Le commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales Jacques Dugommier vient de résoudre 3 importants problèmes.
  • Le retour de son prédécesseur le chef des Armées Amédée Doppet auquel il a affecté le 04 juin 1794, la mission de dénicher dans les montagnes la manufacture d'armes.
  • La destruction par le général Pierre Augereau de l'usine de canons et de bombes à Sant Sebastià de la Muga.
  • L'affrontement de ces 2 généraux de division.
    La froideur et le calme de général Catherine Dominique Pérignon opposé à l'attitude désinvolte, populaire et arrogante du général Pierre-Charles Augereau vis-à-vis de son commandement.
    Un duo stupide qui s'ignore lors des combats.
Pierre Soubrany, le représentant en mission qui a procédé à l'inventaire des armes espagnoles du fort de Saint-Elme est surpris de trouver des caisses contenant des sabres et des fusils de fabrication récente.
Après une enquête du génie militaire, ces caisses d'armes proviennent de la manufacture de Ripoll.
La renommée de la manufacture d'armes de Ripoll n'est plus à faire, elle a traversé les continents.
La noblesse du Mexique, du Pérou, d'Argentine, de Saint Domingue, de Floride, d'Algérie, d'Italie, de Prusse et de France, possède comme joyaux des pistolets nacrés, des fusils tirant avec une efficace précision.
Les sabres d'une beauté étincelante défient les maitres d'orfèvrerie qui vont s'en inspirer et les copier.
Le 04 octobre 1793, Luc-Siméon Dagobert et son commandant Louis-Marie Turreau qui attend sa nomination de chef d'Armée se sont mis à la recherche de cette manufacture d'armes sans succès.
La découverte de la route du fer est d'une simplicité naïve dans cette région riche en minerai de fer jalonnée de multiples forges.
La route serpente entre les bourgs de Lamanère et de Batère continue sur les versants espagnols où la trace du charbon de bois et du pyrène est facile à suivre.
Sur les versants silencieux du Haut Vallespir vivent des hommes discrets et muets.
Camprodon, Urgell, Ripoll, ces monastères abritent-ils des armes ?
Derrière les livres du savoir peut-on cacher des armes ?
L'une des plus belles et des plus anciennes bibliothèques peut-elle masquer une activité militaire ?
La folie des hommes fait parfois des unions malheureuses.
Au confluent des rivières Ter et Freser, le village de Ripoll avec ses 3 800 habitants en 1794, apparaît avec insolence la beauté de son monastère du 9eme siècle, bâtit par les franciscains de l'ordre Santa Maria.
Dans les ravins de la vallée de Ribes coule le ruisseau Freser qui rejoint dans la vallée de Camprodon, les eaux furieuses du Ter. Les deux ruisseaux donnent naissance à une imposante et unique vallée du Ripollès.
La forge Palau du village de Ripoll est visible en venant de Vic par la route de Ribes en direction de la commune de Puigcerdá, elle sort de la montagne près du village d'Ogassa.
280 ouvriers y travaillent, tous des "somatents" de Ripoll qui constituent les artisans de cette manufacture.
Les somatents possèdent tous un fusil. Ces catalans sont nés avec une arme à la main.
Qu'Est-ce qu'un somatents ?
C'est une voix intérieure qui dit et qui crie où que vous soyez dans les champs, à l'usine, à la maison :
"Viens, court et soit là à temps".
Le son de la cloche fait office d'alarme.
Chaque individu, femme, homme et enfants "arrive là à temps" pour combattre ou se défendre contre l'agresseur.
Par sa naissance dans cette terre, chaque catalan signe un pacte de défense ou une promesse de résistance qu'il va devoir assumer tout au long de son existence.
Les somatents n'appartiennent à aucune armée.
Suivant les périodes, cette force va prendre des noms de rebellions divers :
brigands, révoltés, insoumis, hors-la-loi, rebelles, résistants.
Dans le village, la forge est connue comme une manufacture de clous, de rivets et de fer forgé.
Les maitres de forge sont des artisans qui fabriquent des armes.
Un canal provenant du ruisseau de Freser emmène l'eau et la stocke dans un réservoir puis le canal se divise en deux rigoles.
La première rigole d'eau met en mouvement la roue hydraulique qui actionne les martinets pour écraser le métal, l'aplatir et modeler les pièces.
La 2ème rigole d'eau chute d'une hauteur de 3 mètres dans les trompes à eau pour fabriquer le vent nécessaire à maintenir le feu à vif dans le creuset de la fonderie.
L'eau, le feu, le vent convergent pour transformer le métal en acier.
Le bruit dans la forge est insupportable, ce qui rend pénible une grande partie des taches et occasionne la surdité des ouvriers.
La fabrication d'un sabre est une suite d'opérations exécutées par le forgeron pour maintenir l'équilibre entre la capacité de coupe et la solidité de l'acier.
Un sabre tranchant est fragilisé par sa trempe ou son bon aiguisage.
Une lame d'acier souple risque de ne pas couper.
Les maitres forgerons de Ripoll inventent le concept de la trempe partielle en recouvrant de poudre de charbon et de silice le dos et les flancs de l'acier pour obtenir la dureté à la lame.
La partie non protégée se refroidit plus rapidement.
La lame est estimée de bonne qualité qu'après un polissage qui va révéler la solidité de son acier.
Le procédé de la transformation du fer en acier conditionne la fabrication des sabres qui comprend 3 étapes.
Le forgeage, le trempage et le polissage.
  • Le forgeage est l'opération qui consiste à ajouter du carbone au métal pour éviter les risques d'oxydation, générer une bonne soudure des différentes couches de métal entre-elles et déterminer la souplesse de la lame.
    Cet amalgame d'acier est chauffé à 1 200° dans le creuset de la forge et aplati par les lourds marteaux.
    Pour être refroidi, le métal est arrosé par un mélange de cendre et d'eau puis l'acier est étiré avec des jets de boue liquide versés par dessus.
    Ce procédé est effectué une vingtaine de fois.
    Le résultat obtenu se présente sous la forme d'une plaque d'acier constituée de nombreuses couches fines soudées entre-elles sans bulles d'air.
  • Le trempage est opération secrète.
    La lame est chauffée à 800° puis brusquement plongée dans l'eau dont la température reste le secret du maitre de forge et c'est elle qui détermine la dureté du tranchant.
  • Le polissage consiste a frotter la lame d'acier avec des pierres abrasives d'une dureté supérieure.
La pointe du sabre est travaillée au dernier moment.
La fonderie fabrique des fusils de modèle 1777.
Les fusils se façonnent à la forge et l'assemblage manuel se fait à la lime.
Le canon du fusil est fabriqué à partir d'une plaque de fer enroulée autour d'une broche pour obtenir un tube de fer qui est soudé en plusieurs endroits par un martelage lors de la chauffe à blanc.
L'intérieur du canon du fusil est nettoyé par des forêts en acier mis en mouvement par la roue à eau.
Le fusil est équipé d'une platine à chien qui déclenche la mise à feu.
Cette pièce mécanique se compose de 18 éléments forgés, limés et trempés.
La gâchette, les ressorts, les vis, le chien, le corps de platine, la mâchoire, la noix et la bride sont ajustés les uns aux autres pour en contrôler le jeu.
La longueur du fusil de Ripoll est le seul à avoir une longueur de 42 pouces au lieu des fusils communs de 38 pouces.
Cette longueur permet de mettre le fantassin hors d'atteinte du sabre des cavaliers de 33 pouces.
Le mécanisme de la baïonnette qui sert d'arme blanche est à double tranchant dans un longueur de lame de 18 pouces plus longue des baïonnettes ordinaires de 15 pouces, cela donne une lame tranchante de 21 pouces à la naissance de la douille du fusil.
Les fusils de Ripoll sont d'une précision légendaire pour l'infanterie, ils peuvent atteindre une cible située à 350 mètres.