Sources : © 2015 Bernard Prats.

"Il faut faire la guerre si elle est inévitable mais, il ne faut pas la rendre inévitable pour la faire."
Général Guillaume Mathieu-Dumas (1753-1837).





Ouvrir le dossier sur le nombre des pertes en vie humaine pour la période de 1793 à 1796 pendant la guerre d'Espagne contre la Convention Nationale coté Catalogne est une tache insensée.
Son analyse en vie humaine et son impact démographique n'ont fait l'objet d'aucune étude.
Comment expliquer à nos contemporains, une évaluation satisfaisante sur les victimes ?
Chaque publication a volontairement évité le sujet pour laisser place à l'improvisation d'un comptage ou pour instruire les grands débats historiques.
Ce témoignage en faveur de la statistique sociale ne prétend pas à aucune rigueur absolue.
Inversement pour convaincre du drame des pertes en vie humaine, il est nécessaire d’en dresser le compte.
Les historiens de la période ne s’entendent pas forcément entre eux sur les chiffres des critères retenus.

Que compte-t-on au juste quand on évalue les pertes ?

S’interroger sur les pertes en vie humaine d'une guerre, c’est pénétrer dans la complexité du mode de calcul des effectifs militaires qui vont du cantonnement en première ligne et du décryptage des données démographiques quand les soldats tuent l'habitant au titre d'occupant.
En 1907, l'héritage des comptes-rendus d'étude effectué sur les évaluations et le travail entreprit par la commission d'histoire du ministère de la guerre sur les rôles d'engagement permettent d'établir de nos jours une statistique fiable sur les victimes de la guerre.
En 1842, le mathématicien Claude Pouillet évalue les pertes de guerre à :
1 550 000 individus.
Ce chiffre comptabilise les militaires morts aux combats et les morts hospitalisés.
Ce résultat pose une complication par sa longue période qui s'étire de 1789 à 1815 de la révolution à l'empire.
En 1859, un 2ème chiffre pour la même période sur la base des calculs de Claude Pouillet est reprit par l'économiste Hippolyte Philibert Passy (1793-1880).
Le député de l'Eure arrive au résultat de 1 800 000 morts.

Comment expliquer cette différence de 350 000 morts ?
Claude Pouillet en 1842 ne tient pas compte dans ses calculs des prisonniers morts et des déserteurs morts.
En 1900, le démographe Charles Richet contrôle les calculs sur les pertes humaines d'Hippolyte Philibert Passy concernant la période de l'empire.
Son résultat est supérieur à 2 millions de morts.
Emile Levasseur (1828-1911) dans la revue "Population Française" se lance le défi d'établir les pertes humaines années par années.
Son total entre 1800 et 1817 est de 431 000 morts.
En 1951, une 4ème méthode claire et rigoureuse nous est transmise par Jean Bourgeois-Pichat directeur de l'Institut National Etudes Démocratiques (INED) fondée sur le principe des mouvements de la population par tranche d'intervalle de 5 ans d'âge qui bouleverse les précédentes évaluations.
Ces calculs révèlent une donnée importante chiffrée que 40 % des blessés meurent après la bataille et remettent en question les morts cités après chaque combat, mais ses statistiques posent 2 interrogations :
  1. L'hypothèse hasardeuse par la compensation égale à 0 entre émigration et immigration.
  2. Le manque de résultat sur le retour des prisonniers non rentrés.

En 1972, Jacques Houdailles chargé de recherche à INED utilise un 5ème procédé.
Une prouesse remarquable de déchiffrage qui combine la puissante base de données de 3 millions 280 mille registres de matricules associée aux milliers de dossiers d'inspection des archives de l'Armée conservés depuis 1951 à Vincennes.
Son étude et ses statistiques me servent de base d'exploitation et me permettent l'extraction des détails concernant les 2 millions 300 mille soldats combattant durant la période de la Convention Nationale.
Les dossiers séries Xb et Xc de 1793-1795 donnent un résultat de : 320 000 à 410 000 morts.

Cette fourchette de 320 000 à 410 000 soldats morts ouvre les débats sur l'improvisation des données.
L'administration militaire de la 1ère république hérite des registres de contrôle de l'Ancien Régime de 1786 améliorés pour établir le trait d'union avec les familles.
Une statistique numérique du registre nominatif a de valeur que si elle assure un contrôle des mouvements par un double fichier de position alphabétique dit de pertes indiquant les tués, les prisonniers, les déserteurs, les blessés et les fusillés.
A la racine de la conscription et de la mobilisation 4 rôles nominatifs sont établis pour les registres de contrôle :
1 pour le district. 2 pour le département. 3 pour le chef de bataillon. 4 pour le ministère.
La réalité est différente puisque 2 rôles sont rédigés : 1 pour le ministère de la guerre, 1 pour le chef de bataillon qui garde le contrôle de la recrue avec le numéro de la compagnie et du bataillon parfois le nom du capitaine.
Les renseignements consignés sur la fiche de dépôt d'origine par les quartiers-maitres sont généraux.
  • Le nom diverge. L'orthographe ne correspond plus au nom d'origine du soldat.
  • Un nombre important de militaires ne savent pas le nom de leur mère et leur prénom inscrit est "dit" c'est-à-dire non déclaré par les autorités.
    Des surnoms pittoresques, républicains prennent la place du nom.
  • L'âge s'exprime par la date de naissance.
    Les recrues ne connaissent pas leur âge. Des jeunes enfants de troupe engagés complètent le contingent.
  • Le lieu de naissance :
  • généralement c'est le département…Le village orthographié phonétiquement, se positionne sur une commune différente.
    Le recruteur recourt à des termes imaginés tel que "village sans nom" ou "commune affranchie".
  • Les professions : Les métiers fantaisistes de l'ancien régime, imprécis cachent la découverte d'une situation délicate.
  • La date d'engagement : Cette date militaire transcrite suivant les désirs du quartier-maitre.
  • Destin : La dernière colonne explique les pertes publiées constitue la difficulté cruciale des données. La question des attitudes envers les pertes militaires s'explique par le nombre de disparus.

Les disparus sont tous ceux qui manquent à l’appel et dont le calcul ignore s’ils ont désertés, tués, blessés ou prisonniers et ils sont le signe d'une incertitude.
La difficulté et la complexité du nombre de disparus ne sont pas liées logiquement.
Que représentent ces disparus ?

Sur l'effectif d'un régiment (960 soldats), ces disparus symbolisent 13,50 % soit 130 militaires manquants.

Que deviennent-ils ?
Ils se trouvent dans de multiples lieux soumis aux registres de contrôle.
L'examen des registres des matricules et l'étude des dossiers d'archives découragent les plus persévérants par cette dernière colonne "destin" qui porte à répétition la mention : "Sort incertain".
Les historiens animés d'esprit partisan démontrent que la guerre Gran entre la France contre l'Espagne n'est pas une dévoreuse de soldats car les pertes militaires représentent ceux qui tombent sur le champ de bataille.
Des chiffres ridicules disproportionnés repris par la propagande militaire des journaux de l'époque sous-estimant les pertes humaines et augmentant celles de l'ennemi.
Sur internet, ces chiffres figurent de nos jours après chaque bataille comme des références mais ils ne comprennent pas :
  • Ceux morts de leur blessure à l'hôpital.
  • Ceux morts fusillés pour s'être repliés.
  • Ceux qui désertent non revenus.
  • Ceux disparus entre le poste de secours et l'hôpital.
  • Ceux morts prisonniers non revenus.
  • Ceux guéris qui remontent en ligne.
  • Ceux mutés dans un autre régiment.

Pour les évacués, la convergence des pertes militaires divergent fortement en raison du flou qui entoure les évacuations des blessés et des malades.
Le chiffre des évacués n'est pas fiable car la statistique dénombre les transports d’évacuations en ambulance mais ne renseigne pas le nombre d'individus évacués dans l'ambulance.
Peut-on valider cette incertaine hypothèse ?
Certains soldats blessés à plusieurs reprises sont enregistrés plusieurs fois lors des évacuations.


Combien de ces blessés sont-ils morts ?
Cette distinction des morts suites aux blessures et des morts suites aux maladies augmentent fortement la perte militaire.
Les divergences représentent les militaires morts blessés, de maladie fièvre typhoïde et de gale portant l'uniforme depuis la déclaration de guerre jusqu'à la paix qui échappent aux fichiers de position.
Les soldats vivants quittent l’armée et meurent quand ils ne sont plus des militaires et ils ne figurent pas parmi les pertes de l’armée puisqu'ils sont sortis des fichiers de position.
Durant 1792 à 1796, le quartier-maitre se consacre peu à ses mouvements.
Il ne connaît pas la cause du manquant dans la colonne "destin", ni la date exacte de son départ, car il se base sur des témoignages.
Sur le registre de contrôle est inscrit "Rayé le…..".
Aux 2 mentions "prisonnier ou mort" figurent souvent un blanc.
Parfois les 2 interrogations sont cochées qui schématisent l'évolution d'un soldat au cours des combats.
4 % des soldats meurent à l'intérieur sur le champ de bataille.
18,30 % des soldats meurent à l'hôpital, l'antichambre de la mort. Peu de blessés rejoignent leurs corps.
Dans l'intérieur de la zone de combat figure les postes de secours, les Hôpitaux d'Opérations (les HO) avec les blessés qui nécessitent des soins lourds avec des équipes chirurgicales qui conservent les intransportables.
A l'arrière, les ambulances évacuent les blessés hors de la zone d'intérieur des combats qui aboutissent dans des couvents avec leurs chapelles qui se transforment en formations sanitaires.
Cette zone extérieure, vaste sans limite est la plus meurtrière avec 16 % par mois de militaires blessés ou malades.
Les conditions d'entassement des militaires font qu'ils meurent d'épuisement, de froid, d'alimentation.
Les épidémies de fièvre, de typhus, de gale, de maladies vénériennes tuent 68 % des militaires.
L'importante mortalité fait que le personnel est dans l'impossibilité de rédiger les morts sur les registres d'entrée-sortie.
Les dossiers d'inspections séries Xb et ceux Xz9 des archives de guerre contre l'Espagne consignent 28 683 soldats disparus durant cette période qui couvre 1793 à 1796.
Que représente le chiffre des disparus ?
  • 63 % disparus réapparaissent survivants dans leur village.
  • 27 % disparus sont morts en captivité.
  • 10 % déserteurs ne reviennent pas, sont considérés morts ?

Comment suivre les disparus des soldats français ?
  • 13 % de billardage, "mutation de soldats vivants entre régiments".
  • 10 % prisonniers morts en captivité.
  • 28 % morts dans les hôpitaux.
  • 7 % déserteurs vivants.
  • 2 % retours vivants reversés par les gendarmes dans une autre unité.

54 558 victimes humaines.
22 604 Français + 31 954 Espagnols
.


Durant les 8 mois de 1793, le nombre de militaires morts de l'effectif français est supérieur par rapport aux morts des soldats espagnols.

En juillet 1794, le chiffre de mortalité espagnol s'inverse suite à la guerre à mort coté français sans faire de prisonniers et par la présence des somatents (des civils, à ne pas confondre avec les soldats miquelets) engagés le 8 mai 1794 comme renfort dans les rangs de l'Armée de la Catalogne.
Ces civils multiplient par 3 le chiffre de la mortalité des victimes espagnoles.
Les pertes totales de la population diffèrent des archives entre les 2 nations, il faut ajouter une part de 6 % du total des pertes militaires pour obtenir un chiffre des victimes civiles.
Une mesure physique accepte des marges de tolérance et un écart de 9,60 % entre les pertes humaines civiles et les pertes militaires durant la période couvrant les années 1794 à 1796 par l'apport massif d'une artillerie plus efficace et par l'emploi de munitions ravageuses qui portent plus loin. 

En 1793, sachez que la population du village de Maureillas 687 habitants, proche de Céret est entièrement décimée par la pandémie de typhus suite aux terribles cataclysmes du 26 octobre 1793 en Catalogne.
Cette période d'épidémie touche atrocement la région, contamine le commandant en chef Antonio Ricardos qui meurt le 13 mars 1794 à Madrid.
Par souci de cohérence, les calculs contradictoires des démographes sur cette catégorie ouvrent la préférence de compter les malades comme vivants.
Les courbes démographiques révèlent que 52 % des enfants nés en 1773 sont tués, 28 % nés en 1763 meurent, le taux de 24 % des enfants nés en 1783 sont tués.
L'ordre de grandeur des pertes, des suites de blessure ou de maladie font que la mort frappe un proche dans toutes les familles.
L’ambition de cette étude du chiffrage des morts est une exigence morale pour rendre publique la trace individuelle de nos morts.
Le vrai combat est lutté contre le vide grandissant de l'oubli par l'indifférence et faire connaitre l'existence morale envers les victimes humaines de cette guerre.
L'affirmation du principe de ne pas oublier nos morts est plus importante que le bilan comptable qui est l’emblème citoyen et patriote de cette guerre.

Morts 1793 1796

Espagne

France

Militaires

Disparus %

 Français

 Espagnols

Aux combats

  3 098

  2 236

  5 335

Morts au combat

   8,60

  9,30

Prisonniers

  1 884

 1 863

  3 745

Morts hôpitaux

 26,60

29,80

Déserteurs

116

213

331

Morts Prisonniers

 27,30

24,90

Hôpitaux

10 414

  6 663

17 076

Déserteurs

 11,00

11,30

* Militaires

15 512

10 975

26 487

Mutations

 26,50

24,70

Victimes

Espagnoles

Françaises

Civiles

 

 

 

Hommes

  6 093

  9 410

   15 503

 

 

 

Femmes

  1 606

  1 944

3 550

 

 

 

Enfants

368

275

643

 

 

 

Somatents

  8 375

-

 8 375

 

 

 

* Civils

16 442

    11 629

28 071

 

 

 

Ensemble

31 954

22 604

54 558

 

 

 


Chaque catalan témoin de la concentration des soldats espagnols dans les villages frontaliers considère qu'une victoire permettra l'intégration des terres du Roussillon au royaume d'Espagne où les habitants vivent cette séparation comme une amputation.
La Catalogne n'est pas pour eux un territoire étranger.
La population manipulatrice d'identité se déplace et joue dans cet espace pour changer de nationalité adaptée à leurs intérêts particuliers et leurs conspirations.
L'idée d'unification d'accroissement territorial de la Catalogne est l'un des paramètres de propagande de guerre qu'exploite le roi Carlos IV pour venger la mort de son cousin Louis XVI .
La mort de Louis XVI connue le 3 Mars 1793 confirme le lieu du déroulement des combats