Source : "La Révolution Française 1789-1799". Jean-Marc Schiappa-Paris 2005-Ed.Flammarion.


Le 26 aout 1789, l'Assemblée Constituante déclare :
"nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses".
La naissance de la déchristianisation a pour origine la ville de Nîmes où les protestants et le notable calviniste David Dombe lancent la rupture contre la religion en s'emparant de l'église des capucins le 13 juin 1790, profanant les vases sacrés et le linge d'autel puis massacrant les 5 moines.
Le département des Pyrénées-Orientales est globalement catholique.
La marche des esprits est frappée et s'accélère avec la suppression de la dime, la nationalisation des biens de l'église et l'adoption de la Constitution Civique du Clergé.
Le mouvement de déchristianisation est de courte durée, l'intensité de la campagne suspend partout le culte.
La religion est identifiée comme une superstition par ses saints.
La vie humble des paysans des massifs de Cerdagne et du Capcir est concernée puisque les fêtes religieuses sont interdites par l'adoption en octobre 1793 du calendrier révolutionnaire.
Pourtant les maraichers attentent les traditionnels cavaliers des glaces de la Sant Jordi du 23 avril, de Sant Marc du 25 avril, la Sante Croix du 3 mai, la Sant Joan de la Porte Latine du 6 mai.
Les ruraux parlent dans les foires des villages des saints de glace, Saint Mamert du 11 mai, Saint Pancrace du 12 mai et Saint Servais du 13 mai
L'effet violent indiscutable s'accélère par le choix des prêtres entre conventionnels et les réfractaires qui réduisent le corps clérical.
L'effectif du clergé en 1794 est de 28 000 contre les 80 000 au début de la révolution de 1789.
Les ordinations ne compensent plus les décès des prêtes.
Le détonateur de la déchristianisation est le décret du 20 septembre 1792 qui autorise le mariage civil, le mariage des prêtres et le divorce.
Par excès les révolutionnaires ferment les églises, suppriment les signes de croix catholiques sur les monuments et sur les tombes des cimetières.
Les familles donnent des prénoms révolutionnaires aux enfants.
L'antéchrist apparaît dans les armées révolutionnaires et sur les champs de bataille.
L'athéisme est dit "aristocratique".
L'homme se fait Dieu. En Egypte, Horus se présente sous forme d'un croquis d'une pyramide et la cosmologie du soleil.
Les débats et les affrontements de la religion dans les camps militaires sont embrouillés.
La religion est identifiée comme une supertition.
Ce symbole de pyramide est adopté très tôt par les armées révolutionnaires pour célébrer leurs victoires et enterrer leurs glorieux morts. Cette période dure une cinquantaine d'années durant la génération comprise entre 1790 et 1840.
Le système des pyramides est fondé par la loi des structures.
La pyramide est un bâtiment religieux édifié comme un logis qui assure la perpétuité du mort.
L'un des concepts de la pyramide est né de l'idée d'empiler des mastabas, qui est une tombe rectangulaire, amoncelés du plus grand au plus petit, jusqu'à ce que la structure forme une pyramide.
Le mot structure en latin se traduit par construction = Avoir une vision structurale des choses.
L'idée de la pyramide plait aux révolutionnaires car sa base est difficile à renverser.
Pourquoi les tombeaux pyramidaux ont leur sommet tronqué ?
Parce que le système pyramidal démontre que les classes dominantes sont au sommet de la pyramide et écrasent par l'oppression les dominés, représentés par le socle de la pyramide.
Les rapports révolutionnaires d'égalité et de liberté des peuples font que les pyramides mortuaires sont construites sans sommet. Ils rajoutent à la place une couronne de laurier ou un bonnet phrygien.
La mode de ces tombes pyramidales commence bien avant la campagne napoléonienne d'Egypte de 1808.
Cette mode est lancée par Etienne-Louis Boullée, architecte français, fils d'un géomètre qui influencé par la carrière de son père. Il mélange sa passion de faire vivre la république à l'architecture géométrique.
Les généraux de la Convention Nationale morts durant les guerres de 1793, 1794, 1795 sont enterrés dans tombes pyramidales.
Les cimetières vont être éloignés des bourgs pour éviter les épidémies contractés par la population.
A la reconstruction des nouveaux cimetières des tombes pyramidales apparaissent.
Un autre concept de ces tombes en forme de pyramide est celle édifiée en l'honneur de Mithra, Dieu belliqueux coiffé d'un bonnet phrygien.
Ce dieu Mithra d'origine perse est le protecteur des troupeaux, bienveillant pour des hommes et courageux pour des soldats.
Ce dieu est vénéré au VI siècle avant J.C. et conduit ses adorateurs à la victoire.
Vers 308 de notre ère, les empereurs Dioclétien, Galère et Licinius attribuent à la divinité Mithra le nom de "fautor imperi sui," traduit par "protecteur de l'Empire," pour s'assurer la fidélité militaire des légions romaines.
Cette divinité Mithra fait des adeptes chez les gradés dans les écoles militaires.
Les adeptes mithriacismes prônent les vertus de la loyauté, du respect à la parole donné.
Ces serments sont les mêmes que prononcent les soldats, les légionnaires.
Les fêtes révolutionnaires du 14 juillet 1792, qui a eu lieu à Paris sur le Champ de Mars, vont se dérouler autour de grandes pyramides symbolisant la victoire et la fête de la guerre.
Le décret du 4 février 1793, rattache le comté de Nice à la République Française. Ce décret est marqué par le sceau d'une pyramide coiffée par un bonnet phrygien.
Poser la question à la filiation des Templiers et aux révolutionnaires maçonniques sur les formes pyramidales est un thème laissé à libre expression. Les sujets sur les sectes sont secrets et tus.
En 1794, les soldats révolutionnaires cantonnés en territoire étranger sont incompris de la Nation, les chefs des armées s'emparent de l'administration et de la justice militaire réservés aux commissaires pour propager la déchristianisation.
Sur les lettres apparaissent des vignettes emblématiques sur la république triomphante et les prouesses de ses généraux victorieux.
A l'entrée des camps, la structure antique d'un arc de triomphe glorifie les drapeaux du succès.
Les généraux utilisent la commémoration des fêtes révolutionnaires pour préparer les esprits. La fête militaire se déroule sur la place publique ou les autorités municipales, ont convié la population afin de mêler étroitement le citoyen avec le soldat citoyen pour embellir les avantages de la fraternité et de la liberté.
Le 14 juillet 1797, dans le camp à 9 heures, 5 demi-brigades et 2 régiments de cavalerie se rendent au champ de la fédération, se rangent en bataillon carré autour de la pyramide sur laquelle sont écrits les noms de tous les militaires morts au champ d'honneur.
Les vétérans, les blessés défilent devant cette pyramide.
Les tambours battent l'hymne de combat et les artilleurs tirent des salves, le général en chef passe en revu ses officiers et ses hommes puis s'adresse à son corps d'armée avec ces paroles :
"Braves soldats, voyez devant vous les noms de vos camarades morts sur les champs de bataille en votre présence, mais leurs mânes doivent être satisfaites, car les tyrans ont péri avec leur tyrannie."
L'armée des Pyrénées-Orientales continue la tradition du 10 août 1794, la célébration de la chute de monarchie sur le plateau de La Junquera, en Espagne.
La cérémonie commence dés 3 heures du matin, une 1ère salve est tirée par les artilleurs, puis une 2ème tirée à 5 heures et une 3ème à 9 heures lors de la réunion des troupes sur le front du camp.
Les généraux forment un carré autour du monument construit en forme de pyramide.
Des banderoles déployées sont accrochées sur la base carrée de la pyramide.
  • Sur la face devant, les hommes lisent :
    "Aux mânes des héros morts en défendant la Patrie et la Liberté".
  • Sur la seconde face est écrit :
    "A la République triomphante."
  • Sur la face mitoyenne :
    "A la fidélité républicaine."
  • Sur la dernière face :
    "Au courage français et aux victoires qui l'accompagnent."
  • Sur chaque côté de la pyramide est écrit le serment de vaincre.
Jacques Dugommier, chef d'Armée des Pyrénées-Orientales, entouré de ses généraux et des hommes de son Quartier Général prononce un discours qui incite à la victoire, à la loyauté des lois républicaines.
Les troupes défilent en direction du cantonnement sous une banderole tendue où sont inscrits 2 mots :
"La liberté ou la mort."
Des tonneaux de vin et des boissons alcoolisées comme rafraichissement les attendent, suivi d'un diner sans faste.