Le 6 mai 1794, depuis 20 jours des pluies torrentielles s'abattent sur toute la Catalogne, les rivières débordent et les vents violents empêchent les opérations aussi les 2 armées se cantonnent dans leur retranchement car la boue rend les chemins impraticables pour les déplacements.
Le comte De La Union, commandant en chef de l'Armée de Catalogne et le commandant en chef de l'Armée des Pyrénées Orientales Jacques Dugommier sont tous les deux en phase de diplomatie entre accord et contradiction et entre exaltation et lassitude.
Dans l'hôpital de l'Aude, le commandant en chef Jacques Dugommier blessé à l'épaule et au bras gauche lors des combats du fort Saint Elme à Collioure se soigne pour diriger le blocus de la forteresse de Bellegarde actuellement en possession des espagnols.
Le général en chef Jacques Dugommier vainqueur de la bataille de Montesquieu du 1 mai 1794 est critiqué pour les 2 erreurs de stratégie qui l'a commis :
Celle de n'avoir pas fait descendre de Cerdagne, les bataillons de montagne. Celle de n'avoir pas traqué en Espagne, après le passage du col l'Armée de la Catalogne.
A 150 km de distance, dans la forteresse Sant Ferran à Figueras, le vaincu Lluis Firmin Carvajal, comte De La Union est violement controversé à son poste de commandement par son État-major depuis sa prise de fonction à la mort d'Antonio Ricardos le 13 mars 1794.
Le général donne part écrit sa démission du titre de commandant en chef au ministre de la guerre Manuel Negrete comte Campo Alange.
Le comte De La Union désigne dans son courrier pour lui succéder les généraux Jeronimo-Giron Moctezuma, marquis Las Amarillas et le prince Montforte, dont il deviendra l'exécutant.
Le 12 mai 1794, Jacques Dugommier reçoit un message secret d'Augustin Robespierre, le frère de Maximilien qui charge le général en chef d'une mission pour établir une république catalane sur le modèle du régime français en pénétrant et en soumettant la Catalogne pour la réunir à la France.
Le message du Comité de Salut Public insiste qu'une imposition autoritaire et violente faite par les armes sera sans fondements, sachant qu'en 1716, les catalans perdent leur indépendance par la guerre et doivent appliquer les décrets de Nova Planta.
Louis XIV et Richelieu n'ont pas réussi l'exploit de fusionner les 2 royaumes France-Espagne seule cette prouesse est réalisé par l'empereur Charles Quint.
La Catalogne au Nord-Est de l'Espagne est la clé d’accès à la péninsule.
C'est l'une des 15 plus riches provinces du royaume avec un vaste territoire qui s'ouvre sur la mer Méditerranée par 5 grands ports de tradition marine autorisés à exporter leur commerce vers les Amériques et les colonies espagnoles.
Les fabriques catalanes de laine, de cuir, de draperie font vivre les villages.
L'industrie catalane est puissante car son sol regorge de charbon, de minerai de fer, de plomb, de talc.
26 rivières arrosent la Catalogne qui possède une agriculture florissante, avec des champs fertiles, avec des prairies verdoyantes où paissent des troupeaux d'ovins et de bovins.
Les vignobles donnent des vins de très bonne qualité et les oliviers produisent une huile de grande renommée.
En 1793, 115 000 habitants peuplent Barcelona.
Cette population est hostile à la famille royale de Bourbon car la capitale a perdu 36 480 catalans pendant la guerre de Succession (1700-1714) pour son soutien à l'archiduc Charles De Habsbourg prétendant à la couronne d'Espagne.
Après les succès remportés par les révolutionnaires, le Comité de Salut Public profite de la discorde politique du royaume d'Espagne qui a lieu au conseil d'Etat entre Pedro Pablo Abarca Bolea, comte d'Aranda qui est opposé à cette guerre couteuse contre le ministre Manuel Godoy pour demander un rapport au général en chef Jacques Dugommier sur la situation politique locale.
Le commandant en chef répond par un mémoire à l'exécutif français que les catalans courageux et actifs aiment la liberté mais que toutes les autorités politiques des Pyrénées-Orientales se sont enfuies et qu'actuellement le territoire est dirigé par les militaires et les représentants du peuple.
Le général dans son rapport détaille que les familles riches et nobles ont traversé la frontière lors des événements royalistes de Paris du 10 aout 1792 puis ceux sont les autorités départementales qui ont émigré le 24 juin 1793 quand la déclaration des droits voulue par les girondins est conçue par les députés montagnards.
L'immigration suivante est provoquée par l'affrontement du courant politique Fédéraliste qui a emprisonné les autorités girondines catalanes et retourné la situation quand les 35 articles écrits dans la déclaration du 24 juin 1793 ne sont pas appliqués.
Le général détaille que les événements républicains venant de Paris sont des mauvaises nouvelles pour la population catalane.
Chaque habitant sait que Paris est le tombeau des guillotinés de la nation, même si les dépêches mettent 3 semaines à être connus dans le département en raison de la distance qui sépare la capitale.
En 1794, les soldats révolutionnaires cantonnés dans le département sont incompris car les officiers s'emparent des postes de l'administration et de la justice pour propager la déchristianisation.
Les députés catalans considèrent que la constitution de la Convention Nationale rédigée le 26 aout 1789 est une constitution plagiée sur les réformes protestantes d'Angleterre mais qui ne repose pas sur les droits naturels, sur la liberté individuelle et sur l'égalité devant la loi.
Les représentants du peuple entendent inciter les Catalans à la république par une forte propagande écrite en catalan qui est publié à Perpignan.
Les généraux utilisent la commémoration des fêtes révolutionnaires pour préparer les esprits et les manifestations sur les places par la plantation d’un arbre de la Liberté.
Les autorités municipales prennent la parole en catalan sur le thème de la déclaration des droits plaçant le terme d'égalité devant le mot magique de liberté et en insistant sur les droits à l'existence et sur le bonheur commun.
La fête convie la population pour que se déroule un échange étroit entre le citoyen et le soldat citoyen qui se termine pour embellir les avantages de la fraternité et de la liberté par des cris de "Vive la République".
Sur les lettres communales apparaissent des vignettes emblématiques sur la république triomphante et les prouesses de ses généraux victorieux.
A l'entrée des campements, la structure antique d'un arc de triomphe glorifie les drapeaux du succès.
La société catalane n’est-elle pas gagnée par des idées d’égalité et de partage des biens des riches ?
Des milliers textes des Droits des Hommes sont traduits en Catalan puis en Espagnol pour être distribuer et afficher dans les places des bourgs.
La propagande révolutionnaire familiarise la population catalane méfiante à des mots nouveaux dans un climat de crise :
Nation, liberté, égalité, patriote.
Dans l’esprit des révolutionnaires, des thèses sont débattues.
Celle de l’annexion pour instaurer à Barcelone une dictature révolutionnaire.
Le 12 mai 1794, le ministre des armées Manuel Negrete refuse la démission Lluis Carvajal comte De La Union et précise dans sa lettre que le roi Carlos IV et son 1er ministre Manuel Godoy lui apportent son soutien inconditionnel.
A Barcelona, le commandant en chef espagnol le comte De La Union convoque le quartel des officiers, sont présents les corregidors de la Generalitat de Catalunya ainsi que les prélats pour une réunion d'urgence afin de constituer une armée de défense et ressusciter les somatents, l'orgueil des autonomistes catalans.
Le ministre Manuel Negrete dans la cour royale à Madrid promulgue le décret royal du 24 décembre 1721 et rétablit les somatents dissous le 11 septembre 1714 par le royaume d'Espagne.
La mobilisation de la générosité de la noblesse afflux à travers le royaume et la contribution financière des paroisses espagnoles permettent la constitution des compagnies de somatents pour libérer la province catalane.
La blessure du général Jacques Dugommier s'est aggravée.
Fiévreux, le commandant en chef poursuit sa rééducation à Ventenac d'Aude dans le château de Victor-Antoine Andréossy à 20 km de Narbonne et il sait que créer une république en Catalogne est projet titanesque, compliqué pour dire irréel surtout qu'il n'entretient aucun rapport avec son homologue espagnol, Lluis Fermin de Carvajal, comte De La Union.
Les commissaires du peuple ont bloqués les discussions par des malentendus et interdisent le rapprochement des 2 hommes sur le front des combats.
Le 15 juin 1794, la mort du fils de Louis XVI à Paris, puis celle de Maximilien Robespierre, le 9 thermidor An II, libère Jacques Dugommier du projet de république.
Ces opposants, les députés Saint-Just et Lazare Carnot s'orientent vers une guerre de la liberté d'opinion faite de propagande et de contre propagande des droits catalans pour la république sœur.
Pour inciter les catalans à la république, les tracts proposent des réductions d'impôts, des financements et la reconnaissance des droits d'indépendances catalanes avec lesquels Madrid joue impunément depuis des décennies.
Le coup mortel qui achève la création de la république catalane survient par la guerre à mort sans prisonnier lancé par le député Lazare Carnot, à la suite de la multiplication des victoires républicaines.
Le décret adopté communiqué par Bertrand Barère le 09 aout 1794, ordonne aux représentants des Pyrénées-Orientales que les individus prisonniers ou "somatents" sont des militaires attachés au service d'armée peuvent être abattus.
Le vœu d'une mise en place d'une république sœur est abandonnée, surtout après la mort du fils de Louis XVI les combats sur le front sont plus virulents, les troupes révolutionnaires ne distinguent plus les troupes Catalanes aux troupes Espagnoles.

Lisabuzz.com Parle de 1793-1795 GUERRE DE LA CONVENTION CONTRE L'ESPAGNE :