Sources : manuscrit N° 91 biblioteca Palau de Peralada. Gazeta de Madrid N° 96 du 02-12-1794.


A 2 heures du matin, ce 18 novembre 1794,
Jacques Coquille Dugommier s'’est couché tard, le commandant en chef ne dort jamais les nuits de grande bataille.
Il rejoint son complice le général des artilleurs, André Guillaume Resnier De Goué dans la grotte sur le flanc rocheux de Darnius qui leur sert de campement.
André Guillaume Resnier De Goué est le fidèle général d'artillerie qui avec lui galère depuis les débuts en 1763 à Basse Terre en sein des gardes nationaux de la Guadeloupe.
Les 2 hommes sont inséparables et se font des confidences sur la manière d'aborder les sujets qui fâchent.
Dans les périodes difficiles, ils se soutiennent moralement et prennent des décisions communautaires.
En 1770, ils embarquent ensemble pour les Antilles et combattent dans le même bataillon pour la liberté de la Martinique contre l'armée anglaise.
Jacques Dugommier est prisonnier durant 6 mois avant d'être délivré par une escadre française.
A ce titre ils sont médaillés : chevalier de l'ordre royal militaire de Saint Louis.
Début 1791, Jacques Dugommier débarque à Marseille puis rejoint Paris le 04 avril 1792.
Les bancs de l'Assemblée Législative pour dénoncer l'isolement de la Guadeloupe en tant que représentant des Antilles.
La guerre maritime de l'Atlantique lui ferme les portes de l'expédition de la Guadeloupe.
En septembre 1793, Jacques Dugommier demande un poste de combat pour défendre le territoire.
Il obtient sa nomination de général de brigade à l'Etat Major au sein de l'Armée d'Italie.
Sa fortune a fondu, il vend ses biens et se rend à pied dans le Var.
Lorsque la flotte hispano-anglaise piège le port de Toulon, André Guillaume est à ses cotés.
Grace à ses connaissances dans le génie des fortifications, André Guillaume met son talent de mathématicien au service de Jacques Dugommier et lui indique les lieux où placer les canons.
Jacques Dugommier dirige l'offensive de la rade et lève l'état du siège de Toulon à ce titre il reçoit les honneurs et la reconnaissance.
Le général en chef a prit le commandant le 16 janvier 1794 lors de la maladie du général Amédée Doppet.
Le 18 novembre 1794 à 4 h du matin, le général marche avec ses amis sur la crête du Mont-Roig qui est son poste d'observation de la position du centre et suivre l'avancée de la division du général Pierre Sauret.
Les troupes françaises attaquent sur tous les fronts- Charles Augereau fait face à Juan Curten. Il donne les consignes pour engager au bon moment sa division de réserve.
Au sommet de cette montagne, la vision est unique.
Depuis les premières lueurs de la nuit, les artilleurs espagnols bombardent les flancs du Mont-Roig.
Le général André Guillaume Resnier De Goué à ses cotés donne les instructions aux chefs des artilleurs pour mettre à cet endroit les 10 canons de 8, afin de neutraliser les artilleurs espagnols.
Pierre Delbrel se trouve dans le groupe, il approuve la décision de l'emplacement des canons car la crête du Mont-Roig est une véritable terrasse qui domine le champ de bataille.
Le groupe d'’officiers se déplace vers la droite le long de la falaise.
La brume se lève et forme un épais nuage mélangé aux fumées des canonnades qui empêche d'apercevoir le fond de la vallée.
Il est difficile de voir les déplacements des troupes sur la route de Figueres.
Ces 2 fils Dangemont et Chauvigny adjudants généraux font partis de l'État Major rejoignent le groupe des officiers.
7 heures 30, cela fait 4 heures que les artilleurs espagnols bombardent le Mont-Roig.
Le commandant Jacques Dugommier se retire du piton, il descend en retrait à l'’intérieur vers l'enclos montagnard.
Il s'assoit sur le parapet de pierres sèches qui clôture le cabanon de berger.
Autour de lui, ses amis sont sereins car l'issu de victoire de la bataille engagée ne fait aucun doute.
C'’est le moment où il voit la division gauche de Pierre Sauret en mauvaise posture avec ses 3 brigades de François Guillot, Jean Causse et Robert Motte .
Avec l'ensemble des officiers de son Etat-Major, le commandant longe et s'’approche de la falaise.
Cet attroupement d'officiers ne passe pas inaperçu au capitaine des artilleurs Benito Ulloa qui repère le groupe comme cible.
L'artilleur espagnol se trouve dans la redoute aux ordres du général José Autran-La Torrea à une distance de 3 000 m du sommet de la colline de Salud.
Le tir de l'obus de 8 pouces est si précis qu'il éclate en défonçant 3 côtes de sa poitrine et arrache l'épaule droite de Jacques Dugommier qui meurt.

La mort du commandant en chef est annoncée à la tribune de la Convention Nationale durant la séance du 5 frimaire An III-25 novembre 1794- par lettre du représentant du peuple Pierre Delbrel datée d'Agullana du 28 brumaire An III.
Jacques Coquille-Dugommier laisse sur la sucrerie des 3 Rivières en Guadeloupe son épouse Marie-Dieudonné Coudroy-Bottée âgée de 56 ans avec son dernier fils de 7 ans Adonis-Désiré et sa fille Augustine.
La propriété au 3 Rivières est dirigée par un gestionnaire : Larriveau.
Son épouse Marie-Dieudonné dans la misère va vivre chez sa mère : Marie Coudroy-Bottée.
Les troupes anglaises arrêtent son épouse lors de la reprise de Toulon et l'emprisonne.
Sa femme meurt à 7 km le 15 avril 1810, dans le quartier du Gommier à Basse-Terre, aujourd'hui la commune s'appelle : Saint Claude.