Le 18 décembre 1793, le commandant en chef espagnol Antonio Ricardos ordonne à la division de général Gregorio La Cuesta, de prendre possession des 2 ports de Collioure et de Port-Vendres essentiels aux ravitaillements de son armée.
La résistance acharnée contre l'état de siège depuis 6 mois des soldats français et des citoyens de Collioure autour de son maire Vincent Comes retarde l'acquisition du port, mais le manque de nourriture au sein de la population fait de nombreuses pertes.
En 1793, la ville de Collioure mal bâtie est percée de rues étroites, entourée par 2 églises, la nef des dominicains et Notre Dame des Anges.
La population de 2 380 habitants vit essentiellement du commerce de la pêche.
Le port de Collioure possède un profond bassin naturel formant une large anse entourée du massif des Albères qui plonge dans la mer.
A cette époque, son trafic maritime est important vu le faible tirant d'eau des navires.
La digue actuelle n'est pas construite.
Claude-Dominique Fabre réside au château, en aval du port de Collioure sur les fortifications élevées qui domine au Nord le faubourg.
Il participe aux combats des artilleurs et fait la liaison des ouvrages militaires entre la redoute carrée de Palat, le fortin de l'Étoile et celui du Mirador pour repousser les assauts espagnols.
La défense du port est assurée sur la hauteur de la cordillère rocheuse des Albères face à la mer par 4 compagnies aux ordres du général de brigade Jean-Jacques Laterrade qui a disposé 5 redoutes de canons qui bloquent les 3 cols formés par les 4 mamelons.

Le 20 décembre 1793, Fabre de l'Hérault en combattant est tombé dans un guet-apens d'un groupe d'hommes remontant par le Sud du rec (ruisseau) de Cosprons jusqu'à la batterie installée au sommet de la colline Béar, une pointe rocheuse abrupte haute de 40 m en forme de flèche qui s'avance sur 2 km en direction de l'Est dans la mer, située à 4 km du port de Collioure sur la route des crêtes en direction de Port-Vendres.
Isolé, frappé mortellement, son corps git au pied d'un canon de la batterie.
Oui, sa mort est subordonnée à un attentat ?
Les communiqués de sa mort font référence à un complot de militaires en embuscade qui lui assènent plusieurs coups de baïonnette pour s'être interposé à un groupe de déserteurs mais en réalité, c'est un assassinat militaire.
Les circonstances de sa mort ne sont pas clairement établies et laissent planer le doute d'un attentat par un groupe d'assaillants.
Nul doute pour la population catalane sa mort est punitive. Cette mort par l'intermédiaire de l'armée espagnole arrange la population et les autorités du département.
Est-il mort au combat contre les troupes espagnoles comme le laisse entendre son collègue et ami Raymond Gaston le 20 décembre 1793 ?
A-t-il été assassiné par des mercenaires payés par des membres de la Société Populaire de Perpignan pour la relaxe de Luc Dagobert De Fontenilles emprisonné ?
Les directives imposées par Claude Fabre de l'Hérault et par son collègue Raymond Gaston activent les désaccords et les rancœurs après la destitution et l'accusation de trahison de Luc Dagobert de Fontenilles qui ment sur son âge de 73 ans et sur ses origines de noblesse de sa famille protestante normande.
Est-ce un groupe de Miquelets catalans qui ont rendu la sentence sur son comportement ?
Claude Fabre et Raymond Gaston traitent les miquelets de brigands dévastateurs et se lancent le 4 octobre 1793 à la réorganisation de l'institution catalane intouchable des miquelets.
Les chasseurs éclaireurs situés aux campements de la grotte des Canalettes et à celle de la Cova Bastera sont désarmés et renvoyés dans leurs communes.
Leurs uniformes sont déposés et leurs prêts sont suspendus.
Les miquelets reçoivent une nouvelle affectation, ils doivent désormais faire preuve de civisme et de moralité et n'avoir pas participé aux brigandages.
L'ancien consul de Collioure Narcisse Montaner et son ami Bernard Frère sont partis retrouver les troupes espagnoles établies au Q.G. de Villelongue dels Monts et rendent la sentence suite à des propos injurieux et au comportement cruel de Claude-Dominique Fabre ?

Qui connaît Claude Fabre de l'Hérault ?


Claude-Dominique Côme Fabre, né à Montpellier (Hérault) le 11 août 1762 dans une famille bourgeoise.
Son père : Claude Fabre exerce le métier de greffier en chef du district de Montpellier.
Sa mère : Françoise-Lucrèce De Moustelon fille d'un riche conseiller à la cour souveraine des comptes des Aides et des Finances installé à Montpellier.
Cette cour juge en appel les contentieux consécutifs aux décisions sur la fiscalité indirecte, traite de la répression de la contrebande et de la gabelle, vérifie les comptes des officiers royaux, enregistre les privilèges et dispose d’un droit de remontrance.
Claude-Dominique Fabre durant son enfance se lie d'un fort attachement à Joseph-Philibert Coulomb, le mari de sa sœur Cécile-Françoise Fabre, un avocat âgé de 15 ans de plus que lui et s'inspire de sa manière de vivre.
Claude-Dominique Fabre poursuit ses études pour être licencié en droit et devenir avocat.
Il s'inscrit au Conseil supérieur de la magistrature de Nimes où son beau-frère est membre.
Il effectue des remplacements à la charge de subdélégué de l'intendance, un poste qu'occupe son beau-frère et qui le passionne.
Sur les conseils de sa mère Françoise-Lucrèce, Claude-Dominique achète la charge d'avocat de l'office de Guillaume Gastaing d'Aleyrac à Montpelier le 17 mai 1782 avant d'avoir son diplôme.
Le 19 septembre 1782, Claude-Dominique Fabre est promu avocat à 20 ans et il obtient une dispense d'âge grâce aux relations de sa mère.
Le 26 mai 1788, il épouse à Nimes Suzanne Layre, fille d'Etienne et de Marie Guihoux De la Liquierre.
Le 08 août 1789, Claude-Dominique Fabre est membre de la Commission Municipale du quartier des notables de sizain de Saint Firmin de Montpelier.
Le 03 juillet 1790, il est nommé administrateur du district de Saint-Affrique situé dans le sud de l'Aveyron.
Il met fin à la violence révolutionnaire qui se nourrie des rancœurs entre les membres protestants contre les milices catholiques.
La loi du 2 septembre 1790 supprime l'ordre des avocats.
Son avenir dans la magistrature s'assombri quand il perd le titre de Conseiller à la cours des comptes des Aides et des Finances de Montpellier.
En septembre 1791, Claude-Dominique Fabre se lance en politique et est élu président de l'administration du district de Montpellier.
Par son éloquence en défendant la liberté de réunion, la liberté de la presse, le suffrage universel ainsi que l'instruction gratuite, il se fait remarquer.
Grâce à sa réputation d'intégrité, partisan d'une monarchie constitutionnelle, il est après la trahison de Louis XVI, l'un des principaux adversaires de la monarchie et s'impose comme un partisan des réformes démocratiques.
Il côtoie Pierre-Joseph Cambon, Jean-Pascal Rouyer, Jean-Jacques-Régis De Cambacérès, Ignace Brunel maire de Béziers et François-Xavier Llucia maire de Perpignan dont il connaît sa mère Thérèse Tabariès, originaire du Languedoc.
Le 7 septembre 1792, Claude-Dominique Fabre se présente comme député du département de l'Hérault.
Il est élu après Pierre-Joseph Cambon 8ème sur les 9 députés à la Convention Nationale avec 240 voix sur 472 votants.
Sa passion pour les questions d'approvisionnement fait qu'il s'inscrit en tant que membre du comité d'Agriculture sous le nom de Claude Dominique Fabre de l'Hérault.
Par sa fougue républicaine, Fabre de l'Hérault se range sur les bancs des députés de la Montagne au coté d'un montpelliérain Pierre-Joseph Cambon qui l'associe aux travaux sur la loi de la confiscation des biens du clergé.
Le jeune député établi un rapport sur le partage des biens communaux mais Fabre de l'Hérault révèle sa maitrise quand il s'attaque à un domaine brulant à cette époque les questions d'approvisionnement et de subsistances qu'il métrise bien.
Il fait voter plusieurs décrets :
  • Le 18 octobre 1792 le texte sur l'approvisionnement des départements du Gard et de l'Hérault.
  • Le 30 octobre 1792 il vote l'envoi de commissaires dans les départements de Seine-et-Oise, de l'Aisne et de la Somme pour la libre circulation des subsistances.
  • Le 03 novembre 1792 il propose un projet de loi sur l'organisation des subsistances de la 1ère république.

Le 13 janvier 1793, durant le procès de Louis XVI, Claude-Dominique Fabre de l'Hérault vote la mort sans appel au peuple et sans sursis.
Au 3ème appel nominal de la sentence, le brillant avocat s'écrit de la tribune :
"D'après le Code pénal, je vote la mort. "
Le Comité de Salut Public nomme Claude Fabre de l'Hérault, commissaire du peuple aux armées.
Sa 1ère mission est d'inspectée les forges des aciéries et des fonderies de canons de Givors ou de Lyon et il poursuit plein de fougue les visites aux usines d'acier fondu du Soleil, d'Assailly, de Lorette proche de Saint-Etienne qui introduit l'étirage des canons de fusils par des creusets et des forges à l'anglaise.
Le conventionnel se rend dans le département de la Lozère pour contrer la répression de l'insurrection royaliste à Mende conduite par son confrère avocat Marc-Antoine Charrier.
Il reçoit sa mission pour l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Le 30 avril 1793, Claude Fabre de l'Hérault, rejoint Joseph Projean et Pierre Bonnet déjà arrivés le 28 avril 1793 dans l'Armée des Pyrénées-Orientales pour remplacer les commissaires du peuple Joseph-Pierre Fayau, et Auguste Leyris.
A Perpignan, Fabre de l'Hérault est délégué aux fortifications, il surveille les travaux de la citadelle du front extérieur entre la Place et le bastion dirigés par les officiers Marc-Antoine De Vialis et Victor Andréossy.
L'arrivée du commandant en chef Louis-Charles De La Motte-Ango, marquis De Flers, un talent militaire incontestable, il implique Fabre de l'Hérault à la gestion des approvisionnements.
Sa tache d'organiser l'armée est immense, insensée car l'Armée des Pyrénées-Orientales manque de tout.
Avec toute sa détermination, Fabre de l'Hérault active ses réseaux et le 3 juillet 1793 Joseph Cassanyes le rejoint pour le soutenir dans sa mission.
François Xavier Lucia écrit dans ces lettres
"…le représentant Fabre est d'une énergie et d'un courage qui électrise tout ce qui l'environne…"
Le conventionnel organise la réquisition dans les 10 départements limitrophes pour l'envoi des fourrages, des couvertures, des effets militaires, des chaussures, surtout des fusils et des canons.
Le 04 septembre 1793, suite à la dérobade du commandant en chef Hilarion-Paul De Puget-Barbentane qui abandonne à leur sort les soldats de l'Armée des Pyrénées-Orientales et quitte lâchement la population de Perpignan qu'il considère perdu.
Fabre de L'Hérault retrouve sa liberté d'action, enflamme le courage des défenseurs.
Comme lui configure l'art 3 du décret du 30 mars 1793 de son titre, il nomme le général Eustache-Charles Daoust responsable des opérations de la division de Perpignan.
Par l'énergie qu'il déploie, Fabre de L'Hérault relève le moral des soldats et contribue à empêcher la reddition de la citadelle de Perpignan en gagnant la bataille des artilleurs du poste du Vernet au coté du général Lemoine.
Il organise avec une fougueuse intrépidité la victorieuse bataille de Peyrestortes le 17 septembre 1793, il accompagne à la tête de la division du général Eustache-Charles Daoust contre l'ennemi espagnol.
Fabre de L'Hérault par son indépendance trop visible se heurte aux difficultés de la mauvaise organisation et aux mésententes entre les officiers du Quartier-Général.
Le 08 octobre 1793, arrive de l'armée de l'Ouest le général Turreau De Garambouville qui remplace Louis De La Motte-Ango.
La défaite de Louis-Marie Turreau à la bataille du Boulou contre le commandant espagnol Antonio Ricardos, fait que l'officier supérieur est isolé et en désaccord.
Le 23 octobre 1793, pendant le conseil de guerre Claude Fabre de l'Hérault et Raymond Gaston veulent reprendre l'offensive et proposent au vote un projet d'expédition contre la citadelle de Roses en Espagne.
L'expédition est menée par le général Louis-Pierre Delattre, ingénieur de génie et récent vainqueur des espagnols au campement d'Argelès.
Louis-Marie Turreau vote contre et il écrit son désaccord au ministre de la guerre Jean-Baptiste Bouchotte et lui demande d'être relevé de ses fonctions en raison de son inutilité et il regagne la Vendée, le 04 novembre 1793.
L'Etat-Major n'attribue pas au général Louis-Pierre Delattre la logistique de transport, l'armement et le ravitaillement pour mener à bien l'expédition contre la citadelle de Roses.
L'offensive en Espagne est un échec, elle s'arrête au bourg espagnol d'Espolla.
C'est la cassure, la division.
Les archives décryptées démontrent que Fabre de L'Hérault n'a jamais introduit au sein de l'Armée des Pyrénées-Orientales, la jalousie, les discordes et les intrigues.
Par contre les déclarations racistes et haineuses sur les habitants du Roussillon font que Claude Fabre de l'Hérault est un personnage détesté par la population du département.
Les rapports défavorables se multiplient au moment ou son mentor le maire de Perpignan François-Xavier Llucia apprend son inculpation pour fédéralisme.
Pierre Bonnet qui s'occupe du ravitaillement entre Narbonne et Perpignan reçoit le 03 novembre 1793 sa convocation pour se rendre à Paris, malade à la suite de l'épidémie de malaria, il obtient l'autorisation de se soigner chez lui, dans l'Aude.
Les décisions écrites du ministre de la guerre Jean-Baptiste Bouchotte le 19 décembre 1793, précipitent Claude Fabre de l'Hérault et son collègue Raymond Gaston dans une nouvelle mission dans l'Armée des Alpes et celle de Joseph Cassanyes à Paris pour siéger à la Convention Nationale.
Le 2 nivôse an II, le représentant de la Drome Joseph Boisset écrit de Montpellier à la Convention Nationale et annonce la chute de Collioure, il soupçonne une fuite par la phrase :
"Fabre a disparu."
Rapidement arrivent, les communiqués contradictoires qui décrivent sa mort et font référence à des militaires espagnols qui lui ont assigné plusieurs coups de baïonnette.
Les soldats espagnols sont-ils les tueurs comme le prétend l'histoire ?
Cette mort par l'intermédiaire de l'armée espagnole arrange certains membres de la société Populaire de Perpignan qui accourent après à la libération de Luc Dagobert de Fontenilles.
Les représentants du peuple sont accablés par la perte d'un conventionnel durant sa fonction.
Fabre de l'Hérault est le 1er représentant du peuple qui meurt au champ d'honneur, cette posture fait débat parmi les historiens.
Le 02 janvier 1794-22 nivôse An II, Maximilien Robespierre fait de Claude Fabre de l'Hérault un héro, il demande durant la séance de la Convention Nationale le vote d'un décret et les honneurs en l'enterrant au Panthéon :
" La Convention nationale décerne les honneurs du Panthéon à Fabre, représentant fidèle à la cause du peuple mort en combattant pour la patrie."
Le 07 avril 1794-18 germinal An II, la Convention Nationale décrète le renvoi au comité d'instruction publique sur l'enterrement au Panthéon de Fabre de l'Hérault qui ne donne aucune suite à cette demande.
Il est remplacé par le suppléant Louis Joubert sur les bancs de la Convention Nationale pour le département de l'Hérault, le 29 janvier 1794-10 pluviôse an II.
Le 21 décembre 1796-1er nivôse An V, le Conseil des Anciens approuve la résolution assignant une pension à sa veuve Suzanne Fabre pour élever leur fille unique, Adélaïde-Françoise.