Sources : "Catalunya i la Guerra Gran". Fabregas Roig-Tarragona 2000.

Le 19 frimaire An III, ce matin du 09 décembre 1794, le 5eme bataillon des sapeurs du génie, le 4eme régiment d'artillerie de Grenoble et le 7eme bataillon des volontaires du Var lancent le défi de construire à partir du camp de base des artilleurs une rampe au Puig Rom.
Cette rampe serpente à travers les innombrables rochers granitiques du promontoire.
Elle gravit les pitons imposants, une zone perpendiculaire étroite où le vide est présent à chaque mouvement où les militaires progressent à l'aide de cordes pour enjamber les parois abruptes.
Abattre des arbres centenaires qui servent à hisser et à acheminer à la verticale les voitures de poudre, les boulets et les pièces des canons pour se dégager des crêtes rocheuses.
Un parcours d'une distance de 1 km à travers les abimes où les chevaux, les ânes et les bœufs tractent avec un système de poulie qui fonctionne comme un palan pour lever les lourds matériaux dans le vide.
16 bouches de feu sont hissées par cette rampe verticale et par des hommes qui vont défier la loi de la pesanteur et dominer leur vertige sur des pierres glissantes par la pluie devient un exploit.
La défense de l'artillerie lourde de Domingo Yzquierdo et des artilleurs compromait la construction.
Cette défense puissante, agressive ne laisse rien au hasard, chaque mouvement des troupes françaises est étudié pour être contrarié par des tirs perspicaces sur les avancés des sapeurs.
Des espions catalans livrent au QG espagnol, les détails du 3eme plan d'attaque français.
S'imaginer que José-Ramon Urrutia commandant en chef de l'Armée de la catalogne va regarder les garnisons françaises construire ce monumental chantier sans réaction est une pure illusion.
José-Ramon Urrutia attaque le long des berges d'el Fluvià pour faire diversion, les campements des sapeurs et retarde l'avancement des travaux.
Avec cette pluie diluvienne et froide, el Fluvià est en crue.
Les conditions de marche sur les berges sont épouvantables en raison de l'apparition de mares d'eau boueuse.
José-Ramon Urrutia envoi sur chaque rive d'el Fluvià, les maréchaux Aria Saavedra et Pedro Caro-Sureda, marquis De La Romana et 2 000 hommes pour surprendre les campements français au bourg d'Avinyonet de Puigventos et au bourg Vilamalla.
L'amiral Juan Francisco Langara profite de la brume pour débarquer ses marins sur la plage pour détruire les batteries du mas Berges.
L'opération commando espagnole est une réussite, grâce à la surprise et à la complicité des sentinelles espionnes, une grande partie des batteries va être détruite.
La manoeœuvre est de courte durée car au premier coup de fusils, les régiments voisins forcent les matelots à regagner leurs canots dans la rade.
Le 14 décembre 1794, la construction impossible de la rampe vers le sommet plat est réalisée.
Ce projet inimaginable, inconcevable par les ingénieurs espagnols qui ont bâti le fortin de la Trinitat devient une réalité et permet la mise en place de 16 bouches de feu au sommet du Puig Rom.
Comment décider la disposition des quatre batteries ?
  • La première batterie se compose de 4 canons de 24 situés à 600 mètres du fort de la Poncella, doit faire une brèche dans la muraille du château de Trinitat.
  • La deuxième se trouve en retrait à 150 mètres, armée de 2 mortiers de longues portées de 12 doit atteindre les artilleurs dans le fort de la Poncella.
  • La troisième située à la droite de la première est fortement armée, 1 canon de 24, de 2 obusiers de 8 et de 2 mortiers de 12.
    Sa particularité est de tirer sur les navires de l'escadre et d'empêcher le ravitaillement de la citadelle par les barques en provenance du port de l'Escala.
  • La quatrième est composée de cinq canons de 24 et tire sur la garnison à l'intérieur de la citadelle.
Ces 16 pièces pendant 5 jours consécutifs vont bombarder sans discontinuité.
Le fort de la Trinitat situé à 2,5 km à l'Est de la citadelle, est bâti en forme d'une couronne sur la pointe de la Poncella.
La pointe de la Poncella est un des multiples bras que forme la péninsule du cap Norfeu.
Le fort de Trinitat vigie d'une hauteur de 66 mètres, en forme d'étoile à 4 branches comme un mirador sans aucun angle mort surplombe la baie.
Quatre murailles épaisses hautes de 20 mètres cimentées et scellées dans la roche avec des arêtes angulaires et saillantes sont impossibles à gravir.
Grâce à sa situation escarpée, aucune armée ne s'est emparée du fortin de la Trinitat.
200 artilleurs sous le commandement du lieutenant de marine Estevan Morera De Planell, sont fiers d'occuper cette position stratégique imprenable et disposent de trois plateformes d'artillerie pour diriger les batteries vers leur orientation de défense.
Les deux frontons supérieurs bordent la crête de la falaise du Puig Rom et se brise en dos d'âne.
Les deux frontons inférieurs surmontent les deux terrasses armées de 9 canons destinés à défendre la rade du port et la ville.
La batterie la plus élevée se présente à ciel ouvert et les deux faces du saillant que fait la tête du quadrilatère abritent les artilleurs.
A la partie opposée à la mer, dite "la Gola", les artilleurs ont installé dans la roche des mortiers qui tirent des boulets dès l'attaque de l'entrée du fortin.
Le 23 décembre 1794, les somatents d'Olot et de Gerona, âgés de 15 ans à 40 ans, prennent les armes comme des maquisards rebelles et se fondent à travers les sentiers pour attaquer les convois et harceler les militaires isolés qui se rendent à Roses. Leur commandant est Juan Escofet, général du régiment dels Reials.
Le 25 décembre 1794, les travaux sont terminés.
Les artilleurs font feu toute la journée sur le fort de Trinitat et sur l'escadre.
Au fortin de la Trinitat, les canonniers espagnols démontent 4 canons de la plateforme pour éviter que les français ne les utilisent.
Le manque de vigilance des espagnols qui célèbrent le jour de Noel dans l'église, permet aux fantassins français de s'approprier avec l'appui des canons du Puig Rom d'une redoute à droite de la ville.
Surpris par la violente attaque, les espagnols réagissent avec beaucoup de hargne et reprennent la redoute perdue.
Le 28 décembre 1794, un boulet met le feu dans la réserve de paille des écuries de la citadelle.
Cet incendie est une diversion pour permettre au fortin de Trinitat à ne pas capituler.
Le lieutenant de marine, Estevan Morera De Planell, commandant le castell del Trinitat, avec sa garnison d'artilleurs descendent avec des échelles à corde sur la plage où des chaloupes les attendent.
Le 1er janvier 1795, le fortin de la Trinitat est muet. Les batteries espagnoles ont été démontées. Les munitions et les approvisionnement ont été détruites.
Plus aucune canonnade espagnole n'empêche l'avancée de l'artillerie française qui redouble d'intensité ses tirs pour créer une ouverture dans la muraille du fortin.
Lorsque les français pénètrent par la brèche, ils ne trouvent que des cadavres. Aucun espagnol n'est fait prisonnier.