Etats-Unis comme médiateur pour terminer cette querelle entre les 2 chefs.
Le 03 septembre 1794, Lluis Firmin Carjaval, comte De La Union veut mettre un terme pour prouver sa franchise de ses vues et la proposition la plus sincère, il écrit à Jacques Dugommier (lettre figurant dans les archives des duc San Carlos) :
"...Convenons que la question sera décidée par une puissance neutre que vous même vous choisirez..."
Jacques Dugommier n'accepte pas l'arbitrage et répond :
"Il m'est impossible de changer les conditions de la capitulation de Collioure.
"Il ne reste plus qu'à prendre la forteresse de Bellegarde."