Sources : "Campagnes de la Révolution Française dans les Pyrénées-Orientales. volume II" J.N. Fervel-Paris 1851

L'Armée des Pyrénées-Orientales est installée dans la région Nord de l'Espagne depuis le 08 mai 1794.
La forteresse de Bellegarde en France est libérée.
Le royaume d'Espagne financièrement au bord du gouffre n'est plus capable d'entretenir la guerre.
Son allié dans la coalition, le royaume d'Angleterre démontre le 17 décembre 1793 dans la rade de Toulon qu'elle n'est pas un partenaire solidaire et fiable.
Sur le front, les commandants en chef des 2 armées en présence :
  • Jacques Dugommier : Coté français
  • Le comte De La Union : Coté espagnol
sont morts durant les combats.
Le 20 novembre 1794 les commissaires du peuple désignent Catherine, Dominique Pérignon, 10ème commandant en chef de l'Armée des Pyrénées-Orientales.
A 40 ans, c'est un grand chef de guerre cultivé.
Son succès par le verrouillage de sa division durant le blocus de la forteresse de Bellegarde propulse Catherine Dominique Pérignon à la tête du commandement contre la préférence des militaires qui voyaient le général Charles Augereau à ce titre.
Le général Catherine Dominique De Pérignon a fait ses preuves le 17 juillet 1793, durant la bataille du Mas Deu près de Thuir malgré la défaite de sa division, il obtient le grade de colonel face à la division du centre du commandant en chef d'Antonio Ricardos aux ordres du le comte De La Union, Lluis Fermin Carvajal.
Issu d'une famille noble de Grenade sur Garonne sur la route de Montauban, Catherine Dominique De Pérignon fait ses études à Toulouse quand il s'engage avec le grade de sous-lieutenant dans les grenadiers du roi du le régiment de Guyenne de la Haute-Garonne.
Au sein du régiment de Lyonnais, il se fait remarqué par sa culture et son esprit vif par le comte Charles De Preissac, le cousin de Louis XVI qui le nomme aide de camp.
Peu rémunéré, il démissionne et revient sa terre natale pour prendre les fonctions de juge de loi à Montech.
En 1791, Catherine, Dominique Pérignon est élu député royaliste de la Haute-Garonne.
Royaliste, il vote "Non" le 21 janvier 1793, lors de la sentence de la mort du roi Louis XVI.
Membre du conseil militaire, il démissionne pour s'engager dans l'infanterie avec le grade de lieutenant-colonel.
Avec ce titre, il est muté dans l'Armée des Pyrénées-Orientales avec les volontaires de la Haute-Garonne.
En septembre 1793, durant la bataille contre la citadelle de Perpignan, son génie brillant d'étude des fortifications révèle ses capacités de chef et il est nommé général de brigade.
En février 1794, lors de l'établissement de la nouvelle organisation du Q.G. de Jacques Dugommier, Catherine, Dominique Pérignon obtient la division du centre de son armée sous ses ordres qui fait face durant chaque combat à la division espagnole dirigée par le général Jeronimo Giron-Moctezuma, marquis Las Amarillas.
Les 2 généraux royalistes issus de la noblesse s'apprécient bien avec beaucoup de respect lors des combats.
Le 20 novembre 1794, Jeronimo Giron-Moctezuma, marquis Las Amarillas s'adresse personnellement à lui par l'envoi d'un groupe d'éclaireurs pour ramener les corps de ses officiers et du commandant en chef le comte De La Union.
Sur le front la situation des troupes espagnoles est désorganisée après la mort du général De La Union.
A Figueres, les officiers espagnols lors du conseil de guerre durant les négociations contraignent le gouverneur Andreas Torres à céder la forteresse de Sant Ferrán et d'abandonner la défense de la ville aux troupes françaises.
Catherine, Dominique Pérignon installe son Quartier Général au village de Palau-Saverdera à 5 km au Nord-Ouest de la ville de Roses pour suivre l'évolution du siège.
La commune de Palau-Saverdera se situe dans le Haut Ampurdan dans la province de Gérone.
En 1795, Palau-Saverdera compte 808 habitants au cœur de la presqu'ile du cap de Creus, sa population est proche du port de pêche la Selve del Mar.
Palau-Saverdera a la particularité d'avoir une vision panoramique de la baie de Roses et de dominer par son altitude de 100 m, l'air empesté des marais et des lagunes de la plaine d'Ampurdan.
Le nom du village est la réunification de 2 bourgs mitoyens d'un même territoire possession du monastère de Sant Pere de Rodes.
  • Palau le 1er bourg à l'Est, en français "Palais" se situe au sommet de la haute colline.
    En 1411, c'est le domaine de la famille Sagarriga Palau seigneur de Boadella y construit son château "El castell de Palau" entouré d'une enceinte fortifiée avec 4 tours angulaires de 2 étages, servant de mirador.
    La tour carrée imposante du château de 14 m de haut, sert de clocher, appelé de nos jours "Tour d'horloge" par les habitants, est longtemps utilisée comme prison.
    De successions nobles en mariages, le château passe aux familles des Vilarig, puis des Lanuza et sa dernière occupante la marquise Dosaïgues ou Dos Aguas.

  • Saverdera, le 2ème bourg porte le nom du massif de schiste couverte de forets d'oliviers et de châtaigniers sur lequel est construit un regroupement d'habitations de meuniers et d'éleveurs de moutons autour de la "plazza Major" en ardoises.
    Les habitants sont fiers de leur église en granit Sant Joan Palau-Saverdera construite en 1070 possession du monastère de Santa Maria de Roses.
    Cette église avec 2 chapelles romanes latérales à 3 nefs ouvertes sur des voutes que supportent 3 absides en demi-cercles.
    Son clocher construit sur 3 piliers comportant 2 arcs en faïence qui se dressent sur l'ancien mur frontal.
    Depuis 1362, les villageois vivent au rythme de l'ermitage Sant Onofre, patron des tisserands, auxquels les habitants ont consacré un sanctuaire élevé à 400 m sur le versant Ouest escarpé du massif des Albères.
    Le sanctuaire est visible sous le château en bordure de la falaise Verdera Fitor ou coule la fontaine sur l'ancienne route de Santa Cruz de Vilajuïga sur la sierra Sant Père de Rodes.
Le 24 novembre 1794, le siège du port de Roses devient une première dans l'histoire des blocus en France. Cette stratégie unique est copiée en 1808.
Catherine, Dominique Pérignon est affecté par la réponse de la Convention Nationale, il n'a pas l'audience de son prédécesseur.
Malgré les courriers émis par les représentants du peuple pour appuyer les artilleurs pour une indispensable escadre maritime afin de bloquer l'accès du port de Roses sont rejetés.
Depuis le 20 avril 1794, la Convention Nationale n'a plus de ministre de la guerre, pourtant la réponse est rapide :
" Impossible d'avoir une escadre en Méditerrané car tous les navires ont coulé lors des combats de la rade de Toulon."
Dominique-Catherine Pérignon met en place à distance le blocus continental du port de Roses par la fermeture hermétique des communications espagnoles.
Sa disposition sur la terre est unique mais son inconvénient majeur, c’est le ravitaillement libre par la flotte par l'ouverture de la rade du port en nourriture, en équipage et munitions.
Cette faille permet d'échapper à la surveillance terrestre du blocus continental et de rompre les évolutions tactiques maritimes afin de s'assurer la supériorité manœuvrière.
Pour contraindre le blocus continental d'une citadelle portuaire à se rendre, il faut posséder d'énormes ressources en armement et en militaires.
L'arsenal gigantesque de munitions et de canons à longue portée stockées dans la forteresse de Sant Ferràn convient parfaitement à un tel siège.
Le port de Roses est un lieu stratégique pour l'Armée de la Catalogne car depuis l'occupation des troupes françaises en Espagne, le port ravitaille en militaires et en munitions.
Sa protection unique est assurée par l'association de 2 ouvrages :
  1. La citadelle de Roses à l'Ouest de la ville.
    C'est un pentagone modifiée en 5 bastions et demi-lunes fortifies sur chaque côté, sauf face à la mer.
    La citadelle de Roses est solidement défendue par sa muraille contre les combats d'hommes et les engins
    Sa faiblesse se situe à l'intérieur car elle ne possède aucun abri contre l'artillerie moderne.
    Un inconvénient majeur, ses coursives apparentes ne permettent pas les déplacements.
  2. Le fortin Trinitat au Nord-Est à 2 km de la citadelle.
    L'ouvrage installé sur une colline haute de 300 m est la protection marine du port.
    Bâti en forme d'étoile à 4 branches permet de tirer sur chaque position de la rade.
    Construit comme un phare sur un promontoire à 60 m de haut par rapport à la mer permet d'éviter les canonnades des vaisseaux du port.

Le 28 novembre 1794, Antoine-François Andréossy de l'école d'artillerie de Metz réunit ses lieutenants des fortifications et du génie français pour concevoir 2 plans d'attaque avec une combinaison de 32 canons :
  • Le 1er plan établi entre le marécage et la mer fait face au coté opposé de la forteresse et du fortin de Trinitat.
  • Le 2ème plan plus ambitieux se situe coté Nord derrière la muraille de la citadelle et face à la mer.
La division du centre venue du pont Ricardell a traversé la plaine entre Pont de Molins et Capmany sous les ordres du général Chabert bivouaque le long des dunes à l'embouchure du Fluvia.
Le plan d'attaque désigne comme lieu de position avancée des batteries de canons :
Garriga, un bourg prés du rivage sur la route d'Olot et Roses, entre le mas Mate et la berge Santa Margarida.
La commune Garriga est situé sur une haute dune du mas Berges entouré de multiples canaux alimentés par le ruisseau Grau au cœur du marais de Castillon.
C'est une position qui assure le tir des canons sur la citadelle.
Jean Anne-Arnaud Ribes, 1er de la promotion de l'école de Mézières en 1777 est l'officier de fortification qui a effectué le gagnant siège du port de Collioure a la lourde charge avec ses hommes de commencer les travaux d'installation des 2 batteries.
Les artilleurs français travaillent de nuit, le long des dunes où l'embouchure des rivières Ter, Fluvià, et Muga se rejoignent en canaux étroits qui se jettent dans une multitude de lagunes saumâtres et boueuses.
Toutes les constructions s'enlisent dans la vase
Les canonnières espagnoles dans la rade canonnent sur eux pour ralentir le projet.
  • La 1ère batterie comporte 2 canons de 24.
  • La 2ème batterie : 2 mortiers de 12 et 2 obusiers.

Les 3 000 espagnols qui occupent la citadelle et la forteresse reçoivent une pluie de boulets et d'explosions.
L'ancienne église romane Santa Maria fait office de refuge et elle est la cible privilégiée des artilleurs.
Le récapitulatif d'inventaire des boulets et des obus qui sont tirés durant le siège dans la citadelle, fait état de chiffres démentiels.