Où se dresse cette montagne noire ?
Cette question reste d'actualité de nos jours.
Durant l'An II, en juin 1794, nous étions dans la sierra Santa Magdalena.
Avec les soldats, vous avez traversé ses ravins.
Vous avez gravi ses flancs, bivouaqué sur le sommet du pic de l'Estella, vécu des batailles virulentes avec l'indéfinissable horreur des cadavres éparpillés qui jonchent ces lieux.
Aujourd'hui, pour éviter les épidémies, les campements des 2 armées se sont déplacés pour longer la route des charrettes.
Cet axe principal relie le village de La Junquera à la grande ville de Figueres,
Cette principale route jouxte les contreforts du massif de la Montagne Noire.
Découvrons ses secrets ?
Ce n'est pas le massif montagneux français à l'extrémité Sud-Ouest du Massif Central.
Rien à voir avec cette montagne proche de Mazamet, ni celle du mont des Cévennes avec au sommet son pic de Nore.
Ni le large plateau du Sambres ou Pierre-Paul Riquet par ces cours d'eaux a conçu le château d'eau du canal du Midi.
La Montagne Noire est baptisée ainsi par les volontaires des régiments du Tarn et ceux de l'Aude. Les militaires lui attribuent ce nom car sa ressemblance avec celle de la région du Mont Ventoux leurs rappellent des images de leur région.
Son nom est le Mont-Roig, se prononce en catalan : "Mont Rouch".
Un massif d'âge primaire haut de 301 m avec ses 2 versants orientés Nord et Est. Ces versants sont couverts d'immenses forets sombres aux essences de chênes d'hêtres et de châtaigniers auxquels s'ajoutent des résineux de types sapins épicéas et pins noirs qui donnent vue de loin une teinte sombre au flanc de la montagne.
Le qualificatif noir intense est dû à ses couches de schiste noirâtre qui déchirent son revers méridional.
Ce revers ressemble à un gigantesque dos de baleine qui s'étire sur 4 km d'Est en Ouest avec des hachures ocres sur les parois abruptes qui tombent brusquement comme des falaises vertigineuses.
Sur les falaises sont accrochées des talus qui descendent au bord de la route qui se dirige au monastère de Santa Maria del Roure en direction du village de Figueres.
D'Ouest en Est sur le chemin de Maçanet où les soldats de l'Armée des Pyrénées-Orientales morts de faim comme leurs chevaux, découvrent le vallon à 193 m d'altitude, du riche village de Darnius, où en 1794 vivent 588 habitants.
L'église Santa Maria à Darnius est un véritable chef-d'œuvre gothique du 12ème siècle.
A coté le bourg féerique de Biure, d'une beauté sublime avec ses granges pleines et ses maisons qui sont des garde-mangers pour une armée affamée.
Trois ruisseaux arrosent les magnifiques champs de blés, les vignes et les oliviers.
Au sud, coule l'eau claire de la rivière Arnera.
A droite, le ruisseau fougueux d'el Ricardell rencontre à l'Est la rivière d'el Llobregat qui arrose les champs avant de se jeter dans la principale rivière La Muga.
L'irrigation de ces 4 cours d'eau fait de Darnius un village enchanteur, où il est agréable de vivre.
L'exploitation des mines de talc du Mont-Roig donne du travail à sa population.
Chaque semaine, des muletiers chargés de larges plaque du minerai font la navette entre le village de La Junquera et le royaume de France.
Sur les berges vertes largement ouvertes, des animaux se nourrissent sur des prairies généreuses.
2 maréchaux ferrants du village entretiennent un énorme cheptel de bovins et d'ânes.
Les cultures maraichères sont si abondantes que les forêts de chênes-liège et de pins reculent.
La berge droite, grimpe le long d'un chemin en direction de Sant Llorenç de la Muga et se termine en aval de Darnius par un escarpement à pic : Roca Mallera.
Sur la berge gauche d'un accès facile, un sentier rocailleux et très boisé s'élève progressivement vers un énorme massif isolé et raide du Mont-Roig qui devient pénible à gravir.
Au sommet du Mont-Roig se trouve le Castell d'el Mont-Roig.
Ce château aujourd'hui en ruine, appartient à la baronnie de Darnius, riche famille De Sexach dont la fille Blanche De Sexach épouse Dalmau De Rocabertí.
La branche de la baronnie de Darnius se transmet à la famille Rocabertí lorsqu'Isabelle, baronne de Darnius se marie à Guilhem Ramon De Rocabertí, seigneur de Sant Llorenç de la Muga, qui créa l'usine de canons de Factoria Reial.
Dès le 10ème siècle, la famille Rocabertí fait partie de la haute noblesse catalane.
Son rôle est prépondérant sur le plan militaire, juridique et religieux pour l'Alt Empurdá.
Le mariage de Pétronilla, fille du roi d'Aragon avec le comte de Barcelone, réunit ces deux familles.
Le second fils du comte Ponç Dalmau Berenguer, prend le nom de Rocabertí après avoir hériter du château Rocabertí, situé dans la région de Alt Empurdá et agrandit son territoire de l'Ampurdan jusqu'au Roussillon.
Un incendie détruit le château de Rocabertí et la famille reconstruit le château de Peralada à côté du couvent des Carmes et de son église del Carmen.