Sources : "El castell de Sant Ferran de Figueres." Diaz Campmany-Ed.Barcelona 1982.


Le 21 novembre 1794, en territoire espagnol au village Darnius sur le massif Montroig d'Escaulas se présente 8 cavaliers espagnols venant retirés les 3 dépouilles gisantes sur le chemin pentu du sanctuaire de la Madre de Deu del Roure.
Il s'agit du corps de leur commandant en chef Lluis Firmin Carvajal-Vargas, comte De La Union et ceux de ses 2 lieutenants de son escorte.
Le comte De La Union est le 1er gouverneur militaire de la forteresse Sant Ferrán de Figueres, puis à la mort du commandant en chef Antonio Ricardos, le général en chef en fait son Q-G.
Son remplaçant par intérim à la tête de l'Armée de la Catalogne, le général en chef Jeronimo-Giron Moctezumá, marquis De Las Amarillas obtient le poste au campement du Boulou durant le départ à Madrid d'Antonio Ricardos et du comte De La Union du 18 décembre 1793 jusqu'en mars 1794.

La veille, lors de la bataille de Mont-Roig, le repli du marquis De Las Amarillas a fait sensation.
Il a dirigé sa retraite en faisant un énorme détour sur la berge de la rivière Fluviá pour éviter le combat contre l'Armée des Pyrénées-Orientales.
Cette retraite est interprétée par son Etat-Major et sa hiérarchie comme un refus de combattre et amplifie la panique et la déroute de ses troupes.
La ville de Figueres au Nord-Est de l'Espagne est le passage obligatoire pour se rendre à Gerona.
C'est la capitale de la plaine de l'Alt Empurdá, compte 4 388 habitants en 1793 et 10 058 habitants en 1794.
Au sommet d'une des 5 collines disposées en ligne droite parallèle à la mer, les dominicains bâtissent l'église Sant Pere sur une place centrale carrée formée par le croissement de larges rues.
Entre les 2 couvents, celui des capucins et celui des cordeliers se situe l'hôpital militaire mitoyen à la chapelle Sant Sebastià.
Au Nord-Ouest, sur le prolongement du couvent des capucins de Sant Roch en haut de la colline s’élève la fabuleuse et impressionnante forteresse de Sant Ferrán, la plus chère contient 320 canons et la multitude de mortiers placés dans les embrassures.
A la signature du traité des Pyrénées, le 07 novembre 1659 le royaume d'Espagne perd en Roussillon lors des négociations la forteresse de Salses, le fort Lagarde et la forteresse de Bellegarde attribuées au royaume de France, des édifices importants pour la protection de la route royale d'Espagne.
En 1752, le roi Ferdinand VI est confronté à la nécessité de renforcer la grande royale de la plaine d'Empurdá contre l'envahisseur français.
Ferdinand VI demande au marquis Cénon D'Ensenada à son pouvoir de concevoir à la frontière de son royaume une imposante forteresse la grande d'Europe qui portera son nom, plus immense que toutes celles qui vient de perdre en France et rajoute avec humour "si grande que la cour royale de Madrid puisse la voir".
La ville de Figueres située au Nord-Est de l'Espagne à 30 km de la frontière est l'option choisie par Cénon Somodevilla, marquis D'Ensenada ministre de la guerre pour redonner plus de prestige militaire à Ferdinand VI.
Figueres au sommet d'une colline de la plaine l'Alt Empurdá, où les dominicains bâtirent l'église Sant Pere sur une place centrale "la Plaza" où coule la rivière Galligans dont les berges forment la promenade "la rambla" sur laquelle s'articule les croisements des rues baroques des quartiers, entre le couvent des capucins et celui des cordeliers, puis l'hôpital militaire mitoyen à la chapelle Sant Sebastiá.
La population se consacre à l'élevage et l'agriculture arrosée par de nombreux puits et par le cours d'eau Galligans.
La ville de Figueres à 40 km de Gerona est le passage obligatoire pour se rendre à Barcelona distant de 140 km de Barcelona la capitale.
Le 03 mai 1753, le marquis D'Ensenada donne carte blanche au gouverneur de Barcelona, Jaume De Guzman, marquis De La Mina plein d'ambitions de construire le chef d'œuvre qui portera le nom du roi :
Château de San Fernando ou castell de Sant Ferrán en catalan.
Le marquis De la Mina ordonne à son ingénieur de l'Académie Royale des Mathématiques de Barcelone, l'architecte Pedro-Marti Cermano de dessiner les plans de la forteresse et son fils Juan-Marti Cermeno de construire ce véritable bijou.
Pedro Lucuce responsable des édifices publics abat la forêt d'oliviers et il entreprend les terrassements de 3 200 m2 au Nord-Est sur la colline du couvent des capucins de Sant Roch puis détourne par un canal souterrain long de 4 km la source du ruisseau Llers pour approvisionner l'édifice.
Matéo Calabro ingénieur et professeur dans l'Académie Royale Militaire et Juan Caballero responsable de la nouvelle section de fortification émergent et posent des manières nouvelles de construire avec 750 ouvriers la muraille des remparts épaisse en pierre maçonnée qui retient l'importante masse de terre du glacis destinée à résister à l'artillerie.
Un désaccord, sur la hauteur des murailles s'établit entre le directeur Juan Caballero et son confrère Pedro Lucuce.
L'ingénieur Juan Marti Cermeno confie les plans des travaux de maçonnerie des bastions au catalan Josep Serrat, le vrai bâtisseur des bastions qui flanquent la courtine pour défendre les angles des remparts de la forteresse.
Les ravelins ou demi-lunes isolés du corps de la place par le fossé alternent pour croiser les feux et protéger les portes.
Josep Serrat est très populaire, son entreprise de maçonnerie vient de terminer le nettoyage du port de Barcelona.
Le 21 juillet 1754, le marquis De la Ensenada le décideur perd ses fonctions au ministère du royaume.
Il est arrêté à Madrid, accusé de trahison et d'être l'instigateur des cercles jésuites.
Il part en exil à Grenade, puis à El Puerto Santa María, près de Cadix.
Depuis l'exil de marquis D'Ensenada, des difficultés économiques surgissent et le rythme de travail est lent puisque les fonds n'arrivent plus pour régler les 750 ouvriers.
La tension rend impossible le rapport entre Juan Marti Cermeno et Josep Serrat.
Les relations deviennent insupportables.
Josep Serrat veut modifier son contrat pour continuer l'ouvrage, il se plaint à chaque avancement des travaux que l'enveloppe est vide.
Le 10 aout 1759, le conflit se transforme en arrêt définitif de l'édifice par un fait essentiel intervient, le roi Ferdinand VI promoteur du projet meurt.
La volonté de continuer les travaux de la bâtisse repose sur un seul survivant du projet, le marquis De La Mina à Barcelona qui ne comprend pas cette interruption.
L'ingénieur en chef du projet Juan Marti Cermeno déclare au nouveau roi Carlos III que les travaux de maçonneries de la forteresse construit par Josep Serrat sont mal faits.
Carlos III sur la plainte de l'ingénieur Juan Marti Cermeno ordonne au gouverneur militaire de la Catalogne le marquis De La Mina l'initiateur d'enquêter sur la plainte.
Les experts de l'Académie Royale des mathématiques de Barcelona jugent les travaux solides et bien construit.
Le résultat de l'enquête est favorable à Josep Serrat.
Juan Marti Cermeno ne veut plus diriger les travaux, il est s'aperçoit du manque d'intérêt du pouvoir du royaume qui débloque peu de fonds pour le gigantisme de l'œuvre depuis la mort de Ferdinand VI.
Il donne sa démission et termine la construction du nouveau quartier de Barcelona.
Pendant 13 ans, chaque jour se relayent 1 000 ouvriers de Josep Serrat pour travailler comme des esclaves afin d'édifier cette fabuleuse et couteuse citadelle.


Juan Caballero reprend le contrat de la forteresse et modifie les plans, il surélève le bastion de Santa Barbara.
7 meurtrières, 2 contregardes et le somptueux château Sant Ferrán se dresse de toute beauté avec un périmètre extérieur de 3 125 m.
En 1767, nouveau coup dur, survient la mort de Jaume De Guzman, marquis De La Mina à Barcelona.
Les crédits se réduisent pour devenir rares. Les travaux sont rapidement ralentis, pour s'arrêter.
En 1766, sous le règne de Carlos III, le chantier de la forteresse n'est toujours pas terminé.
Le roi la remet à l'armée afin que les militaires puissent de l'intérieur continuer les travaux jusqu'à sa mort en 1788.
Au cœur du château, se trouve la place centrale de 12 000 m2 d'une dimension de 149 x 80 m permet de faire défiler 5 garnisons en même temps.
Elle est entourée par un ensemble de 9 bâtiments à 2 étages qui sont les logements des familles d'officiers, avec l'église pas terminée.
9 millions de litres d'eau potable sont répartis dans 4 citernes sous la place centrale.
L'eau et les réserves de nourritures sont conçus par une installation unique en Europe qui permet de tenir un siège de plus d'un an.
Sa forme pentagonale irrégulière est une base symétrique sur un axe Est-Ouest en une splendide étoile faite de 5 remparts de 3 km de périmètre qui sont des murailles droites de pierres et de briques, hautes de 12 m au niveau des fossés, capable de résister aux tirs de canons les plus tendus.
Des fossés larges et profonds d'une longueur de 5 km protègent une superficie de 320 000 m2.
La superficie atteint le chiffre vertigineux de 550 000 m2 si le glacis est inclus.
Cette superficie se compose de 2 sites dont un couvert de 50 000 m2.
Le remblai intérieur d'une superficie de 325 000 m2 se compose de 6 bastions disposés par paires égales rejoint par des ravines pour accéder aux angles morts.
  • Sant Narciso au Sud-Est s'oppose à celui de Sant Santiago au Nord-Est.
  • Sant Dalmacio au Sud-Ouest s'oppose à celui de San Felipe au Nord-Ouest.
  • L'axe principal à l'Ouest est marqué par Santa Barbara, le plus grand des bastions du château, face au plus faible celui de Santa Tecla à l'Est.

  • Du coté ville, vers l'entrée, des entrepôts de 300 m de long sur 23 m de large soit 6 900 m2 sont construits et servent d'écuries d'une capacité de 500 chevaux.
    Ils sont également accolés aux réserves des magasins, peuvent stocker de la nourriture pour 10 000 personnes bloquées pendant un an.
    Au Nord se trouve l'hôpital et un bunker d'artilleur.
    Au Sud se situe l'arsenal et la boulangerie et les fours pour modeler le verre et la poterie.
    L'insalubrité de la forteresse de Sant Ferrán est réputée, car les émanations des plaines marécageuses dégagent des odeurs répugnantes.
    Cette puanteur est si forte que la garnison de la forteresse doit se réfugier dans la ville.
    Les gaz des marais d'Ampurias sont emportés vers l'Ouest par les vents marins qui se dirigent vers les collines, montent puis heurtent les montagnes se condensent avec l'air vif et redescendent sur les hauteurs de la forteresse de San Ferrán.
    Le 08 février 1794, , le général Tomás De Morla, Chef des artilleurs et des ingénieurs informe le chef de l'Armée de la Catalogne Antonio Ricardos par un document secret de la visite d'inspection du castell de Sant Fernando de Figueres où il détaille les préoccupations sur les failles et les risques d'intrusion des défenses de la forteresse.
    En 1790, les fonds destinés aux travaux de la forteresse sont détournés par des ingénieurs de Barcelona pour consolider les remparts de Roses et de Gerona.
    Qui est gouverneur de Barcelona en 1790 ? C'est celui qui aujourd'hui est le Chef de l'Armée de la Catalogne et qui ne veut pas se rendre dans le château Sant Ferrán de Figueres.
    Le 20 novembre 1794, Juan Miquel Vivès ne sait pas que l'Armée de la Catalogne effectue une retraite générale, il est persuadé que son armée s'appui sur la forteresse Sant Ferrán.
    Convaincu que la division du centre de cavalerie de Jeronimo Giron-Moctezuma, marquis De Las Amarillas est toujours en soutien, il ordonne au vicomte De Gand ainsi qu'à ses 9 000 hommes de s'établir à Mal Vecina avec ses 32 canons.
    Brusquement Juan Miquel Vives voit la retraite de la division de Jeronimo Giron-Moctezuma, marquis De Las Amarillas et il ne comprend pas la panique du général en chef face Chabert, nouveau commandant de la division du centre.
    Jeronimo Giron-Moctezuma, marquis De Las Amarillas ne veut rien savoir sur le repli vers la forteresse de Figueres.
    Il rejette l'ordre et se dirige à Bascara, près de Gerona après un très long détour avec ses troupes pour éviter les français.
    Les ingénieurs du génie français sont en réunion afin de donner leurs avis pour reconnaître sur les 6 bastions en étoile de la forteresse lesquels sont les plus accessibles.
    Leurs conclusions sont que deux fronts ne comportent aucune faiblesse.
    • Celui qui est fait face à la plaine, à cause du roc de ses glacis.
    • Celui qui est face à la ville par la position inclinée de ses ouvrages.
    Restent 3 fronts hauts opposés aux troupes françaises.
    • 2 autres frontons à l'Ouest offrent un terrain spacieux en ligne droite minés par des bombes,
      l'inconvénient majeur est que ces revers sont très meurtriers impossibles à gravir.
    • Le fronton du Nord est décidé prenable à la majorité. Il est bordé par un profond ravin.
    Les ingénieurs français calculent que si un feu fournis par des artilleurs pendant 5 jours sur le rempart, peut créer une brèche dans la muraille à condition que les tirs soient concentrés dans une zone très précise et les débris occasionnés permettent de recouvrir le fossé.
    Les grenadiers et les artilleurs tirent pour trouer le rempart avec les canons saisis aux espagnols.
    Ce bruit infernal effraie la population. La rumeur des attaques amplifie la fuite des gardes qui ne savent plus où se déroulent les combats.