Sources : "Histoire critique et militaire des guerres de la Révolution.
Volume 3-7 "A.H. Jomini-Paris 1820-1824.


Le 04 décembre 1794, Le général Catherine-Dominique Pérignon prend connaissance des modifications du commandant en chef de l'Armée de la Catalogne et du changement du gouverneur au sein des troupes de Roses.
José Urrutia est moins impulsif que Lluis Fermin Carvajal, comte De La Union plus entreprenant dans ses décisions, plus avisé et plus ferme dans ses interventions que son prédécesseur Jeronimo Giron-Moctezuma.
Pour stopper la jalousie farouche et l'opposition de ses généraux, José Urrutia remplace à la tête 5 officiers de son armée et renouvelle son Etat-Major pour mettre à sa tête, Gonzalo 0'Farrill-Herrera, un homme de confiance.
Gonzalo 0'Farrill-Herrera parle français, il a fait ses études avec la plupart des généraux de l'Etat-Major français dans la même école du génie où il avait comme amis les ingénieurs Antoine Andréossy et Firmin Caffarelli.
José Urrutia met son QG à Servia, il étire son armée entre Espolla et Banyolas.
José Urrutia sort les troupes de Bascarà et prend position au château de la famille de Berenguer d'Orriols et de Guerana d'Albons.
Il met à l'abri des inondations dues aux pluies incessantes sur les collines son campement.
Sa position au sommet est une vue panoramique idéale pour surveiller les mouvements des villes de Figueres, de Gerona, distantes de 15 km.
Le bourg Orriols à l'extrême Sud de Bascarà a la particularité d'être à la frontière de trois comtés, celui de Besalus, d'Ampuries et de Gerona.
Le bourg Orriols est surtout l'axe principal pour accéder au port de L'Escala, le lien de ravitaillement avec les ports de Palamos et de Barcelona.
Domingo Izquierdo s'empresse de mettre en place une connexion maritime permanente entre le port de Roses et celui du port de l'Escala en face.
Cette liaison est importante et réconfortante pour la garnison de la citadelle, connaître l'existence de ce soutien pour la livraison de la nourriture et des munitions.
Le commandant en chef José Urrutia met en place une structure de soutien dans le port de l'Escala, au lieu dit "La Clotta".
La "Clotta" est une grande et large crique à l'Est du village, proche de la plage del Riells, au pied rocheux du cap Montgo devient un campement de débarquement des garnisons.
Le 05 décembre 1794, Dominique Pérignon s'aperçoit que les pluies diluviennes froides et incessantes qui tombent depuis 10 jours ont fait débordé les trois rivières : el Llobregat, el Fluvià et el rio Grau retardent les mouvements des hommes embourbés jusqu'à la ceinture par la montée des eaux.
Le 2ème plan fait intervenir 4 000 hommes du 5éme bataillon du génie et préconise l'installation d'une batterie pour démolir ou percer la muraille de la citadelle afin d'y pénétrer.
Il fait face aux canons de la marine espagnole dans la rade du port mais son tir ne protège pas les artilleurs.
Dominique Pérignon s'aperçoit très vite de l'inefficacité des batteries mise en place depuis le 26 novembre 1794.
Dominique Pérignon décide d'un 3ème plan d'attaque différent des deux autres établis par Antoine Andréossy.
Le 09 décembre 1794,, il convoque ses officiers du corps du génie et des fortifications :
  • Jean, Anne-Arnaud Ribes, l'officier qui a dirigé le siège de Collioure et de Figueres,
  • François Fournier-Verrières, directeur des fortifications de Perpignan,
  • Bonaventure Sabatier et Firmin Caffarelli, mathématiciens du génie à Mézières,
  • Antoine Andréossy, initiateur des deux premiers projets,
pour un examen très attentif des plans de la citadelle, du relief du terrain qu'ils étudient avec minutie.
Le résultat est sans appel, la réussite se concrétise que par l'occupation de la sierra granitique Rhodes dont le promontoire du Puig Rom en fait partie.
Le massif du Puig Rom comprend la péninsule Falconera avec à son extrémité le cap de La Poncella ou est bâti au sommet le fortin Trinitat.
Cette décision est irresponsable et irréalisable.
Cette montagne avec ses pentes abruptes, ses pitons rocheux verticaux, ses forets denses est impossible à gravir avec des animaux.
Il n'existe aucun sentier car chaque arbre centenaire qui compose la forêt devient obstacle.
Catherine-Dominique Pérignon séduit par le 3eme plan d'attaque de François Fournier-Verrières donne son accord.
Pour la 1ère fois, l'idée de François Fournier-Verrières de dissocier la résistance du fortin de Poncella ou Trinitat et de l'enceinte de la citadelle est novatrice.
2 frontons de la citadelle sont tournés vers l'Est, en direction de la montagne.
Le fronton Santa-Maria au Sud-Est, proche du rivage est vite écarté car la précision des canonnades des navires espagnols et la proximité des habitations du bourg exposent la population aux tirs.
Il ne reste plus que le fronton Sant Jaume au Nord-Est.
Cette muraille ne touche pas la mer mais sa hauteur de 12 m pose des difficultés.
Les artilleurs décident d'employer des boulets à ricochet.
Ces boulets à ricocher sont terriblement meurtriers, ils contiennent une grosse quantité de poudre.
Par leurs sauts et leurs bonds, ils se consument et balayent tout sur leur trajectoire comme une pierre qui ricoche à la surface de l'eau.
Le tir est puissant afin que le boulet fuse mais ne s'enfonce pas dans la mer.
Le bruit des canons produit un sifflement strident surtout lorsque la direction des boulets est modifiée par des rebonds incessants.
6 batteries à ricochet sont bâties sur une butte à une distance de 6 mètres face à la muraille.
4 000 hommes de la forteresse de Sant Ferràn sont désignés pour ces travaux.
L'installation devrait être terminée en 48 heures mais les fantassins mettent 6 jours et au fur et mesure que les jours passent, les conditions atmosphériques deviennent terribles.
Les 1 300 travailleurs ne supportent plus ces conditions hivernales, le nombre diminue progressivement, il finit à 800 hommes au 6éme jour.
Tout en sachant que les travaux de la rampe sur la montagne du Puig Rom n'ont pas encore commencé.