Sources: "Catalunya i la Guerra Gran" Josep-Fábregas Roig-Tarragona-2000

Le siège de la forteresse de Bellegarde commence après la bataille de Montesquieu (du Boulou).
Depuis le 23 juin 1793, la forteresse de Bellegarde est la possession des Espagnols, ils ont remis en état la défense du fort et réparé les fortifications détruites par leur artillerie.
Après le traité des Pyrénées en 1659, l'Espagne cède la forteresse à la France.
Les plans del fortalesa Bellaguàrdia n'ont plus de secret pour les 2 Etats Majors.
Bâti en 1285, le château Bellaguàrdia construit par le roi de Majorque Jaume II pour se protéger contre les invasions de son frère le roi Père III d'Aragon.
II joue un rôle de surveillance au sommet de la colline de Bellegarde (423m) que forme la dépression du col du Perthus (271m) et celui du col de Panissars (335m) avec un effectif de 20 soldats.
En 1663, l'ingénieur militaire Jacques De Borelly Saint Hillaire détaché par Vauban convainc le gouverneur en place de la forteresse Bellegarde, le commandant Sylvestre Dubruelh a effectué les gros travaux suivant un plan moderne pentagonal.
Les 2 hommes complètement en désaccord font durer l'avancement des travaux.
La colline aplanie par son rabaissement de 30 m permet d'agrandir la forteresse Bellegarde.
Le donjon de l'ancien château est rasé. Un fossé au pied du rempart Ouest et une partie du front Sud est creusé.
Le reste des remparts qui entoure la forteresse demeure inaccessible.
La 1ère enceinte formée par 5 bastions reliés entre eux (du Perthus, de Sant Andreu, de Panissars, d’Espagne et du Précipice).
L'ingénieur militaire Jacques De Borelly enserre sur les terre-pleins un 2ème rempart de protection dépourvus de fossé avec une tour ronde et 4 bastions superposés à la 1ère enceinte.
La forteresse Bellegarde s'étale sur 14 ha, comprend une salle d'arme fermée sur les cotés par les bâtiments de casernement de 1 200 soldats, une écurie de 150 chevaux, au Nord par la chapelle, le bâtiment du gouverneur, un hôpital, une boulangerie et son moulin.
Ne disposant d'aucune source, la forteresse de Bellegarde possède au Sud de la place d'armes un puits profond de 63 m permettant une autonomie de 4 mois d'eau potable.
La forteresse Bellegarde à 950 m d'altitude ne joue plus son rôle de sentinelle médiévale mais remplit son rôle de verrou par sa fascinante prestance mais de garnison pour les troupes et de stockage en munitions et en poudres.
Le seul accès par un pont à la forteresse Bellegarde est la "Porte de France" protégée par un fortin en demi-lune s'ouvre entre le bastion du Perthus et celui de Sant Andreu.
Cette situation d'un seul passage en France par la Porte de France, complique la stratégie et les manœuvres de délivrance par l'Armée de la Catalogne obligée de revenir en territoire français pour faire sauter le blocus et libérer ses soldats bloqués par la division française.
Le 03 mai 1794, le général Dominique Pérignon dirige le blocus de la forteresse avec 25 000 hommes composant les 3 brigades de Louis Lemoine, de Dominique Martin et de François Hilarion Point.
Il propose de recourir au bombardement pour accélérer la reddition.
Les 3 divisons de 19 000 hommes victorieuses de la bataille de Montesquieu sont scindées en 3 Armées des Pyrénées-Orientales indépendantes avec 3 commandants en chef.
Le général Charles Augereau est à Saint-Laurent de la Muga a la recherche l'usine de canons.
Le général Dominique Pérignon dirige le blocus au fort de Bellegarde.
Le général Jacques Dugommier avec Pierre Sauret à Collioure et Claude Victor Perrin au col de Banyuls font le siège du St Elme.
Le 03 mai 1794, l'Armée de la Catalogne vaincue après la défaite du Boulou est dans un état catastrophique.
Le comte De La Union sans fantassins, sans artillerie est critiqué au sein de son Etat-Major, il veut quitter le commandement de son armée.
Lluis Firmin Carvajal donne sa démission à Manuel Negrete comte Campo Alange, ministre de la guerre.
Le commandant désigne les généraux Las Amarillas et le prince Montforte, coupables par leur lenteur du désastre durant l'évacuation.
Leur retard dans les mouvements de repli est la cause principale de la défaite durant la bataille de Montesquieu (du Boulou).
Il demande au 1er ministre espagnol de désigner comme successeur, l'un de ces 2 généraux dont il deviendra l'exécutant.
Rapidement arrive la réponse de Manuel Godoy qui lui conseille de se méfier des principes révolutionnaires jacobines qui règnent au sein de son Q.G.
" Tu as sous tes ordres 14 officiers supérieurs qui ont des complicités avec la noblesse de l'Etat-Major Français.
" Je ne peux pas par mes obligations de dirigeant du royaume ni les dénoncer, ni révéler les noms coupables."

Lluis Firmin Carvajal sollicite à Manuel Godoy de référer cette kabbale à Carlos IV pour que ses 2 officiers en chef coupables soient punis.
Manuel Godoy réunit 2 fois le Conseil Royal pour exposer la déplorable situation des troupes, la conduite suspecte des généraux indisciplinés, leur jalousie et la nécessité de sanction disciplinaire contre le marquis De Las Amarillas et le prince de Montforte.
Carlos IV faible connaît la relation de confidente des 2 épouses de ses généraux que partage sa femme la reine Maria Luisa.
Le roi, indulgent répugne à tant de sévérité, il se laisse influencer par son épouse qui ne veut pas diviser sa noblesse.
Carlos IV demande aux membres du Conseil de voter aucune sanction disciplinaire demandée par son ministre Manuel Godoy.
Le 04 mai 1794, le Q.G de Dominique Pérignon s'installe au bourg de La Junquera en Espagne avec une batterie de 14 canons et bloque la route de Figueres.
Catherine-Dominique Pérignon donne l'ordre à ses 3 brigades d'intercepter toute communication ennemie qui vient au secours de la forteresse.
Voici son dispositif :
  • - Coté Est, le blocage aux ordres du général de brigade Lemoine s'étale par 5 postes de contrôle depuis l'ermitage de Sainte-Lucie jusqu'à la Cluse-Haute, proche du bourg de Maureillas.
    Les 2 bataillons du génie aux ordres de l'ingénieur Charles-Etienne Grandvoinet réparent les crevasses et les effondrements causés par les explosions sur la route du col du Portells entre le village du Boulou et le bourg de La Junquera.
  • -Coté Ouest, le barrage est effectué par la brigade de Dominique Martin sur la route entre le bourg de Maureillas et le village espagnol de La Junquera.
  • -Coté Centre, la brigade François Hilarion Point bivouaque à la ville espagnole d'Agullana à l'avant poste de la division d'Augereau partie à la recherche de la fabrique de munitions de Saint-Laurent de la Muga.

  • Le 07 mai 1794, Jacques Dugommier fait porter au gouverneur du fort Leopoldo Gregorio-Paterno, marquis de Vallesantoro une 1ere sommation.
    Dans sa déclaration au gouverneur, le commandant en chef précise que s'il refuse, lui et ses hommes vont mourir de faim.
    Le gouverneur le marquis Leopoldo De Vallesantoro répond calmement le même jour :
    "Je ne me trouve pas dans une position de capituler.
    " J'ai assez d'hommes pour défendre les murailles de cette forteresse et assez de vivres pour soutenir un long siège."

    Le 12 mai 1794, arrive la réponse du ministre Manuel Negrete comte de Campo Alange qui refuse la démission du comte De La Union.
    Le remplacer par qui ? Quel officier supérieur inspire confiance ? Il lui répond :
    "Je souffre de te voir engager dans un labyrinthe de circonstances défavorables pourtant je ne trouve que toi à la tête de cette armée pour rendre nos armes glorieuses et le roi ne veut que toi."
    Le comte De La Union garde le commandement en chef en homme d'honneur, il est fier de servir son souverain, son l'État et la religion.
    Sa réputation d'officier actif, ardent, infatigable est compromise.
    Il reconstitue l'armée, renforce les bataillons, réorganise le matériel et l'artillerie, rassemble l'approvisionnement, ranime la ferveur et le moral des officiers et des troupes.
    Le 19 mai 1794, Lluis Firmin Carvajal ne reste pas inactif à la détresse du siège de Bellegarde.
    La forteresse correspond avec le château de Sant Ferrán de Figueres dans la journée avec des signaux de fumée et la nuit par des feux.
    Lluis Firmin Carvajal n'oublie pas les assiégés, il veut les libérer de leur isolement.
    Il lance l'offensive de la bataille de Santa Magdalena pour briser le blocus de la forteresse.
    L'éloignement de la division d'Augereau est une faiblesse dans le dispositif français, il lance l'offensive des combats qui sera une défaite.
    Le 31 mai 1794, la libération des forts de la côte renforce le blocus, il s'empresse d'en faire état au gouverneur de Bellegarde Gregorio-Mauro, marquis de Vallesantoro, il lui fait parvenir une deuxième sommation.
    "Le Saint-Elme est réduit en cendres, Eugenio Navarro cède à l'impérieuse nécessité des circonstances à rendu Collioure.
    Pourquoi Vallesantoro ne rend-t-il pas une place cernée de toutes parts et qui ne peut recevoir aucun secours ?
    S'il refuse les Français ne l'écoutent plus et il périra de misère et de faim."

    Leopoldo Gregorio-Paterno, marquis de Vallesantoro répond le même jour que Bellegarde a des remparts intacts, des vivres et des hommes.
    "Je ne doute pas qu'Eugenio Navarro n'a fait que son devoir et qu'il a agi avec les compétences d'un gouverneur.
    "Je suis reconnaissant de votre offre mais l'honneur de l'armée espagnole ainsi que la mienne m'oblige à refuser."

    Le général français n'insiste pas, il sait que les moyens des divisions de Pierre Sauret à Collioure et de Victor au col de Banyuls sont rapatriés.
    Le 7 juin 1794, Lluis Firmin Carvajal chef de l'Armée de la catalogne n'a qu'un désir "sauver Bellegarde", avec le faible effectif se son armée.
    Il veut briser la défense du blocus du fort de Bellegarde et lance toute ses forces et sa détermination la bataille del Llobregat face à la forteresse.
    La bataille del Llobregat a lieu sur le pont de Capmany au croisement des routes de Cruilla, de Vilarnadal et de Masarac.
    La victoire espagnole ne permet pas d'affaiblir le siège de la forteresse Bellegarde.
    Le 11 juin 1794, la division Pierre, François Sauret qui bivouaque au col de Banyuls vient renforcer la gauche de la division Pérignon.
    Lluis Firmin Carvajal défit les renforts de la brigade Victor établies au bourg de Cantallops et d'Espolla.
    Lluis Firmin Carvajal pour faire diversion lance ce même jour, l'offensive de la Cerdagne contre François Doppet à Camprodon et à Ripoll.
    Guillot à droite de l'infanterie a établi une grande redoute armée de 4 canons construite sur une butte en avant du front de Landiére bloquant la route du coté Est qui relie le bourg de Cantallops au village de La Junquera.
    A l'Ouest, 2 redoutes en pierres sont dressées au col de Portell et confiées à la brigade Chabert qui barre l'entrée du col au chemin de La Junquera, l'autre sur le puig la Calme est sans artillerie.
    Le 02 juillet 1794, Jacques Dugommier envoi au marquis Leopoldo De Vallesantoro une3ème violente sommation, emphatique qui décèle son impatience et son irritation dû à la gangrène de sa blessure et avoue plus tard que la colère a dicté ses mots :
    "Je t'annonce ta mort, je l'annonce à ton conseil, à tes officiers.
    Dans 2 jours, tu m'auras restitué le fort que tu occupes ou toi et tes officiers vous serez fusillés."

    Leopoldo Gregorio-Paterno, marquis de Vallesantoro réplique calmement :
    "Je n'ajoute ni retranche rien à ma seconde réponse et aucune menace ne me fera manquer à mon honneur et à mon devoir de soldat."
    Jacques Dugommier reconnaît de la fierté dans la réponse du gouverneur.
    Il sait ainsi que son Etat-Major que le fort de Bellegarde résistera longtemps.
    Le 03 juillet 1794, la blessure de Jacques Dugommier s'est aggravée.
    Fiévreux, le commandant en chef quitte son Q.G. de La Junquera pour se soigner à Ventenac d'Aude dans le château de Victor-Antoine Andréossy à 20 km de Narbonne.
    Le 10 juillet 1794, la blessure cesse d'enfler et la fièvre est tombée, le général se rétablit.
    Jusqu'au 29 juillet 1794, il demeure à Ventenac d'Aude où sans cesse il est informé des opérations du siège de la forteresse.
    Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1794, le capitaine d'artillerie Bondi de la brigade Chabert place des bombes à l'angle de la muraille pour faire sauter la guérite de la tour afin de pénétrer dans Bellegarde.
    La muraille épaisse résiste à l'explosion et les fantassins du régiment de Séville tirent sur les fantassins de Bondi et les obligent à se retirer par le col de Portell.
    Dès le 1er août 1794, la garnison est réduite au quart de ration et le scorbut commence ses ravages.
    De La Union soutient le courage de Vallesantero et projette de l'aider en lançant l'offensive de 5 stratégiques batailles pour la délivrance du blocus du fort de Bellegarde.
    Du 6 aout au 10 aout 1794, dans le camp français, le fourrage manque et les chevaux meurent de faim.
    Lamer ordonne d'employer 500 cavaliers pour transporter les fourrages mais Dugua refuse.
    La chaleur est excessive, les officiers attendent et bivouaquent dans les Albères et entrent en Catalogne qu'en fin de journée.
    Le 13 aout 1794, Lluis Firmin Carvajal conçoit avec son Q.G. la stratégiquebataille de Sant Llorenç de la Muga qui par son dispositif en forme de M doit libérer la forteresse de Bellegarde.
    Début septembre, la famine et la maladie gagnent le fort de Bellegarde.
    Des fusées partent la nuit de la place pour demander assistance au général le comte De La Union.
    Un déserteur du régiment de Séville rapporte que dans la forteresse la situation est désastreuse suite aux mortalités, le moral s'est dégradé par le manque de nourriture.
    480 militaires sont atteints du scorbut, c'est une affection liée à la déficience d'aliments et de viandes fraiches.
    Cette maladie se caractérise par l'anémie, la perte des dents, la dégénérescence des muscles et l'hémorragie et entraine la mort.
    Dugommier ordonne de resserrer le blocus et deux bataillons vont bivouaquer à La Bajols.
    Le 17 septembre 1794, Leopoldo Gregorio-Paterno, marquis de Vallesantoro considère que sa mission est remplie, il a tenu 134 jours et a refusé 3 sommations.
    Il envoi un tambour et 2 officiers au poste des Cluses proche du bourg de Maureillas porter une lettre de capitulation à Jacques Dugommier.
    "... Je vous remets la forteresse, si votre générosité accorde une capitulation honorable à mes hommes et à moi..."
    Jacques Dugommier répond qu'il accepte la proposition que la garnison doit se rendre à discrétion et attendre son sort.
    Le 18 septembre 1794,Leopoldo Gregorio-Paterno, marquis de Vallesantoro répond :
    "...Je suis d'accord et j'accepte les propositions que tu m'offres".
    Après 4 mois et 12 jours de blocus. 1 000 artilleurs et 480 Espagnols atteint du scorbut sortent de la forteresse de Bellegarde.
    Les fantassins très diminués sont emmenés comme prisonniers à Perpignan, les malades en ambulance sont dirigés vers à l'hôpital militaire des Capucins à Céret.
    Faute de drapeau français, l'écharpe tricolore de Pierre Delbrel remplace l'étendard espagnol et fait savoir au comte De La Union que la forteresse est française.
    Les commissaires Pierre Delbrel et Jean Vidal qui remplacent Edouard Milhaud et Pierre Soubrany écrivent à la Convention Nationale que les prisonniers espagnols sont en vie pour éviter la sanction des prisonniers français détenus en Espagne.
    Le 21 septembre 1794, la France n'a plus de troupe étrangère sur son territoire.
    La Convention Nationale décrète que l'Armée des Pyrénées Orientales mérite les honneurs de la patrie et renomme le fort de Bellegarde en fort du Sud-Libre.