Sources : "Catalunya i la Guerra Gran". Fabregas Roig- EditionTarragona 2000.


Le gouverneur de Roses assiégée, Domingo Izquierdo est un grand guerrier, un grand commandant en chef.
Son endurance à combattre repose sur 3 défenses que ses artilleurs animent avec prouesses.
  • L'escadre de la rade.
  • Le fort de Trinitat sur la Poncella.
  • La citadelle.

L'hiver de l'An III bouleverse ses appuis.
Les catalans se souviennent de l'hiver de 1708-1709 qui a fait des milliers de morts. Celui de l'An III reste graver en raison de sa terrible rigueur.
Les villageois sont épuisés.
Les cultures sans main-d'œuvre sont à l'abandon.
La mort avec les épidémies de typhus, de malaria est partout.
A Roses, le vent froid descend des cimes des Pyrénées enneigées et souffle par rafale dans la baie.
Depuis 15 jours, les pluies incessantes font déborder el Llobregat et el Fluviá dans les zones marécageuses.
Les troupes sont peu actives et repliées sur les hauteurs car les gués et les ponts de la plaine d'Ampurdan sont impraticables.
Le 02 janvier 1795, depuis la destruction du fort de Trinitat, les artilleurs espagnols de la citadelle sont ravitaillés durant la nuit par la mer.
La journée, les marins communiquent par signaux avec la citadelle.
Les artilleurs français occupent le fort Trinitat et réparent l'une des batteries basses du fortin.
Ce canon a une particularité, il permet de tirer des boulets au raz des flots sur les navires.
Son efficacité oblige les bateaux à se tenir au large et à ne plus s'approcher pour ravitailler la citadelle où Domingo Izquierdo et ses courageux artilleurs résistent et ne faiblissent pas depuis 40 jours.
Le 03 janvier 1795, une énorme tempête déchaine la mer.
Cette mer calme, rassurante où les bateaux sont normalement à l'abri, devient brusquement une mer en furie avec des vagues violentes de plus de 5 m et des vents de 120 km qui détruisent tout.
Durant cette nuit le vaisseau "El Triunfante" se fracasse contre les rochers du Norfeu une pointe rocheuse bordant le fort Trinitat et le bateau coule à 6 m de fond.
2 navires espagnols au large sont démâtés.
8 navires de l'amiral Juan Francisco De Langara demeurent dans la rade pendant la tempête.
Le 06 janvier 1795, la tempête fait rage durant 3 jours jonche la plage de débris de frégates.
Pour éviter l'utilisation des épaves, les marins espagnols mettent le feu.
Pendant ce temps, la citadelle n'est plus protégée, sa défense le fort Trinitat est détruite et les canonnières ont quitté la rade pour s'abriter dans le port de l'Escala.
Le 09 janvier 1795, l'amiral Federico Carlos Gravina arrive avec 21 navires de Palamós pour remplacer Juan Francisco Langara et ses 8 bateaux en détresse.
Ces bateaux sont des postes de surveillance défensive, de ravitaillement pour la citadelle.
Le 12 janvier 1795, Dominique-Catherine Pérignon et ses représentants décident avec les 3 000 échelles hautes de 12 m provenant du château de Sant Ferràn d'escalader les murs de la citadelle.
Antoine-François Andréossy les en dissuade et oblige le QG à ne pas le faire pour 2 raisons :
  • Les fossés profonds sont débordants et rendent impossibles l'installation des échelles.
  • La citadelle doit être prise par surprise avant que le renouvellement de la garnison n'ait lieu.
Antoine-François Andréossy propose en remplacement la construction de 2 nouvelles batteries au lieu dit "el Mates".
Le brouillard épais et dense sert de camouflage aux grenadiers qui bâtissent les batteries.
Catastrophe, ce même jour des flocons de neige tombent drus sans discontinué.
Les bourrasques de neige abondantes suspendent les travaux.
Cela fait 12 jours qu'il neige continuellement, elle atteint une hauteur d' 1m20.
Les grenadiers entourés de cratères et de précipices n'osent plus se déplacer.
La montagne, la mer et la ville sont muettes.
Un silence impressionnant succède aux bruits sourds des canons est rend les journées pesantes.
Aux remparts allongés aux creux des tranchées, les fantassins espagnols meurent de froid.
Les tenues des français ne sont pas adaptées pour lutter contre des températures si froides et ils périssent gelés dans les trous des rochers.
Un paysage d'effroi apparaît sur la blancheur de la neige faisant ressortir la misère des assiégés épuisés et la souffrance des blessés.
Les militaires s'entassent dans les cratères des bombes, sous les poutres inclinées et dans les ruines qui servent de grottes.
Le 21 janvier 1795, la 2ème année de la mort de Louis XVI est fêtée dans la neige du bourg de Roses avec des coups de canon qui marquent le serment de haine à mort contre les Bourbons de Madrid mais la joie n'est pas au rendez-vous.
Le 24 janvier 1795, arrive le dégel.
Les coulées de boue, les chutes d'eau provoquées par la fonte des neiges détruisent tous les travaux et engloutissent les canons au fond des cuvettes d'eau.
Cette forte odeur nauséabonde laissée par les cadavres d'hommes, de mulets décomposés et de chevaux gisants dans les mares empeste l'atmosphère.
Cette décomposition apporte le typhus au sein des garnisons.
Le 27 janvier 1795, les murs de la citadelle sont saturés d'eau par le refoulement du trop-plein des fossés.
Au fronton Nord, la butte de schistes est le seul point dominant praticable de cette inondation.
Le conseil de guerre de Catherine-Dominique Pérignon décide d'installer une batterie de 18 canons sur cette butte.
La brigade de Jean Fabre de Lamartillière est chargée avec 800 travailleurs de la construction.
Le 28 janvier 1795, une violente détonation secoue la ville de Roses.
La déflagration projette des rochers sur un rayon de 200 mètres qui détruisent les barricades.
C'est un boulet tiré de la citadelle par les artilleurs espagnols qui en est la cause.
Sa chute au cœur de la réserve française de bombes et des caissons de poudre provoque un cratère profond et l'explosion propage des flammes accompagnées de fumées épaisses et toxiques.
90 artilleurs sont brulés et sans compter les victimes civiles et militaires.
Le 31 janvier 1795, Catherine-Dominique Pérignon est excédé par ces contre-temps qui atteignent sa garnison touchée face aux coulées de boue, à la neige et par l'explosion.
Ce siège dure depuis trop longtemps.
Catherine-Dominique Pérignon veut accélérer le mouvement, il donne l'ordre au général Jean-Baptiste Beaufort et à sa brigade d'artilleurs de faire sauter les remparts.
Le lendemain, la brèche est ouverte.
Le 01 février 1795, Domingo Izquierdo apprend par ses espions que les artilleurs français vont faire des brèches dans la muraille et qu'à la demande de Catherine-Dominique Pérignon les fantassins apportent 3 000 échelles du castell Sant Ferràn pour investir la citadelle.
Au cours du conseil de guerre, l'ensemble des officiers ratifient la décision de quitter la citadelle.
L'embarquement se fait durant les nuits du 02 et du 03 février lors du changement des garnisons.
L'armement est transporté dans le port de Palamós afin de rejoindre le général en chef de la Catalogne José-Ramon Urrutia.
Tous les blessés et la population de Roses sont débarqués en face, au port de l'Escala.
L'évacuation se fait dans le calme sans attirer l'attention des français et l'embarquement progressif des navires est masqué par le feu incessant des 300 artilleurs qui ont pour ordre de continuer à faire feu avant de se retirer le lendemain.
Le 15 pluviôse An III, à 5 heures du matin ce 03 février 1795, les 300 valeureux artilleurs voyant que leurs barques prennent le large, brandissent le drapeau blanc en signe de capitulation.
En rang, au milieu des ruines et des crevasses, les artilleurs se livrent comme prisonniers après 74 jours de combat.
Roses est une victoire Française qui figure sur le pilier Ouest de l'Arc de Triomphe de Paris.