Avec les sources et l'autorisation de la famille Daudiès.
"En mémoire à leur aïeul Michel Daudiès gouverneur de Fort-Les-Bains et pour honorer la courageuse et héroïque résistance patriotique de ses hommes."


Els Banys d'Arles est un bourg qui se nomme Fort les bains. En 1793, Els Banys d'Arles compte 138 habitants.
Dès la déclaration de la guerre le village s'est vidé de sa population qui a émigrée en Espagne car la frontière se situe à 13 km à pied.
Sa chapelle Santa Engracia avec des murs de 15 cm avec sa place de face de 10 m de long et 4 m de large en ruine Actuellement la chapelle Santa Engracia est sur le territoire de Montalba au Sud du bourg d'Els Banys,
A 5 km du village de Palada est un ermitage édifié en 1639 par les cisterciens de l'abbaye d'Arles sur Tech pour le recueillement du pèlerin.
Son autel unique où se dresse la statue de la Sainte Engracia portant sur la tête une couronne.
Son front est percé d'un clou et elle tient à sa main droite une feuille de palme, symbole du sacrifice de sa vie.
Les peintures dessus de l'autel décrivent les circonstances du sacrifice de sa vie.
Née au Portugal sous Dioclétien, martyrisée à Saragosse en 304 avec 18 martyrs quand elle fuit son mariage en direction du Roussillon.
En haut de l'autel figurent 2 statues romaines portant une palme à la main, ceux sont les 2 saints Abdon et Sennen, les patrons de la ville d'Arles sur Tech.
En mai 1794, cette chapelle est détruite par les troupes françaises en représailles et non pas les fantassins espagnols comme de nombreux textes l'ont écrits.
Seule l'église Saint Quentin doit sa survie par sa fonction d'arsenal et de réserve de munitions
Cette réserve épargne sa destruction et sauve son retable exceptionnel de 1656, une pièce unique.
Le bourg Els Banys est voué à son église et sa population respire au rythme de "Sant Quinti" en catalan.
L'église Saint Quentin est pillée par les fantassins français en mai 1794 et ses tableaux sont tous brulés.
Les reliques cachées par les habitants d'Arles et de Prats de Mollo émigrés réapparaissent au sein de la construction en 1868 de la nouvelle église Notre Dame De Vie entre autre la vierge romane du XIII siècle d'une valeur inestimable.
En 1793, seul l'appellation de château ou Fort les Bains est recommandée, la nomination du village d'"Amélie les bains", titre actuel ne pas lui est attribué à cette époque. C'est en 1840 que Louis-Philippe en l'honneur des visites de son épouse Amélie aux thermes d'eau chaude du village, lui décerne son titre définitif.
Depuis l'antiquité les eaux chaudes sulfureuses et siliceuses de ces thermes sont connues pour leur vertu thérapeutique.
Els Banys d'Arles sont la propriété après le lègue de Seniofred de ses terres aux franciscains de l'abbaye de Santa Maria d'Arles sur Tech.
Ces franciscains construisent un prieuré à 240 m sur les contreforts du massif du Vallespir au Nord de Montalba d'els Banys.
Le bourg d'Els Banys appartient à la baronnie de Guillem De Serralongue.
Le village conserve son indépendance par rapport aux villages d'Arles sur Tech à 4 km et celui de Céret à 8 km à l'Ouest.
En 1670, l'intendant du Languedoc Noel Bouton, marquis de Chamilly capitaine du régiment d'Enghien dans l'armée de Schomberg construit le fort Els Banys pour stopper par la répression la contrebande du sel provenant d'Espagne.
Le fort dels Banys a la forme d'un petit quadrilatère flanqué de 4 bastions peu élevés et d'un édifice intérieur qui fait fonction d'infirmerie.
Le plan du fortin est dessiné par l'ingénieur français Jacques Borelly Saint Hillaire, le bâtisseur de la citadelle de Villefranche du Conflent qui installe son œœuvre à 120 m sur le sommet du Roc dels Sant Salvador.
Vauban, lors de sa 2ème visite d'inspection s'aperçoit des faiblesses de la position d'el Castillo de los Banos comme l'appellent les Espagnols sur la plaine des Aspres.
La situation du fort Dels Banys est assise au sommet de la colline permet à une troupe ennemie de circuler pour prendre le fort de dos ou de revers par les versants montagneux qui l'entourent.
Fort Les Bains à la confluence des rivières Tech et de Montdony est voué à la surveillance de la fort La Gardia par sa vision panoramique sur la route de Prats de Mollo, au dessous du village de Saint Laurent de Cerdans.
Le rôle de Fort Dels Banys à 46 km au Sud-Ouest de Perpignan est de bloquer la contrebande des somatents remontant par les gorges de la Muga mais à aucun cas de refouler une invasion en provenance de la vallée du Tech en direction de la ville de Céret à 8 km.
Le 17 avril 1793, après l'invasion du village de Saint Laurent de Cerdans et l'occupation du village d'Arles sur Tech, le bourg d'Els Banys se trouve dans l'axe de progression des troupes espagnoles en direction de la ville de Céret.
Il joue un rôle de sentinelle pour le contrôle des routes entre les ravins de la Muga et ceux du Tech.
Depuis le 23 avril 1793, 2 000 soldats espagnols cantonniers travaillent sans relâche aux 2 rampes du col du Portell qui est la route principale.
La route prend la direction Sud au village de La Jonquera monte sur le versant du col à travers les ravins de la rivière la Illas, passe à Riunoguès, descend vers le bourg de Maureillas pour déboucher à la ville de Céret.
Le 30 avril 1793, le blocus d'Els Banys d'Arles est décidé rapidement.
La tactique d'encerclement du hameau est mise en place par les fantassins du génie espagnols.
Le verrouillage établi par l'ingénieur catalan Juan Escofet 73 ans, des routes entre les bourgs Montalba dels Banys et de Montbolo empêche le renfort et le ravitaillement des vivres et des munitions vers le fortin.
Le 01 mai 1793, l'Armée de la Catalogne part d'Arles sur Tech et gravit le chemin du col de Paracolls (902 m) où il établit son campement de surveillance au bourg Montalba (543 m) proche du mas Pagris pour monter leur supériorité de ses régiments et introduire sa logistique en armement lourd et en ravitaillement.
Antonio Ricardos attribue à Juan Escofet l'ingénieur de Barcelona, les travaux de génie qui doivent sécuriser les ponts et élargir la route des charrettes pour le passage des convois.
Très vite, la population des bourgs proches de Palalda et de Montbolo collaborent avec l'occupant car les troupes espagnoles occupent et bivouaquent à Rocca Barral sur le Puig de Llunes entre les bourgs de Palalda et de Montbolo.
Le blocus du fortin est sévère, impénétrable.
Les militaires espagnols contrôlent les mouvements sur la route en demi-cercle au bas des talus qui longent les remparts et bloquent les sentiers qui mènent au bourg d'Els Banys.
Ils fabriquent pour détourner la route de Céret un nouveau pont sur la rivière Tech en crue par les pluies diluviennes qui tombent continuellement depuis le début mai.
Dès le début du siège, le commandement des fortifications espagnol Juan De Calva détient les plans et les inventaires du Château les bains est le dernier rempart protégeant la ville de Céret depuis la trahison du capitaine de génie français Lefevre ancien gouverneur qui a ouvert les portes du fort Lagarde à Prats de Mollo.
Une garnison de 440 hommes du régiment Vermandois commandée par le gouverneur en chef, maréchal de camp Michel, Jean-Paul Daudiès, un républicain né le 29 septembre 1763 à Perpignan.
Michel, Jean-Paul Daudiès s'engage à 22 ans dans le régiment du Vermandois en garnison dans la citadelle de Perpignan,
Il obtient le grade de caporal et devient fourrier en chef.
A 29 ans, il est nommé lieutenant du 61ème régiment d'infanterie sous les ordres du commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales, le général Mathieu Marchant De La Houillère qui lui donne le 22 février 1793, le commandement de Fort Les Bains.
Le commandant nomme Michel, Jean-Paul Daudiès à 30 ans capitaine de la 112ème brigade d'infanterie.
Michel Jean-Paul Daudiès est un homme sincère, estimé par ses officiers par sa dévotion, par sa loyauté et aimé par ses fidèles soldats par son parlé franc.
Sa force, c'est qu'il parle couramment le catalan et n'a pas besoin de traducteur, espion du camp ennemi.
Sa jeunesse, 31 ans en fait un atout majeur pour la résistance au poste de commandement.
30 jours se sont écoulés, le gouverneur Michel Jean-Paul Daudiès refuse la 4eme sommation que l'officier espagnol lui présente.
Le 28 mai 1793, sur le plateau Guillem (2 275 m) sous le versant Sud-Ouest du massif du Canigou, les renforts du 2ème bataillon du Gers commandés par le lieutenant colonel Laterrade envoyés par le général Mathieu Marchant De La Houillère qui depuis le départ de Joseph Servant de Gerbey en visite des garnisons dans les Pyrénées-Occidentales a prit le commandement de l'Armée des Pyrénées-Orientales sont tenus en échec.
Les fantassins espagnols font circuler de fausses informations sur l'échec du bataillon français qui amplifient la peur et les craintes sur le manque de nourriture.
Pour décourager la population qui apporte leur assistance aux soldats assiégés du fort, 200 fantassins espagnols aux ordres de l'adjudant de camp Manuel Moreno brûlent en représailles les maisons du bourg Els Banys.
Le 28 mai 1793, Michel, Jean-Paul Daudiès et ses hommes courageux sont épuisés pourtant ils rejettent la 5ème sommation qu'ils viennent de recevoir.
Les espagnols sécurisent leur position en fabriquant 2 batteries d'artillerie.
  • L'une à côté d'Arles sur Tech à la chapelle Santa Engracia avec la mise en fonction de 4 canons de 8.
  • L'autre au Nord-Est sur le plateau des Moulins, plus imposante proche de 600 m des remparts.

  • La redoute se compose de 4 canons de 8 et de 2 obusiers de 4 qui crachent des mitrailles et des boulets toute la journée.
    Au Fort les bains, les artilleurs français possèdent 7 canons en place dont 2 sont hors-service.
    L'unique canon de 16 n'a plus de boulets, les 6 autres de 4 sont aux commandes d'un seul artilleur dont le stock de poudre est altéré et ne permet pas un tir précis.
    Le 03 juin 1793, Michel, Jean-Paul Daudiès reçoit une 6ème sommation.
    Le gouverneur militaire comme à son habitude convoque les officiers et les sous-officiers en assemblée de conseil de défense.
    Le constat du siège est dramatique, une partie des militaires est malade ou atteinte par le scorbut.
    Le conseil militaire constate que les réserves de nourritures sont inexistantes.
    Il ne reste que 15 onces (430 g) de pain par militaire.
    Les espagnols par provocation, suivent à la lettre le rapport secret de l'inspection de Vauban sur les failles du fortin, ils construisent une 3ème batterie de 16 sur le versant Est de la montagne du Roc de Merla. Cette puissante batterie tire des boulets énormes, destructeurs sur la partie epaisse de la muraille du fortin.
    Le 4 juin 1793 à midi, le conseil militaire des officiers et son porte-parole le commandant du Fort les bains décident de capituler.
    Après 43 jours de blocus, la capitulation est consentie par le conseil de guerre après la 7ème sommation.
    La franche négociation de Michel, Jean-Paul Daudiès est glorieuse puisqu'elle stipule par écrit que chaque militaire reçoive les honneurs de guerre et que chaque habitant du bourg d'Els Banys demeure libre.
    Le 6 juin 1793, l'ennemi espagnol franchit le seuil de la porte du fort s'aperçoit que les militaires ont capitulé en raison du manque de nourriture et seule la famine a obligé les militaires à se rendre.
    Les 48 militaires malades sont transférés par les troupes espagnoles à l'hôpital du village de Céret pour y recevoir des soins.
    Michel, Jean-Paul Daudiès et les 330 soldats valides sont emprisonnés à Grenade en Espagne durant 28 mois jusqu'au 14 aout 1795, plus d'1 mois après la signature de la paix.
    En septembre 1797, Michel, Jean-Paul Daudiès aux ordres de Napoléon Bonaparle est nommé à la tête du 10eme cuirassier aux côtés du colonel Lhéritier qui l'affecte du régiment d'infanterie au régiment de cavalerie.
    En juin 1804, il est cité à la légion d'honneur légionnaire.
    En juillet 1808, à Neufchatel en Suisse, il épouse Elisabeth Borel.
    Il prend part à la bataille autrichienne de Ratisbonne.
    En 1810, Michel, Jean-Paul Daudiès commande la 2eme brigade du 12eme régiment de Cuirassiers qui participe aux violents combats des batailles de Dresde puis de Leipzig, à ce titre les croix de Chevalier d'Empire et de l'Ordre de Saint-Louis lui sont décernées.
    En 1813, il obtient la reconnaisance supprème pour un militaire : La légion d'honneur d'officier.
    En 1815, avec l'accord du maréchal Davout, se retire dans le département des Pyrénées-Orientales pour y finir ces jours.