Sources : "Gazeta de Madrid N°66 et Bibliothèque de Palau de Peralada manuscrit N°91."


L'armée des Pyrénées-Orientales célèbre cette semaine, la fête du 10 août 1794 commémorant la chute de la monarchie en Espagne sur le plateau du village de La Junquera.
C'est durant cette commémoration que la bataille de Sant Llorenç de la Muga, nom de code "Bassagoda" doit débuter seulement les troupes portugaises, irlandaises et suisses achetées en renforts par la cour royale espagnole ne sont pas opérationnelles.
Pédro Caro-Sureda de l'Armée espagnole de Navarre est arrivé depuis le 01 aout 1794 pour soutenir la division droite de Cantallops.
Jacques Dugommier reçoit la réponse à sa lettre de la Convention Nationale qui approuve le choix de ne pas pilonner la forteresse de Bellegarde au Perthus.
Le blocus est appliqué par les 16 000 hommes sous les ordres de Catherine-Dominique Pérignon afin de contraindre la garnison et son gouverneur le marquis Don Vallesantaro à se rendre par la famine.
Jacques Dugommier est un adepte du mithriacisme, il applique son principe contraire à la vocation du général Lluis Fermin De Carvajal, commandant de l'Armée de la Catalogne qui a refusé les accords lors de la capitulation de Collioure.
Le 04 août 1794, le comte De La Union fait porter une lettre ultra confidentielle dans laquelle il demande une entrevue personnelle, avec ou sans la présence des représentants du peuple, dont le but est de trouver une solution au différend et de concevoir une éventuelle négociation de paix.
Jacques Dugommier applique son mutisme comme réponse puis il ordonne par mépris et pour satisfaire son orgueil l'impression du contenu des lettres De La Union accompagnées de ses observations et de ses réponses.
Tout dialogue avec lui est refusé par avance.
Le différend, c'est transformé en haine.
Bizarre de bloquer le dialogue entre chef en guerre, alors que contrairement la Convention Nationale et la cour d'Espagne envoient leurs émissaires, Domingo Simonin, De Banos et Fregeville pour trouver une issue à la guerre.
Le 13 août 1794, par décret du 26 thermidor An II, la Convention Nationale précise que chaque mission des représentants du peuple dans les armées ne dépasse pas 6 mois.
Dès le 12 septembre 1794, par décret les conventionnels, Cumin Milhaud et Pierre Soubrany sont rappelés à Paris.
Le 13 août 1794 à 2 heures du matin, le commandant en chef espagnol lance la bataille décisive qui doit ravitailler les captifs de la forteresse de Bellegarde.
Le général comte De La Union met sa détermination, sa fougue dans la préparation de ce plan d'urgence.
Ce combat doit libérer les otages car les nouvelles des assiégés sont catastrophiques et alarmantes.
Le comte De La Union convoque ces officiers, les représentants de la Generalitat de Catalunya pour révéler son schéma, afin de ne pas subir la défaite du 19 mai 1794 lors de la bataille de la Santa Magdalena qui sert de leurre pour ravitailler la forteresse.
Les 2 batailles se déroulent à quelques jours d'intervalle dans les contreforts de la Santa Magdalena. La Santa Magdalena est une long massif escarpé qui s'allonge vers l'est où la rivière Muga et son affluent le Manol ont creusé des ravins profonds et tortueux, de véritables embûches pour les fantassins qui se terminent en pente au plateau du village de Llers.
Avec minutie, Lluis Fermin De Carvajal, approuve la proposition d'attaque mise en place par son Etat Major de Figueres.
Manuel Negrette, comte Campo Alange organise une armée de somatents pour apporter son soutien inconditionnel à De La Union qui demande des renforts à la Catalogne concernant les armes, les munitions et l'appui des somaténts aux cols de la frontière.
Quels plans les experts espagnols ont mis en place ?
Le croquis du plan de bataille a la forme d'un grand M.
Au milieu des jambages du M se situe la forteresse de Bellegarde.
Le comte De La Union projette l'attaque des 2 ailes françaises à la fois.
  • A gauche par le village de Sant Llorenç de la Muga.
  • A droite par le bourg montagnard de Cantallops.
  • Renverser les 2 divisions françaises pour passer la frontière pour se rabattre au centre où se situe la porte "France" du fort de Bellegarde relève d'une fantastique prouesse.
    Pourquoi tant d'efforts à pénétrer en France ?
    Pour éviter le transport de l'artillerie lourde qui crée des brèches dans les murailles épaisses de la forteresse.
    Pour déloger par la porte centrale en territoire français les séquestrés fatigués et malades.
    Sur chaque côté :
    Sur le plateau de droite à 680 m au village Las Illas se tient prêt un convoi pour ramener les assiégés de la forteresse.
    Sur le flanc gauche à la hauteur de la tour Madaloch à une hauteur de 360 m au col de Banyuls se tient un autre convoi pour évacuer ou ravitailler les capturés.
    Un champ de bataille gigantesque avec un intervalle de 38 km où se déroule en même temps, 2 combats qui ne faut à aucun cas dissocier.
    Tactiquement le village de Sant Llorenç et le bourg Cantallops font partie d'une unique bataille et même stratégie.
    La première bataille a lieu dans le contrefort de la sierra Santa Magdalena, cette montagne haute de 620 m permet d'avoir une vision de domination sur les gorges et les ravins du village de Sant Llorenç de la Muga, ainsi que le pic de l'Estella.
    La situation du pic de l'Estella sert aux deux topographes Pierre Méchain et Jean-Baptiste Delambre de l'académie des sciences de Paris de point de calcul pour mesurer l'étalon du mètre.
    Carlos IV accepte la proposition signée par Louis XVI et nomme le 22 avril 1792, deux mathématiciens espagnols José Chaix et Juan Penalver pour mesurer de longitude côté espagnol du pic de l'Estella qui domine les ravins el Manol.
    9 000 fantassins de la division Juan Curten se cantonnent au village de Sant Llorenç de la Muga et 6 000 soldats de Joaquin Oquendo renforcent la division partie vers 3 h du matin pour se rendre discrètement par des sentiers de la montagne de Terrades.
    Cette montagne Santa Magdalena est dure à gravir pourtant les troupes espagnoles.
    Ils vont rapidement escalader les versants de la rive droite de la rivière Muga pour attaquer par surprise la brigade Louis Lemoine consolidée par 2 bataillons de chasseurs.
    Le général Juan Curten a réussi son coup de force, il occupe la position droite française.
    Le sommet de la Sierra Santa Magdalena est point unique d'observation où l'on découvre le couloir d'Albanya, où l'on distingue le plateau de l'Avat et on entrevoie la gorge du village de Terrades.
    Le général Pierre François-Charles Augereau averti par les coups de canon tirés par les artilleurs espagnols, se lance dans la bataille.
    Ses troupes se retrouvent face aux brigades espagnoles de Jose Perlasca et de Fernando Cagigal.
    Le front de l'Armée des Pyrénées-Orientales est bien stabilisé et équilibré.
    L'aile droite des 9 000 combattants sous les ordres du général Pierre Augereau couvre l'espace entre la fonderie de Sant Sebastiá face aux cavaliers du général Diego Godoy autour de la chapelle Sant Jordi.
    Le village de Terrades est sous l'emprise des coups de feu de la division de Juan Curten contre la brigade de Louis Lemoine.
    Le centre composé de 16 000 soldats sous les ordres de Catherine Pérignon est localisé entre le village de Llers et l'ermitage du Roure sur la route de Pont de Molins, face à lui le marquis Las Amarillas.
    L'aile gauche française, au bourg de Capmany est composée de 9 000 hommes et de 4 demi-brigades, lorsqu'ils aperçoivent les soldats de Louis Lemoine en difficulté.
    Pierre-François Sauret avec sa 2eme brigade de son corps d'armée leur portent secours et Pierre Augereau se lance à son tour avec ses hommes pour les aider à sortir du guêpier espagnol.
    Les adversaires sont proches, le combat se fait au corps à corps, au pistolet et à la baïonnette avec un tel acharnement sans qu'aucune armée ne prenne l'avantage.
    Un combat sanglant, un combat à mort.
    A midi, la division de Pierre Augereau s'aperçoit que la brigade Domingo Izquierdo commence à fléchir, il donne l'ordre au général Guillaume Mirabel de se rendre sur les hauteurs de Terrades pour empêcher la retraite des soldats espagnols.
    Le général Guillaume Mirabel détache 3 bataillons pour porter secours à Louis Lemoine affaiblit par la fièvre.
    C'est un traquenard car le ravin est étroit puisque la rivière Muga sépare les contreforts de la sierra Santa Magdalena.
    La seule issue pour la brigade est de continuer en direction du village de Terrades.
    Une balle atteint à la tête Guillaume Mirabel qui meurt.
    Les fantassins français sont décimés quand le général Louis Lemoine leur porte secours.
    Les espagnols abandonnent leur position car les troupes françaises ont réussi leur jonction, ils forment 3 lignes.
    La cavalerie de Diégo Godoy, le frère du ministre espagnol se retrouve épuisée face à la brigade Philippe Davin.
    Le général Pierre Augereau prend l'avantage avec ses colonnes serrées sur les troupes cernées de Juan Curten qui ordonne à la brigade des grenadiers d'ouvrir un passage afin de regagner les fortifications de Figueres.
    Les français sont battus sur la gauche où se situe la brigade Victor dans un combat dur et acharné pour fermer le col de Banyuls.
    A 4 heures du matin, les 6 000 fantassins espagnols ont pris le village de Cantallops sous les ordres du Vicomte De Gand et du brigadier Juan Tarranco.
    Les espagnols se dirigent vers le hameau de Récasens qui est menacé par les 3 colonnes du bataillon du Tarn, commandées par l'adjudant général Jacques-Zacharie Destaing.
    Le débarquement de 1 800 espagnols par 2 vaisseaux, 1 frégate et 4 chaloupes canonnières permet de créer 3 postes échelonnés au massif d'Esquers, aux villages de Colera et de Llançà.
    Le bilan de cette bataille de Sant Llorenç de la Muga n'a pas les résultats escomptés par l'Etat Major espagnol puisque la forteresse Bellegarde est toujours bloquée.
    Le déroulement des combats et l'enchainement des 3 divisions font beaucoup de morts et de blessés du côté espagnol qui se replient derrière les remparts de la ville de Figueres.
    Jéronimo Giron-Moctezuma (1741-1819) marquis De Las Amariillas, ne pas confondre avec Pedro Agustin Giron (1778-1842), officier aristocrate qui dirige la division du centre face au général Catherine-Dominique Pérignon aurait plus sa place dans les salons du roi d'Espagne que sur un champ de bataille car face au village de Llers.
    Il n'a jamais su diriger sa division, au lieu de réunir ses hommes pour en faire une force de destruction pour l'opposer à la résistance des troupes de Dominique Pérignon, il fait le contraire.
    L'armée de la Catalogne est à reconstruire.
    Le talent de vigoureux commandant Lluis Fermin De Carvajal ne suffit pas. Il est anéanti malgré l'énergie et l'ardeur qu'il met pour sauver les assiégés de la forteresse de Bellegarde.
    Cette bataille d'une durée de 16 h est une défaite désastreuse pour les espagnols.
    Depuis le décret de guerre à mort, aucun fantassin espagnol n'est fait prisonnier et l'embargo de la forteresse de Bellegarde se poursuit.